Communiqué du NPA. Conseil constitutionnel : le bal des vampires

31 décembre 2012

Un ramassis de vieux réactionnaires, qui s’octroient en plus le statut de sages, vient d’annuler la timide mesure de taxation à 75% des revenus au dessus de 1 millions d’euros, prise par le gouvernement Hollande-Ayrault.

Sans vergogne le Conseil Constitutionnel valide par contre le crédit d’impôts de 20 milliards donnés aux entreprises.

Les riches, même battus électoralement, utilisent tous les artifices possibles pour remettre en cause la moindre tentative, même marginale, de répartition des richesses.

Ils prennent tout ce qu’ils peuvent prendre et ne lâchent rien.

C’est dire si les salariés doivent prendre leurs affaires en mains et ne compter que sur eux-mêmes s’ils veulent qu’un minimum de justice sociale soit mise en œuvre.

Montreuil, le 29 décembre 2012.

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Inde, Mali : la révolte des femmes

31 décembre 2012

« Le viol de trop » à New Delhi a provoqué l’indignation. Des dizaines de milliers de femmes ont protesté dans la rue contre les violences qu’elles subissent. Au Mali, les femmes touareg luttent pour leurs droits face aux agissements du groupe islamiste Ansar Dine.

En Inde, la colère a succédé à l’émotion. La jeune étudiante violée et battue a perdu la vie et cela n’a pas qu’amplifier encore l’indignation qui s’est emparé d’une grande partie de la population. Pour la première fois de leur vie, des milliers de femmes sont descendues dans la rue pour crier leur révolte. Non contents de rester inertes face aux violences faites aux femmes, police et gouvernement n’ont rien trouvé de mieux à faire qu’interdire et réprimer violemment les manifestations. Selon l’AFP, « dimanche, dans une affaire distincte, un journaliste de 36 ans a été tué par balle à Imphal (nord-est), lors d’une manifestation de soutien à une actrice victime de violences sexuelles, alors que la police avait ouvert le feu » (lire l’article).

En Inde, les condamnations pour viols sont rares. A Delhi, les 635 viols enregistrés cette année n’ont donné lieu qu’à une seule condamnation. Les appels à instaurer la peine de mort, lancés dans certains milieux, notamment dans les médias qui se sont emparés de l’affaire, empêchent de poser les bonnes questions sur le rôle de la police et de la justice, mais aussi des politiciens professionnels, dont bon nombre exercent un mandat au Parlement fédéral ou dans les chambres provinciales tout en étant accusés de vols, viols ou meurtres (lire l’article de Françoise Chipaux).

Lire aussi le communiqué du NPA.

Au Mali, Ansar Dine menace les femmes d’une régression considérable : obligation de porter le voile, exclusion de l’activité économique… Une journaliste a rapporté les témoignages de leur révolte, et notamment d’une de leur manifestation attaquée par des membres du groupe islamique. Une militante s’exprime ainsi : « Avant, jamais les femmes n’avaient été battues car, dans la culture touareg, lorsqu’une femme est battue pas son mari, ceci entraîne directement le divorce. (…) Nous sommes fatiguées, les femmes sont fatiguées. Elles ne peuvent plus aller dehors. Elles ne peuvent plus travailler. Elles ne peuvent plus se rencontrer et faire la fête entre elles. Ansar Dine se mêle uniquement des affaires des femmes en leur disant de faire ceci et de ne pas faire cela. » Comme le dit un militant d’Amnesty International, au travers des règles vestimentaires que tente d’imposer Ansar Dine au nom de la charia, l’enjeu est de « domestiquer le corps des femmes ». Mais au Mali les femmes refusent « l’instrumentalisation des violences faites aux femmes pour justifier l’ingérence et les guerres de convoitise des richesses de leurs pays ». Dans un appel récent, une quarantaine d’entre elles refusent toute « guerre par procuration » et affirment lutter contre « trois formes de fondamentalisme : le religieux à travers l’islam radical ; l’économique à travers le tout marché ; le politique à travers la démocratie formelle, corrompue et corruptrice. »

En Afrique du Sud, les événements en Inde provoquent un « examen de conscience », selon le correspondant du Monde (lire l’article). L’Afrique du Sud est connue par son degré de violence. Ce qui l’est moins, c’est que les femmes sont parmi les principales victimes. Hélas, Zwelinzima Vavi, le secrétaire général du syndicat COSATU – proche de l’ANC au pouvoir – parle de « dégénérescence des valeurs morales aujourd’hui » en parlant de cette violence, au lieu de voir dans les violences faites aux femmes une des formes les plus terribles de la violence sociale qui s’exerce dans toute la société. En Afrique du Sud plus qu’ailleurs, seules les femmes prenant en main leur destin elle-mêmes pourront venir à bout de la violence dont elles sont les victimes, en liant ce combat à celui contre toute violence sociale.


