C’est fait !

Sarkozy sorti du terrain, le monde du travail jouera la deuxième manche contre un autre adversaire, François Hollande. Qui pense que le parti socialiste voudra rompre avec les injonctions des marchés et de la finance ? Contre l’austérité de gauche annoncée, les mobilisations sociales et l’union de celles et ceux qui ne veulent pas de lendemains qui déchantent sont nécessaires, et même indispensables, d’autant que le front national reste en embuscade.

Les classes populaires renvoient Sarkozy à la maison

Le soulagement était au rendez-vous dimanche. Même si la défaite de Sarkozy est moins large qu’annoncée par les sondages, elle est bien là. Dans le monde du travail et la jeunesse, cette défaite est massive, comme le montre une étude IPSOS réalisée quelques jours avant le vote (d’autres instututs de sondage publieront certainement d’autres chiffres ces prochains jours) et comme le montrent les résultats dans les villes et les quartiers populaires. Sarkozy est largement devancé par Hollande chez les ouvriers (42% contre 58%), chez les employés (43% contre 57%) et dans les professions intermédiaires comme les techniciens, les infirmières… (39% contre 61%). Même chez les cadres et dans les professions libérales, Hollande l’emporte (52% pour Hollande, 48% pour Sarkozy). Sarkozy est largement majoritaire chez les retraités (57%) et surtout parmi les artisans, commerçants et chefs d’entreprise (70%). Gobalement, 57 % des salariés ont voté Hollande, 43 % Sarkozy, 62% des chômeurs ont voté Hollande, 38% Sarkozy. Seuls les « travailleurs indépendants » (artisans, commerçants, professions libérales, patrons) placent Sarkozy en tête (61% contre 39% pour Hollande). Le vote pour Hollande atteint parfois 70% ou 75% dans les villes et les quartiers populaires.

Bref, le candidat contre le monde du travail qui s’en est pris violemment aux syndicats est sanctionné par le monde du travail, les classes populaires, qui lui rendent ainsi la monnaie de sa pièce.

Soulagement, mais peu d’illusions

Le rassemblement à Caen, dimanche, ressemblait bien peu au 10 mai 1981. La victoire de Mitterrand devait changer la vie, beaucoup y croyaient, et cela se voyait dans les foules rassemblées au soir de la défaite de Giscard. Dimanche 6 mai, il y avait certes un peu de monde dans les rues et sur les places, mais autant pour se réjouir de la défaite de Sarkozy que de la victoire de Hollande. D’ailleurs, l’étude IPSOS indique que 55% des électeurs de Hollande l’ont choisi « pour barrer la route à Sarkozy », tandis que 45% seulement indiquent choisir Hollande « par envie qu’il soit président ». Même dans le « noyau dur » des électeurs de Hollande, ceux qui l’ont choisi dès le premier tour, seuls 57% l’ont choisi « par envie », contre 43% « pour barrer la route à Sarkozy ». A droite, la situation est inverse, 54% des électeurs de Sarkozy l’ayant choisi « par envie », contre 46% « pour barrer la route à François Hollande ». S’il y a une forte adhésion à droite autour des valeurs de droite défendues sans complexe par Sarkozy, rien de tel « à gauche », pour la bonne raison que Hollande n’a pas fait une campagne vraiment à gauche, les quelques incursions dans les thématiques de gauche (la lutte contre la finance, l’imposition à 75% des très hauts revenus) ne pouvant faire illusion. Cela lui a permis de rafler 29% de l’électorat de Bayrou, 41% préférant Sarkozy selon IPSOS.

Un des enjeux du deuxième tour était le report des voix du Front national. Selon IPSOS, un électeur de Le Pen sur deux a voté pour Sarkozy, 14% pour Hollande. Seuls 35% (qui ont voté blanc ou nul ou se sont abstenus) se sont retrouvés dans la stratégie des dirigeants du FN consistant à renvoyer dos-à-dos Hollande et Sarkozy, anticipant la défaite de Sarkozy et la déroute de l’UMP aux législatives pour occuper la place de principale opposition à droite. C’est dire que si le FN a progressé en nombre de voix, au premier tour, il n’a pas encore stabilisé sur ses positions un électorat « anti-système » massif rejetant le clivage traditionnel gauche-droite. Toutefois, il progresse à grands pas dans cette direction, puisque qu’en 2007, le taux de report des voix FN sur Sarkozy avait été de 70%.

Et maintenant ?

Au soir de la victoire, les dirigeants du Parti socialiste nous ont abreuvé de mots tels que « rassemblement », voire « réconciliation nationale ». Eux veulent représenter « la France », plutôt que les couches populaires qui ont fait leur victoire. Pour Hollande, « ce soir, il n’y a pas deux France qui se font face. Il n’y a qu’une seule nation réunie ». Le discours nationaliste qui a envahi cette campagne électorale est présent dans le discours de Hollande devant ses partisans à Tulle, accolé à la promesse de représenter le « peuple » : « nous ne sommes pas n’importe quel pays de la planète. Nous sommes la France (sic) et, président, il me reviendra de porter les aspirations qui sont celles du peuple de France ». La marseillaise et le drapeau bleu-blanc-rouge étaient présents dans les rassemblements festifs, comme tout au long de la campagne.

