Inde : « Il faut défendre, sans crainte, le droit des femmes à la liberté ! » , par Kavita Krishnan (4 janvier 2013)

3 janvier 2013

Au milieu de l’indescriptible horreur du viol et de la tentative d’assassinat (consommés le 27 décembre 2012 lorsque la victime est décédée) à la Nouvelle Delhi, il existe une lueur d’espoir que nous voulons nourrir et tenir entre les mains pour qu’elle ne s’éteigne pas, pour qu’elle puisse devenir une forte flamme qui puisse s’étendre comme un feu de forêt.

Une jeune femme de 23 ans, étudiante en physiothérapie, est montée dans un autobus à la Nouvelle Delhi, avec un ami. Ils étaient seuls dans l’autobus, à l’exception d’un groupe d’hommes qui se sont mis à lui lancer des quolibets parce qu’elle se trouvait seule avec un homme à cette heure de la nuit. Ni elle ni son ami n’ont accepté ces railleries sans réagir. Finalement, le groupe d’hommes a décidé «de leur donner une leçon». Ils ont tabassé l’ami jusqu’à le laisser sans connaissance. Et ils ont violé la jeune femme en groupe, en la frappant avec sadisme et en la laissant avec les intestins déchirés.

L’espoir vient du grand nombre de personnes qui ont protesté publiquement suite à ce crime. Cela fait du bien de voir la colère spontanée et la détermination de placer les violeurs devant la justice. Mais c’était encore mieux de constater la volonté de diriger cette colère contre une société et une culture qui justifient l’outrage et le viol sexuels. La volonté populaire – celle de ces femmes et de ces hommes – d’exposer les racines de la violence sexuelle et d’y mettre un terme inspire plus d’espoir et de confiance que toute la rhétorique flamboyante des députés au Parlement.

Défier la culture du viol

Une des femmes qui a vu la vidéo de notre manifestation de protestation et des discours des militants devant la maison de la ministre en chef de Delhi, Sheila Dixit, m’a écrit pour me dire combien ces protestations l’avaient touchée: «Des femmes plus jeunes m’ont écrit, elles étaient complètement angoissées parce que leurs parents sont en train d’utiliser le cas de viol collectif de Delhi comme un exemple de ce qui peut se passer quand on sort « se promener ». Et on ne leur laisse déjà rien faire: ni avoir une conversation avec des amis hommes, ni aller à l’université de leur choix. Le fait de voir votre manifestation m’a rempli d’espoir et de solidarité».

La violence sexuelle est, de fait, une manière d’imposer la discipline patriarcale aux femmes. Les femmes qui la défient sont châtiées par le viol pour leur «témérité». La violence sexuelle fonctionne comme un censeur interne permanent des décisions des femmes. La «protection» contre la violence sexuelle adopte en général elle aussi la forme de restrictions qu’on impose aux femmes: le couvre-feu dans les maisons universitaires en est l’exemple le plus répandu, avec les codes vestimentaires, l’interdiction de téléphones mobiles, les restrictions de leur liberté de mouvement et de leurs amitiés (en particulier des amis hommes), les obstacles à leur immatriculation dans une université éloignée de chez elles et ainsi de suite. Aussi bien la violence sexuelle que les mesures censées les combattre puent le patriarcat, il n’est donc pas étonnant que les femmes se sentent asphyxiées.

Il y a quelques années, lorsque la journaliste Sowmya Visvanathan a été assassinée par balles, le ministre en chef de la Nouvelle Delhi a expliqué que Sowmya s’était montrée «effrontée» en se trouvant dans la rue à 3 heures du matin. Le récent commissaire en chef de la police de Delhi a déclaré lors d’une conférence de presse: «Si les femmes sortent seules à 2 heures du matin, elles n’ont pas à se plaindre de leur insécurité. Elles n’ont qu’à se faire accompagner par leur frère ou par un chauffeur». Ces déclarations ont évidemment été reçues par une salve de protestations. Beaucoup de gens ont rappelé que les femmes qui travaillent n’ont souvent d’autre solution que de sortir tard la nuit. Dans le cas présent, les leaders parlementaires du Bharatiya Janata Parti (BJP – Parti du peuple indien, nationaliste-hindouiste) ont dit que la victime n’avait rien fait de «bizarre», qu’elle n’était pas sortie très tard la nuit. Une chaîne de télévision nationale anglophone, en se référant au cas de viol à Delhi, répétait: «elle n’était pas vêtue de manière provocante… Il n’était pas tard la nuit…Elle n’était pas seule».

L’idée qui se dégage est claire: que les femmes ne doivent pas sortir la nuit sans avoir de bonnes raisons, elles doivent s’habiller de manière «non provocante». Qu’il est acceptable d’attendre qu’elles limitent leur liberté de mouvement et leur manière de s’habiller «pour leur sécurité». Qu’il est acceptable de mettre les femmes ayant subi des violences sexuelles sur le banc des accusées et d’exiger qu’elles «se justifient». Autrement dit, on accepte très facilement que les femmes doivent démontrer qu’elles n’ont pas «incité» à leur propre viol.

Mais, au cours des protestations, il a été réconfortant de voir et d’entendre beaucoup de femmes défier cette culture du viol: une culture qui justifie le viol et accuse les femmes «d’inciter» au viol ou de le «provoquer». Sur une pancarte, on pouvait lire:«Ne m’apprends pas comment je dois m’habiller, apprend plutôt à tes fils à ne pas violer». Sur une autre on pouvait lire: «Mon courage est plus long que ma jupe, ma voix plus éclatante que mes habits». Et sur une troisième, écrite à la main par une étudiante qui manifestait probablement pour la première fois, on lisait: «Il l’a violée parce que ses habits le provoquaient? Je lui casse la figure parce que sa bêtise me provoque!».

Lorsqu’on offre aux femmes une «protection» en termes patriarcaux (en leur imposant des restrictions et des règles), c’est le moment de dire: «Non. Merci. Nous n’avons pas besoin de mesures de sécurité patriarcales pour les femmes». Par contre, nous devons exiger que le gouvernement, la police, les juges et d’autres institutions, défendent le droit inconditionnel des femmes à être effrontées, à s’habiller, à se mouvoir et à se comporter librement n’importe quand, de jour comme de nuit, qu’elles aient besoin de le faire ou non, sans craindre de subir de violence sexuelle. Après tout, cette liberté de faire ce qu’ils veulent et d’être en sécurité dans l’espace public est quelque chose que les hommes considèrent comme étant tout à fait normal pour eux. L’audace des hommes est constamment vantée dans la culture populaire.

«Protection» patriarcale et «honneur»

Dans la récente campagne publicitaire de la police de Delhi contre la violence sexuelle on est interpellé par l’absence de femmes. On y voit l’acteur et directeur de cinéma Farhan Akhtar dire: «Fais de Delhi un lieu sûr pour les femmes. Es-tu suffisamment homme pour te joindre à moi?». Une autre annonce que la police de Delhi utilise depuis plusieurs années montre la photo d’une femme harcelée par un groupe d’hommes, alors que d’autres hommes et femmes se contentent de regarder. L’annonce proclame: «Il n’y a pas d’hommes dans cette photo… sinon ceci ne se passerait pas», et demande instamment aux «vrais hommes» de «la sauver de la honte et de la douleur». On suggère ainsi que les harceleurs ne sont pas de «vrais hommes», que les femmes qui subissent le harcèlement ressentent de la honte (plutôt que de la colère), et que seuls les «vrais hommes» peuvent protéger les femmes. Il n’y a pas la moindre tentative de la part de l’administration de l’Etat de défendre ou de propager une conception selon laquelle les femmes doivent être libres et avoir des droits.

Or, c’est une célébration du machisme qui est ainsi répandue dans ces messages, alors qu’en fait c’est précisément celui-ci qui est à l’origine du problème de la violence contre les femmes. Le viol n’est pas la seule forme de violence contre les femmes. Récemment il y a eu une série d’incidents dans différentes parties du pays, dans lesquels un père ou un frère ont coupé la tête à une femme parce qu’elle avait eu une aventure extra-maritale ou parce qu’elle s’était mariée en dehors de sa caste.

Un homme du district de Dharmapuri, dans le Tamil Nandu [Etat du sud de l’Inde] s’est suicidé lorsque sa fille a épousé un dalit (intouchable), déchaînant une vague de violence contre toute la communauté dalit. On exhorte les hommes à défendre «l’honneur» des femmes contre la «honte». Or, lorsqu’ils surveillent les relations de leurs sœurs ou filles – y compris au point de les assassiner si elles les défient – ne prétendent-ils pas agir pour défendre l’«honneur»?

Il y a aussi l’idée que le viol dépossède la femme son «honneur». On raconte que les reines de Rajpout préféraient être brûlées vives en masse plutôt que d’être violées par les armées conquérantes. Un des facteurs qui explique le grand nombre de suicides de femmes suite à un viol est sans doute le fait qu’on les persuade que leur vie est désormais «ruinée», et qu’il ne vaut pas la peine de continuer à vivre.

En parlant devant le Parlement, le dirigeant du BJP, Sushma Swaraj, a déclaré que même si la victime du viol à Delhi survivait, elle ne serait plus qu’une zinda laash, c’est-à-dire un «cadavre vivant». En réponse à cette déclaration, une étudiante de l’université de Jawaharlaj Nehru qui participait à une veillée à Safdarjung, a riposté ainsi: «Nous sommes venues ici pour que la victime du viol sache que nous sommes avec elle. Nous sommes indignées par la déclaration de Sushma Swaraj selon laquelle une femme violée n’est plus qu’une zinda laash. Nous sommes ici pour dire que nous espérons qu’elle vivra pleinement sa vie, avec la tête haute, et que ce sont les violeurs et non la survivante qui devraient souffrir et se sentir humiliés».