Banques – Peuples : les dessous d’un match truqué, par Eric Toussaint (novembre, décembre 2012)

26 décembre 2012

Eric Toussaint, président du CADTM Belgique (Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde, http://www.cadtm.org) et membre du conseil scientifique d’ATTAC France, décrit dans trois articles récents l’offensive du capital contre les travailleurs et le rôle des banques : « Crise financière : 2007-2012, les 6 années qui ébranlèrent les banques« , « Crise financière : la BCE et la Fed au service des grandes banques privées » et « La plus grande offensive contre les droits sociaux menée depuis la seconde guerre mondiale à l’échelle européenne« .

En conclusion du troisième article, Eric Toussaint propose quelques mesures essentielles pour « un programme alternatif à la gestion capitaliste de la crise » : « Partout dans le monde, le Capital s’est lancé dans une offensive contre le Travail. C’est en Europe que, depuis 2008, l’offensive prend la forme la plus systématique en commençant par les pays de la Périphérie. Alors que les banques (et le capitalisme en tant que système) sont les responsables de la crise, elles sont systématiquement protégées. Partout, le remboursement de la dette publique est le prétexte invoqué par les gouvernants pour justifier une politique qui s’en prend aux droits économiques et sociaux de l’écrasante majorité de la population. Si les mouvements sociaux et, parmi eux, les syndicats veulent victorieusement affronter cette offensive dévastatrice, il faut prendre à bras le corps la question de la dette publique afin d’enlever au pouvoir son argument principal. L’annulation de la partie illégitime de la dette publique et l’expropriation des banques pour les intégrer à un service public de l’épargne et du crédit sont des mesures essentielles dans un programme alternatif à la gestion capitaliste de la crise« .
A lire sur le site Europe solidaire sans frontières : ici.


Souscription 2012. Aidons le NPA

26 décembre 2012

CherEs amiEs, camarades, le NPA vous demande de l’aider à bien finir l’année. Que vous soyez militantE, sympathisantE, intéresséE, que vous ne soyez pas ou plus au NPA, membre ou ancien membre d’un autre parti, que vous votiez pour P. Poutou, O. Besancenot ou quelqu’un d’autre, ou que vous ne votiez pas… Vous connaissez peut-être par cœur notre petit air sur la souscription, le fait que le NPA est une parti utile dans la société, MAIS….

Cette année, c’est différent. Le NPA ne vit plus que par l’unique argent des ses militants et de ses donateurs : du fait de la loi électorale, contrairement aux autres organisations politiques, nous ne touchons plus d’argent de l’État. Nous sommes attachés à notre indépendance financière vis-à-vis de l’État, mais du coup, nous ne sommes pas riches et quelques petites monnaies sonnantes et trébuchantes nous aideraient à finir les fins de mois et à préparer les échéances futures.

Que l’on soit anticapitaliste, écologiste, féministe, anti-raciste, pour la défense des sans-papiers et de tous les sans-droits, sans-toits… il va y avoir un sacré boulot sous la gauche caviar. Plus on sera à marteler, à gauche de cette fausse gauche, mieux ce sera pour imposer nos droits et faire barrage à l’extrême-droite qui se frotte déjà les mains.

Alors, s’il vous plaît, un petit don !

Si vous payez des impôts, ça ne sera pas grand chose pour votre portefeuille, l’Etat vous en rendra 66%. Concrètement, si vous donnez 100 euros, en réalité, vous n’en payez que 33, parce que vous serez remboursés des 67 euros restants l’année suivante ! Et pour nous, ce seront des affiches, des tracts, des banderoles… bref, de la contestation.

Bonne fin d’année et que 2013 nous apporte enfin du vrai changement !

Deux moyens de paiement :

La chèque et la carte bleue (HTTP://WWW.NPA2009.ORG/SOUSCRIPTION)

Une seule adresse pour envoyer vos chèques :

NPA SOUSCRIPTION 2012 – 2 RUE RICHARD LENOIR – 93100 MONTREUIL

Un seul ordre pour vos chèques :

NPA SOUSCRIPTION

Une seule limite de datation et d’envoi :

AVANT LE 31 DECEMBRE 2012 A MINUIT

si votre adresse n’est pas celle mentionnée sur le chèque :

PRECISEZ-LE POUR QUE LE RECU FISCAL ARRIVE A BON PORT

si deux noms apparaissent sur le chèque :

PRECISEZ A QUI IMPUTER LE DON


Augmentation des patrons du CAC40 : 7 500 euros par mois, augmentation du Smic : 24 euros par mois, augmentation du RSA : 10 euros par mois : cherchez l’erreur !

