Conférence de Doha : Qatar : 1, climat : 0

24 décembre 2012

Du 26 novembre au 7 décembre, la conférence de l’Onu sur le climat qui s’est tenue à Doha au Qatar a réuni plus de 190 pays pendant deux semaines… pour rien !

Fin 2007, le sommet de Bali avait, non sans opposition, repris l’objectif de ne pas trop dépasser 2 °C de hausse de la température par rapport au XVIIIe siècle, en commençant à réduire les émissions mondiales de GES au plus tard en 2015 pour atteindre une diminution de 50 à 85 % d’ici 2050. Il avait aussi reconnu des « responsabilités communes mais différenciées » : les pays développés devant diminuer leurs émissions de 25 à 40 % pour 2020 et de 80 à 95 % pour 2050 par rapport au niveau de 1990 ; les pays en développement devant les ralentir de 15 à 30 %.

Depuis, à Copenhague, Cancun, Durban, l’objectif des 2 °C a été abandonné et la responsabilité historique des pays impérialistes a disparu. Et quand la Banque Mondiale affirme qu’il faut « absolument éviter une élévation de 4 °C de la température de la planète », c’est pour imposer ses prétendues « solutions » de « l’économie verte » : agrocarburants, nucléaire, charbon « propre » et appropriation massive des forêts et des terres arables au détriment du droit des peuples à l’alimentation.

Refus d’engagement

À Doha, les principaux pays émetteurs devaient adopter l’acte 2 du Protocole de Kyoto, l’acte 1 s’achevant fin 2012. Seuls quelques pays ne représentant que 14 ou 15 % des émissions planétaires se sont engagés mais ils risquent fort de profiter du prétexte du refus du Canada, de la Chine, des États-Unis, de la Russie, du Brésil… pour ne pas respecter leur propre engagement ! Depuis Copenhague en 2009, un « fonds vert » doit aider les pays du Sud à faire face aux effets du réchauffement climatique et à réduire leurs propres émissions. Ces pays réclamaient 60 milliards de dollars d’ici 2015 et n’ont obtenu qu’une mention dans la déclaration finale pour « presser les pays industrialisés d’annoncer des aides financières quand les circonstances financières le permettront ».

Le monde se dirige actuellement vers une hausse de 3 °C à 5 °C de la température globale. L’indispensable lutte contre le réchauffement climatique est directement liée au combat pour sortir du mode de production et de consommation capitaliste. Se satisfaire de l’illusion du capitalisme vert serait une erreur criminelle. La nécessité d’un plan d’urgence sociale et écologique est chaque jour plus criante.


Doha : le plus grand pollueur du monde préside le sommet sur le climat

7 décembre 2012

Ce 26 novembre, le sommet annuel des Nations Unies sur les changements climatiques s’est ouvert à Doha, au Qatar. Formellement, le sommet se compose de deux rencontres distinctes : la 18e session de la conférence des parties signataires de la convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) conclue à Rio en 1992, d’une part, et la 8e session de la réunion des parties au Protocole de Kyoto, d’autre part. Les principaux objectifs de la rencontre sont les suivants : primo, l’adoption par les pays développés d’une deuxième période d’engagement au titre du Protocole (la première période s’achève à la fin de cette année) ; secundo, la négociation d’un accord global engageant toutes les nations dans la lutte contre le réchauffement, à partir de 2020.

Les deux volets sont intimement liés car les pays dits « en développement » exigent des pays dits « développés » qu’ils montrent l’exemple – étant donné qu’ils sont les principaux responsables historiques des changements climatiques, tandis que les seconds exigent des grands pays émergents que ceux-ci prennent leurs responsabilités – étant donné qu’ils figurent aujourd’hui parmi les principaux émetteurs de gaz à effet de serre.

De Bali à Doha

Le sommet de Doha s’inscrit dans le sillage des réunions précédentes, en particulier celles de Bali, Copenhague, Cancun et Durban. Pour comprendre les enjeux, il faut donc revenir un peu en arrière.

• Le sommet de Bali (2008) adopta une « feuille de route » stipulant que des «  coupes profondes dans les émissions globales seront nécessaires » pour stabiliser le climat et soulignant « l’urgence de faire face au changement climatique comme indiqué dans le quatrième rapport d’évaluation du GIEC ». Au terme de débats acharnés contre les représentants de l’administration US, une note infrapaginale fut ajoutée qui renvoyait à la page 776 de la contribution du groupe de travail III au rapport 2007 du GIEC ainsi qu’aux pages 39 et 90 du Résumé technique de cette contribution.

Ce détail est important car ces documents fournissent différents scénarios de stabilisation du système climatique, en tenant compte des « responsabilités communes mais différenciées » des pays riches et des pays pauvres. Selon ces scénarios, pour ne pas trop dépasser 2°C de hausse de la température par rapport au 18e siècle, 1°) les émissions des pays développés doivent diminuer de 25 à 40% d’ici 2020, et de 80 à 95% d’ici 2050, par rapport au niveau de 1990 ; 2°) les émissions mondiales doivent diminuer de 50 à 85% d’ici 2050 ; 3°) la diminution doit commencer au plus tard en 2015 ; 4°) les pays en développement peuvent continuer à augmenter leurs émissions nettes pendant un certain temps, mais leurs émissions relatives doivent baisser de 15 à 30% par rapport aux projections.

• A Copenhague (2009), la feuille de route de Bali aurait donc dû déboucher sur un accord global fixant aux pays riches des contraintes de réduction absolue de leurs émissions et aux autres pays des contraintes de réduction relative, en fonction d’un objectif de limitation du réchauffement, et moyennant un transfert des technologies propres du Nord vers le Sud (afin de garantir le droit de celui-ci au développement). Mais la crise des subprimes était passée par là. Dans un contexte de récession et de concurrence capitaliste exacerbée, les grands pollueurs, Etats-Unis en tête, voulaient moins que jamais un accord qui menacerait la compétitivité de leurs entreprises. C’est pourquoi Barack Obama organisa une négociation non officielle avec la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud et l’Union Européenne. Elle accoucha d’un accord invitant chaque Etat à élaborer à sa guise son propre plan climat et à le communiquer au secrétariat de la CCNUCC.

De la sorte, pays développés et grandes nations « émergentes » écartèrent la menace d’un traité multilatéral contraignant avec des objectifs de réduction drastiques, déterminés sur base de l’expertise scientifique du GIEC. La Conférence « prit note » de cet accord dans une ambiance houleuse, marquée par l’opposition courageuse de quelques Etats du Sud (Bolivie, Venezuela, Cuba, notamment) qui dénoncèrent le diktat des grandes puissances. Le représentant du Tuvalu, pour sa part, s’en prit aux nations « en développement » qui acceptaient « les deniers de Judas » pour prix de leur soumission ;

• Le sommet de Cancun, un an plus tard, fut dominé par le thème de l’adaptation au réchauffement : faute de prendre des mesures énergiques pour réduire leurs émissions, les pays riches promirent que 30 milliards de dollars seraient mis à disposition des pays pauvres en 2010-2012, pour les aider à s’adapter au réchauffement, et que cette enveloppe serait portée à cent milliards par an à partir de 2020. Décision fut prise de confier la gestion de ces sommes à un Fonds vert pour le climat, dans lequel la Banque Mondiale joue un rôle prééminent. La conférence affirma par ailleurs la nécessité de limiter la hausse de température à 2°C en moyenne, de maintenir cet objectif sous examen régulier et même d’envisager son renforcement à 1,5°C maximum, en fonction de l’évolution des connaissances scientifiques sur l’impact du réchauffement. Jusque-là, seule l’Union Européenne s’était prononcée sur cet objectif d’une hausse maximum de 2°C.

Logiquement, la décision du sommet aurait dû conduire les congressistes de Cancun à reprendre la feuille de route de Bali et sa fameuse note infrapaginale, afin d’adopter rapidement un plan d’urgence incluant les réductions d’émission jugées nécessaires par les spécialistes. Au lieu de cela, ils se contentèrent de « prendre note » des objectifs de réduction des émissions que 80 pays avaient communiqués volontairement au Secrétariat de la CCNUCC, selon la démarche actée à Copenhague. Les climatologues firent remarquer que, sur base de ces plans climat nationaux, la température de surface de la Terre augmenterait probablement de 3 à 5°C d’ici la fin du siècle – à peu près deux fois plus, mais rien n’y fit. Les 2°C maximum, c’était pour la galerie.

• A Durban, l’an dernier, deux accords furent très péniblement arrachés, concernant respectivement les pays riches et tous les pays. Le premier stipule qu’il y aura bien une deuxième période d’engagement dans le cadre du Protocole de Kyoto (rappelons que la première période d’engagement -2008-2012- enjoignait aux pays riches de réduire leurs émissions de 5,2% en moyenne, par rapport à 1990). Le second reconnaît la nécessité d’élaborer « un protocole, un autre instrument juridique ou une conclusion concertée ayant force de loi au titre de la Convention (CCNUCC), applicable à toutes les parties ». Un processus de négociation de cet accord climatique global a commencé. Il devrait s’achever en 2015 sur un texte à soumettre ensuite aux parlements nationaux de toutes les nations. A supposer qu’il voie le jour, cet accord entrerait en vigueur au plus tôt en 2020.

