Communiqué du NPA. Refuser l’austérité c’est refuser ce budget

24 octobre 2012

Les députés ont voté le budget « recettes »2013. Le Gouvernement a donné un maximum de gages aux patrons, pour qu’ils ne s’affolent pas, qu’ils ne se délocalisent pas, qu’ils ne se sentent pas plumés comme des pigeons ou tondus comme des moutons.

Du coup les recettes prévues ne sont évidemment pas à la hauteur de ce qui serait nécessaire.

Finies les annonces de campagne de François Hollande de s’attaquer aux banques, à la finance.

De tout ceci il ne reste que le bruit, la rumeur. La réalité c’est l’austérité pour le plus grand nombre. Face à cette politique il n’y a qu’une réponse possible l’opposition claire.

Ce que n’ont pas décidé de faire les élus du front de Gauche qui se sont abstenus, s’accommodant finalement du budget proposé. André Chassaigne, a bien déclaré « nous ne sommes pas dans l’opposition mais dans la construction » ! Une attitude étonnante de la part de ceux qui avaient voté contre le traité européen dont le budget 2013 n’est que la mise en oeuvre.

Il n’est pas possible de défendre les intérêts de la population, des travailleurs sans choisir.

Il y a urgence à construire une opposition de gauche à ce gouvernement et à sa politique libérale.

Montreuil, le 23 octobre 2012

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L’austérité tue !

24 octobre 2012

Vendredi 19 octobre, une femme a accouché au bord de l’autoroute A 20, son enfant n’a pas survécu. Elle se rendait à la maternité de Brive à 1 h 20 de son domicile, la maternité proche de son domicile ayant été fermée en 2009.

Ce n’est pas un fait divers parmi d’autres. Ce n’est pas la fatalité. C’est une des conséquences des politiques menées depuis des années par tous les gouvernements de droite et de gauche !

Ils ont fermé dans tous les départements, des maternités et hôpitaux de proximité, ils ont regroupé des services, ils refusent de donner les moyens humains et financiers aux établissements publics et prétextent des problèmes de sécurité pour fermer certains services ! A l’origine des événements dramatiques comme celui survenu sur l’A 20, il y a une politique : la rentabilité à tout prix. L’hôpital est financé selon l’activité des services et cette activité doit être rentable !

François Hollande continue la même politique que les gouvernements précédents

La loi Bachelot qui a accéléré la casse de l’hôpital public est maintenue. Le budget de la Sécu est actuellement débattu au parlement. Pour la santé aussi ce sera l’austérité, les hôpitaux devront économiser 675 millions d’euros.

La rentabilité ne frappe pas que les hôpitaux: le montant des remboursements par la Sécurité sociale ne cesse de diminuer. Il n’est plus que de 55 % en moyenne pour les soins courants. Conséquences: un habitant sur cinq renonce à des soins, l’état de santé des pauvres se dégrade, l’espérance de vie en bonne santé commence à diminuer.

Les gouvernements de gauche et de droite sont responsables et coupables, coupables de diminuer les remboursements, d’instaurer des franchises et forfaits sur les soins à l’hôpital et en ville, coupables d’accepter les dépassements d’honoraires ou de ne vouloir que les « encadrer » comme le gouvernement actuel.

Ils prétendent que la Sécurité sociale est en déficit alors que les patrons bénéficient de milliards d’exonérations de cotisations: 30 milliards en 2010, 255,5 milliards entre 1990 et 2010, bien plus que le «déficit »!

Les patrons demandent toujours plus !

Ils avaient obtenu de Sarkozy la TVA « sociale ». Hollande l’a supprimée. Bien! Mais au nom de «la baisse du coût du travail » il s’apprête à faire revenir par la fenêtre, ce qu’il a fait sortir par la porte : remplacer la cotisation sociale payée par les employeurs par l’impôt : il est envisagé d’augmenter la CSG (payée à 80 % par les salariés, les retraités, et les chômeurs), d’instaurer une taxe « écologique » et même le retour « d’un peu » de TVA « sociale »

Notre santé vaut mieux que leurs profits

Pour nos vies, pour notre santé, il ne faut pas les laisser faire! La mobilisation de plusieurs comités de défense d’hôpitaux et de maternité regroupant usagers et professionnels a permis d’éviter la fermeture de plusieurs établissements. C’est désormais un « tous ensemble » qu’il devient urgent de préparer contre toutes les mesures d’austérité.