25 décembre 2012

Les salariéEs payéEs au Smic n’auront ni cadeaux de Noël ni étrennes… Le ministre du travail vient de l’annoncer : la hausse du Smic sera de 0,3 %, soit 5 euros par mois ! La revalorisation du Smic, chaque 1er janvier, est composée de trois éléments : le niveau de l’inflation de l’année précédente, la moitié du gain de pouvoir d’achat du salaire ouvrier et éventuellement un « coup de pouce » au bon vouloir du gouvernement.

Sur la hausse de 2% accordée au 1er juillet 2012 par le gouvernement nouvellement élu, 1,4 % était en fait une avance sur la partie de l’augmentation due à l’inflation et le « coup de pouce » ne représentait que 0,6 %. Les 0,3 % du 1er janvier représentent le reste de l’augmentation légale, la moitié du gain de pouvoir d’achat du salaire ouvrier.

Il n’y a donc aucun nouveau coup de pouce.

Au total, sur l’année, le SMIC aura été augmenté de 2,3 % (24 Euros) dont seulement 0,9% en pouvoir d’achat, le reste est « mangé » par l’inflation.

…Celles et ceux qui touchent le RSA non plus !

Quelques jours auparavant Jean-Marc Ayrault, a annoncé les grandes lignes de son futur « Plan quinquennal de lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale ». Les près de neuf millions de pauvres ont certainement été heureux d’apprendre que la mesure phare du quinquennat de François Hollande pour lutter contre la misère en France sera d’augmenter le RSA de 10 % sur 5 ans ! Cette largesse gouvernementale fera passer en 2013 le montant mensuel du RSA, pour une personne seule, de 475 € à 485 €. Comme le déclarait le premier ministre : « Il est impossible de vivre avec le montant actuel du RSA !». Si l’on ne peut pas vivre avec 475 € par mois, sera-t-il plus facile de s’en sortir avec 10 € de plus ?

Mais pour les grands patrons c’est Noël tous les jours !

Au même moment tombaient d’autres chiffres : La rémunération des patrons du CAC 40 a augmenté de 4,75 % en 2011, pour atteindre une rémunération annuelle moyenne de 4,2 millions d’Euros. Les plus gâtés sont le PDG de Publicis avec 19,6 millions d’Euros, puis Carlos Ghosn de Renault, devant ceux  de Dassault, LVMH, et L’Oréal…

Ce gouvernement qui accorde des miettes dérisoires aux plus pauvres n’hésite pas à lâcher 20 milliards d’Euros de crédit d’impôt sans contrepartie aux entreprises au nom de la compétitivité.

Pourtant 20 milliards, c’est aussi le coût du passage du Smic à 1700 Euros net, comme nous le revendiquons, avec d’autres,  pour vivre dignement.

Le choix est simple et clair : Faire 20 milliards de cadeaux aux patrons ou les contraindre à prendre sur leurs profits 20 milliards pour permettre aux salariés de vivre dignement.

Il est temps pour nous de retourner la situation,  par nos mobilisations,  pour l’augmentation immédiate de 300 Euros des salaires, pensions et minimas sociaux


Conférence de Doha : Qatar : 1, climat : 0

24 décembre 2012

Du 26 novembre au 7 décembre, la conférence de l’Onu sur le climat qui s’est tenue à Doha au Qatar a réuni plus de 190 pays pendant deux semaines… pour rien !

Fin 2007, le sommet de Bali avait, non sans opposition, repris l’objectif de ne pas trop dépasser 2 °C de hausse de la température par rapport au XVIIIe siècle, en commençant à réduire les émissions mondiales de GES au plus tard en 2015 pour atteindre une diminution de 50 à 85 % d’ici 2050. Il avait aussi reconnu des « responsabilités communes mais différenciées » : les pays développés devant diminuer leurs émissions de 25 à 40 % pour 2020 et de 80 à 95 % pour 2050 par rapport au niveau de 1990 ; les pays en développement devant les ralentir de 15 à 30 %.

Depuis, à Copenhague, Cancun, Durban, l’objectif des 2 °C a été abandonné et la responsabilité historique des pays impérialistes a disparu. Et quand la Banque Mondiale affirme qu’il faut « absolument éviter une élévation de 4 °C de la température de la planète », c’est pour imposer ses prétendues « solutions » de « l’économie verte » : agrocarburants, nucléaire, charbon « propre » et appropriation massive des forêts et des terres arables au détriment du droit des peuples à l’alimentation.