Glissements progressifs

Au fil de ces rencontres (entrecoupées d’autres réunions annuelles, à Bonn notamment), plusieurs glissements s’opérèrent.

Primo, le principe des « responsabilités communes mais différenciées » des pays du Nord et du Sud fut mis sous une pression croissante ; sous prétexte que les grands pays émergents émettent aujourd’hui une proportion très importante des gaz à effet de serre envoyés annuellement dans l’atmosphère, la responsabilité historique majeure des pays impérialistes (responsables à plus de 70% du réchauffement ) fut systématiquement relativisée, voire effacée.

Secundo, la réponse des gouvernements et des institutions internationales prit un tour de plus en plus ouvertement néolibéral, au point d’être aujourd’hui quasi-exclusivement basée sur des mécanismes de marché (incitants aux énergies renouvelables, marché des droits d’émission et achat de crédits d’émission). Il est vrai que ces mécanismes étaient prévus par le Protocole de Kyoto, mais, nonobstant son insuffisance notoire, celui-ci gardait néanmoins un caractère hybride, car il attribuait aux Etats des quotas obligatoires de réduction des émissions (avec sanctions en cas de non-respect). D’une part, il ne reste plus grand-chose aujourd’hui de cette approche « régulationniste » – les grands pollueurs (pays impérialistes et « sub-impérialismes » émergents, Chine et Brésil notamment) l’ont évacuée à Copenhague ; d’autre part, l’éventail des possibilités de remplacer les réductions d’émissions par des mesures de compensation s’est considérablement élargi.

C’est ainsi que non seulement la plantation d’arbres mais aussi la protection des forêts existantes, la valorisation énergétique du méthane des houillères, ou la destruction de certains gaz industriels à haut effet de serre sont désormais considérées comme équivalant à des réductions nettes d’émissions. En réalité, cette équivalence n’existe que dans la tête de ceux qui l’ont imaginée et dont la préoccupation majeure est de permettre à l’industrie de remplacer des mesures coûteuses de réduction des émissions par l’achat de crédits de carbone au prix le plus bas possible, ce qui a en réalité pour effet de retarder l’indispensable transition énergétique.

Les pétrosheiks qataris à la manœuvre

Il va sans dire que la conférence de Doha n’apportera aucun changement de cap à cette politique désastreuse. Le lieu même de son déroulement est emblématique. Assis sur ses réserves d’hydrocarbures et de pétrodollars, le Qatar a le triste privilège d’être le pays du monde qui émet le plus de gaz à effet de serre par habitant. Le régime est un des plus rétrogrades de la région : aux dernières élections municipales, en 2011, une seule femme a pu conquérir un siège de conseillère municipale. Les droits humains sont piétinés et le pays, bien qu’ayant aboli l’esclavage en 1952, applique une loi scélérate dite de « parrainage » qui stipule que les travailleurs étrangers peuvent entrer, séjourner et travailler dans l’émirat, mais ne peuvent pas le quitter sans autorisation de leur « parrain ».

Considéré comme le 51e état des USA, le Qatar soutient toutes les dictatures de la région : c’est par son entremise que Washington et Tel Aviv tentent de saboter les révolutions arabes, il appuie sans compter les nouveaux régimes obscurantistes islamistes (il vient de livrer un important matériel de répression au Ministère tunisien de l’Intérieur) et est soupçonné d’avoir trempé dans le financement de projets de colonisation israéliens à Jérusalem-Est. Ajoutons que les émirs ne sont pas plus respectueux de la nature que des êtres humains : braconniers sans scrupules et de père en fils, ils se rendent régulièrement en Afrique du Nord pour chasser l’outarde et la gazelle de Thomson, deux espèces protégées qu’ils massacrent impunément, malgré les cris de rage des associations tunisiennes et algériennes de défense de l’environnement.

Voilà les personnages qui président les débats de la 18e conférence des Nations Unies sur le climat… Croire que celle-ci pourrait tracer un chemin permettant à l’humanité d’éviter la catastrophe relève plus que jamais de l’illusion.

La catastrophe est en marche

Vingt ans après l’adoption de la CCNUCC, l’incurie capitaliste déroule ses effets sous nos yeux : le réchauffement de la planète continue de s’accélérer, au point qu’on risque vraiment un emballement irréversible. Depuis le début du 21e siècle, les émissions de gaz à effet de serre augmentent de 3 à 4% par an, contre 2% environ dans les années ’90. Cet accroissement s’explique notamment par l’explosion des transports et l’usage accru du charbon dans l’atelier chinois du monde, mais aussi en Inde, aux Etats-Unis et en Australie. Il est donc directement lié à la mondialisation néolibérale.

Du coup, les phénomènes météorologiques extrêmes (pluies violentes, sécheresses anormales, canicules ou vagues de froid sévères, tempêtes, cyclones,…) se multiplient et gagnent en intensité. La fonte estivale de la glace de mer arctique a atteint un record absolu en 2012, au point que la banquise pourrait disparaître totalement dans un avenir rapproché. Surtout, on note une accélération inquiétante de la dislocation des calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique Ouest – un phénomène qui fait courir à l’humanité le risque majeur d’une hausse du niveau des mers de deux mètres ou plus d’ici la fin du siècle.

Ces menaces terribles, dont les pauvres seront les principales victimes, ont été rappelées récemment dans un rapport de la Banque Mondiale. Intitulé « Baissons la chaleur : pourquoi il faut absolument éviter une élévation de 4°C de la température de la planète » et corédigé par Climate Analytics et le Potsdam Institute for Climate Impact Resarch, ce document n’apprend rien de fondamentalement neuf sur les impacts des changements climatiques. En fait, sa diffusion tapageuse juste avant la Conférence de Doha semble avoir surtout pour but de préparer les esprits au dépassement des 2°C… Il pourrait aussi servir à légitimer, au nom de l’urgence, les soi-disant « solutions » portées par la Banque dans le cadre de son offensive pour une « économie verte » : les agrocarburants, le nucléaire, le charbon « propre » et l’appropriation massive des ressources naturelles, notamment des forêts et des terres arables.

Selon Oxfam, les investisseurs internationaux achètent tous les six jours dans les pays du Sud une surface de terre de la taille de Londres. Au cours des dix dernières années, les terres achetées de la sorte représentent huit fois la superficie de la Grande Bretagne. Au Cambodge, on estime que près de 60% des terres arables ont été acquises par des multinationales. Cette vague d’appropriation est largement due au fait que la finance internationale spécule sur le prix des matières premières agricoles et à la production d’agrocarburants… au détriment du droit des peuples à l’alimentation . Voilà un exemple de la barbarie dont les « solutions » de la Banque sont porteuse.

Chaque fois que s’ouvre une conférence onusienne sur le climat, les médias nous répètent le même refrain : les gouvernements cherchent un accord pour que la hausse de température ne dépasse pas 2°C par rapport à la période préindustrielle. En vérité, il est plus que probable que ce but soit désormais hors d’atteinte. Si l’Union Européenne a fait mieux que l’objectif rikiki assigné par Kyoto, c’est en grande partie grâce à la récession économique, à l’importation d’agrocarburants, à l’achat massif de crédits de carbone (souvent bidon) et à la délocalisation de la production en Chine. Les Etats-Unis, on le sait, n’ont jamais ratifié Kyoto et leurs émissions actuelles dépassent de plus de 30% le niveau de 1990. Le Canada s’est retiré du Protocole et le Japon, ainsi que la Russie, n’en veulent plus.