Hollande n’ignore cependant pas les vrais enjeux, lui qui déclare, dimanche soir : « au moment où le résultat a été proclamé, je suis sûr que dans bien des pays européens, cela a été un soulagement, un espoir, l’idée qu’enfin l’austérité ne pouvait plus être une fatalité (…). C’est la mission qui désormais est la mienne, c’est-à-dire de donner à la construction européenne une dimension de croissance, d’emploi, de prospérité, d’avenir« .

Mais rompre avec l’austérité suppose un tout autre programme que les 60 propositions de sa campagne. Cela suppose de rejeter la règle d’or et la baisse des dépenses publiques, cela suppose l’arrêt du remboursement de la dette et l’annulation de celle-ci, cela suppose une réforme fiscale faisant payer les riches et taxant le patronat. Cela suppose aussi l’augmentation des salaires, la fin des licenciements et la création d’un million d’emplois dans les services publics. Appliquer un tel programme ne « rassemble » pas exploiteurs et exploités , mais suppose d’assumer l’affrontement avec les exploiteurs, avec l’Union européenne et avec la BCE. Ce dont ne veut pas Hollande.

C’est pourquoi, comme l’a dit Philippe Poutou dès dimanche soir (lire la déclaration de Philippe Poutou), il faut se préparer pour « fédérer les résistances contre des mesures et des politiques qui ne seront rien d’autre qu’une austérité de gauche ». Ceux qui se sont retrouvés dans les campagnes du NPA, du Front de gauche et de Lutte ouvrière ont une responsabilité particulière. Ensemble, ceux-là doivent contribuer à construire de larges cadres unitaires pour faire converger les luttes contre l’austérité.

Le débat nécessaire dans toute la gauche politique et sociale

Les premières réactions montrent le positionnement des différentes forces politiques et sociales.

Dès dimanche soir, ATTAC évoque la nécessité de la « mobilisation sociale » et même d’un « juin 36 européen » (lire la déclaration d’ATTAC) : « à l’image de juin 1936, mais dans une dynamique d’emblée européenne, nous pouvons imposer nos exigences pour répondre aux urgences sociales, écologiques et démocratiques ». ATTAC appelle à se mobiliser les 18 et 19 mai à Francfort contre l’austérité. Un rassemblement effectivement important, alors que le premier rendez-vous de François Hollande sera avec Angela Merkel. Une Angela Merkel fragilisée… par le désavoeu des partis pro-austérité en Grèce plus que par la victoire de Hollande !

De son côté, l’Union syndicale Solidaires dresse la liste des décisions pouvant être « prises sans délai » pour que « le changement, c’est maintenant » ne reste pas un slogan creux (lire la déclaration de Solidaires). Pour Solidaires, « le rapport de force est déterminant (…). L’Union syndicale Solidaires agira de tout son poids, dans l’unité, pour mobiliser ».

Autre son de cloche côté FSU. Si cette organisation syndicale, par la voix de sa secrétaire générale, exige aussi des « mesures d’urgence », sans citer lequelles (lire la déclaration de la FSU), elle n’envisage pas pour l’instant de mobilisation. Elle se considère comme un « interlocuteur » du nouveau pouvoir, parle de rétablir le « dialogue social », « souhaite que les organisations syndicales soient à nouveau reconnues comme des partenaires ». Le SNES-FSU (collèges et lycées) attend « des mesures immédiates qui rendront possibles une rentrée scolaire apaisée ». Aucun appel à la mobilisation de ce côté non plus. Il n’est pas sûr que les militants de la FSU apprécient !

Pour le Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon esquive lui-aussi toute critique à l’égard du nouveau pouvoir. Il « félicite François Hollande pour son élection. Son élection lui donne les moyens d’agir ». Oui, mais dans quelle direction ? Jean-Luc Mélenchon « souhaite le meilleur au nouveau président comme à notre pays »… « Tout commence à présent pour la France et pour notre gauche »… Ceux qui attendaient du Front de gauche autre chose que cette eau tiède seront déçus. A eux, avec le NPA, avec d’autres, d’agir pour construire une force unitaire pour imposer les revendications par les luttes, une force sociale qui soit aussi une opposition politique à Hollande et à l’austérité de gauche.

Beaucoup d’associations (RESF…) se sont aussi positionnées, rappelant leurs revendications.

C’est de la réunion de toutes les énergies, pour préparer la contre offensive dont le monde du travail a besoin, que tout dépend.

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