Refus d’engagement

À Doha, les principaux pays émetteurs devaient adopter l’acte 2 du Protocole de Kyoto, l’acte 1 s’achevant fin 2012. Seuls quelques pays ne représentant que 14 ou 15 % des émissions planétaires se sont engagés mais ils risquent fort de profiter du prétexte du refus du Canada, de la Chine, des États-Unis, de la Russie, du Brésil… pour ne pas respecter leur propre engagement ! Depuis Copenhague en 2009, un « fonds vert » doit aider les pays du Sud à faire face aux effets du réchauffement climatique et à réduire leurs propres émissions. Ces pays réclamaient 60 milliards de dollars d’ici 2015 et n’ont obtenu qu’une mention dans la déclaration finale pour « presser les pays industrialisés d’annoncer des aides financières quand les circonstances financières le permettront ».

Le monde se dirige actuellement vers une hausse de 3 °C à 5 °C de la température globale. L’indispensable lutte contre le réchauffement climatique est directement liée au combat pour sortir du mode de production et de consommation capitaliste. Se satisfaire de l’illusion du capitalisme vert serait une erreur criminelle. La nécessité d’un plan d’urgence sociale et écologique est chaque jour plus criante.


Doha : le plus grand pollueur du monde préside le sommet sur le climat

7 décembre 2012

Ce 26 novembre, le sommet annuel des Nations Unies sur les changements climatiques s’est ouvert à Doha, au Qatar. Formellement, le sommet se compose de deux rencontres distinctes : la 18e session de la conférence des parties signataires de la convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) conclue à Rio en 1992, d’une part, et la 8e session de la réunion des parties au Protocole de Kyoto, d’autre part. Les principaux objectifs de la rencontre sont les suivants : primo, l’adoption par les pays développés d’une deuxième période d’engagement au titre du Protocole (la première période s’achève à la fin de cette année) ; secundo, la négociation d’un accord global engageant toutes les nations dans la lutte contre le réchauffement, à partir de 2020.

Les deux volets sont intimement liés car les pays dits « en développement » exigent des pays dits « développés » qu’ils montrent l’exemple – étant donné qu’ils sont les principaux responsables historiques des changements climatiques, tandis que les seconds exigent des grands pays émergents que ceux-ci prennent leurs responsabilités – étant donné qu’ils figurent aujourd’hui parmi les principaux émetteurs de gaz à effet de serre.

De Bali à Doha

Le sommet de Doha s’inscrit dans le sillage des réunions précédentes, en particulier celles de Bali, Copenhague, Cancun et Durban. Pour comprendre les enjeux, il faut donc revenir un peu en arrière.

• Le sommet de Bali (2008) adopta une « feuille de route » stipulant que des «  coupes profondes dans les émissions globales seront nécessaires » pour stabiliser le climat et soulignant « l’urgence de faire face au changement climatique comme indiqué dans le quatrième rapport d’évaluation du GIEC ». Au terme de débats acharnés contre les représentants de l’administration US, une note infrapaginale fut ajoutée qui renvoyait à la page 776 de la contribution du groupe de travail III au rapport 2007 du GIEC ainsi qu’aux pages 39 et 90 du Résumé technique de cette contribution.

Ce détail est important car ces documents fournissent différents scénarios de stabilisation du système climatique, en tenant compte des « responsabilités communes mais différenciées » des pays riches et des pays pauvres. Selon ces scénarios, pour ne pas trop dépasser 2°C de hausse de la température par rapport au 18e siècle, 1°) les émissions des pays développés doivent diminuer de 25 à 40% d’ici 2020, et de 80 à 95% d’ici 2050, par rapport au niveau de 1990 ; 2°) les émissions mondiales doivent diminuer de 50 à 85% d’ici 2050 ; 3°) la diminution doit commencer au plus tard en 2015 ; 4°) les pays en développement peuvent continuer à augmenter leurs émissions nettes pendant un certain temps, mais leurs émissions relatives doivent baisser de 15 à 30% par rapport aux projections.

• A Copenhague (2009), la feuille de route de Bali aurait donc dû déboucher sur un accord global fixant aux pays riches des contraintes de réduction absolue de leurs émissions et aux autres pays des contraintes de réduction relative, en fonction d’un objectif de limitation du réchauffement, et moyennant un transfert des technologies propres du Nord vers le Sud (afin de garantir le droit de celui-ci au développement). Mais la crise des subprimes était passée par là. Dans un contexte de récession et de concurrence capitaliste exacerbée, les grands pollueurs, Etats-Unis en tête, voulaient moins que jamais un accord qui menacerait la compétitivité de leurs entreprises. C’est pourquoi Barack Obama organisa une négociation non officielle avec la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud et l’Union Européenne. Elle accoucha d’un accord invitant chaque Etat à élaborer à sa guise son propre plan climat et à le communiquer au secrétariat de la CCNUCC.