Pourtant, le texte adopté dans l’ex-capitale impériale n’imposait que des objectifs dérisoires, insignifiants au regard de ce qui est nécessaire pour sauver le climat. Par conséquent, il est tout simplement impensable que l’économie capitaliste mondiale, basée sur la croissance, la concurrence et le profit parvienne à mettre en œuvre les réductions drastiques qu’évoquait la notre infrapaginale de la feuille de route de Bali. Il suffit de jeter un œil sur les tendances de la politique capitaliste pour s’en convaincre : les sources renouvelables restent globalement marginales, leur développement ne couvre qu’une partie de l’accroissement de la demande ; le gros des besoins reste assuré par les fossiles, avec un recours croissant au charbon, une ruée sur les ressources pétrolières de l’Arctique, l’exploitation délirante des sables bitumineux de l’Alberta, sans compter celle des gaz de schiste, nouveau joker des multinationales de l’énergie…

L’impasse capitaliste est totale

L’impossibilité de relever le défi climatique/énergétique dans le cadre productiviste du capitalisme est si évidente qu’elle perce même entre les lignes de certains rapports d’institutions internationales au-dessus de tout soupçon de subversion communiste. A cet égard, le World Economic and Social Survey 2011 des Nations Unies constitue une lecture édifiante. Selon ce document, la part des renouvelables modernes dans la production primaire d’énergie est passée de 0,45% en 1990 à 0,75% en 2008, soit une croissance annuelle moyenne de 2,9%. Dans le même temps, l’usage du charbon, du pétrole et du gaz naturel a augmenté de 1,6%, 1,5% et 1,2%, respectivement. Les gouvernements sont intervenus massivement pour promouvoir les renouvelables, et le secteur privé a embrayé, « mais le changement de technologie énergétique s’est ralenti considérablement au niveau du mix énergétique global depuis les années ’70, et il n’y a pas de preuve à l’appui de l’idée populaire que ce changement de technologie énergétique s’accélère. (…) En dépit des taux de croissance impressionnants de la diffusion des technologies énergétiques renouvelables depuis 2000, il est clair que la trajectoire actuelle ne s’approche nulle part d’un chemin réaliste vers une décarbonisation totale du système énergétique global en 2050 », affirme le rapport (pp 49-50).

Une des raisons du paradoxe est que l’utilisation pleinement rationnelle et économe des renouvelables nécessiterait la construction en dix ans d’un système énergétique complètement neuf. Explication dans le cas de la production électrique : dans le cadre actuel, 1GW de capacité éolienne intermittente nécessite le backup de 0,9 GW fossile. Pour l’éviter, il faut un réseau « intelligent » Or, construire un tel réseau représente une entreprise « gigantesque, nécessitant un progrès technologique, une coopération internationale et des transferts sans précédents » (p.52). D’une manière générale, note le rapport, « la magnitude physique du système énergétique actuel basé sur le combustibles fossiles est vraiment énorme. Il y a des milliers de grandes mines de charbon et de grandes centrales électriques au charbon, à peu près 50.000 champs pétrolifères, un réseau mondial d’au moins 300.000 km d’oléoducs et 500.000 km de gazoducs, et 300.000 km de lignes électriques. Globalement, le coût du remplacement de l’infrastructure fossile et nucléaire existante est d’au moins 15 à 20.000 milliards de dollars (un quart à un tiers du PIB mondial –DT). La Chine à elle seule a accru sa capacité électrique au charbon de plus de 300 GW entre 2000 et 2008, un investissement de plus de 300 milliards de dollars, qui commencera à s’amortir à partir de 2030-2040 et fonctionnera peut-être jusqu’en 2050-2060. En fait, la plupart des infrastructures énergétiques ont été déployées récemment dans les économies émergentes et sont complètement neuves, avec des durées de vie d’au moins 40 à 60 ans. Clairement, il est improbable que le monde (sic) décide du jour au lendemain d’effacer 15 à 20.000 milliards de dollars d’infrastructures et de les remplacer par un système énergétique renouvelable dont le prix est plus élevé ». (p.53)

Ce n’est évidemment pas « le monde » qui décide – il n’a rien à dire. Ce sont les gouvernements, sous la tutelle des grands groupes énergétiques… et du capital financier qui avance les crédits pour les investissements. Les réserves prouvées de combustibles fossiles – qui font partie des actifs des lobbies du charbon, du gaz, du pétrole ainsi que des fonds de pension – sont cinq fois supérieures au budget carbone que l’humanité peut encore se permettre de brûler. Selon les calculs du Potsdam Institute et de l’ONG Carbon Tracker, sauver le climat nécessiterait que 80% de ces réserves restent à tout jamais dans les profondeurs géologiques du globe. « Le monde » s’en porterait mieux, mais pas les propriétaires des gisements, cela va de soi !

Ce « détail » mis à part, le World Economic and Social Survey 2011 campe bien le problème. Plus de 50% des émissions mondiales sont le fait de 7% à peine de la population, les 3,1 milliards de pauvres ne sont « responsables » que de 5 à 10% des gaz à effet de serre (p. 29). Par conséquent, le succès de la transition n’est possible que si « l’Européen moyen diminue sa consommation d’énergie de moitié environ et le résident des Etats-Unis des trois quarts environ » (p. XIV). Le rapport a l’honnêteté de reconnaître que de tels objectifs ne peuvent être atteints pas des « solutions simplistes » telles que « l’internalisation des externalités environnementales » ou les politiques volontariste de « big push » technologique. « Aucune de ces approches n’a le potentiel d’accélérer suffisamment le changement technologique aux échelles globales qui sont requises », lit-on (p. 29).

Pour un plan d’urgence sociale et écologique

Les auteurs du World Economic and Social Survey 2011 ne tirent évidemment pas la conclusion qui s’impose de leur analyse. Au contraire, ils s’inspirent du scénario Blue map de l’Agence Internationale de l’Energie. Or, outre qu’il estime raisonnable de poursuivre le développement des agrocarburants et de construire une centrale nucléaire de 1GW par semaine pendant quarante ans, notamment, le scénario de l’AIE permettrait tout au plus de de limiter la concentration en CO2eq à 550 ppm, ce qui correspond à une hausse de température comprise entre 2,8 et 3,2°C… Mettre en œuvre Blue map : voilà sans doute ce que la Banque Mondiale a en tête quand elle affirme qu’il faut « absolument éviter une élévation de 4°C de la température de la planète »…

La conclusion incontournable mais tabou est tout simplement la suivante : le sauvetage du système climatique n’est possible que moyennant une planification démocratique à l’échelle mondiale, la suppression des productions inutiles ou nuisibles, une ample relocalisation de la production (agricole notamment) et une redistribution radicale des richesses. Celle-ci devrait inclure notamment : la nationalisation sans indemnités des groupes énergétiques et du crédit, une réduction forte du temps de travail sans perte de salaire, l’abolition des dettes publiques, la suppression des droits de propriété intellectuelle sur les technologies propres, et une extension considérable du secteur public, sous le contrôle des populations. Seule une orientation anticapitaliste en direction d’une société qui produit pour la satisfaction des besoins humains réels, démocratiquement déterminés, peut permettre de diminuer radicalement la consommation énergétique et la production matérielle tout en satisfaisant les besoins sociaux du plus grand nombre.

Le sauvetage du climat – qui conditionne nos conditions d’existence sur Terre – est à ce prix. C’est dire que le combat doit impérativement être pris en charge par les mouvements sociaux, en particulier le mouvement syndical. Au lieu de se laisser pousser dans les cordes en mendiant une « relance » du capitalisme, comme elles font actuellement, les organisations de travailleurs et de travailleuses devraient oser élaborer et populariser un vaste plan public d’urgence sociale et écologique. Un plan visant à la fois à donner un emploi à tous et toutes et à casser l’engrenage mortel de la croissance capitaliste aurait une énorme légitimité sociale, face à ce système qui, comme le disait Marx, « détruit les deux seules sources de toute richesse : la terre et le travailleur ».

Daniel Tanuro


Le 17 novembre : avec les opposantEs à Notre Dame des landes

15 novembre 2012

Un projet d’aéroport de Notre Dame des Landes est inutile et dévastateur pour le seul profit de la multinationale Vinci. Mais les opposantEs ne baissent pas les bras. Une grande manifestation unitaire est prévue samedi, pour la réoccupation de la Zone d’aménagement différé, rebaptisée Zone A Défendre, et le NPA en sera.

Notre Dame des Landes représente un concentré de gaspillage d’argent public et de destruction de l’environnement. Ce projet promet d’être un gouffre financier engloutissant au minimum 3 milliards d’euros d’argent public. L’accaparement et le bétonnage de près de 2 000 hectares de terres agricoles fera disparaître l’outil de travail d’une centaine d’exploitantEs agricoles et condamnera plusieurs centaines d’emplois. Il représente aussi une menace pour le bocage, la biodiversité et les zones humides.
Tout ça pour offrir à Vinci la construction et l’exploitation d’un aéroport de trop car celui qui existe à Nantes est largement sous utilisé et surtout la lutte contre le réchauffement climatique exige de réduire le transport aérien.

Mobilisation contre l’« Ayrault-port »

Depuis le 16 octobre, les habitantEs de la ZAD (zone d’aménagement différé, rebaptisée Zone A Défendre) subissent une répression violente menée par 1200 policiers. Ceux-ci se sont attaqués aux maisons et cabanes occupées, qu’ils ont détruites et emportées minutieusement pièce par pièce hors de la zone, pour ne rien laisser qui puisse servir aux 150 occupants.
Mais le gouvernement en lançant cette attaque policière a sous-estimé la solidarité qui s’est développée ces derniers mois. La répression a soudé les opposantEs.
Les occupantEs de la ZAD, des jeunes qui produisent de manière collective et solidaire, ont créé de multiples liens avec la population locale, avec les militantEs parce qu’ils s’engagent, avec les agriculteurs parce qu’ils cultivent pour vivre, avec les habitantEs parce qu’ils y habitent. Les solidarités locales, nationales voire internationales affluent.