Gouvernement Ayrault : généreux avec les patrons en tapant sur les salariéEs !

15 octobre 2012

Le gouvernement fait ratifier le traité Sarkozy – Merkel. Il prépare un budget d’austérité. Il s’empresse de céder aux patrons, faux pigeons mais vrais rapaces, qui refusent de payer leur part d’impôts, mais il répond par la répression policière et les tirs de gaz lacrymogènes aux salariés qui manifestent au Salon de l’auto pour défendre leurs emplois !

Reprenant à son compte les arguments de la droite et du patronat qui prétendent que la cause du chômage serait le « coût du travail » trop élevé, ce même gouvernement prépare 40 milliards de cadeaux aux patrons sous la forme de la baisse des cotisations patronales.

Le prétexte de la compétitivité…

Il y aurait du chômage parce que les entreprises ne peuvent pas embaucher ou même sont obligées de licencier parce qu’elles ne vendent pas assez. C’est oublier que celles et ceux qui ont un emploi travaillent le plus souvent trop dur, trop longtemps, sont uséEs et casséEs par le travail comme en témoignent la souffrance au travail et les nombreuses maladies professionnelles.

Les entreprises françaises ne vendraient pas parce que leurs prix seraient plus élevés  que ceux des entreprises étrangères à cause des salaires trop élevés en France. C’est oublier que les actionnaires se servent largement au passage. La part des dividendes dans la valeur ajoutée a atteint en 2011 un niveau record depuis l’après-guerre avec 9% de la valeur ajoutée. Ceux qui coûtent cher, sont les actionnaires, pas les salariéEs.

…Pour faire 40 milliards de cadeaux aux patrons

Comme il serait trop choquant de baisser directement les salaires nets, c’est la baisse des cotisations patronales pour les allocations familiales qui est envisagée. Cette baisse des « charges patronales », n’est rien d’autre que la baisse des salaires. En effet le salaire c’est tout à la fois le salaire net et les cotisations. Ces 40 milliards qui ne seront plus payés par les patrons seront compensés par une hausse de la CSG et pèseront principalement sur les salariéEs. Le PS reprend les politiques qui depuis des dizaines d’années loin de réduire le chômage le font exploser  jusqu’à frapper aujourd’hui plus de 5 millions de personnes et augmentent les profits au détriment des salaires.

En virant Sarkozy, nous avons viré sa TVA antisociale, ce n’est pas pour accepter un recul social équivalent sous la forme de la hausse de la CSG !

La seule solution pour en finir avec le chômage, c’est l’interdiction des licenciements et le partage du travail, la baisse massive du temps de travail compensée par des embauches en prenant sur les profits. C’est une tout autre politique qu’il faut imposer en opposition totale  avec celle de ce gouvernement  si rapide et zélé pour répondre aux exigences des patrons.


« Non à la dette illégitime, refusons l’austérité ! »

15 octobre 2012

C’est le slogan qu’ont choisi le Collectif dette de Caen et les organisations qui le soutiennent (notamment le NPA, le PCF, le PG, la FASE, la FSU, Solidaires…) pour un rassemblement de lutte samedi 20 octobre à Caen, devant la Direction des Finances publiques. L’objectif ? Dénoncer le mécanisme de la dette et l’austérité imposée par les gouvernements dans l’Union européenne, dont le gouvernement Hollande-Ayrault en France.

La dette publique, c’est un mécanisme bien huilée pour assurer aux riches et aux actionnaires des banques une rente stable gagée sur l’austérité qui frappe les peuples. A eux seuls, les intérêts de la dette publique représentent une ponction de près de 50 milliards d’euros sur le budget de l’Etat ! Il est temps de dénoncer le discours mensonger qui fait croire que la dette est le produit de dépenses excessives, alors que ce sont les cadeaux fiscaux aux riches et au patronat qui assèchent les recettes. C’est ce à quoi a décidé de s’atteler le Collectif unitaire pour un audit citoyen de la dette publique.

Le premier rendez-vous qu’il fixe sera samedi prochain, et il y en aura d’autres.

Après les mobilisations du 30 septembre (60 000 manifestants à Paris contre la ratification du TSCG), des 29 septembre et du 9 octobre (contre les licenciements et pour le droit à l’emploi pour toutes et tous), du 6 octobre (pour le droit à la santé), du 11 octobre (pour les revendications des retraités et contre une ponction supplémentaire sur le niveau de vie des anciens), il faut poursuivre les efforts de rassemblement de la gauche politique et sociale qui refuse l’austérité.