De la sorte, pays développés et grandes nations « émergentes » écartèrent la menace d’un traité multilatéral contraignant avec des objectifs de réduction drastiques, déterminés sur base de l’expertise scientifique du GIEC. La Conférence « prit note » de cet accord dans une ambiance houleuse, marquée par l’opposition courageuse de quelques Etats du Sud (Bolivie, Venezuela, Cuba, notamment) qui dénoncèrent le diktat des grandes puissances. Le représentant du Tuvalu, pour sa part, s’en prit aux nations « en développement » qui acceptaient « les deniers de Judas » pour prix de leur soumission ;

• Le sommet de Cancun, un an plus tard, fut dominé par le thème de l’adaptation au réchauffement : faute de prendre des mesures énergiques pour réduire leurs émissions, les pays riches promirent que 30 milliards de dollars seraient mis à disposition des pays pauvres en 2010-2012, pour les aider à s’adapter au réchauffement, et que cette enveloppe serait portée à cent milliards par an à partir de 2020. Décision fut prise de confier la gestion de ces sommes à un Fonds vert pour le climat, dans lequel la Banque Mondiale joue un rôle prééminent. La conférence affirma par ailleurs la nécessité de limiter la hausse de température à 2°C en moyenne, de maintenir cet objectif sous examen régulier et même d’envisager son renforcement à 1,5°C maximum, en fonction de l’évolution des connaissances scientifiques sur l’impact du réchauffement. Jusque-là, seule l’Union Européenne s’était prononcée sur cet objectif d’une hausse maximum de 2°C.

Logiquement, la décision du sommet aurait dû conduire les congressistes de Cancun à reprendre la feuille de route de Bali et sa fameuse note infrapaginale, afin d’adopter rapidement un plan d’urgence incluant les réductions d’émission jugées nécessaires par les spécialistes. Au lieu de cela, ils se contentèrent de « prendre note » des objectifs de réduction des émissions que 80 pays avaient communiqués volontairement au Secrétariat de la CCNUCC, selon la démarche actée à Copenhague. Les climatologues firent remarquer que, sur base de ces plans climat nationaux, la température de surface de la Terre augmenterait probablement de 3 à 5°C d’ici la fin du siècle – à peu près deux fois plus, mais rien n’y fit. Les 2°C maximum, c’était pour la galerie.

• A Durban, l’an dernier, deux accords furent très péniblement arrachés, concernant respectivement les pays riches et tous les pays. Le premier stipule qu’il y aura bien une deuxième période d’engagement dans le cadre du Protocole de Kyoto (rappelons que la première période d’engagement -2008-2012- enjoignait aux pays riches de réduire leurs émissions de 5,2% en moyenne, par rapport à 1990). Le second reconnaît la nécessité d’élaborer « un protocole, un autre instrument juridique ou une conclusion concertée ayant force de loi au titre de la Convention (CCNUCC), applicable à toutes les parties ». Un processus de négociation de cet accord climatique global a commencé. Il devrait s’achever en 2015 sur un texte à soumettre ensuite aux parlements nationaux de toutes les nations. A supposer qu’il voie le jour, cet accord entrerait en vigueur au plus tôt en 2020.

Glissements progressifs

Au fil de ces rencontres (entrecoupées d’autres réunions annuelles, à Bonn notamment), plusieurs glissements s’opérèrent.

Primo, le principe des « responsabilités communes mais différenciées » des pays du Nord et du Sud fut mis sous une pression croissante ; sous prétexte que les grands pays émergents émettent aujourd’hui une proportion très importante des gaz à effet de serre envoyés annuellement dans l’atmosphère, la responsabilité historique majeure des pays impérialistes (responsables à plus de 70% du réchauffement ) fut systématiquement relativisée, voire effacée.

Secundo, la réponse des gouvernements et des institutions internationales prit un tour de plus en plus ouvertement néolibéral, au point d’être aujourd’hui quasi-exclusivement basée sur des mécanismes de marché (incitants aux énergies renouvelables, marché des droits d’émission et achat de crédits d’émission). Il est vrai que ces mécanismes étaient prévus par le Protocole de Kyoto, mais, nonobstant son insuffisance notoire, celui-ci gardait néanmoins un caractère hybride, car il attribuait aux Etats des quotas obligatoires de réduction des émissions (avec sanctions en cas de non-respect). D’une part, il ne reste plus grand-chose aujourd’hui de cette approche « régulationniste » – les grands pollueurs (pays impérialistes et « sub-impérialismes » émergents, Chine et Brésil notamment) l’ont évacuée à Copenhague ; d’autre part, l’éventail des possibilités de remplacer les réductions d’émissions par des mesures de compensation s’est considérablement élargi.