Une opposition de gauche sociale et écologique

Ayrault, avant d’être premier ministre, a été maire de Nantes pendant 23 ans. Il est le principal instigateur du projet. Notre dame des Landes donne la preuve éclatante que sur le terrain social, écologique, démocratique ce gouvernement ne rompt pas avec le précédent. Ce n’est pas en composant avec ce gouvernement, en y participant ou en le soutenant de manière plus ou moins critique qu’il est possible d’en finir avec l’injustice sociale et l’irresponsabilité écologique.
Il n’y a pas d’autre voie que le rapport de force et la mobilisation unitaire.
Le 17 novembre, avec la manifestation de réoccupation, il s’agira de reconstruire des lieux de vie pour remplacer ceux détruits par la répression, afin de faire de la ZAD un carrefour de la résistance. Comme le Larzac, Notre Dame des Landes peut devenir un symbole de la convergence des luttes car le mouvement dépasse l’opposition au seul projet d’aéroport. C’est un mouvement anticapitaliste, qui se prononce clairement pour d’autres choix de société. C’est aussi un mouvement d’opposition concrète et radicale à la politique du gouvernement Hollande-Ayrault.


L’EFSA discrédite l’étude Séralini sur la toxicité des OGM – Autorité de Sécurité Alimentaire… ou instrument de Monsanto ?

6 octobre 2012

La publication à la mi-septembre des résultats d’une étude universitaire sur la toxicité d’une variété de maïs génétiquement modifié et de l’herbicide Roundup a causé un choc violent dans l’opinion publique. L’équipe de chercheurs dirigée par Gilles-Eric Séralini, de l’université de Caen, en France, mettait en évidence que le maïs NK603 et le RoundUp ont à long terme sur la santé des rats des effets graves – tumeurs, maladies des reins et du foie- que n’identifient pas les tests officiels, réalisés sur des périodes plus courtes. Les photos des énormes tumeurs développées par les rongeurs ont fait le tour du monde.

La riposte a été foudroyante. Dès le lendemain, l’étude de Séralini faisait l’objet d’un tir de barrage extrêmement nourri de la part d’autres scientifiques. Leurs critiques étaient très largement répercutées par les médias (tandis que les réponses à ces critiques, par contre, ne trouvaient pas ou peu d’écho). Cette affaire vient de connaître une première conclusion provisoire : ce 4 octobre, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a jugé « insuffisante » l’étude des chercheurs français et leur a demandé de fournir davantage d’informations sous peine de la rejeter. Sous ses dehors catégoriques, ce jugement dicté par Monsanto dissimule en réalité un embarras considérable et une volonté d’étouffer ce qui pourrait devenir un scandale majeur.

Un étrange communiqué

Selon l’EFSA, l’étude de Séralini est « d’une qualité scientifique insuffisante pour être considérée valide pour l’évaluation des risques« . »La conception, le système de rapport des données et l’analyse de l’étude, tels que présentés dans le document, sont inadéquats« , explique-t-elle dans un communiqué. En même temps, l’Autorité »invite les auteurs à lui fournir la documentation sur laquelle ils se sont basés ainsi que les procédures relatives à leur étude afin que l’EFSA acquière la compréhension la plus complète possible de leurs travaux. Sans ces « informations additionnelles essentielles », il est « peu probable que l’étude se révèle fiable, valide et de bonne qualité". (1)

Voilà un communiqué bien étrange : d’un côté, l’EFSA rejette l’étude en termes très catégoriques (« d’une qualité scientifique insuffisante pour être considérée valide » !), de l’autre… elle demande aux chercheurs de lui fournir les éléments « essentiels » sans lesquels « il est peu probable que l’étude se révèle valide ». La contradiction saute aux yeux. Comment peut-on condamner une étude quand on manque à son sujet de certaines « informations essentielles » à la « compréhension la plus complète » ? De plus, l’étude a été soumise à un comité de lecture composé de spécialistes avant sa publication… dans la revue où Monsanto publie les résultats de ses études. L’EFSA considère-t-elle que les reviewers sont eux aussi « d’une qualité scientifique insuffisante » ?

Insoutenable légèreté

C’est peu dire que la prise de position de l’EFSA témoigne d’une insoutenable légèreté. Car enfin, il s’agit de santé publique. L’Autorité a pour mission de donner aux citoyen-ne-s le maximum de garanties qu’ils et elles consomment des aliments qui ne nuiront pas à leur santé et à celle de leurs enfants. Or, selon l’étude de Gilles-Eric Séralini, ce n’est pas le cas. Un des deux maïs OGM dont l’EFSA a autorisé la consommation et la culture en Europe pourrait être sérieusement toxique. Le problème serait que les tests sur base desquels l’EFSA a donné ces autorisations ne permettent pas de déceler cette toxicité, parce qu’ils sont menés sur une période trop courte (90 jours). Les tumeurs et autres affections apparaissent chez les rats de laboratoire après un an, dit Séralini.

Dans ces conditions, l’EFSA devrait s’interroger en premier lieu sur la qualité scientifique des études précédentes, qui ont conclu à l’innocuité du NK603, études sur lesquelles elle a basé ses décisions en les considérant comme valides. En effet, si l’étude de Séralini était effectivement « d’une qualité scientifique insuffisante », alors il faudrait estimer que les autres études sont d’une qualité plus mauvaise encore, et la conclusion à tirer serait : stop aux OGM, on arrête tout et on réalise en toute transparence une nouvelle étude toxicologique approfondie, de longue durée, indépendante, donnant des garanties de validité incontestables. Mais c’est justement cette conclusion que l’EFSA veut éviter à tout prix… parce qu’elle nuirait à la compétitivité du secteur des biotech.

La main de Monsanto

Dans son communiqué, l’EFSA ne fait que reprendre les critiques qui ont été formulées très vite –étonnamment vite – contre les travaux de Séralini. Le Dr Joël Spiroux, co-auteur et directeur adjoint de l’étude, président du Criigen (Comité de recherche et d’information indépendant sur le génie génétique), a déjà répondu à la plupart d’entre elles (2). Comme le note le Réseau européen de Scientifiques pour la responsabilité sociale et environnementale (ENSSER), « la plupart des arguments qui tentent d’invalider l’étude de Séralini et al. ne résistent pas à un examen plus attentif. Les critiques soulevées sont pour la plupart fausses ou appliquent de doubles standards. » (3) On se contentera ici de reprendre deux exemples qui montrent un acharnement malhonnête :

« La souche de rat utilisée dans cette étude est sujette à développer des tumeurs au cours de son espérance de vie d’environ deux ans », écrit l’EFSA – Oui, mais tout le monde utilise ces mêmes rats, y compris Monsanto ;
« Le nombre de rats étudiés (200 animaux, dix lots de vingt) est trop faible » – Oui, mais ce nombre d’animaux est égal ou supérieur à celui qui est utilisé par Monsanto pour prouver en trois mois que les OGM ne nuisent pas à la santé…
Il n’y a aucun doute qu’une campagne visant à discréditer délibérément l’étude du Professeur Séralini a été orchestrée par Monsanto. L’ONG CEO (Corporate Europe Observatory), qui scrute l’action des lobbies patronaux dans l’Union Européenne, a divulgué un e-mail envoyé tout de suite après la publication de l’étude, dans lequel un dirigeant de la multinationale fait connaître une liste de dix-huit commentaires scientifiques (dont dix émanant de personnes non-identifiées), tous défavorables à Séralini et son équipe.

Ce recueil de commentaires n’a pas été établi directement par Monsanto mais par le « Science Media Center ». Cet organisme basé à Londres se donne une image d’objectivité, mais celle-ci ne résiste pas à l’analyse : 70% du financement du SCM provient de l’industrie, et toutes les firmes de biotechnologie y contribuent… Les critiques des scientifiques pro-OGM coïncident d’ailleurs point par point avec celles qui sont formulées par Monsanto elle-même dans ses « commentaires » au sujet de l’étude de Séralini. N’empêche que l’astuce a fonctionné : l’agence de presse Reuters a repris les attaques fournies par le SMC, et la grande presse a embrayé.

D’énormes enjeux

La perversité, la brutalité et la malhonnêteté des attaques contre Séralini et son équipe s’expliquent évidemment par l’énormité des enjeux économiques. On n’a pas besoin d’OGM pour nourrir la planète. Les 400 experts qui ont rédigé pour les Nations Unies une Evaluation internationale des connaissances, des technologies et de la science agricole pour le développement (le rapport IAATD) ont même conclu que les OGM étaient inappropriés à ce but. Les belles paroles sur les OGM comme moyen-de-supprimer-la-faim ne sont que basse propagande et rideau de fumée. Le véritable objectif de Monsanto et des autres multinationales du « génie génétique » est l’industrialisation totale de l’agriculture dans le but de maximiser leurs profits en imposant des prix de monopole. Il va de soi que, si cet objectif était atteint, l’humanité verrait ses conditions fondamentales d’existence complètement subordonnées aux intérêts d’une puissance capitaliste concentrée, d’une ampleur sans précédent.