Il faut mettre un terme aux viols sous garde, de «voisinage» et de caste

L’indignation et la colère suscitées par le viol et la tentative d’assassinat d’une jeune femme à Delhi sont les bienvenues. Mais l’indignation, la solidarité et la lutte pour la justice devraient également s’étendre aux victimes des viols sous garde, vicinaux et de caste.

• En 2004, Thanjam Manorama Chanu de l’Etat de Manipour (nord-est de l’Inde) a été violée et assassinée (par des tirs dans ses parties intimes) par des soldats de la force paramilitaire Assam rifles. Les auteurs de cet horrible viol et assassinat n’ont pas été punis: le gouvernement indien a protégé les auteurs en affirmant que d’après la Loi sur les pouvoirs spéciaux des forces armées, les membres de l’armée ne pouvaient pas être jugés.

• En 2009, deux jeunes femmes, Neelofer et Aasiya (celle dernière était collégienne), ont été violées et assassinées par les membres de l’armée à Shopian, au Cachemire. L’administration de l’Etat s’est rendue complice d’une énorme dissimulation. Les auteurs sont toujours en liberté.

• Récemment la jeune enseignante adivasi (indigène, «aborigène» de l’Inde), Soni Sori, a été violée par des agents de la police de Chattisgarh qui ont inséré des cailloux dans ses parties intimes. Mais au lieu d’être arrêté et puni, le sergent de police Ankit Garg a reçu le Prix présidentiel de la bravoure lors de la Journée de la République. Soni Sori reste détenue et humiliée dans une prison de Raipour, sous la garde de ses violeurs.

• D’innombrables femmes dalit ont été violées dans tout le pays par des hommes de castes supérieures et les milices du BJP. Des membres de la Rashtriya Swayamsevak Sangh (organisation de droite hindoue hyper-chauviniste) ont violé des femmes musulmanes au cours du génocide du Gujarat en 2002.

L’uniforme de police ou de l’armée et la supériorité de caste ou dans la communauté ne peuvent pas servir d’excuse pour le viol et le meurtre. Si le viol de Delhi a remué la conscience des gens face à la violence sexuelle, nous devrions nous assurer aussi que les voix de Manorama, de Neelofer, de Asiya, de Soni, de Priyanka Bhotmange (Khairlanji) et de Bilkis Bano (Goujarat) – et de beaucoup d’autres – qui demandent justice, soient elles aussi entendues.

Diaboliser les pauvres

Assaillis par l’indignation populaire, la police et la ministre en chef de Delhi, Sheila Dixit, sont en train d’utiliser le vieux truc de «l’ennemi extérieur»: les travailleurs immigrés. Et certains autres tentent également de canaliser la colère suscitée par la violence sexuelle vers la haine de classe contre les immigrés pauvres.

Dans un entretien télévisé, Dixit a affirmé que la situation à Delhi avait changé suite à l’afflux d’immigrés qui pouvaient «attaquer et fuir», rendant plus difficile la lutte contre ce genre de crime contre les femmes dans la ville. Le quotidien anglophone The Times of India a publié, le 20 décembre 2012, un récit sur la façon dont «les immigrés» sortent «à la chasse» la nuit à Delhi. L’article cite comme source un «haut responsable de la police de Delhi», en insinuant que les immigrés seraient plus enclins à la délinquance et au viol puisqu’ils se trouvent «loin de leurs familles pendant des années. Ils se sentent attirés par les plaisirs de la grande ville, mais ont peu de moyens d’en profiter.»

Un article d’opinion dans le The Times of India du même jour, signé par Tuhin A. Sinha, affirme: «Une grande partie de la population masculine doit vivre loin de leur épouse pour gagner sa vie. C’est ce groupe qui a démontré la plus grande tendance aux délits de genre. Dans cette situation, il serait sensé de légaliser la prostitution.»

Or, si on prend au pied de la lettre cet article où sont donc les femmes immigrées ou les épouses de migrants séparées de leurs maris qui violeraient les gens? N’est-ce pas une justification honteuse du viol que de suggérer qu’il est motivé par l’appétit sexuel des hommes? Si les hommes sont susceptibles de violer des femmes quand ils sont privés d’accès à leur épouse ou à une travailleuse du sexe, cela signifie-t-il que les destinataires habituels de la violence seraient leurs épouses ou une travailleuse du sexe ? Pour combattre le viol suffirait-il de fournir un approvisionnement stable en sexe: des femmes comme marchandise à tous les hommes ? Ou devons-nous reconnaître que le viol est un acte de violence patriarcal, affirmer la citoyenneté des femmes et remettre en question la notion de la femme en tant que «pourvoyeuse» de services sexuels ou domestiques ?

Des idées fausses

The Times of India a lancé une campagne qui, entre autres, prône la castration chimique. Mais il serait beaucoup plus utile à la campagne contre la violence sexuelle que le journal cesse de justifier les viols en en imputant la faute à la «faim» sexuelle masculine. La défense de la castration chimique et les autres moyens mis en avant se fondent sur l’idée erronée que le viol serait motivé par le désir sexuel. En réalité, le viol est motivé non pas par le désir, mais par la haine des femmes. On suspecte d’ailleurs que les violeurs en série célèbres, tels que le Britannique Robert Napper ou Jack l’éventreur, étaient probablement impuissants.

Il est consternant que seuls 26% des violeurs sont punis. Il faut mettre un terme à l’impunité et faire en sorte que le 100% des violeurs soient punis.

Il est évident que ceux qui perpètrent des violences sexuelles jouissent d’un sentiment d’impunité, de la certitude qu’ils resteront impunis. Les faits parlent d’eux-mêmes: d’après le Bureau national de statistique criminelle (NCRB), les données montrent que les cas de viol dans le pays ont augmenté de 791% depuis 1971 (les assassinats de 240%, les vols de 178% et les enlèvements de 630%).

Par contre, les taux de condamnations pour viol ont baissé de 41% en 1971 à 27% en 2010. Le taux de condamnations pour d’autres délits contre les femmes – assassinats pour manque de dot, cruauté de l’époux ou des proches, trafics, abus sexuels, harcèlements sexuels et enlèvements – est également très bas. La raison en est que les forces de police, les hôpitaux et les tribunaux ne se montrent pas du tout équitables à l’égard des femmes et agissent avec un biais de genre évident.

Rappelons que ce taux très bas de condamnations (26%) concerne les cas où l’on a présenté une «première dénonciation d’information» (FIR). Le viol est le délit qui est le moins dénoncé: les enquêtes montrent que pour chaque cas de viol dénoncé il y a plus de 50 qui ne le sont pas. Dans des centaines de cas, la police a tout simplement refusé de rédiger un FIR ou a fait pression sur la dénonciatrice pour qu’elle retire sa dénonciation. S’il faut se battre pendant plusieurs jours pour obtenir un FIR, on peut imaginer que l’urgence n’est pas non plus de mise lorsqu’il s’agit de recueillir des preuvesmédico-légales.

L’examen médical pratiqué à l’hôpital est encore une épreuve pénible. Les médecins pratiquent le plus souvent la «preuve des deux doigts»: l’insertion de deux doigts dans le vagin de la femme pour établir si elle est ou non «habituée à l’activité sexuelle». Cette pratique a été condamnée par le Tribunal Suprême qui a souligné que l’activité sexuelle antérieure de la victime était hors de propos, mais cette «preuve» continue néanmoins à être admise devant les tribunaux ordinaires.

Les procédures judiciaires durent deux ans, ce qui permet aux personnes accusées de viol d’exercer toutes sortes de pressions sur la dénonciatrice et sur les témoins. Ce long calvaire épuise la demandeuse qui finit souvent par reconnaître sa défaite. Et dans les cas qui arrivent jusqu’au jugement, on soumet la dénonciatrice à toutes sortes de questions humiliantes, en public.

On sait que les tribunaux ont dicté soutes sortes de sentences biaisées et partiales dans des cas de viol. Même lorsque le juge a de la sympathie pour la victime et se montre sensible, la mauvaise qualité du travail d’investigation de la police et le laisser-aller du ministère public se combinent pour soustraire le violeur à une condamnation.

L’ennemi intime

Au milieu de l’indignation nationale contre le viol, il est très facile d’oublier que les violeurs ne constituent pas dans notre société une «espèce exotique» qui pourrait être exterminée. Les violeurs ne sont pas toujours des étrangers sans visage: dans la plupart des cas, en fait dans 90% des cas, il s’agit de pères, de frères, d’oncles et des voisins de la victime, autrement dit de gens connus, de confiance, que la victime est censée respecter et obéir.

Selon les statistiques de 2011 du NCRB portant sur tous les cas de viol dénoncés en Inde, «les violeurs étaient connus par les victimes en 22’549 cas (soit 94,2%)« , « les parents, proches étaient concernés dans 1’2% (soit 267 sur 22’549) de ces cas, les voisins dans 34% (7’835 sur 22’549) et de la famille éloignée dans 6,9% (1’560 sur 22’549) des cas».

En d’autres termes, les violeurs ne sont pas des êtres à part, ils font partie de la société. Ils ne sont pas nés violeurs, ils le sont devenus dans une société qui déprécie et subordonne les femmes.

Le mécanisme préventif le plus important contre la violence sexuelle et d’autres formes de violences contre les femmes – les crimes d’«honneur», les avortements sélectifs selon le sexe, la violence domestique, ou celle liée à la dot, le harcèlement sexuel – est celui que le mouvement des femmes est en train de mettre en pratique en combattant les attitudes patriarcales et la subordination des femmes; en affirmant la citoyenneté des femmes et leur droit à une pleine liberté, en exigeant la pleine égalité de la femme.