Faisons circuler largement le tract d’appel au rassemblement, et rendez-vous dans la rue samedi prochain !


A treize jours de la mort de Plysorol, les salariés s’organisent

15 octobre 2012

Sous un ciel bleu d’automne, trois salariés s’activent aux grilles de l’usine de Plysorol de Lisieux.

Actuellement, sur les 70 salariés rescapés de 2012, deux employés administratifs et les dix délégués du personnel travaillent encore dans l’usine. Les 58 autres personnes ont été licenciées et sont dans la période légale de 21 jours en vu d’accepter ou pas d’entrer dans le dispositif du Contrat de Sécurisation Professionnelle (CSP). Le CSP peut durer jusqu’à douze mois afin de permettre un retour durable à l’emploi, si nécessaire à travers une formation qualifiante ou une reconversion professionnelle.

A partir du 25 octobre Plysorol sera mort mais pas ses salariés. En effet, ils ont décidé d’organiser à partir de cette date l’occupation et la surveillance de l’usine afin que le site et les machines, en bon état de fonctionnement, ne subissent de dégradations ou de vols. Organisés en équipes de jour et de nuit, ils se relaieront par équipe de 4 à 5 personnes avec des chiens.

Pourquoi font-ils ça ? Par espoir, car deux repreneurs se seraient faits connaître afin de reprendre le site lexovien de fabrication de contre-plaqué. Ces derniers ont jusqu’à la fin du mois d’octobre pour déposer leur dossiers de reprise au Tribunal de commerce de Lisieux.

Pour les soutenir, rendez-vous à partir du 25 octobre.

(Source : Résistances du Pays d’Auge : http://www.resistancesdupaysdauge.org/)


La Poste. Bulletin du NPA au PIC Mondeville

14 octobre 2012

A la Poste, c’est un emploi supprimé par heure depuis dix ans, pour un total de 85 000 ! Ce qui en fait le plus grand plan social jamais réalisé en France…

Lire la suite dans le bulletin du NPA distribué au PIC-Mondeville.


L’EFSA discrédite l’étude Séralini sur la toxicité des OGM – Autorité de Sécurité Alimentaire… ou instrument de Monsanto ?

6 octobre 2012

La publication à la mi-septembre des résultats d’une étude universitaire sur la toxicité d’une variété de maïs génétiquement modifié et de l’herbicide Roundup a causé un choc violent dans l’opinion publique. L’équipe de chercheurs dirigée par Gilles-Eric Séralini, de l’université de Caen, en France, mettait en évidence que le maïs NK603 et le RoundUp ont à long terme sur la santé des rats des effets graves – tumeurs, maladies des reins et du foie- que n’identifient pas les tests officiels, réalisés sur des périodes plus courtes. Les photos des énormes tumeurs développées par les rongeurs ont fait le tour du monde.

La riposte a été foudroyante. Dès le lendemain, l’étude de Séralini faisait l’objet d’un tir de barrage extrêmement nourri de la part d’autres scientifiques. Leurs critiques étaient très largement répercutées par les médias (tandis que les réponses à ces critiques, par contre, ne trouvaient pas ou peu d’écho). Cette affaire vient de connaître une première conclusion provisoire : ce 4 octobre, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a jugé « insuffisante » l’étude des chercheurs français et leur a demandé de fournir davantage d’informations sous peine de la rejeter. Sous ses dehors catégoriques, ce jugement dicté par Monsanto dissimule en réalité un embarras considérable et une volonté d’étouffer ce qui pourrait devenir un scandale majeur.