C’est ainsi que non seulement la plantation d’arbres mais aussi la protection des forêts existantes, la valorisation énergétique du méthane des houillères, ou la destruction de certains gaz industriels à haut effet de serre sont désormais considérées comme équivalant à des réductions nettes d’émissions. En réalité, cette équivalence n’existe que dans la tête de ceux qui l’ont imaginée et dont la préoccupation majeure est de permettre à l’industrie de remplacer des mesures coûteuses de réduction des émissions par l’achat de crédits de carbone au prix le plus bas possible, ce qui a en réalité pour effet de retarder l’indispensable transition énergétique.

Les pétrosheiks qataris à la manœuvre

Il va sans dire que la conférence de Doha n’apportera aucun changement de cap à cette politique désastreuse. Le lieu même de son déroulement est emblématique. Assis sur ses réserves d’hydrocarbures et de pétrodollars, le Qatar a le triste privilège d’être le pays du monde qui émet le plus de gaz à effet de serre par habitant. Le régime est un des plus rétrogrades de la région : aux dernières élections municipales, en 2011, une seule femme a pu conquérir un siège de conseillère municipale. Les droits humains sont piétinés et le pays, bien qu’ayant aboli l’esclavage en 1952, applique une loi scélérate dite de « parrainage » qui stipule que les travailleurs étrangers peuvent entrer, séjourner et travailler dans l’émirat, mais ne peuvent pas le quitter sans autorisation de leur « parrain ».

Considéré comme le 51e état des USA, le Qatar soutient toutes les dictatures de la région : c’est par son entremise que Washington et Tel Aviv tentent de saboter les révolutions arabes, il appuie sans compter les nouveaux régimes obscurantistes islamistes (il vient de livrer un important matériel de répression au Ministère tunisien de l’Intérieur) et est soupçonné d’avoir trempé dans le financement de projets de colonisation israéliens à Jérusalem-Est. Ajoutons que les émirs ne sont pas plus respectueux de la nature que des êtres humains : braconniers sans scrupules et de père en fils, ils se rendent régulièrement en Afrique du Nord pour chasser l’outarde et la gazelle de Thomson, deux espèces protégées qu’ils massacrent impunément, malgré les cris de rage des associations tunisiennes et algériennes de défense de l’environnement.

Voilà les personnages qui président les débats de la 18e conférence des Nations Unies sur le climat… Croire que celle-ci pourrait tracer un chemin permettant à l’humanité d’éviter la catastrophe relève plus que jamais de l’illusion.

La catastrophe est en marche

Vingt ans après l’adoption de la CCNUCC, l’incurie capitaliste déroule ses effets sous nos yeux : le réchauffement de la planète continue de s’accélérer, au point qu’on risque vraiment un emballement irréversible. Depuis le début du 21e siècle, les émissions de gaz à effet de serre augmentent de 3 à 4% par an, contre 2% environ dans les années ’90. Cet accroissement s’explique notamment par l’explosion des transports et l’usage accru du charbon dans l’atelier chinois du monde, mais aussi en Inde, aux Etats-Unis et en Australie. Il est donc directement lié à la mondialisation néolibérale.

Du coup, les phénomènes météorologiques extrêmes (pluies violentes, sécheresses anormales, canicules ou vagues de froid sévères, tempêtes, cyclones,…) se multiplient et gagnent en intensité. La fonte estivale de la glace de mer arctique a atteint un record absolu en 2012, au point que la banquise pourrait disparaître totalement dans un avenir rapproché. Surtout, on note une accélération inquiétante de la dislocation des calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique Ouest – un phénomène qui fait courir à l’humanité le risque majeur d’une hausse du niveau des mers de deux mètres ou plus d’ici la fin du siècle.

Ces menaces terribles, dont les pauvres seront les principales victimes, ont été rappelées récemment dans un rapport de la Banque Mondiale. Intitulé « Baissons la chaleur : pourquoi il faut absolument éviter une élévation de 4°C de la température de la planète » et corédigé par Climate Analytics et le Potsdam Institute for Climate Impact Resarch, ce document n’apprend rien de fondamentalement neuf sur les impacts des changements climatiques. En fait, sa diffusion tapageuse juste avant la Conférence de Doha semble avoir surtout pour but de préparer les esprits au dépassement des 2°C… Il pourrait aussi servir à légitimer, au nom de l’urgence, les soi-disant « solutions » portées par la Banque dans le cadre de son offensive pour une « économie verte » : les agrocarburants, le nucléaire, le charbon « propre » et l’appropriation massive des ressources naturelles, notamment des forêts et des terres arables.