Le problème est que les gouvernements, les partis politiques dominants et la machinerie étatique restent hostiles à la lutte des mouvements de femmes, préférant chaque fois prendre le parti des forces patriarcales.

Ceux qui perpètrent des violences sexuelles ne doivent pas pouvoir continuer sans avoir à craindre d’être punis !

Il y a une série de mesures pour des changements à tous les niveaux du système que nous devons exiger immédiatement :

• Des lois en faveur des femmes, des punitions rapides et efficaces: il faut convoquer rapidement une session spéciale du Parlement pour promouvoir des lois complètes contre les agressions sexuelles (y compris des dispositions sur le viol marital et le viol par des forces de sécurité), le harcèlement sexuel et les crimes d’«honneur», en consultation avec le mouvement de femmes.

• Le pouvoir judiciaire: il faut que des jugements rapides soient instruits pour tous les cas de violence sexuelle (pas seulement pour le viol mais aussi pour le harcèlement), avec des sentences qui soient émises dans un délai de 3 mois. Tout juge qui aurait fait des commentaires ou émis des sentences justifiant la violence contre les femmes et contre l’égalité des genres doit être révoqué.

• La police: des cours de formation sur le genre doivent être donnés dans tous les commissariats de police, y compris des instructions de procédure et de formation pour gérer les plaintes de viol, une infrastructure adéquate et des équipes d’enquête pour viol qui soient disponibles dans tous les commissariats de police. Des mesures disciplinaires, y compris la révocation, doivent être prises en cas de non-acceptation de dénonciations de harcèlement sexuel ou de viol.

• Hôpitaux: des salles séparées doivent être disponibles pour la consultation médicale et psychologique des victimes de viol et une infrastructure adéquate pour le développement de recherches de médecine légale doit être créée dans les hôpitaux.

• Mettre un terme à la culture de justification de la violence de genre: une tolérance zéro pour toute justification de violence sexuelle, de crimes d’«honneur» et de violence domestique. Les fonctionnaires publics, y compris les représentants élus, les policiers ou les juges qui culpabiliseraient la victime doivent être révoqués.

• Soutien: un soutien social, une assistance médicale, juridique, psychologique et économique – financés par le gouvernement – pour les victimes de viol.

• Prévention et éducation: l’égalité de genre doit faire partie intégrante du plan d’études qui sera élaboré en consultation – cela à niveau national – avec les activistes du mouvement de femmes. L’objectif doit être la remise en question frontale des attitudes patriarcales, de la misogynie et de l’hostilité à l’égard de la liberté et des droits des femmes.

Lorsque le déni de la justice dans des cas de violence sexuelle est la norme et non l’exception, il ne faut pas s’étonner que quelques femmes courageuses aient été poussées à des actes désespérés pour échapper à la violence. Kiranjit Ahluwalia, une immigrée indienne en Grande-Bretagne, a brûlé son mari qui la maltraitait sans cesse. Il y a quelques années, un groupe de femmes des bidonvilles de Nagpur [ville dans le centre de l’Inde] a tué un violeur en série dans le tribunal même. Rupam Pathak, une enseignante au Bihar, a poignardé à mort un député du BJP parce que la police n’avait rien entrepris contre lui, alors qu’il avait été dénoncé pour viol.

Il est ironique que la dirigeante du BJP, Smiriti Irani, ait déclaré qu’elle tuerait à coups de fusils les violeurs sans se soucier de la loi, alors que dans le même temps les dirigeants de son propre parti accusaient Rupam d’immoralité et que, grâce au gouvernement de coalition au Bihar auquel ils participaient, Rupam ait été condamnée à perpétuité au cours d’un jugement rapide, alors que l’enquête suite à sa dénonciation de viol est encore en cours.

Dans un contexte où les violeurs n’ont pas à craindre d’être punis à cause du taux honteusement bas de condamnations, il est peu probable que la peine de mort pour viol ait le moindre pouvoir de dissuasion.

Le viol est une manière patriarcale de punir les femmes pour ce qu’elles sont, de les punir pour exiger l’égalité et la liberté, et une manière de réaffirmer la domination masculine. Les violeurs ne «désirent» pas les femmes, ils les haïssent et craignent leur liberté.

Lorsque les gens sortent dans la rue pour exiger justice pour les victimes de la violence sexuelle, nous devons crier nos mots d’ordre: «Défendons le droit des femmes à la liberté sans crainte! Une punition rapide et effective pour les violeurs! Luttons et gagnons l’égalité et la dignité pour les femmes!»

Post-scriptum

Je ne suis absolument pas d’accord avec Arundhati Roy lorsqu’elle pense que ces manifestations ont éclaté uniquement parce que la victime appartenait à la classe moyenne. Les femmes de la classe moyenne n’ont habituellement pas ce type de solidarité! Elles sont, plus que d’autres, accusées d’être victimes «illégitimes» parce qu’elles boivent, fument, s’habillent de façon sexy, etc.

Si dans la capitale du pays une femme de la classe moyenne peut être victime d’une violence aussi horrible, que doivent subir les femmes des castes opprimées, de la classe ouvrière, des minorités religieuses, des nationalités opprimées ou les adivasi, qui sont encore plus impuissantes face à la violence de genre? Si nous nous opposons à la hiérarchie de la violence cela ne signifie pas que nous acceptions une hiérarchie inverse: le viol n’est pas «moins» un viol lorsqu’il s’agit d’une femme de la classe moyenne.

Il n’y a aucune raison pour que cette solidarité qui a surgi ne s’étende pas aux dalits, aux minorités et aux femmes adivasi. Lorsque j’ai évoqué Soni Sori et Nilofer Aasiya dans les manifestations, des milliers de personnes qui ont crié «honte!».

Il est vrai qu’il existe une campagne (principalement du gouvernement de Delhi, de la police et du journal The Times of India) contre les travailleurs immigrés et les habitants des bidonvilles. Mais pourquoi supposer (comme Arundati semble le faire) que tous les manifestants dans la rue incriminent les pauvres?

(Traduction A l’Encontre http://www.alencontre.org)

Kavita Krisnan est la secrétaire générale de l’Association progressiste Pan-indienne de femmes (AIPWA) On peut voir son intervention dans la manifestation à la Nouvelle Delhi sur YouTube.


Inde, Mali : la révolte des femmes

31 décembre 2012

« Le viol de trop » à New Delhi a provoqué l’indignation. Des dizaines de milliers de femmes ont protesté dans la rue contre les violences qu’elles subissent. Au Mali, les femmes touareg luttent pour leurs droits face aux agissements du groupe islamiste Ansar Dine.

En Inde, la colère a succédé à l’émotion. La jeune étudiante violée et battue a perdu la vie et cela n’a pas qu’amplifier encore l’indignation qui s’est emparé d’une grande partie de la population. Pour la première fois de leur vie, des milliers de femmes sont descendues dans la rue pour crier leur révolte. Non contents de rester inertes face aux violences faites aux femmes, police et gouvernement n’ont rien trouvé de mieux à faire qu’interdire et réprimer violemment les manifestations. Selon l’AFP, « dimanche, dans une affaire distincte, un journaliste de 36 ans a été tué par balle à Imphal (nord-est), lors d’une manifestation de soutien à une actrice victime de violences sexuelles, alors que la police avait ouvert le feu » (lire l’article).

En Inde, les condamnations pour viols sont rares. A Delhi, les 635 viols enregistrés cette année n’ont donné lieu qu’à une seule condamnation. Les appels à instaurer la peine de mort, lancés dans certains milieux, notamment dans les médias qui se sont emparés de l’affaire, empêchent de poser les bonnes questions sur le rôle de la police et de la justice, mais aussi des politiciens professionnels, dont bon nombre exercent un mandat au Parlement fédéral ou dans les chambres provinciales tout en étant accusés de vols, viols ou meurtres (lire l’article de Françoise Chipaux).

Lire aussi le communiqué du NPA.

Au Mali, Ansar Dine menace les femmes d’une régression considérable : obligation de porter le voile, exclusion de l’activité économique… Une journaliste a rapporté les témoignages de leur révolte, et notamment d’une de leur manifestation attaquée par des membres du groupe islamique. Une militante s’exprime ainsi : « Avant, jamais les femmes n’avaient été battues car, dans la culture touareg, lorsqu’une femme est battue pas son mari, ceci entraîne directement le divorce. (…) Nous sommes fatiguées, les femmes sont fatiguées. Elles ne peuvent plus aller dehors. Elles ne peuvent plus travailler. Elles ne peuvent plus se rencontrer et faire la fête entre elles. Ansar Dine se mêle uniquement des affaires des femmes en leur disant de faire ceci et de ne pas faire cela. » Comme le dit un militant d’Amnesty International, au travers des règles vestimentaires que tente d’imposer Ansar Dine au nom de la charia, l’enjeu est de « domestiquer le corps des femmes ». Mais au Mali les femmes refusent « l’instrumentalisation des violences faites aux femmes pour justifier l’ingérence et les guerres de convoitise des richesses de leurs pays ». Dans un appel récent, une quarantaine d’entre elles refusent toute « guerre par procuration » et affirment lutter contre « trois formes de fondamentalisme : le religieux à travers l’islam radical ; l’économique à travers le tout marché ; le politique à travers la démocratie formelle, corrompue et corruptrice. »

En Afrique du Sud, les événements en Inde provoquent un « examen de conscience », selon le correspondant du Monde (lire l’article). L’Afrique du Sud est connue par son degré de violence. Ce qui l’est moins, c’est que les femmes sont parmi les principales victimes. Hélas, Zwelinzima Vavi, le secrétaire général du syndicat COSATU – proche de l’ANC au pouvoir – parle de « dégénérescence des valeurs morales aujourd’hui » en parlant de cette violence, au lieu de voir dans les violences faites aux femmes une des formes les plus terribles de la violence sociale qui s’exerce dans toute la société. En Afrique du Sud plus qu’ailleurs, seules les femmes prenant en main leur destin elle-mêmes pourront venir à bout de la violence dont elles sont les victimes, en liant ce combat à celui contre toute violence sociale.