Un étrange communiqué

Selon l’EFSA, l’étude de Séralini est « d’une qualité scientifique insuffisante pour être considérée valide pour l’évaluation des risques« . »La conception, le système de rapport des données et l’analyse de l’étude, tels que présentés dans le document, sont inadéquats« , explique-t-elle dans un communiqué. En même temps, l’Autorité »invite les auteurs à lui fournir la documentation sur laquelle ils se sont basés ainsi que les procédures relatives à leur étude afin que l’EFSA acquière la compréhension la plus complète possible de leurs travaux. Sans ces « informations additionnelles essentielles », il est « peu probable que l’étude se révèle fiable, valide et de bonne qualité ». (1)

Voilà un communiqué bien étrange : d’un côté, l’EFSA rejette l’étude en termes très catégoriques (« d’une qualité scientifique insuffisante pour être considérée valide » !), de l’autre… elle demande aux chercheurs de lui fournir les éléments « essentiels » sans lesquels « il est peu probable que l’étude se révèle valide ». La contradiction saute aux yeux. Comment peut-on condamner une étude quand on manque à son sujet de certaines « informations essentielles » à la « compréhension la plus complète » ? De plus, l’étude a été soumise à un comité de lecture composé de spécialistes avant sa publication… dans la revue où Monsanto publie les résultats de ses études. L’EFSA considère-t-elle que les reviewers sont eux aussi « d’une qualité scientifique insuffisante » ?

Insoutenable légèreté

C’est peu dire que la prise de position de l’EFSA témoigne d’une insoutenable légèreté. Car enfin, il s’agit de santé publique. L’Autorité a pour mission de donner aux citoyen-ne-s le maximum de garanties qu’ils et elles consomment des aliments qui ne nuiront pas à leur santé et à celle de leurs enfants. Or, selon l’étude de Gilles-Eric Séralini, ce n’est pas le cas. Un des deux maïs OGM dont l’EFSA a autorisé la consommation et la culture en Europe pourrait être sérieusement toxique. Le problème serait que les tests sur base desquels l’EFSA a donné ces autorisations ne permettent pas de déceler cette toxicité, parce qu’ils sont menés sur une période trop courte (90 jours). Les tumeurs et autres affections apparaissent chez les rats de laboratoire après un an, dit Séralini.

Dans ces conditions, l’EFSA devrait s’interroger en premier lieu sur la qualité scientifique des études précédentes, qui ont conclu à l’innocuité du NK603, études sur lesquelles elle a basé ses décisions en les considérant comme valides. En effet, si l’étude de Séralini était effectivement « d’une qualité scientifique insuffisante », alors il faudrait estimer que les autres études sont d’une qualité plus mauvaise encore, et la conclusion à tirer serait : stop aux OGM, on arrête tout et on réalise en toute transparence une nouvelle étude toxicologique approfondie, de longue durée, indépendante, donnant des garanties de validité incontestables. Mais c’est justement cette conclusion que l’EFSA veut éviter à tout prix… parce qu’elle nuirait à la compétitivité du secteur des biotech.

La main de Monsanto

Dans son communiqué, l’EFSA ne fait que reprendre les critiques qui ont été formulées très vite –étonnamment vite – contre les travaux de Séralini. Le Dr Joël Spiroux, co-auteur et directeur adjoint de l’étude, président du Criigen (Comité de recherche et d’information indépendant sur le génie génétique), a déjà répondu à la plupart d’entre elles (2). Comme le note le Réseau européen de Scientifiques pour la responsabilité sociale et environnementale (ENSSER), « la plupart des arguments qui tentent d’invalider l’étude de Séralini et al. ne résistent pas à un examen plus attentif. Les critiques soulevées sont pour la plupart fausses ou appliquent de doubles standards. » (3) On se contentera ici de reprendre deux exemples qui montrent un acharnement malhonnête :

« La souche de rat utilisée dans cette étude est sujette à développer des tumeurs au cours de son espérance de vie d’environ deux ans », écrit l’EFSA – Oui, mais tout le monde utilise ces mêmes rats, y compris Monsanto ;
« Le nombre de rats étudiés (200 animaux, dix lots de vingt) est trop faible » – Oui, mais ce nombre d’animaux est égal ou supérieur à celui qui est utilisé par Monsanto pour prouver en trois mois que les OGM ne nuisent pas à la santé…
Il n’y a aucun doute qu’une campagne visant à discréditer délibérément l’étude du Professeur Séralini a été orchestrée par Monsanto. L’ONG CEO (Corporate Europe Observatory), qui scrute l’action des lobbies patronaux dans l’Union Européenne, a divulgué un e-mail envoyé tout de suite après la publication de l’étude, dans lequel un dirigeant de la multinationale fait connaître une liste de dix-huit commentaires scientifiques (dont dix émanant de personnes non-identifiées), tous défavorables à Séralini et son équipe.