Selon Oxfam, les investisseurs internationaux achètent tous les six jours dans les pays du Sud une surface de terre de la taille de Londres. Au cours des dix dernières années, les terres achetées de la sorte représentent huit fois la superficie de la Grande Bretagne. Au Cambodge, on estime que près de 60% des terres arables ont été acquises par des multinationales. Cette vague d’appropriation est largement due au fait que la finance internationale spécule sur le prix des matières premières agricoles et à la production d’agrocarburants… au détriment du droit des peuples à l’alimentation . Voilà un exemple de la barbarie dont les « solutions » de la Banque sont porteuse.

Chaque fois que s’ouvre une conférence onusienne sur le climat, les médias nous répètent le même refrain : les gouvernements cherchent un accord pour que la hausse de température ne dépasse pas 2°C par rapport à la période préindustrielle. En vérité, il est plus que probable que ce but soit désormais hors d’atteinte. Si l’Union Européenne a fait mieux que l’objectif rikiki assigné par Kyoto, c’est en grande partie grâce à la récession économique, à l’importation d’agrocarburants, à l’achat massif de crédits de carbone (souvent bidon) et à la délocalisation de la production en Chine. Les Etats-Unis, on le sait, n’ont jamais ratifié Kyoto et leurs émissions actuelles dépassent de plus de 30% le niveau de 1990. Le Canada s’est retiré du Protocole et le Japon, ainsi que la Russie, n’en veulent plus.

Pourtant, le texte adopté dans l’ex-capitale impériale n’imposait que des objectifs dérisoires, insignifiants au regard de ce qui est nécessaire pour sauver le climat. Par conséquent, il est tout simplement impensable que l’économie capitaliste mondiale, basée sur la croissance, la concurrence et le profit parvienne à mettre en œuvre les réductions drastiques qu’évoquait la notre infrapaginale de la feuille de route de Bali. Il suffit de jeter un œil sur les tendances de la politique capitaliste pour s’en convaincre : les sources renouvelables restent globalement marginales, leur développement ne couvre qu’une partie de l’accroissement de la demande ; le gros des besoins reste assuré par les fossiles, avec un recours croissant au charbon, une ruée sur les ressources pétrolières de l’Arctique, l’exploitation délirante des sables bitumineux de l’Alberta, sans compter celle des gaz de schiste, nouveau joker des multinationales de l’énergie…

L’impasse capitaliste est totale

L’impossibilité de relever le défi climatique/énergétique dans le cadre productiviste du capitalisme est si évidente qu’elle perce même entre les lignes de certains rapports d’institutions internationales au-dessus de tout soupçon de subversion communiste. A cet égard, le World Economic and Social Survey 2011 des Nations Unies constitue une lecture édifiante. Selon ce document, la part des renouvelables modernes dans la production primaire d’énergie est passée de 0,45% en 1990 à 0,75% en 2008, soit une croissance annuelle moyenne de 2,9%. Dans le même temps, l’usage du charbon, du pétrole et du gaz naturel a augmenté de 1,6%, 1,5% et 1,2%, respectivement. Les gouvernements sont intervenus massivement pour promouvoir les renouvelables, et le secteur privé a embrayé, « mais le changement de technologie énergétique s’est ralenti considérablement au niveau du mix énergétique global depuis les années ’70, et il n’y a pas de preuve à l’appui de l’idée populaire que ce changement de technologie énergétique s’accélère. (…) En dépit des taux de croissance impressionnants de la diffusion des technologies énergétiques renouvelables depuis 2000, il est clair que la trajectoire actuelle ne s’approche nulle part d’un chemin réaliste vers une décarbonisation totale du système énergétique global en 2050 », affirme le rapport (pp 49-50).

Une des raisons du paradoxe est que l’utilisation pleinement rationnelle et économe des renouvelables nécessiterait la construction en dix ans d’un système énergétique complètement neuf. Explication dans le cas de la production électrique : dans le cadre actuel, 1GW de capacité éolienne intermittente nécessite le backup de 0,9 GW fossile. Pour l’éviter, il faut un réseau « intelligent » Or, construire un tel réseau représente une entreprise « gigantesque, nécessitant un progrès technologique, une coopération internationale et des transferts sans précédents » (p.52). D’une manière générale, note le rapport, « la magnitude physique du système énergétique actuel basé sur le combustibles fossiles est vraiment énorme. Il y a des milliers de grandes mines de charbon et de grandes centrales électriques au charbon, à peu près 50.000 champs pétrolifères, un réseau mondial d’au moins 300.000 km d’oléoducs et 500.000 km de gazoducs, et 300.000 km de lignes électriques. Globalement, le coût du remplacement de l’infrastructure fossile et nucléaire existante est d’au moins 15 à 20.000 milliards de dollars (un quart à un tiers du PIB mondial –DT). La Chine à elle seule a accru sa capacité électrique au charbon de plus de 300 GW entre 2000 et 2008, un investissement de plus de 300 milliards de dollars, qui commencera à s’amortir à partir de 2030-2040 et fonctionnera peut-être jusqu’en 2050-2060. En fait, la plupart des infrastructures énergétiques ont été déployées récemment dans les économies émergentes et sont complètement neuves, avec des durées de vie d’au moins 40 à 60 ans. Clairement, il est improbable que le monde (sic) décide du jour au lendemain d’effacer 15 à 20.000 milliards de dollars d’infrastructures et de les remplacer par un système énergétique renouvelable dont le prix est plus élevé ». (p.53)