25 novembre. Contre les violences faites aux femmes !

24 novembre 2012

Le gouvernement Hollande a mis en place un Ministère Aux Droits des Femmes et a pris un certain nombre de mesures. C’est une bonne chose mais cela ne suffit pas face aux violences multiples que subissent les femmes. Pour les combattre réellement, pas d’autre choix que de prendre nos affaires en main. Pour la journée de lutte contre les violences faites aux femmes, la collectif national pour le droit des femmes appelle à manifester à Paris. Le NPA soutient cette manifestation  et demande des mesures pour lutter efficacement contre ces violences.

Le viol ? Une violence relativisée !

Avec l’affaire DSK ou avec le procès de Créteil (où des hommes accusés de viols collectifs ont été soit acquittés soit condamnés à des peines ridicules de 1 an ferme à 3 avec sursis), ce sont les victimes qui sont pointées du doigt. Porter plainte pour viol peut constituer un nouveau traumatisme tellement la parole des victimes est mise en doute. Il faut le marteler : un acte sexuel sans consentement est un viol, céder n’est pas consentir, même en portant une jupe, même en ayant bu, même sans lutter physiquement…

Dans l’imaginaire collectif, les femmes seraient agressées la nuit par un inconnu. En réalité, la plupart des femmes violées, battues, harcelées, connaissent leur agresseur : c’est le père, le patron, le conjoint ou l’ex qui est souvent coupable des violences. Souvent la lutte contre les violences faites aux femmes est utilisée pour stigmatiser toujours les mêmes : l’ouvrier alcoolique, le jeune de banlieue… A côté de ça, on excuse plus facilement un DSK, homme de pouvoir, qui « trousse une domestique » ou les « dérapages » lors des bizutages des grandes écoles. Pourtant, il est prouvé que les violences contre les femmes touchent tous les milieux. Trop souvent, les femmes continuent de subir ces violences dans leur foyer car elles sont contraintes d’y rester, socialement et économiquement.

Nous exigeons :

- Une loi-cadre contre les violences faites aux femmes.

­- La formation systématique des personnel-LE-s de police, de justice, de santé pour l’accueil des femmes victimes de viol ou violences.

­- La protection effective de femmes qui portent plainte, notamment par l’éloignement forcé de l’agresseur.

- De vrais budgets pour l’accueil des femmes victimes de violences conjugales ou familiales, au besoin avec leurs enfants, ainsi que pour les jeunes lesbiennes, gays, bisexuel-le-s, transgenres, intersexes en rupture familiale.

­- La prise en charge par l’Education Nationale d’une véritable éducation sexuelle non sexiste et non hétérocentrée.

La sexualité ? ça fait vendre ! 

La sexualité et le corps des femmes sont traités comme des marchandises. Cela va de la pub d’une femme nue pour un yaourt, au crime qu’est la traite des femmes pour la prostitution. On nous dit que l’on vit dans la liberté sexuelle depuis 1968, mais c’est une immense hypocrisie. Même si l’IVG est enfin remboursée à 100%, l’accès à la contraception et à l’avortement restent dramatiquement réduits par la casse des services publics et l’austérité. Cela empêche concrètement les femmes d’avoir la sexualité qu’elles veulent.

Les réactionnaires nous font croire que la structure « idéale » de la famille serait menacée par l’ouverture du mariage et de l’adoption pour tou-te-s. Les lesbiennes sont toujours insultées, harcelées, agressées à cause de leur orientation sexuelle. Dans cette société, la sexualité on en parle beaucoup et on l’utilise beaucoup, mais on ne la vit pas souvent de manière libre et épanouie !

La politique concrète de l’Etat ? La répression ! 

Face à la prostitution, la politique répressive du gouvernement n’atteint pas les trafiquants de femmes mais les prostituées elles-mêmes, poussées à la clandestinité et donc toujours plus vulnérables face à ceux qui les exploitent.

Les femmes sans-papiers ou régularisées par mariage subissent la double oppression sexiste et raciste. Avec la politique migratoire d’une rare violence qui se déchaîne, il leur est impossible dans ces conditions de porter plainte pour des violences conjugales sans se retrouver elles-mêmes expulsées !

Les réactionnaires et l’extrême droite avec leur discours raciste et islamophobe instrumentalisent le féminisme pour stigmatiser toujours les mêmes : les immigréEs des classes populaires et les femmes voilées.

Nous exigeons :

-­ La fin de la marchandisation des femmes et des politiques répressives directes et indirectes envers les prostituées (délit de racolage passif, projet de pénalisation des clients…).

­- L’accès libre, gratuit, et effectif, à l’IVG, la contraception et les protections anti-IST/MST/VIH.

- L’ouverture de la procréation médicalement assistée pour les toutes les femmes, mariées ou non, hétéros ou lesbiennes.

- La régularisation de tou-tes les sans-papiers.

- L’abrogation des lois racistes.

La crise économique ? Quel rapport ?

L’énorme majorité de la population n’a pas d’autre choix que de se salarier pour vivre. Mais au travail comme ailleurs, les femmes ne sont pas égales aux hommes. Les femmes sont toujours payées environ 25% de moins que les hommes. Ce sont elles qui occupent la plupart des emplois précaires et/ou payés au SMIC, et qui sont le plus touchées par le sous emploi. La casse des services publics les oblige à prendre en charge elles-mêmes, gratuitement, la garde et l’éducation des enfants, le soin aux personnes âgées ou malades de la famille. Ceci fragilise toujours davantage leurs possibilités d’autonomie financière, et les rend dépendantes de leur conjoint.

En temps de crise, la situation du travail des femmes se dégrade et on leur martèle que leur véritable place est à la maison avec les enfants. Elles sont donc plus vulnérables, acceptent plus facilement les exigences patronales, sont plus exposées aux violences sexistes au travail.

Face à cela, il faut prendre l’argent où il est, dans les poches du patronat, et changer de système. Il faut construire une autre société où chaque individu, donc chaque femme, doit pouvoir se former, et construire sa vie professionnelle, sentimentale et sexuelle comme il/elle le souhaite, avec la prise en charge collective des tâches domestiques, des enfants, des malades et des personnes âgées.

Nous exigeons :

­- L’égalité salariale et le rattrapage immédiat des salaires.

­- Des services publics gratuits de qualité, en par ticulier la santé, l’éducation, la petite-enfance, le 3e âge et les transports.

- ­L’interdiction des licenciements et des contrats précaires, un CDI pour toute-s !

- ­300€ net de plus pour tou-te-s, pas un salaire à moins de 1700 !

­- Une allocation d’autonomie pour tou-te-s les jeunes.


Bientôt 500 parrainages et déjà une campagne dynamique

11 mars 2012

Les militants et les militantes du NPA continuent de s’activer pour rassembler les 500 parrainages nécessaires pour la présentation de Philippe Poutou. Nous lançons un ultime appel aux maires pour qu’ils accordent leur parrainage au candidat qui appelle à s’indigner et à se révolter face à l’injustice du capitalisme.

La date ultime pour la remise des 500 parrainages, c’est le 16 mars. Il reste donc quelques jours pour franchir sans encombre le premier barrage de l’élection présidentielle, pour acquérir le droit d’exposer nos idées.

Sans attendre cette date, Philippe Poutou va à la rencontre des travailleurs et des militant.e.s, syndicalistes dans les boîtes menacées de fermeture, féministes, écologistes.

Le 28 février, il était à Brest, où il a rencontré des représentants syndicaux de la Sobrena, une entreprise de réparation navale "en difficulté" depuis le mois de septembre dernier. Le syndicaliste de chez Ford qu’est Philippe Poutou sait de quoi il parle quand le sujet est la défense de l’emploi et la lutte contre les licenciements. Quelques jours avant, il avait rencontré les travailleurs d’Arcelor-Mittal à Florange et leur avait apporté le soutien du NPA.
A Brest, il rappelle que la priorité du NPA est de "dégager ce gouvernement exécrable", celui de Sarkozy-Fillon-Guéant. Mais sans se faire d’illusion sur François Hollande et son "austérité de gauche". "Nous espérons que ce sera un déclic, que viendront ensuite des luttes sociales et une mobilisation", explique Philippe Poutou. Seules ces luttes et une mobilisation d’ensemble pourront imposer les mesures d’urgence pour se protéger contre la crise : l’augmentation de 300 euros de tous les salaires, l’interdiction des licenciements, le partage du travail pour travailler tous et toutes.

Quelques jours plus tard, Philippe Poutou est à Bure, en Meuse, à l’invitation des opposants au projet d’enfouissement des déchets nucléaires. "Enfin un candidat !", selon un militant local de l’opposition à ce projet. Tous attendent désespérément que les "grands" candidats se déplacent. Philippe Poutou, lui, est venu dire qu’il est contre "l’enfouissement de ces saloperies", et qu’il fait campagne pour sortir du nucléaire : "Le NPA combat le nucléaire. On veut en sortir en dix ans. C’est un choix politique qu’il faut imposer. Cela ne peut se faire que par la résistance. Aujourd’hui tout le monde sait que le nucléaire produit des saloperies. On veut les cacher sous la terre dans un trou pour faire croire que le problème est résolu".