Pour aller dans ce sens – qui, il faut y insister, découle spontanément de la concurrence capitaliste dans la recherche d’investissements générateurs de valeur ajoutée – l’industrie biotechnologique doit s’approprier les espèces cultivées (d’où l’importance du combat sur les semences), transformer les paysans en simples pions de son projet et supprimer toute science indépendante. Elle doit aussi contrôler le pouvoir politique, qui donne les autorisations nécessaires à la consommation et à la culture des transgéniques. L’affaire des OGM montre comment ces deux derniers points sont imbriqués, puisque Monsanto réalise ou fait réaliser elle-même les études sur base desquelles les pouvoirs publics décident ensuite que ses plantes GM ne présentent aucun danger.

Science avariée, pouvoirs gangrenés

C’est peu dire qu’il y a lieu ici de se poser des questions sur l’évolution de la science, ou plutôt des sciences… La concurrence entre chercheurs pour les crédits et la mainmise croissante de l’industrie sur la recherche jouent un rôle évident (cet aspect de la politique néolibérale devrait être dénoncé davantage par la gauche radicale). Cependant, comme le dit le biologiste Jacques Testart, « il serait trop simple d’imaginer que tous ces chercheurs (ceux qui flinguent Séralini) sont payés pour défendre les intérêts de l’industrie des plantes GM. La situation est plus grave parce qu’elle relève rarement du délit mais presque toujours de l’idéologie ». Une idéologie difficile à combattre parce qu’elle habite la pensée scientifique elle-même : « la révolution génétique a conduit à une conception atomisée du vivant, écrit Testart : les secrets de la vie, des spécificités individuelles, des pathologies et des traitements, tout serait décelable et modifiable dans la molécule d’ADN, d’où la naissance d’un réductionnisme triomphant ». (4)

En même temps, ce réductionnisme, qui « nie la complexité du vivant », n’est qu’une forme particulière de l’idéologie utilitariste et réifiante du capitalisme, avec sa rationalité partielle (au niveau des entreprises) et son irrationalité globale. C’est pourquoi les conflits d’intérêt – les vrais, avec de l’argent à la clé – ne sont jamais très loin des dérives idéologiques. Au cours d’une conférence de presse, Gilles-Eric Séralini a mis en doute « la compétence, et même l’honnêteté » des experts de l’EFSA. Cette attaque frontale ne tombe pas du ciel. L’EFSA est truffée de partisans des OGM, liés à l’industrie biotechnologique ou à diverses officines soumises à celle-ci. Le CEO a montré que plus de la moitié des experts qui ont donné le feu vert au maïs NK603 avaient des liens avec l’industrie (5). En mai dernier, Diana Banati, Présidente de l’EFSA, était contrainte à la démission en raison de ses liens avec l’ILSI (International Life Science Institute). Décrit par le Canard Enchaîné comme « le plus puissant groupe de lobbying alimentaire avec 400 adhérents dont Monsanto, Unilever, Syngenta, Bayer, Nestlé… », l’ILSI est au cœur de plusieurs affaires de conflits d’intérêt. (6)

Le comité scientifique de l’ILSI compte notamment dans ses rangs un autre chercheur pro-OGM : le français Gérard Pascal, ancien toxicologue à l’INRA, devenu consultant pour Danone et Nestlé. Interrogé sur l’étude de Séralini par le quotidien Le Monde, Pascal déclarait avec ironie : « Si les résultats se confirment, c’est le scoop du siècle. Et dans ce cas, il faudrait interdire les OGM dans le monde entier ». En effet, cher monsieur, tel est bien l’enjeu ! Mais en plus, un nombre incalculable de victimes pourraient exiger réparation, une série d’experts qui ont fait passer leurs intérêts avant le bien public seraient mis sur la sellette, et les politiciens qui ont décidé de n’écouter que ces experts-là devraient rendre des comptes, eux aussi. L’affaire du sang contaminé, à côté de ça, c’est de la roupie de sansonnet… Voilà sans doute pourquoi le CERES, une association fondée par les grands groupes français de la distribution, aurait avancé les premiers fonds pour l’étude réalisée à Caen.(5)

Pour une mise à plat

Gilles-Eric Séralini refuse de donner à l’EFSA les « informations complémentaires » qu’elle lui demande. Il réclame au contraire que l’Autorité européenne « fournisse au public les éléments qui lui ont permis d’autoriser cet OGM, et ce pesticide en particulier » (7). Cette réplique intransigeante risque de lui coûter cher, mais elle est pleinement justifiée. Le communiqué du 4 octobre de l’EFSA dit que « l’examen préliminaire publié aujourd’hui constitue la première étape d’un processus » et qu’une « seconde analyse, plus complète, sera publiée d’ici la fin octobre 2012. » Etant donné que l’EFSA invoque contre l’étude de Séralini des vices qui n’en sont pas pour elle lorsqu’ils entachent – et plus gravement- des études pro-OGM, le « deux poids deux mesures » est clair, et la conclusion coule de source : ce n’est pas une controverse scientifique, et la « seconde analyse, plus complète » de l’EFSA ne fera que confirmer la première. Il n’y a aucune raison pour un chercheur de collaborer à une mascarade aussi grossière.

Comme le dit la « Lettre Ouverte » sur l’affaire Séralini, que nous publions par ailleurs, « une grande part de la culpabilité ultime pour cette controverse réside chez les régulateurs – l’EFSA en Europe et l’EPA (Environmental Protection Agency) ainsi que la FDA (Food and Drug Administration) aux Etats-Unis – qui ont adopté des protocoles ayant peu ou pas de potentiel pour détecter les conséquences néfastes des OGM » (8). L’affaire est donc politique. Il faut en finir avec un système qui permet aux industries agroalimentaires de faire elles-mêmes les études d’accréditation de leurs OGM selon des procédures mises en place par elles. Il est inacceptable que les pouvoirs publics discréditent un chercheur alors qu’ils ne se sont jamais soucié d’organiser une recherche sérieuse et indépendante sur les impacts sanitaires (et écologiques) à long terme de transgènes qui – c’est le fond de l’affaire – ne sont nécessaires que dans le cadre de la course au profit du complexe agro-industriel capitaliste.

Daniel Tanuro

Notes

(1) http://www.efsa.europa.eu/fr/press/news/121004.htm

(2) http://www.ogm-alerte-mondiale.net/OGM-9-critiques-et-9-reponses-sur

(3) Communiqué ENSSER, 5 oct. 2012

(4) http://jacques.testart.free.fr/index.php?post/texte911

(5) http://corporateeurope.org/news/study-monsantos-gm-maize-intensifies-concerns-about-efsas-reliability-monsanto-strikes-back-pr

(6) http://blogs.mediapart.fr/blog/benjamin-sourice/280912/polemique-sur-la-toxicite-des-ogm-ces-conflits-dinterets-qui-nuise

(7) http://www.tendanceouest.com/caen/actualite-41892-ogm-gilles-eric-seralini-en-donnera-pas-plus.html

(8) http://independentsciencenews.org/health/seralini-and-science-nk603-rat-study-roundup/


Ecolos contre la confiance à Ayrault

4 juillet 2012

Les parlementaires qui se disent écologistes doivent refuser la confiance au gouvernement pronucléaire et productiviste de M. Ayrault, par Stéphane Lhomme .

Le premier ministre Jean-Marc Ayrault va demander cet après-midi un vote de confiance à l’Assemblée nationale, puis ensuite au Sénat. Il est impensable que des parlementaires qui se disent écologistes accordent leur confiance à ce gouvernement productiviste et, surtout, totalement pronucléaire.

En effet, conformément aux positions de M. Hollande, le gouvernement Ayrault se situe dans la plus parfaite continuité de la politique pronucléaire et productiviste imposée en France depuis des décennies. Ainsi :

- le chantier du réacteur EPR de Flamanville (Manche) se poursuit malgré les milliards déjà gaspillés et en attendant de nouveaux surcoûts et de graves malfaçons couvertes par l’Autorité de sûreté nucléaire.

- la construction de lignes électriques THT (Très haute tension) se poursuit dans l’Ouest pour évacuer l’électricité qui sera produite par l’EPR si hélas il est un jour mis en service. Qui plus est, ces travaux ont lieu sur fond de répressions et de violences policières à l’encontre des citoyens courageux qui tentent de s’opposer au saccage de leur région par ces lignes. Le "changement" promis par M. Hollande est difficilement perceptible à moins que les matraques et les gaz lacrymogènes "de gauche" soient moins douloureux…

- le chantier du réacteur de fusion nucléaire ITER, projet dénoncé par trois Prix Nobel de Physique et dont l’échec est d’ores et déjà certain, se poursuit hélas lui aussi avec de graves atteintes à l’environnement de la Provence et malgré d’insupportables surcoûts.