Ce n’est évidemment pas « le monde » qui décide – il n’a rien à dire. Ce sont les gouvernements, sous la tutelle des grands groupes énergétiques… et du capital financier qui avance les crédits pour les investissements. Les réserves prouvées de combustibles fossiles – qui font partie des actifs des lobbies du charbon, du gaz, du pétrole ainsi que des fonds de pension – sont cinq fois supérieures au budget carbone que l’humanité peut encore se permettre de brûler. Selon les calculs du Potsdam Institute et de l’ONG Carbon Tracker, sauver le climat nécessiterait que 80% de ces réserves restent à tout jamais dans les profondeurs géologiques du globe. « Le monde » s’en porterait mieux, mais pas les propriétaires des gisements, cela va de soi !

Ce « détail » mis à part, le World Economic and Social Survey 2011 campe bien le problème. Plus de 50% des émissions mondiales sont le fait de 7% à peine de la population, les 3,1 milliards de pauvres ne sont « responsables » que de 5 à 10% des gaz à effet de serre (p. 29). Par conséquent, le succès de la transition n’est possible que si « l’Européen moyen diminue sa consommation d’énergie de moitié environ et le résident des Etats-Unis des trois quarts environ » (p. XIV). Le rapport a l’honnêteté de reconnaître que de tels objectifs ne peuvent être atteints pas des « solutions simplistes » telles que « l’internalisation des externalités environnementales » ou les politiques volontariste de « big push » technologique. « Aucune de ces approches n’a le potentiel d’accélérer suffisamment le changement technologique aux échelles globales qui sont requises », lit-on (p. 29).

Pour un plan d’urgence sociale et écologique

Les auteurs du World Economic and Social Survey 2011 ne tirent évidemment pas la conclusion qui s’impose de leur analyse. Au contraire, ils s’inspirent du scénario Blue map de l’Agence Internationale de l’Energie. Or, outre qu’il estime raisonnable de poursuivre le développement des agrocarburants et de construire une centrale nucléaire de 1GW par semaine pendant quarante ans, notamment, le scénario de l’AIE permettrait tout au plus de de limiter la concentration en CO2eq à 550 ppm, ce qui correspond à une hausse de température comprise entre 2,8 et 3,2°C… Mettre en œuvre Blue map : voilà sans doute ce que la Banque Mondiale a en tête quand elle affirme qu’il faut « absolument éviter une élévation de 4°C de la température de la planète »…

La conclusion incontournable mais tabou est tout simplement la suivante : le sauvetage du système climatique n’est possible que moyennant une planification démocratique à l’échelle mondiale, la suppression des productions inutiles ou nuisibles, une ample relocalisation de la production (agricole notamment) et une redistribution radicale des richesses. Celle-ci devrait inclure notamment : la nationalisation sans indemnités des groupes énergétiques et du crédit, une réduction forte du temps de travail sans perte de salaire, l’abolition des dettes publiques, la suppression des droits de propriété intellectuelle sur les technologies propres, et une extension considérable du secteur public, sous le contrôle des populations. Seule une orientation anticapitaliste en direction d’une société qui produit pour la satisfaction des besoins humains réels, démocratiquement déterminés, peut permettre de diminuer radicalement la consommation énergétique et la production matérielle tout en satisfaisant les besoins sociaux du plus grand nombre.

Le sauvetage du climat – qui conditionne nos conditions d’existence sur Terre – est à ce prix. C’est dire que le combat doit impérativement être pris en charge par les mouvements sociaux, en particulier le mouvement syndical. Au lieu de se laisser pousser dans les cordes en mendiant une « relance » du capitalisme, comme elles font actuellement, les organisations de travailleurs et de travailleuses devraient oser élaborer et populariser un vaste plan public d’urgence sociale et écologique. Un plan visant à la fois à donner un emploi à tous et toutes et à casser l’engrenage mortel de la croissance capitaliste aurait une énorme légitimité sociale, face à ce système qui, comme le disait Marx, « détruit les deux seules sources de toute richesse : la terre et le travailleur ».

Daniel Tanuro