Honeywell Condé-sur-Noireau : forte mobilisation pour le maintien du site et des emplois !

26 octobre 2011

A Condé-sur-Noireau, 320 emplois sont menacés chez Honeywell, fabricant de plaquettes de frein. La lutte pour le maintien du site et des emplois a commencé. Les salariés de l’entreprise, épaulés par de nombreuses délégations syndicales d’entreprises de Caen, se sont rassemblés mardi après-midi devant la Préfecture du Calvados, alors que se tenait à l’intérieur une « table ronde » réunissant le préfet, les collectivités locales, les syndicats et des représentants d’Honeywell. Jean-Daniel, de la CGT d’Honeywell et membre du CHSTC a répondu à nos questions, juste avant la table ronde.

Question : Rappelles-nous comment le patron a annoncé la prochaine fermeture du site ?

Jean-Daniel : c’était clair et net, c’était mercredi dernier, on nous a annoncé la fermeture pure et simple du site pour l’ouverture d’un nouveau site en Roumanie. Les motifs invoqués par la direction, c’est que les produits fabriqués ici arrivent en fin de vie et, pour les nouveaux produits, ils ne veulent pas investir sur Condé, ils veulent construire un nouveau site en Roumanie.

Et votre analyse à vous, quelle est la réalité du vieillissement de l’usine de Condé dont parle la direction, c’est une usine en fin de vie ?

C’est faux, archi faux. En terme de production dans le groupe Honeywell, le site de Condé est le meilleur du point de vue productif. Nous avons un outil de travail, un savoir faire que les Roumain n’auront pas puisqu’il s’agirait d’un nouveau site, et ils risquent de se planter carrément. C’est vrai le site est vieillissant car il n’y a eu aucun investissement depuis de nombreuses années. Sauf qu’il y a aussi une partie vide dans l’entreprise où les sols sont tout neufs. Ils ont 5 ans, ils n’ont jamais servi. Donc, ce que dit la direction ne tient pas, c’est clair pour nous. Notre but principal, c’est le maintien du site et des emplois.
Le liquidateur est venu se présenter à l’usine, il a été embauché par le groupe Honeywell et remplace le DRH. Il est là pour « accompagner » les gens, en réalité pour les mettre dehors. Il dit des conneries dans les journaux, il ne connaît même pas le site et on a l’impression que cela fait vingt ans qu’il est dans l’entreprise.

Quelle est la situation financière de ce groupe américain ?

Le groupe fait 37 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Il a du pognon…

Aujourd’hui, les salariés sont devant la Préfecture, qu’attendez-vous de la table ronde ?

On attend que les politiques s’investissent vraiment dans ce problème. Apparemment, le groupe américain attend 17 millions d’euros de subvention de l’Union européenne pour pouvoir construire un nouveau site. On attend pour commencer que les politiques agissent pour annuler cette subvention. Il serait inadmissible que Honeywell touche un chèque de 17 millions de l’Europe pour construite un nouveau site tout en fermant l’usine de Condé. On espère que les politiques vont s’investir, bloquer cette subvention, et qu’ils se battent avec nous pour le maintien de l’emploi à Condé-sur-Noireau.


La situation mardi soir, à l’issue de la table ronde :

Les représentants des organisations syndicales ont fait le compte rendu de la table ronde devant près de 600 personnes rassemblées devant la Préfecture : salariés d’Honeywell et d’entreprises voisines (MGI Coutier, Faurecia…), délégations d’entreprises de Caen venues en soutien…
Lors de la table ronde, le Préfet comme les représentants des collectivités ont réaffirmé leur refus de la fermeture du site Honeywell de Condé-sur-Noireau. Les travailleurs ont donc obtenu un soutien unanime à leur combat. La plupart des représentants des collectivités locales qui se sont exprimés après la table ronde – ont eu des mots très durs à l’encontre du groupe Honeywell. Il faut en effet dénoncer la rapacité d’un groupe prêt à empocher des subventions publiques tout en mettant sur la pavé des centaines de travailleurs, tout cela pour profiter d’une main d’oeuvre surexploitée en Roumanie, pour le seul profit des actionnaires.
Les organisations syndicales ont fait accepter par la direction le principe d’un groupe de travail, pour montrer que le site est viable, et donc que le projet de fermeture doit être annulé.
Si la direction a accepté le principe de ce groupe de travail, elle ne s’est pas engagée à suivre ses conclusions. Elle se réserve jusqu’à fin novembre pour faire connaître sa position.
Les travailleurs sont repartis plus déterminés que jamais à se battre pour le maintien du site et des emplois.
Le NPA apporte son soutien total aux salariés d’Honeywell.