- le chantier du Laser mégajoule (en Gironde), installation qui doit hélas servir à mettre au point une nouvelle génération d’armes atomiques, se poursuit lui aussi malgré de lourds surcoûts et sans le moindre débat national sur la pertinence de la "dissuasion nucléaire". On notera d’ailleurs que l’ancien premier ministre Michel Rocard a été dissuadé de maintenir sa position contre l’arme atomique.

- le projet fumeux de réacteur ASTRID, abusivement dit "de 4ème génération", qui n’est rien d’autre qu’une nouvelle tentative de faire fonctionner un surgénérateur, se poursuit hélas aussi. Cette tentative est vouée à l’échec comme les précédentes, qu’il s’agisse par exemple de Superphénix en France ou de Monju au Japon.

- les réacteurs de plus de 30 ans continuent à fonctionner alors qu’ils ont dépassé la durée de vie prévue à l’origine par EDF et malgré leur état très dégradé, dénoncé par exemple par les travailleurs précaires qui en assurent tant bien que mal la maintenance.

- 58 réacteurs, qu’ils aient plus ou moins de 30 ans, continuent à fonctionner en France alors que la catastrophe de Fukushima a démontré, s’il en était besoin, que ce parc atomique fait courir à la France et à l’Europe les pires dangers.

- L’ouverture par Areva de la mine géante d’uranium d’Imouraren a été annoncée le 11 juin dernier par M Hollande, recevant le président du Niger (un ancien cadre d’Areva !), au détriment de l’environnement de ce pays et en déplaçant des populations présentes depuis la nuit des temps. Il s’agit clairement de la continuation pure et simple de la politique néocoloniale connue sous le nom de la Françafrique.

Hormis la question cruciale du nucléaire, le gouvernement Hollande-Ayrault se distingue par une recherche vaine et absurde de la "croissance", sans comprendre que celle-ci ne reviendra jamais sur une planète – en particulier dans les pays industrialisés – dont les ressources sont en voie d’épuisement.

D’ailleurs, la continuation de projets aussi absurdes que gigantesques, comme l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, montre bien l’aveuglement total des politiques qui sont hélas poursuivies par le nouveau gouvernement.

Enfin, le récent "débarquement" de Mme Bricq du ministère de l’écologie a montré que le gouvernement privilégiait les intérêts des multinationales du pétrole au détriment de la protection de l’environnement et du développement des énergies renouvelables.

La présence au gouvernement de deux ministres dits écologistes ne fait plus illusion puisque l’une – Cécile Duflot – a apporté sa caution au débarquement de Mme Bricq, et l’autre – Pascal Canfin – n’a pas démissionné après la décision d’exploitation de la mine d’Imouraren, évènement qui concerne directement son portefeuille (le "Développement").

Les groupes parlementaires écologistes à l’Assemblée nationale et au Sénat ont été consentis par le Parti socialiste. En votant la confiance à ce gouvernement qui bafoue tous les engagements écologistes, les parlementaires d’EELV confirmeront qu’ils sont totalement soumis au PS… et uniquement préoccupés par leurs carrières politiciennes.

Stéphane Lhomme
3 juillet 2012


Communiqué. Soutien du NPA aux opposants à la ligne THT

14 juin 2012

Le NPA Basse Normandie salue et soutient la démission collective de la majorité du conseil municipal du Chefresne s’opposant à la construction de la ligne THT Cotentin-Maine.

Refusant d’organiser les élections législatives du 10 juin (décision prise lors du conseil municipal extraordinaire vendredi 8 juin suite à la mise en garde à vue de cinq militant-e-s, dont Jean-Claude Bossard maire du Chefresne), après réquisition par le préfet, cette majorité du conseil municipal a présenté sa démission.

Le changement, c’est maintenant!

De nombreux blocages de chantiers de constructions de pylônes THT ont eu lieu pendant la gouvernance Sarkozy. AucunE militantE anti-THT n’avait été jusqu’alors poursuiviE pour ces actions légitimes de désobéissance civile. Pour la première fois, ce mercredi 30 juin, cinq militantEs – dont le maire du Chefresne – ont été misEs en garde à vue pendant plus de onze heures. Aucune charge crédible n’a pu être reconnue à leur encontre, leur garde à vue se solde donc par une simple "poursuite d’enquête" qui a de très minimes chances d’aboutir. Ces gardes à vue étaient donc totalement illégitimes et avaient uniquement pour but de criminaliser et d’intimider les opposantEs au chantier de ligne THT.

Le NPA apporte son soutien inconditionnel à touTEs les opposantEs à la ligne THT et réaffirme son opposition à la construction du réacteur EPR à Flamanville.

Nous appelons à la mobilisation la plus massive possible lors des journées de résistance à la ligne THT du 22 au 24 juin.

Le NPA revendique la nationalisation des entreprises de l’énergie – Areva, Edf, Gdf-Suez, Total…- afin de créer un service public de l’énergie ayant pour vocation première de sortir du nucléaire en moins de dix ans, puis de sortir des énergies fossiles, en favorisant la sobriété, les économies d’énergie et la production d’électricité d’origine renouvelable.


A l’ordre du jour : la relance… de la destruction sociale et écologique ! par Daniel Tanuro (24 mai 2012)

6 juin 2012

La croissance a refait surface dans le discours politique. La Confédération Européenne des Syndicats (CES) la réclame depuis plusieurs années. François Hollande en a fait un thème majeur de sa campagne électorale. Les sociaux-démocrates la demandent dans tous les pays, notamment en Allemagne. La droite s’y met également, notamment par la bouche de Mario Draghi – le président de la Banque Centrale Européenne – et d’Herman Van Rompuy – le Président du Conseil. Même Angela Merkel concède du bout des lèvres que l’austérité ne suffit pas, il faut relancer la croissance…

« Dans le contexte des réformes »

La CES a tort de voir de se réjouir de ces développements (1) : c’est de relance dans le cadre de l’austérité néolibérale qu’il s’agit. Limitée par l’ampleur des déficits et soumise à la loi du profit, cette très hypothétique relance ne supprimera pas le chômage de masse, servira de prétexte à de nouvelles attaques antisociales et antidémocratiques, et aggravera la crise écologique. Plutôt que de se laisser abuser par les effets d’annonce de ce (mini) changement dans la continuité, il faut y voir un encouragement à intensifier la lutte et construire des rapports de forces en vue d’une alternative digne de ce nom : un autre modèle de développement, à la fois social et écologique, basé non sur la croissance mais sur le partage du travail et des richesses, dans le respect des limites environnementales.

« Il y a maintenant un consensus de plus en plus net sur le fait qu’il faut en faire plus pour créer de la croissance et des emplois dans le contexte des réformes budgétaires et structurelles » engagées en Europe. Cette déclaration du Président Obama au récent sommet du G8 montre clairement les limites des gesticulations sur la relance. Le fond du problème en effet est l’impasse profonde dans laquelle patauge le système capitaliste mondial. Cette impasse peut être schématisée par une formule simple : d’une part il n’est pas possible de revenir au modèle keynésien des Trente Glorieuses (étant donné la masse des dettes, cela nécessiterait une redistribution radicale des richesses) ; d’autre part le modèle néolibéral qui a permis de rétablir spectaculairement le taux de profit a déraillé en 2008 et ne peut pas être remis en route (parce que la hausse de l’endettement ne permet plus d’assurer des débouchés artificiels au capital).

Il faudrait un troisième modèle, mais il n’y en a pas, le capitalisme n’existe que sous ces deux variantes : soit la régulation, soit ce que Michel Husson a fort élégamment appelé le « pur capitalisme » (2). Dès lors, les classes dominantes, en particulier en Europe, n’ont d’autre solution que la fuite en avant néolibérale, c’est-à-dire la destruction implacable des restes de « l’Etat providence », ce qui, vu la résistance sociale, nécessite à son tour le glissement rapide vers un régime politique semi-despotique. C’est uniquement dans la mesure où cette vaste offensive de régression sociale et démocratique livrera les résultats escomptés que des marges budgétaires seront disponibles pour la dite « politique de croissance ». C’est cela qu’Obama veut dire lorsqu’il précise que cette politique est à mener « dans le contexte des réformes budgétaires et structurelles ». Les indications données par Mario Draghi explicitent ce dont il s’agit : réforme du marché du travail, réduction du « coût salarial », flexibilité et précarité accrues, allongement de la carrière professionnelle… (3)

Des marges ? Quelles marges ?