Ce recueil de commentaires n’a pas été établi directement par Monsanto mais par le « Science Media Center ». Cet organisme basé à Londres se donne une image d’objectivité, mais celle-ci ne résiste pas à l’analyse : 70% du financement du SCM provient de l’industrie, et toutes les firmes de biotechnologie y contribuent… Les critiques des scientifiques pro-OGM coïncident d’ailleurs point par point avec celles qui sont formulées par Monsanto elle-même dans ses « commentaires » au sujet de l’étude de Séralini. N’empêche que l’astuce a fonctionné : l’agence de presse Reuters a repris les attaques fournies par le SMC, et la grande presse a embrayé.

D’énormes enjeux

La perversité, la brutalité et la malhonnêteté des attaques contre Séralini et son équipe s’expliquent évidemment par l’énormité des enjeux économiques. On n’a pas besoin d’OGM pour nourrir la planète. Les 400 experts qui ont rédigé pour les Nations Unies une Evaluation internationale des connaissances, des technologies et de la science agricole pour le développement (le rapport IAATD) ont même conclu que les OGM étaient inappropriés à ce but. Les belles paroles sur les OGM comme moyen-de-supprimer-la-faim ne sont que basse propagande et rideau de fumée. Le véritable objectif de Monsanto et des autres multinationales du « génie génétique » est l’industrialisation totale de l’agriculture dans le but de maximiser leurs profits en imposant des prix de monopole. Il va de soi que, si cet objectif était atteint, l’humanité verrait ses conditions fondamentales d’existence complètement subordonnées aux intérêts d’une puissance capitaliste concentrée, d’une ampleur sans précédent.

Pour aller dans ce sens – qui, il faut y insister, découle spontanément de la concurrence capitaliste dans la recherche d’investissements générateurs de valeur ajoutée – l’industrie biotechnologique doit s’approprier les espèces cultivées (d’où l’importance du combat sur les semences), transformer les paysans en simples pions de son projet et supprimer toute science indépendante. Elle doit aussi contrôler le pouvoir politique, qui donne les autorisations nécessaires à la consommation et à la culture des transgéniques. L’affaire des OGM montre comment ces deux derniers points sont imbriqués, puisque Monsanto réalise ou fait réaliser elle-même les études sur base desquelles les pouvoirs publics décident ensuite que ses plantes GM ne présentent aucun danger.

Science avariée, pouvoirs gangrenés

C’est peu dire qu’il y a lieu ici de se poser des questions sur l’évolution de la science, ou plutôt des sciences… La concurrence entre chercheurs pour les crédits et la mainmise croissante de l’industrie sur la recherche jouent un rôle évident (cet aspect de la politique néolibérale devrait être dénoncé davantage par la gauche radicale). Cependant, comme le dit le biologiste Jacques Testart, « il serait trop simple d’imaginer que tous ces chercheurs (ceux qui flinguent Séralini) sont payés pour défendre les intérêts de l’industrie des plantes GM. La situation est plus grave parce qu’elle relève rarement du délit mais presque toujours de l’idéologie ». Une idéologie difficile à combattre parce qu’elle habite la pensée scientifique elle-même : « la révolution génétique a conduit à une conception atomisée du vivant, écrit Testart : les secrets de la vie, des spécificités individuelles, des pathologies et des traitements, tout serait décelable et modifiable dans la molécule d’ADN, d’où la naissance d’un réductionnisme triomphant ». (4)

En même temps, ce réductionnisme, qui « nie la complexité du vivant », n’est qu’une forme particulière de l’idéologie utilitariste et réifiante du capitalisme, avec sa rationalité partielle (au niveau des entreprises) et son irrationalité globale. C’est pourquoi les conflits d’intérêt – les vrais, avec de l’argent à la clé – ne sont jamais très loin des dérives idéologiques. Au cours d’une conférence de presse, Gilles-Eric Séralini a mis en doute « la compétence, et même l’honnêteté » des experts de l’EFSA. Cette attaque frontale ne tombe pas du ciel. L’EFSA est truffée de partisans des OGM, liés à l’industrie biotechnologique ou à diverses officines soumises à celle-ci. Le CEO a montré que plus de la moitié des experts qui ont donné le feu vert au maïs NK603 avaient des liens avec l’industrie (5). En mai dernier, Diana Banati, Présidente de l’EFSA, était contrainte à la démission en raison de ses liens avec l’ILSI (International Life Science Institute). Décrit par le Canard Enchaîné comme « le plus puissant groupe de lobbying alimentaire avec 400 adhérents dont Monsanto, Unilever, Syngenta, Bayer, Nestlé… », l’ILSI est au cœur de plusieurs affaires de conflits d’intérêt. (6)