Le 7 mars, interrogé sur l’offensive du gouvernement sur la viande halal, Philippe Poutou dit son écoeurement devant cette "affaire lamentable" à "connotation raciste" qui est faite "pour ne pas parler des choses importantes". Il fait remarquer que "le vrai problème, c’est souvent d’avoir de la viande à manger" pour beaucoup de familles. Le 17 mars, il sera dans la rue, et marchera avec tous les antiracistes et les anticolonialistes à l’appel des associations de défense des droits des étrangers.

Le 8 mars, Philippe Poutou répondait aux questions de militantes féministes, mis sur le grill comme d’autre candidats : François Hollande, Eva Joly et Jean-Luc Mélenchon. Selon le Nouvels Obs, "à l’applaudimètre, c’est le candidat du Nouveau parti anticapitaliste qui remporte le test des féministes, devant Jean-Luc Mélenchon, Eva Joly et François Hollande, eux aussi présents mercredi soir à la Cigale devant des féministes en colère". Philippe Poutou a profité de cette réunion pour rappeler que "les voyous, ceux qui battent les femmes, sont partout. Je rebondis sur l’affaire DSK. Nicolas Sarkozy a tort de penser que les voyous ne sont que dans les banlieues. Ils sont aussi chez les directeurs du CAC40."

Le 16 mars, Philippe Poutou sera à Alençon pour l’annonce officielle de sa candidature, car nous ne doutons pas que les 500 parrainages seront réunis à cette date.

Le 3 avril, il sera à Caen, pour un grand meeting au Centre de congrès.

Rejoignons les comités de soutien à Philippe Poutou pour que la voix des anticapitalistes s’entende très fort !


Le site de campagne de Philippe Poutou.


Le 4-pages de présentation de la campagne de Philippe Poutou.


Le livre de Philippe Poutou, "Un ouvrier, c’est là pour fermer sa gueule !", vient de sortir. Dans toutes les bonnes librairies, et, de préférence, à la librairie La Brèche.

On peut aussi commander le livre auprès des militant.e.s du NPA.

Editions Textuel, collection « Petite Encyclopédie Critique », 48 pages, 5 euros.



8 mars : journée internationale de lutte des femmes. Appel unitaire.

7 mars 2012

Le 8 mars sera une journée de lutte et de solidarité pour les droits des femmes, de toutes les femmes. Dans cette période de crise aigüe, les attaques touchent particulièrement les femmes dans le monde entier. Nous sommes solidaires des femmes en lutte en Grèce, en Espagne, au Portugal comme en Egypte, en Tunisie et dans tous les pays. En France nous sommes aux côtés des salariées de Lejaby et de toutes celles qui se battent pour leur emploi et leurs conditions de travail, de celles qui se battent contre la précarité et contre le démantèlement des services publics.

Dans un climat de renforcement de l’ordre moral nous défendons un féminisme non-excluant, nous voulons donner la  parole à toutes les femmes dans toute leur diversité. Nous sommes ainsi solidaires des femmes sans-papiers en lutte pour obtenir leur régularisation, des gouines pour l’égalité des droits, des trans contre la discrimination, des assistantes maternelles et des mères musulmanes empêchées de travailler ou d’accompagner les enfants, des putes en lutte contre la pénalisation des clients.

Nous exigeons :

- l’égalité salariale avec rattrapage immédiat

- l’abrogation de la loi HPST et la défense du service public sur la santé des femmes (maternités, IVG…)

- de véritables services publics de la petite enfance au quatrième âge afin que les femmes ne soient plus obligées d’en assurer la prise en charge

- l’évolution de la loi du 9 juillet 2010 sur les violences vers une véritable loi cadre contre les violences faites aux femmes élaborée en concertation avec toutes les organisations concernées

- la régularisation des sans-papières et un véritable accès aux droits pour toutes les femmes quelles que soient leur situation et leur origine

- un ministère des droits des femmes avec des moyens conséquents

- le droit d’asile pour les femmes cibles de persécutions et de violences sexistes, lesbophobes et transphobes

- l’abrogation du délit de racolage public et la lutte contre les politiques actuelles et celles qui nous sont proposées qui ne visent qu’à pénaliser davantage les prostituéEs avec les mêmes conséquences que la LSI de 2003, leur mise en danger, leur stigmatisation au détriment d’une lutte effective contre les réseaux de proxénètes et leurs profits

- la fin des discriminations racistes et xénophobes héritées de l’idéologie coloniale qui touchent en premier lieu les femmes

- l’arrêt de l’instrumentalisation de la laïcité à des fins racistes et sexistes

- la démission des élus auteurs de violences sexistes

- le fin de toutes les mesures médico-juridiques imposées aux trans et des discriminations liées à l’identité de genre

- l’égalité des droits pour les couples de même sexe (mariage, adoption…)

- la construction et l’accessibilité au logement pour les femmes, en particulier les femmes à faibles revenus et les femmes victimes de violences conjugales

- une approche débarrassée des stéréotypes sexistes et hétéronormés de l’éducation à la sexualité, des droits sociaux et de la santé et ce dès la crèche.

Acceptess, Act Up-Paris, ANA (Avec Nos AinéEs), Aides, Arap Rubis, Autres Regards, Cabiria, Collectif Droits & Prostitution, Collectif Tirésias, Etudions Gayment, Fédération Syndicale Etudiante (FSE), Fédération Total Respect – Tjenbé Rèd (Fédération de lutte contre les racismes, les homophobies et le sida), Frisse, Grisélidis, Les Amis du Bus des Femmes, Mouvement Français Planning Familial (Confédération Nationale), NPA, STRASS (Syndicat du TRavail Sexuel), STS (Strasbourg Transgenre), TumulTueuses.

Manifestation à Paris : RDV et point presse : 18h, place de la Nation (dans la contre-allée entre le Faubourg Saint Antoine et le bd Voltaire).


A Caen, rassemblement samedi 10 mars à 15h, place Bouchard, avec le soutien du Planning familial, du NPA, de la FASE, de Solidaires, du PG, de la FSE…
Plusieurs initiatives militantes sont organisées à Caen dans le cadre du 8 mars. Voir le programme.


Lire le 4-pages préparé par les Cahiers du Féminisme pour le 8 mars 2012.



Contre les violences faites aux femmes

27 novembre 2011

Prises de parole et distribution de tracts se sont succédées samedi après-midi, place Bouchard à Caen, pour protester contre les violences faites aux femmes, à l’occasion de la journée internationale de lutte contre ces violences. Pour les éradiquer, la mobilisation doit se poursuivre sans relâche.  Lire ci-dessous le communiqué du NPA.

Communiqué du NPA. Journée internationale contre les violences faites aux femmes.

Les chiffres sont toujours terribles : 75 000 femmes violées par an, plus de 150 décédées sous les coups de leur compagnon ou ex-compagnon.

A l’occasion de ce 25 novembre nous avons encore droit aux déclarations de bonnes intentions. Roselyne Bachelot, ministre des Solidarités et de la Cohésion sociale, a choisi délibérément de se situer sur le terrain sécuritaire si cher au gouvernement. Elle annoncé à grand renfort de publicité des bracelets électroniques (déjà prévus en 2009 et 2010) et, sans doute, un allongement des délais de prescription au delà desquels il n’est plus possible de porter plainte.

On est loin du compte, loin d’une politique véritablement efficace pour éradiquer les violences sexistes. La loi votée en 2010 ne concerne que les violences conjugales et est bien loin de la loi-cadre travaillée et exigée par le mouvement féministe.

Le NPA, au côté du mouvement des femmes, continue d’exiger un service public d’accueil, d’écoute, d’hébergement pour les femmes victimes de violence, des campagnes d’information et de sensibilisation auprès de tous les publics et la mise en place d’une véritable éducation non sexiste à tous les niveaux de l’Éducation nationale, la formation spécifique et obligatoire en matière de prévention et de prise en charge des violences faites aux femmes pour toutEs les professionnelEs concernéEs.

Le 25 novembre 2011


Le plaidoyer lamentable de DSK

19 septembre 2011

DSK nous a joué une pièce de mauvais goût sur TF1. Oubliées les vraies questions : la domination masculine et la violence dont sont victimes les femmes.

DSK s’est présenté comme un homme qui a succombé à la tentation (la femme) mais qui fait acte de contrition. Sur le plateau, il manquait le curé pour absoudre le pêché.

Or, dans la chambre du Sofitel de New York, ce n’est pas seulement un représentant de cette moitié de l’humanité qui domine l’autre moitié qui s’est déchaîné. C’est aussi une personne de pouvoir, riche, blanche, face à une domestique, noire. L’aveu d’une « faute morale » de la part de DSK occulte l’essentiel, la vraie dénonciation à formuler : celle de rapports sociaux qui entremêlent l’oppression des femmes et la domination de classe.

La prestation de DSK était écoeurante.

DSK en a fini avec le procureur de New York (lire l’article DSK : la justice des riches). Il n’en a pas fini avec les féministes.


DSK : La justice des riches, par Lichi D’Amelio et Natalia Tylim (14 septembre 2011)

19 septembre 2011

Le 23 août, le procureur du comté de New York, Cyrus Vance Jr., a abandonné les charges envers Dominique Strauss-Kahn, ancien directeur du Fond Monétaire International (FMI) et un des hommes les plus puissants du monde, dans une affaire où, pour beaucoup, le système judiciaire a protégé l’élite possédante.

Le 14 mai, une femme de chambre nommée Nafissatou Diallo est retrouvée en état de choc par cinq collègues de travail qui la décrivent comme traumatisée et sur le point de vomir. Nafissatou Diallo rapporte que Dominique Strauss-Kahn, à cette époque à la tête du FMI, et séjournant au Sofitel de Times Square, vient de l’agresser. Alors que l’incident lui-même n’a duré que neuf minutes, selon les dires de Diallo, il s’ensuit des mois d’attaques continuelles contre la victime, menées par les médias mais aussi par chacune des branches de la « justice » mises en branle dans cette affaire.