Il serait criminel de s’y tromper : c’est la guerre qui continue. Une guerre de classe impitoyable, comme l’a reconnu le milliardaire américain Warren Buffet. Elle n’est pas près de se terminer. Vu l’énorme masse de dettes privées transformées en dettes publiques, vu la résistance à laquelle le monde du travail est acculé et vu la profonde crise du régime politique qui gagne tous les pays les uns après les autres, les marges budgétaires disponibles pour la relance ne peuvent être que très limitées.

A supposer que l’Allemagne consente (ce serait étonnant) à mutualiser les dettes à travers un mécanisme d’euro-obligations, ces eurobonds n’apporteraient guère de marge de manœuvre, car ils renchériraient les coûts de financement des pays « sains » du Nord de l’Europe autant qu’ils allégeraient ceux des pays malades du Sud du continent. Quoi d’autre ? Laisser filer les déficits ? Lâcher la bride à l’inflation ? Les « marchés » s’y opposent, et ils ont les moyens d’imposer leurs volontés. Les « project bonds » avec lesquels la Commission Européenne veut financer des projets transeuropéens de transport, d’énergie et d’innovation ? Ils ne dégageraient que 230 milliards d’Euros. La recapitalisation de la Banque Européenne d’Investissement (BEI) ? Elle n’est envisagée qu’à hauteur de 10 milliards €… Or, des sommes de cet ordre sont totalement insuffisantes au financement du vaste plan d’investissements publics qui pourrait contribuer à venir à bout du chômage structurel massif.

Ne pas oublier « l’autre crise »

Dans ce contexte, la gauche a tendance à oublier quelque peu la crise écologique. Vu l’urgence sociale, c’est une erreur bien compréhensible, mais il s’agit cependant d’une erreur sérieuse. Il s’agit en effet de ne pas perdre de vue que les contraintes écologiques constituent un facteur majeur et radicalement nouveau de la situation sociale. Un facteur incontournable car une stratégie sociale et économique qui n’offrirait pas en même temps une issue à la destruction environnementale confronterait immanquablement les exploité-e-s à des problèmes et des souffrances supplémentaires.

De quoi s’agit-il ? En premier lieu de l’angoissant défi climatique/énergétique. Rappelons brièvement les données qui ressortent des rapports du Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC). Pour avoir 50% de chance de ne pas trop dépasser 2°C de hausse de la température de surface de la Terre, il convient de remplir simultanément les conditions suivantes :

- Réduire de 50 à 85% les émissions mondiales de gaz à effet de serre d’ici 2050 ;

- Entamer cette réduction au plus tard en 2015 ;

- Réduire de 80 à 95% par rapport à 1990 les émissions absolues de gaz à effet de serre des pays développés d’ici 2050, en passant par une étape de 25 à 40% d’ici 2020 ;

- Réduire de 15 à 30% les émissions relatives des pays en développement (par rapport aux projections « business as usual »).

Pour prendre la mesure de ce que cela implique, trois éléments doivent être pris en compte : 1°) le dioxyde de carbone est le principal gaz à effet de serre ; 2°) ce CO2 est le produit inévitable de toute combustion de combustibles carbonés, notamment des combustibles fossiles ; 3°) ces combustibles fossiles couvrent 80% des besoins énergétiques de l’humanité.

Dès lors, éviter un changement climatique irréversible (à l’échelle humaine des temps) n’est possible que par un « phasing out » accéléré du charbon, du gaz naturel et du pétrole. Cela nécessite non seulement une formidable transition mondiale vers les énergies renouvelables mais aussi une reconversion des industries pétrochimiques, puisqu’elles sont basées sur le pétrole en tant que matière première. Le potentiel technique des énergies renouvelables est amplement suffisant pour réussir cette transition énergétique, mais leur potentiel économique (c’est-à-dire leur compétitivité par rapport aux fossiles) est et restera fort probablement insuffisant pendant deux à trois décennies. De plus, la transition requiert de gigantesques investissements dans un nouveau système énergétique décentralisé, ces investissements nécessitent de l’énergie et cette énergie, en début de transition… est majoritairement fossile, donc source d’émissions supplémentaires de gaz à effet de serre…

Relance… de la destruction écologique

Conclusion : le capitalisme vert est aussi illusoire que le capitalisme social, et la combinaison des deux relève du wishful thinking pur et simple. Vu l’impératif de la compétitivité et dans un contexte de concurrence, la relance de la croissance capitaliste n’impliquerait pas seulement une accentuation drastique de l’offensive d’austérité néolibérale et un recul concomitant des droits démocratiques, mais aussi une véritable catastrophe éco-sociale d’une ampleur telle que l’imagination peine à en cerner les contours.

Il ne s’agit pas ici de développer des eschatologies mais de prendre au sérieux les projections d’impact réalisées sur base des modèles climatiques, en précisant que celles-ci sont inférieures à la réalité des phénomènes observés. Sur base des engagements actuels des gouvernements (mais seront-ils respectés ?), on peut projeter une augmentation de la température de 3,5 à 4°C dans les quatre-vingts années qui viennent, par rapport à l’ère préindustrielle. Cela fait craindre notamment une hausse d’un mètre ou plus du niveau des océans d’ici la fin du siècle, une intensification drastique des problèmes d’accès à l’eau douce (qui frappent déjà un milliard de personnes environ), une multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes, une perte nette de la productivité agricole à l’échelle mondiale et un déclin accru de la biodiversité. Plus d’un milliard d’êtres humains seront ainsi confrontés à un durcissement de leurs conditions d’existence, et plusieurs centaines de millions seront menacés dans leur existence même. L’immense majorité de ces victimes seront –sont déjà – des pauvres des pays pauvres… qui ne portent pas ou peu de responsabilité dans le changement climatique.

Un autre modèle de développement

L’idée qu’une solution même partielle des problèmes sociaux et écologiques pourrait résulter d’une relance de la croissance est donc à abandonner. C’est le contraire qui est vrai. En particulier, la plaie du chômage de masse permanent – 24 millions de sans-emploi recensés dans l’UE ! – n’est nullement le produit d’un manque de croissance économique : elle résulte de la politique néolibérale qui veut que les gains de productivité sont utilisés pour grossir les profits des actionnaires, et pas pour réduire le temps de travail. Quant à la transition énergétique, elle ne découlera pas d’un mythique capitalisme vert – forcément néolibéral – mais uniquement d’un plan public volontariste d’investissements dans l’efficience énergétique et les renouvelables. Or, dans les délais prescrits par le GIEC, un tel plan n’est pas sérieusement envisageable sans l’annulation de la dette illégitime ainsi que l’appropriation publique des secteurs de la finance et de l’énergie, par des nationalisations sans indemnité ni rachat des gros actionnaires.

Il faut donc rompre avec le néolibéralisme… mais celui-ci est le seul capitalisme réellement existant aujourd’hui. Ce qui est à l’ordre du jour, et peut donner une perspective aux luttes, c’est l’élaboration d’un modèle de développement complètement différent, à l’échelle de l’Europe. Un modèle écosocialiste. Il implique, pour rester sur l’exemple de la lutte contre le chômage, d’oser poser comme point de départ que la création d’emplois passe par la redistribution radicale des revenus, et pas par la croissance. Donc par un affrontement avec le capital, pas par sa « relance ».

Sur le plan environnemental, dans les pays développés, ce modèle de développement passe par le partage des richesses, pas leur augmentation. Il faut même aller plus loin, et oser le mot « décroissance ». Certes pas au sens politico-philosophique que certains donnent à ce terme, mais au sens littéral. En effet, pour les raisons exposés ci-dessus, le « phasing out » des combustibles fossiles en deux générations n’est pas réalisable dans ces pays sans une diminution de la production matérielle et des transports, ce qui implique notamment des choix politiques tels que la suppression des productions inutiles et nuisibles, une vaste relocalisation de l’économie, le passage à une agriculture organique de proximité, etc.

C’est la combinaison de la crise écologique et de la crise sociale qui donne à la crise du capitalisme aujourd’hui une dimension systémique, « civilisationnelle » et historique absolument sans précédent. La gauche, dans son élaboration d’alternatives, se doit d’être à la hauteur de ce défi.

Notes

(1) Dans un communiqué du 30 avril 2012, la CES écrit, à propos de la prise de position du Président de la Banque Centrale Européenne : « En faisant cette proposition, Mario Draghi admet le point de vue défendu de longue date par la CES : l’austérité est une voie sans issue et l’assainissement des finances publiques ne peut être réalisé qu’au travers d’une relance économique et de l’emploi .»

(2) Michel Husson, Un pur capitalisme, Ed. Page Deux, Lausanne, 2008.

(3) Dans son communiqué cité plus haut, la CES se dit « en profond désaccord avec l’idée soutenue par la BCE de baser la croissance sur des réformes du marché du travail : des salaires en baisse et davantage de travail précaire ne produiront pas de relance économique », écrit-elle. En effet. Cependant, au lieu d’en tirer la conclusion anticapitaliste qui s’impose, la CES veut croire à la possibilité d’une relance « basée sur de bons salaires, le dialogue social et la promotion du modèle social européen ». C’est se bercer d’illusions.