Le comité scientifique de l’ILSI compte notamment dans ses rangs un autre chercheur pro-OGM : le français Gérard Pascal, ancien toxicologue à l’INRA, devenu consultant pour Danone et Nestlé. Interrogé sur l’étude de Séralini par le quotidien Le Monde, Pascal déclarait avec ironie : « Si les résultats se confirment, c’est le scoop du siècle. Et dans ce cas, il faudrait interdire les OGM dans le monde entier ». En effet, cher monsieur, tel est bien l’enjeu ! Mais en plus, un nombre incalculable de victimes pourraient exiger réparation, une série d’experts qui ont fait passer leurs intérêts avant le bien public seraient mis sur la sellette, et les politiciens qui ont décidé de n’écouter que ces experts-là devraient rendre des comptes, eux aussi. L’affaire du sang contaminé, à côté de ça, c’est de la roupie de sansonnet… Voilà sans doute pourquoi le CERES, une association fondée par les grands groupes français de la distribution, aurait avancé les premiers fonds pour l’étude réalisée à Caen.(5)

Pour une mise à plat

Gilles-Eric Séralini refuse de donner à l’EFSA les « informations complémentaires » qu’elle lui demande. Il réclame au contraire que l’Autorité européenne « fournisse au public les éléments qui lui ont permis d’autoriser cet OGM, et ce pesticide en particulier » (7). Cette réplique intransigeante risque de lui coûter cher, mais elle est pleinement justifiée. Le communiqué du 4 octobre de l’EFSA dit que « l’examen préliminaire publié aujourd’hui constitue la première étape d’un processus » et qu’une « seconde analyse, plus complète, sera publiée d’ici la fin octobre 2012. » Etant donné que l’EFSA invoque contre l’étude de Séralini des vices qui n’en sont pas pour elle lorsqu’ils entachent – et plus gravement- des études pro-OGM, le « deux poids deux mesures » est clair, et la conclusion coule de source : ce n’est pas une controverse scientifique, et la « seconde analyse, plus complète » de l’EFSA ne fera que confirmer la première. Il n’y a aucune raison pour un chercheur de collaborer à une mascarade aussi grossière.

Comme le dit la « Lettre Ouverte » sur l’affaire Séralini, que nous publions par ailleurs, « une grande part de la culpabilité ultime pour cette controverse réside chez les régulateurs – l’EFSA en Europe et l’EPA (Environmental Protection Agency) ainsi que la FDA (Food and Drug Administration) aux Etats-Unis – qui ont adopté des protocoles ayant peu ou pas de potentiel pour détecter les conséquences néfastes des OGM » (8). L’affaire est donc politique. Il faut en finir avec un système qui permet aux industries agroalimentaires de faire elles-mêmes les études d’accréditation de leurs OGM selon des procédures mises en place par elles. Il est inacceptable que les pouvoirs publics discréditent un chercheur alors qu’ils ne se sont jamais soucié d’organiser une recherche sérieuse et indépendante sur les impacts sanitaires (et écologiques) à long terme de transgènes qui – c’est le fond de l’affaire – ne sont nécessaires que dans le cadre de la course au profit du complexe agro-industriel capitaliste.

Daniel Tanuro

Notes

(1) http://www.efsa.europa.eu/fr/press/news/121004.htm

(2) http://www.ogm-alerte-mondiale.net/OGM-9-critiques-et-9-reponses-sur

(3) Communiqué ENSSER, 5 oct. 2012

(4) http://jacques.testart.free.fr/index.php?post/texte911

(5) http://corporateeurope.org/news/study-monsantos-gm-maize-intensifies-concerns-about-efsas-reliability-monsanto-strikes-back-pr

(6) http://blogs.mediapart.fr/blog/benjamin-sourice/280912/polemique-sur-la-toxicite-des-ogm-ces-conflits-dinterets-qui-nuise

(7) http://www.tendanceouest.com/caen/actualite-41892-ogm-gilles-eric-seralini-en-donnera-pas-plus.html

(8) http://independentsciencenews.org/health/seralini-and-science-nk603-rat-study-roundup/