Dès que les accusations sont portées contre Dominique Strauss-Kahn, celui-ci entreprend une campagne, abondamment financée, ayant pour objectif de discréditer Diallo. Cette campagne porte ses fruits. Selon Vance, l’accusation n’est alors « plus persuadée – au-delà d’un doute raisonnable [1] – qu’un crime a été commis, basé sur les preuves à disposition ».

Les charges contre Strauss-Kahn n’ont pas été abandonnées en raison d’un doute sur le fait qu’un acte sexuel ait été commis. Elles ont été abandonnées parce que Vance et l’accusation ont jugé que Diallo était devenue un témoin peu crédible du fait des changements apportés dans les détails de sa version des faits, et parce qu’elle avait menti pour obtenir l’asile aux États-Unis, en arrivant de Guinée. Toutefois, lorsqu’on s’en tient aux déclarations de Diallo, son récit est resté depuis le début celui d’une agression sexuelle. Diallo a déclaré que Strauss-Kahn l’avait attrapée puis forcée à pratiquer une fellation. L’examen médical effectué à l’hôpital Roosevelt de St. Luke a mis en évidence des commotions et lacérations de la zone génitale, une élongation d’un ligament à l’épaule contracté, selon la victime, lorsqu’elle aurait été projetée au sol, ainsi que le sperme de Strauss-Kahn sur son uniforme.

En dépit de ces faits, les médias sont parvenus à jeter un doute sur l’existence même de preuves matérielles. Bon nombre d’entre eux ont ainsi relayé les propos des avocats de Strauss-Kahn, Benjamin Brafman et William W. Taylor, qui ont déclaré lors d’une intervention que le rapport hospitalier n’était pas basé sur des examens médicaux mais uniquement sur « la parole de la plaignante ». Le traitement hargneux subi par Diallo et l’hostilité manifestée envers ses dires sont caractéristiques de ce que de nombreuses femmes doivent subir lorsqu’elles se déclarent victime d’une agression sexuelle. Dans le cas de Diallo, le dénigrement a pour origine les avocats grassement payés de Strauss-Kahn, ainsi que les médias dociles qui ont déformé les propos de Diallo, voire tout simplement menti sur ses déclarations concernant son passé et son agression.

Le jour de l’abandon des charges envers Strauss-Kahn, Slate Magazine [3] a publié le point de vue de William Saletan [3], qui dénonçait ce qu’il décrivait comme une « charge contre Diallo » qui voudrait, entre autres choses, que Diallo ait inventé une ancienne agression et ait discuté de l’affaire Strauss-Kahn avec une personne incarcérée. Selon lui, les quatre éléments principaux utilisés par l’accusation [2] pour discréditer le témoignage de Diallo ne tiennent pas la route, et ce selon le rapport même du procureur.

En premier lieu, alors que les médias ont répété sans vérification la déclaration de l’accusation – Diallo aurait « entièrement fabriqué » un viol ayant eu lieu dans sa Guinée natale et elle aurait même admis ce « mensonge » – le rapport de l’accusation inclut une « petite note de bas de page » qui indique : « [Diallo] a déclaré qu’elle avait bien été violée par le passé dans son pays natal, mais au cours d’un incident complètement différent de celui qu’elle avait décrit au cours d’entretiens précédents. Nos entretiens avec la plaignante n’ont conduit à aucun moyen indépendant de mener l’enquête ou de vérifier cet incident ».

Comme l’écrit Saletan, « en d’autres termes, elle n’a jamais dit que le viol avait été "entièrement fabriqué". Elle en a changé les détails. » Saletan fait de plus remarquer que la note de bas de page est faussement neutre, il ajoute : « Dans une lettre du 30 juin, le bureau du procureur déclarait que Diallo "serait prête à témoigner avoir été violée par le passé dans son pays d’origine, mais au cours d’un incident différent de celui qu’elle avait décrit au cours d’entretiens précédents". Dans la motion abandonnant les charges, le bureau du procureur a toutefois décrit son second témoignage au sujet de son ancien viol comme "complètement différent". En insérant le mot "complètement", le bureau du procureur donne du poids à l’accusation de mensonge. Sur quelles bases le procureur justifie-t-il la surenchère par rapport à son allégation originelle ? L’abandon des charges ne mentionne aucun entretien ultérieur avec Diallo et admet que le procureur n’a ordonné aucune enquête sur le viol présumé en Guinée. La seule base permettant de dire qu’elle aurait menti est sa rétractation, mais nous n’avons aucun moyen de savoir dans quelle mesure la nouvelle déclaration diffère de l’originale. Nous devons avoir accès aux détails. »

L’autre allégation largement diffusée au sujet de Diallo concerne la conversation téléphonique qu’elle aurait eue avec un ami incarcéré dans une prison d’Arizona. La version de l’histoire que la plupart des gens ont lu est que Diallo aurait reçu l’appel d’un « petit ami » (elle maintient qu’il s’agit juste d’un ami) le jour suivant l’agression. Les rapports de presse ont suggéré que lors de cette conversation en fulani, Diallo aurait dit « Ne t’inquiète pas. Ce type a beaucoup d’argent. Je sais ce que je fais. »

Comme le note Saletan, c’est cette histoire que rapporte le New York Times le 1er juillet, citant comme source « un représentant de l’ordre bien placé ». On retrouve cette traduction de la conversation, avec la même formulation, dans une déclaration sous serment remplie le 22 août par deux assistants du procureur déclarant avoir « capturé » cette conversation sur cassette. Mais Saletan note que lorsque Kenneth Thompson, l’avocat de Diallo, a écouté la conversation avec l’aide d’un interprète du fulani engagé par le bureau du procureur, Thompson en a tiré une interprétation bien différente.

Selon Saletan, « [Thompson] a déclaré que 1) Diallo a reçu deux appels mais n’en a passé aucun, 2) elle n’a jamais parlé de la fortune de Strauss-Kahn comme d’un potentiel butin du procès, 3) son ami l’a fait mais elle lui a demandé d’arrêter, 4) elle n’a mentionné la fortune et la puissance de Strauss-Kahn que dans un contexte où elle expliquait le craindre, 5) lorsqu’elle a dit "Je sais ce que je fais", elle parlait uniquement de sa sécurité et non pas de stratégie judiciaire. » Ce qui correspond à l’explication donnée par Diallo lors d’un entretien antérieur pour BBC News.

Le compte-rendu de Saletan montre l’étendue des déformations auxquelles l’accusation semble avoir dû se livrer pour discréditer la parole de Diallo et semer le doute dans l’opinion publique quant à son intégrité – en dépit du fait qu’elle, et non Strauss-Kahn, était la victime présumée. Il n’est donc pas surprenant que de nombreuses personnes pensent que le bureau du procureur vient de laisser un violeur en liberté sans aucune forme de procès. L’abandon des charges envers Dominique Strauss-Kahn est un message qui annonce que les riches et les puissants n’auront jamais à répondre de leurs actes. C’est une nouvelle injustice envers les nombreuses femmes, humiliées et abandonnées par le système juridique, qu’on a culpabilisées pour leur propre agression ou viol.

De manière prévisible, presque toute l’attention publique s’est tournée vers Nafissatou Diallo, qui a, en pratique, fait l’objet d’un procès pour son propre viol présumé. Pourtant, le passé de Strauss-Kahn semble être plus pertinent que celui de Diallo pour éclairer les faits – et n’a que peu retenu l’attention des médias américains. Le « grand séducteur », comme on l’appelle en France, a un long passé d’agressions sexuelles présumées derrière lui. Tristane Banon, une journaliste française, fille d’Anne Mansouret (une responsable du Parti socialiste, aux côtés de Strauss-Kahn) et belle-fille de Brigitte Guillemette (la deuxième femme de Strauss-Kahn), a accusé ce dernier de tentative de viol.

En février 2007, une chaîne de télévision française avait diffusé une émission au cours de laquelle Banon avait décrit les tentatives de Strauss-Kahn pour lui enlever son jean et son soutien-gorge lorsqu’elle l’avait rencontré pour un entretien au sujet d’un livre qu’elle était en train d’écrire. [...] Il y a eu aussi le cas de Piroska Nagy, une économiste hongroise, subordonnée de Strauss-Kahn au FMI. En 2008, Strauss-Kahn dut s’excuser publiquement pour « une erreur de jugement » concernant sa relation sexuelle, bien documentée, avec Nagy. Il fut finalement lavé de toute accusation d’abus de pouvoir.

Mais après que la troisième femme de Strauss-Kahn, Anne Sinclair a qualifié l’histoire avec Nagy d’affaire « d’une nuit », cette dernière écrivit aux enquêteurs dans une lettre au ton outré : « Je n’étais pas préparée à recevoir les avances du directeur général du FMI. Je ne savais pas quoi faire… me sentant grillée si je les acceptais et grillée si je les repoussais. » Alors que Strauss-Kahn a toujours insisté pour dire que sa relation avec Nagy était consentante, cette dernière a déclaré que son patron s’était « sans aucun doute » servi sa position de pouvoir pour l’engager dans une relation sexuelle. « Je pense que cet homme a un problème » a-t-elle ajouté. Elle démissionna par la suite de son poste au sein du FMI.