Communiqué du NPA. Sortir du nucléaire : ça urge !

8 avril 2012

Le jeudi 5 un incident grave a perturbé le fonctionnement de la centrale de Penly. Cette nouvelle défaillance rendue publique, vient après d’autres restées secrètes, à Saint-Laurent-des-Eaux ou à Cattenom. Elle s’ajoute aussi à l’exposition des salariés à la radioactivité, à leur conditions de travail usantes et dangereuses qui restent dissimulées par tous les défenseurs du nucléaire.

Aujourd’hui le réacteur est arrêté et les conséquences sont limitées. Mais la succession d’incidents plus ou moins graves met en évidence les dangers que représente l’industrie nucléaire et l’urgence qu’il y a à décider et à organiser l’arrêt de l’industrie nucléaire.

Le programme défendu par Philippe Poutou prévoit la sortie du nucléaire en 10 ans, dans le cadre d’un service public de l’énergie favorisant les économies d’énergies, le développant les énergies renouvelables, préservant et développant l’emploi.

Choisir de dire soit « stop », soit « encore » au nucléaire est l’un des enjeux de l’élection présidentielle. Voter Philippe Poutou c’est faire clairement le choix d’un avenir débarrassé du nucléaire et des dangers qu’il fait peser sur les salariés, sur les populations, sur l’environnement et sur l’avenir.

Le 6 avril 2012.


60 000 personnes contre le nucléaire

12 mars 2012

La chaîne humaine contre le nucléaire entre Lyon et Avignon a rassemblé 60 000 personnes. Au moment où Sarkozy fait le serment de « défendre » le nucléaire français, les antinucléaires ont marqué un point en montrant leur force. Philippe Poutou était parmi les manifestants, prônant la sortie du nucléaire en dix ans.

La vallée du Rhône est la région la plus nucléarisée d’Europe, avec ses quatorze réacteurs. La Manche n’est pas loin, avec le réacteur de Flamanville, l’usine de retraitement de déchets de La Hague et le chantier de l’EPR.

Le triste anniversaire de Fukushima se devait d’être l’occasion d’une mobilisation exceptionnelle contre la folie nucléaire. Pari gagné, avec un nombre de participants à la chaîne humaine dépassant les pronostics les plus optimistes ! Une partie de plus en plus grande de la population s’oppose à l’alliance pronucléaire allant de la droite au PS, en passant par le PCF.

Un an après Fukushima, Sarkozy concourt au titre de meilleur défenseur du lobby nucléaire. Le PCF, lui, pleurniche sur le sort des japonais victimes d’une de ces catastrophes qui émaillent l’histoire du nucélaire et réclame une industrie nucléaire 100 % publique. Comme si le nucléaire public était moins dangereux que le nucléaire privé… Qu’en pense « l’antinucléaire » Mélenchon, absent de la manifestation dans la vallée du Rhône ?

Virer le défenseur en chef du lobby nucléaire, sans faire confiance à Hollande… ni à Europe Ecologie Les Verts

Comme Philippe Poutou, Eva Joly était présente elle-aussi dans la manifestation. Elle se contenterait d’une sortie du nucléaire en vingt ans. Elle espère « qu’avec le changement programmé de président et de gouvernement, nous allons travailler sur la sortie du nucléaire ». Comme si sa propre formation politique, Europe Ecologie – Les Verts, n’avait pas signé avec le PS un accord qui ne parle pas de sortie du nucléaire, mais qui retient la seule position du PS : baisser de 75 % à 50 % la part du nucléaire dans la production d’électricité en France… à l’horizon de 2025 ! En matière d’écologie aussi, le projet de gouverner avec le PS signifie se renier soi-même… avant même que tout gouvernement de coalition avec le PS ait vu le jour !

Il faut virer le défenseur en chef du lobby nucléaire, Sarkozy, mais ne faire aucune confiance à Hollande ni à un futur gouvernement du PS avec ou sans EELV : c’est par notre mobilisation, comme dans la vallée du Rhône, que nous imposerons la sortie du nucléaire.


Bientôt 500 parrainages et déjà une campagne dynamique

11 mars 2012

Les militants et les militantes du NPA continuent de s’activer pour rassembler les 500 parrainages nécessaires pour la présentation de Philippe Poutou. Nous lançons un ultime appel aux maires pour qu’ils accordent leur parrainage au candidat qui appelle à s’indigner et à se révolter face à l’injustice du capitalisme.

La date ultime pour la remise des 500 parrainages, c’est le 16 mars. Il reste donc quelques jours pour franchir sans encombre le premier barrage de l’élection présidentielle, pour acquérir le droit d’exposer nos idées.

Sans attendre cette date, Philippe Poutou va à la rencontre des travailleurs et des militant.e.s, syndicalistes dans les boîtes menacées de fermeture, féministes, écologistes.

Le 28 février, il était à Brest, où il a rencontré des représentants syndicaux de la Sobrena, une entreprise de réparation navale "en difficulté" depuis le mois de septembre dernier. Le syndicaliste de chez Ford qu’est Philippe Poutou sait de quoi il parle quand le sujet est la défense de l’emploi et la lutte contre les licenciements. Quelques jours avant, il avait rencontré les travailleurs d’Arcelor-Mittal à Florange et leur avait apporté le soutien du NPA.
A Brest, il rappelle que la priorité du NPA est de "dégager ce gouvernement exécrable", celui de Sarkozy-Fillon-Guéant. Mais sans se faire d’illusion sur François Hollande et son "austérité de gauche". "Nous espérons que ce sera un déclic, que viendront ensuite des luttes sociales et une mobilisation", explique Philippe Poutou. Seules ces luttes et une mobilisation d’ensemble pourront imposer les mesures d’urgence pour se protéger contre la crise : l’augmentation de 300 euros de tous les salaires, l’interdiction des licenciements, le partage du travail pour travailler tous et toutes.

Quelques jours plus tard, Philippe Poutou est à Bure, en Meuse, à l’invitation des opposants au projet d’enfouissement des déchets nucléaires. "Enfin un candidat !", selon un militant local de l’opposition à ce projet. Tous attendent désespérément que les "grands" candidats se déplacent. Philippe Poutou, lui, est venu dire qu’il est contre "l’enfouissement de ces saloperies", et qu’il fait campagne pour sortir du nucléaire : "Le NPA combat le nucléaire. On veut en sortir en dix ans. C’est un choix politique qu’il faut imposer. Cela ne peut se faire que par la résistance. Aujourd’hui tout le monde sait que le nucléaire produit des saloperies. On veut les cacher sous la terre dans un trou pour faire croire que le problème est résolu".

Le 7 mars, interrogé sur l’offensive du gouvernement sur la viande halal, Philippe Poutou dit son écoeurement devant cette "affaire lamentable" à "connotation raciste" qui est faite "pour ne pas parler des choses importantes". Il fait remarquer que "le vrai problème, c’est souvent d’avoir de la viande à manger" pour beaucoup de familles. Le 17 mars, il sera dans la rue, et marchera avec tous les antiracistes et les anticolonialistes à l’appel des associations de défense des droits des étrangers.

Le 8 mars, Philippe Poutou répondait aux questions de militantes féministes, mis sur le grill comme d’autre candidats : François Hollande, Eva Joly et Jean-Luc Mélenchon. Selon le Nouvels Obs, "à l’applaudimètre, c’est le candidat du Nouveau parti anticapitaliste qui remporte le test des féministes, devant Jean-Luc Mélenchon, Eva Joly et François Hollande, eux aussi présents mercredi soir à la Cigale devant des féministes en colère". Philippe Poutou a profité de cette réunion pour rappeler que "les voyous, ceux qui battent les femmes, sont partout. Je rebondis sur l’affaire DSK. Nicolas Sarkozy a tort de penser que les voyous ne sont que dans les banlieues. Ils sont aussi chez les directeurs du CAC40."

Le 16 mars, Philippe Poutou sera à Alençon pour l’annonce officielle de sa candidature, car nous ne doutons pas que les 500 parrainages seront réunis à cette date.

Le 3 avril, il sera à Caen, pour un grand meeting au Centre de congrès.

Rejoignons les comités de soutien à Philippe Poutou pour que la voix des anticapitalistes s’entende très fort !


Le site de campagne de Philippe Poutou.


Le 4-pages de présentation de la campagne de Philippe Poutou.


Le livre de Philippe Poutou, "Un ouvrier, c’est là pour fermer sa gueule !", vient de sortir. Dans toutes les bonnes librairies, et, de préférence, à la librairie La Brèche.

On peut aussi commander le livre auprès des militant.e.s du NPA.

Editions Textuel, collection « Petite Encyclopédie Critique », 48 pages, 5 euros.



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