En 2008, la députée socialiste Aurélie Filipetti a déclaré se souvenir d’une « tentative de drague très lourde, très appuyée » de Strauss-Kahn et qu’elle avait toujours pris soin depuis de « ne jamais se retrouver seule avec lui dans un endroit fermé ». Le soi-disant « problème » de Strauss-Kahn avec les femmes semble être un secret de Polichinelle en France – conduisant Danièle Évenou, une actrice française et femme d’un ancien ministre socialiste, à demander à l’antenne d’Europe 1 : « Qui n’a jamais été coincée par DSK ? »

On pourrait penser, devant la longue liste des charges à l’encontre de Dominique Strauss-Kahn couplée à l’évidence physique des faits, que les accusations de Diallo auraient au moins mérité un procès. En particulier, toute personne se disant de gauche devrait s’insurger à l’idée que l’un des hommes les plus puissants du monde, avec l’aide d’une équipe d’avocat et de spécialistes en relations publiques payés à grands coups de millions, soit laissé libre d’utiliser sa puissance pour déformer les propos de sa victime présumée. Honte à eux, certains à gauche ne semblent pas de cet avis. Le World Socialist Web Site [3], par exemple, a semblé gober totalement la diffamation de Diallo. Dans une série d’articles en ligne, le site web a carrément défendu l’ancien patron du FMI contre la femme de chambre afro-américaine, se réjouissant finalement de l’abandon des charges, vues comme une sorte de victoire pour le commun des mortels.

Mais arrêtons-nous un instant sur la logique de ceux qui défendent Strauss-Kahn. Selon leur raisonnement, s’il n’y a pas eu viol, les preuves irréfutables en présence doivent être interprétées comme une « relation sexuelle consentie ». Ainsi donc, une femme immigrée africaine de trente-deux ans aurait décidé, pendant son travail, d’avoir une relation sexuelle de neuf minutes avec un homme blanc de deux fois son âge, qu’elle n’avait jamais rencontré auparavant. A-t-elle simplement agi de manière impulsive ? Pourquoi donc aurait-elle raconté, immédiatement après les faits, à ses collègues et à la police, ce qui venait de se passer ? Nous sommes donc censées croire qu’il s’agissait d’un scénario prémédité de Diallo dans le but d’extirper de l’argent à un homme très puissant.

Il n’y a que dans une société imprégnée de sexisme et de racisme que de tels scénarios, aussi tirés par les cheveux, peuvent être concoctés. Alors que la conduite de Strauss-Kahn envers les femmes a été décrite aux États-Unis comme un « phénomène français », le traitement réservé à Nafissatou Diallo montre que la France est loin d’être la seule à ne pas prendre les accusations de viol au sérieux, ou à hausser les épaules devant le comportement de ceux qui pensent que le corps des femmes n’existe que pour satisfaire leurs désirs sexuels. Cette affaire est donc un exemple extraordinaire de la façon dont les femmes ayant été victime d’une agression sexuelle sont traitées aux États-Unis et à travers le monde – comme si elles étaient en réalité les coupables.

À suivre la couverture médiatique de l’affaire Strauss-Kahn, on en viendrait à penser que les femmes montent régulièrement des histoires de viols – et que les hommes sont régulièrement victimes de ces machinations. C’est l’opposé qui est vrai. Le Rape, Abuse and Incest National Network [4] estime que 60 % des agressions sexuelles aux États-Unis ne sont jamais rapportées, et qu’à peine 6 % des violeurs passent un jour en prison. Pire encore, on pouvait lire dans un récent article du New York Times : « Des experts ont déclaré que les centres spécialisés dans la collecte des déclarations de viols voient souvent une chute des cas rapportés dans les suites d’une affaire médiatique d’agression sexuelle, en particulier celles dans lesquelles l’accusation échoue, comme le cas des joueurs de lacrosse [5] de l’Université de Duke, ou l’acquittement récent, pour des charges plus que sérieuses, de deux officiers de police de New York qui rendaient visite à une femme en état d’ébriété de manière régulière dans son appartement. »

Ceci ne surprendra personne. On montre bien aux femmes ayant subi un viol que porter plainte contre leur assaillant implique que toute leur vie passée soit livrée au grand public. Avec un système judiciaire faisant apparemment bloc contre elles, pourquoi s’étonner que tant de femmes pensent qu’il y a de la sagesse à rester silencieuses ? Alors que les pressions de Strauss-Kahn et ses défenseurs ont abouti à ce que la cour de New York abandonne l’affaire, Diallo et quelques activistes demandent toujours justice. Les avocats de Diallo ont fait appel de la décision de ne pas nommer un procureur spécial pour l’affaire – il sera statué sur cet appel le 30 août.

Il est important que les activistes de New York viennent devant le tribunal pour soutenir Diallo dans sa quête de justice.[6] Diallo a aussi engagé des poursuites au civil contre Strauss-Kahn pour préjudices émotionnels, physiques et psychologiques, qui s’ajoutent aux tentatives pour ruiner sa réputation. Nafissatou Diallo devrait être félicitée pour son courage et mérite solidarité et soutien. Heureusement, l’abandon des charges contre Strauss-Kahn n’est pas passée inaperçue. Des manifestants en colère se sont bien fait entendre à l’extérieur du tribunal, où l’accusation annonçait l’abandon des charges, attirant l’attention sur le fait que l’ancien chef du FMI utilisait pouvoir et argent pour éviter un procès.

Les activistes qui organisaient la Slutwalk [7] de New York, une marche contre les violences sexuelles et la culpabilisation des victimes, ont tenu un rassemblement le matin de l’abandon des charges. Les slogans tels que « Police sexiste, procu sexiste, justice pour Diallo maintenant ! » et « Honte à vous ! » ont longtemps résonné dans les rues voisines. Une manifestante citait le cas de la « joggeuse de Central Park » qui vit cinq adolescents noirs, innocents, condamnés pour viol sans aucune preuve ADN.

Bien que les adolescents furent par la suite relaxés, de tels cas mettent en évidence le double standard honteux qu’applique le système judiciaire envers les personnes non-blanches et pauvres. Construire un mouvement contre le sexisme et pour l’égalité des genres était aussi au centre des préoccupation du rassemblement, comme le déclarait Suzy Exposito, membre de la Slutwalk de New York : « À tous ceux qui se sont demandé où était passé le mouvement féministe nous répondons : nous sommes de retour et pour un bout de temps. Pour tous ceux qui se demandent pourquoi il n’y a toujours pas l’égalité ici aujourd’hui, nous répondons qu’il n’y a pas d’égalité sans justice. Et nous ne pouvons pas faire confiance aux politiciens, nous ne pouvons pas faire confiance aux flics, et nous ne pouvons certainement pas faire confiance aux défenseurs du viol comme le New York Post ou le Times pour nous aider à lutter pour la justice. C’est notre combat. »

Cette bataille est loin d’être terminée. Comme l’a déclaré Diallo à ABC News, « Je veux la justice. Je veux qu’il aille en prison. Je veux qu’il sache qu’on ne peut pas utiliser son pouvoir quand on fait quelque chose comme ça. » Il est maintenant temps de lutter pour un monde d’égalité véritable, où plus aucune femme ne vivra dans la peur d’une agression sexuelle.

Justice pour Nafissatou Diallo !

Publié sur ContreTemps. Article original publié sur SocialistWorker.org le 29 août 2011 – Traduction Yann Lecrivain

[1] Dans les procès de ce type aux États-Unis, un jury populaire composé de 12 citoyens doit prononcer à l’unanimité la culpabilité de l’accusé pour que celui-ci soit condamné. Chaque juré devant faire son choix « beyond a reasonable doubt », « au-delà d’un doute raisonnable » [NdR].

[2] Celle de Strauss-Kahn [NdR].

[3] Le site web du « Comité international de la Quatrième internationale » auquel se rattache le courant lambertiste en France [NdR].

[4] Le RAINN (Réseau national de surveillance des viols, incestes et abus sexuels) est une organisation non-gouvernementale américaine [NdT].

[5] Sport initialement pratiqué par les Indiens d’Amérique du Nord et devenu très populaire aux USA comme sport universitaire [NdT].

[6] La Cour d’appel de New York a rejeté l’appel des avocats de Nafissatou Diallo [NdR].

[7] Littéralement : « marche des salopes » [NdT].


Enseigner le genre : contre une censure archaïque, par Florence Rochefort

2 septembre 2011

Dans une lettre ouverte du 31 mai adressée au ministre de l’Éducation nationale, Christine Boutin brandit la menace «des scrutins qui s’annoncent». C’est pour exiger de Luc Chatel le retrait puis la correction des manuels de Sciences de la vie et de la terre des classes de Première L et ES qui viennent d’être publiés conformément aux nouveaux programmes: elle leur reproche en effet d’offrir «un enseignement directement et explicitement inspiré de la théorie du genre.»

De quoi s’agit-il au juste? Un des objets d’étude au programme est intitulé: «Devenir homme ou femme». Selon le Bulletin officiel du 30 septembre 2010, «ce thème vise à fournir à l’élève des connaissances scientifiques clairement établies, qui ne laissent de place ni aux informations erronées sur le fonctionnement de son corps ni aux préjugés. Ce sera également l’occasion d’affirmer que si l’identité sexuelle et les rôles sexuels dans la société avec leurs stéréotypes appartiennent à la sphère publique, l’orientation sexuelle fait partie, elle, de la sphère privée.»

Christine Boutin s’indigne qu’on enseigne le « genre »: «Comment ce qui n’est qu’une théorie, qu’un courant de pensée, peut-il faire partie d’un programme de sciences? Comment peut-on présenter dans un manuel, qui se veut scientifique, une idéologie qui consiste à nier la réalité: l’altérité sexuelle de l’homme et la femme? [… ] Je ne peux accepter que nous trompions [les adolescents] en leur présentant comme une explication scientifique ce qui relève d’un parti-pris idéologique.»

Pourtant, il n’appartient nullement aux politiques de juger de la scientificité des objets, des méthodes ou des théories. Seule la communauté savante peut évaluer les travaux de ses pairs: le champ scientifique, par ses contrôles, en garantit la rigueur. Si nous restons silencieux aujourd’hui, nous dira-t-on demain que l’évolution n’est qu’une idéologie? À quand les pressions pour imposer l’enseignement du créationnisme, au nom de la liberté de conscience ?

Pour nous, membres de l’Institut Émilie du Châtelet qui vise au développement et à la diffusion des recherches sur les femmes, le sexe et le genre, une telle censure politique serait inacceptable – et d’autant plus que l’ancienne ministre justifie sa demande d’interdiction «au nom du respect de la liberté de conscience.» Pour nous, universitaires et chercheur-e-s, une telle ingérence religieuse dans l’enseignement serait insupportable – et d’autant plus que la présidente du Parti chrétien-démocrate invoque sans rire «la neutralité des valeurs républicaines». Or sa lettre au ministre ne fait que relayer celle du lobby des Associations familiales catholiques, dont Christian Vanneste, député UMP de la Droite populaire, s’est fait l’écho à son tour dans une question au gouvernement datée du 7 juin.

Le site de L’Évangile de la vie, qui défend la vie «depuis sa conception», rapporte dès le 20 mai la naissance de cette campagne: «Avertie la semaine dernière par le lycée Saint-Joseph de Draguignan (Dominicaines du Saint-Esprit) qui venait de recevoir les tout nouveaux manuels […], la commission bioéthique en lien avec l’Observatoire sociopolitique du diocèse de Fréjus-Toulon a pu mesurer la gravité des changements opérés par le ministère de l’Éducation nationale par rapport aux précédents programmes.»

En réalité, la présidente du Parti chrétien-démocrate se fait la porte-parole du Vatican, qui ne cesse de marteler son opposition aux études de genre – depuis la conférence des Nations Unies sur les femmes de Pékin en 1995 jusqu’aux dernières interventions de Benoît XVI, en passant par la «Lettre aux Évêques sur la collaboration de l’homme et de la femme dans l’Église» de celui qui n’était encore en 2004 que le Cardinal Ratzinger.

On aurait tort de croire que nous ne faisons que défendre ici notre pré carré de chercheur-e-s et d’enseignant-e-s. La vigilance s’impose aujourd’hui à chacune et à chacun. Le responsable de la commission bioéthique du diocèse de Fréjus-Toulon ne s’en cache pas : «Si l’on regarde de l’autre côté des Pyrénées, on s’aperçoit que des dizaines de milliers de familles catholiques avec le soutien appuyé de la Conférence épiscopale espagnole et le concours de juristes compétents se sont d’ores et déjà organisées pour contester les cours obligatoires sur le gender du gouvernement Zapatero, voire retirer leurs enfants en posant un acte d’objection de conscience. Allons-nous devoir en arriver là en France?». La menace qui pèse sur la laïcité est claire.

Nous, chercheur-e-s et universitaires engagé-e-s dans des travaux sur les femmes, le sexe et le genre, spécialistes d’anthropologie biologique et culturelle, de neurologie et de génétique, de médecine et d’épidémiologie, de psychologie et de psychanalyse, de droit et de science politique, de démographie, d’histoire et de géographie, de sociologie, de sciences de l’éducation et d’économie, de philosophie et d’histoire des sciences, d’arts du spectacle et de cinéma, de littérature et de linguistique, et d’autres domaines encore, nous élevons avec force contre des conceptions anti-scientifiques qui s’autorisent du «bon sens» pour imposer leur ordre rétrograde.

Interroger les «préjugés» et les «stéréotypes» pour les remettre en cause, c’est précisément le point de départ de la démarche scientifique. C’est encore plus nécessaire lorsqu’il s’agit des différences entre les sexes, qui sont toujours présentées comme naturelles pour justifier les inégalités : la «réalité» selon la droite religieuse, c’est en réalité une hiérarchie entre les sexes dont nos travaux, issus de disciplines multiples, convergent tous pour contester qu’elle soit produite par la nature. La science rejoint ici le féminisme: on ne naît pas femme, ni homme d’ailleurs, on le devient. Bref, en démocratie, l’anatomie ne doit plus être un destin.

Florence Rochefort, présidente, et les membres de l’Institut Émilie du Châtelet pour le développement et la diffusion des recherches sur les femmes, le sexe et le genre.

Avec le soutien, notamment, d’associations et de revues scientifiques spécialisées dans ce domaine :

 - Associations: AFFDU Association française des femmes diplômées des universités, ANEF Association nationale des études féministes, Archives du féminisme, EFIGIES Association-Réseau de travail et d’échanges entre doctorant-e-s en Études Féministes, Genre et Sexualités, MNÉMOSYNE pour le développement de l’histoire des femmes et du genre, Fédération de recherche sur le genre RING, SIEFAR société internationale pour l’étude des femmes de l’Ancien Régime.

 - Revues :Cahiers du genre; Clio. Histoire Femmes et Sociétés; Genre et Histoire; Genre, sexualité & société.

Les autres institutions et personnes qui souhaitent manifester leur soutien, qu’elles appartiennent au monde scientifique ou pas, liées aux questions de genre ou pas, peuvent le faire en ligne :

http://www.lapetition.be/en-ligne/Enseigner-le-genre-contre-une-censure-archaique-10048.html


Féminin, masculin, "produits d’une construction sociale" : une interview de Florence Rochefort (AFP, 31 août 2011) 

Des associations catholiques et des députés UMP s’insurgent contre des passages de manuels scolaires parlant d’identité sexuelle et de genre. De quoi s’agit-il ?

Florence Rochefort : Le genre c’est un concept qui s’est diffusé dans les sciences humaines et sociales pour dire qu’il existe autre chose qu’un sexe biologique défini par des hormones – on a appelé ça à un moment le sexe social. Car la définition même des catégories homme et femme, leurs rôles, leurs fonctions, toutes les eprésentations assimilées au féminin et masculin sont le produit d’une construction sociale. Le concept de genre nous permet d’interroger la construction des normes, la construction de ces catégories. Notre travail se situe dans la prolongation de la démarche
féministe qui remet en cause l’idée d’une infériorité naturelle et d’une prédestination à certaines tâches, dans cette même lignée de déconstruction des
évidences, pour montrer que ce sont pas des vérités absolues, mais seulement des vérités pour une certaine tranche de la population ou à un moment donné, qui ne s’appuient pas sur des preuves.

Où en est-on aujourd’hui ?

Florence Rochefort : La société continue à reproduire une norme dominante. Par exemple les livres pour enfants continuent à véhiculer des stéréotypes souvent très arriérés par rapport à la réalité d’aujourd’hui : le petit garçon est très actif, courant partout, conquérant de l’espace, la petite fille plus volontiers à la fenêtre regardant au dehors, figée, passive. Il y a aussi le code des couleurs rose et bleu, le fer à repasser pour la petite fille… Le concept de genre montre d’ailleurs à quel point ces rôles sont contraignants pour les hommes. Le système craque de partout, ne correspond plus à des mutations en cours, à des aspirations plus individualistes, à la liberté, l’épanouissement et la singularité de chacun. Sur une même journée j’utilise des registres très différents de ma personnalité, que l’ancienne psychologie définirait comme masculin ou féminin : suis-je un homme quand je dirige un institut, une femme quand je fais le repas ?

C’est important qu’on en parmle dans les manuels scolaires ?

Florence Rochefort : C’est important que tout le monde ait les outils scientifiques adéquats pour réfléchir, se faire son opinion. C’est un nouveau champ de la recherche scientifique qui existe depuis plus de 40 ans et qu’on ne peut remettre en cause, un champ immense qui touche toutes les disciplines. Mais le lobby catholique veut faire valoir sa différence idéologique par rapport à la banalisation de l’homosexualité, et il est assez fort. L’Eglise se crispe, d’une façon ouvertement doctrinaire. La droite est attirée par le durcissement de ton à des moments particuliers.



Affaire DSK. Communiqué du Collectif national pour les Droits des Femmes

4 juillet 2011

Ainsi donc Nafissatou Diallo, la plaignante contre DSK aurait menti à plusieurs reprises. Sa crédibilité s’en trouverait donc anéantie. Cependant, pour l’instant, les charges antérieures subsistent. La justice poursuivra son travail. La présomption d’innocence est toujours une présomption.

Nous savons l’effet dévastateur de ce genre d’évènement sur la prise en compte des violences faites aux femmes. Mais il faut chasser de notre esprit le mythe de la victime idéale et parfaite. Celle-ci n’existe pas. Qui peut affirmer qu’une prostituée, avec toute la stigmatisation qu’elle subit de la part de la société, ne peut être violée ? Raison de plus aurions nous tendance à dire ! Ou une femme qui commet des délits ? Ou une femme qui est folle ?

La lutte contre ces violences est très difficile en France. Ces temps derniers, malgré des réactions contrastées dans la population, une progression de la prise de conscience s’est fait sentir, les langues commençaient à se délier.

Ainsi, le fait que la culpabilité de Dominique Strauss Kahn ne soit pas établie ne doit pas occulter les 75000 viols par en an en France, les femmes mortes à la suite de violences conjugales, le harcèlement sexuel au travail que très peu de femmes osent dénoncer. Le début d’introspection d’une partie de la société française ne doit pas s’arrêter là. Il faut continuer à remettre en cause la confusion entre drague et libertinage d’une part et violences sexuelles de l’autre. C’est le prix à payer pour aller vers l’égalité femmes hommes, garante d’une société vraiment démocratique.

Collectif National Droits des Femmes

3 juillet 2011


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