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Non à la fermeture de l’établissement Honeywell de Condé-sur-Noireau

23 octobre 2011

Après Schneider Electric à Bourguébus, Panavi à Mondeville, le groupe américain Honeywell (équipementier automobile) annonce la fermeture de son site de Condé-sur-Noireau en juin 2013. 320 emplois sont sur la sellette. C’est un coup dur pour les salariés de l’établissement.

Le NPA s’insurge contre cette annonce qui, si elle était suivie d’effet, aggraverait le chômage dans le bassin industriel de Condé-Flers-Vire. La direction du groupe invoque le vieillissement de l’outil industriel. Si c’est le cas, exigeons que le groupe investisse pour sa mise à niveau, car il serait inacceptable que les salariés fassent les frais d’un manque d’investissements ces dernières années. Si le groupe refuse d’assurer la pérennité de l’outil industriel, la collectivité doit en tirer les conséquences : il faut prononcer la réquisition de l’entreprise.

La Région et les autres collectivités pourraient préférer offrir de l’argent public pour la remise à niveau du site, en échange de la garantie des emplois. C’est aussi ce que la Région proposait pour Panavi et Schneider Electric mais les grands groupes propriétaires de ces établissements n’ont pas voulu de cet argent public ! Ils ne veulent pas se lier les mains pour quelques centaines de milliers d’euros dont ils n’ont pas besoin. La politique « d’aides » aux grands groupes trouve ses limites ! Nous proposons de changer radicalement de politique : il faut les contraindre à maintenir les emplois, à prendre sur les dividendes des actionnaires pour financer les investissements et l’amélioration des conditions de travail, sous peine d’expropriation.

Les fermetures d’entreprises n’ont que trop duré. Les salariés de Condé-sur-Noireau, seuls, auront bien du mal à venir à bout du géant américain Honeywell. Mais tous ensemble, nous devons dresser un mur de solidarité pour mettre en échec le plan de liquidation du site de Condé-sur-Noireau.

Non à la fermeture su site ! Maintien de tous les emplois ! Interdisons les licenciements !


Déclaration de Philippe Poutou. 2012 : défaire la droite, faire payer la crise aux capitalistes

18 octobre 2011

L’affluence en hausse pour ce deuxième tour des primaires PS est sans doute révélateur de l’espoir des gens de voir Sarkozy se faire virer lors des prochaines présidentielles. Pour nous, qui luttons contre la politique de Sarkozy et qui souhaitons la défaite de la droite, quel plaisir de voir la tête déconfite de ses partisans sur les plateaux télé. Ils ont raison de s’inquiéter pour l’avenir de leur camp.

Mais la candidature de François Hollande, adoubée par tous les candidats PS, ne représente qu’une alternance sociale-libérale qui ne changera rien à nos vies quotidiennes, qui mènera les mêmes politiques d’austérité que cette « gauche là » conduit en Grèce ou en Espagne.

2012 ne doit pas être qu’un référendum nécessaire anti Sarkozy. Il s’agit aussi d’exprimer à gauche de la gauche, c’est-à-dire à la gauche du PS et de ses futurs alliés ou soutiens, les solutions pour faire payer la crise aux capitalistes et à eux seuls. Il n’est pas question de remettre notre destin à des politiciens professionnels qui parlent à « gauche » le temps d’une élection et qui finissent toujours par gérer loyalement un système où les marchés font la loi.

Il faut que les salariés, la population, les victimes de la crise prennent leurs affaires en main, à l’image de tous les « indignés » du monde.

Le 16 octobre 2011


Etats-Unis : Occupy Wall Street, les signes annonciateurs d’un « nouveau bloc social » ? Charles-André Udry (8 octobre 2011)

11 octobre 2011

Le 17 septembre 2011, dans la foulée d’un appel lancé, dès fin juillet, sur le site Adbusters – un site qui indique sa volonté « de changer la façon dont l’information se diffuse, dont les firmes exercent le pouvoir et la façon dont le sens est produit dans notre société » – les premiers « activistes » donnaient le coup d’envoi au mouvement Occupy Wall Street (OWS) à New York.

La police de New York ne leur a pas laissé planter leurs tentes au milieu du centre mondial de la finance. Ils le firent dans le Zuccotti Park, situé assez près de « Ground Zero », dans Lower Manhattan. La place a été rebaptisée « Liberty Square », par référence à Tahrir Square, au Caire.

Depuis lors, le mouvement s’est étendu à un grand nombre de villes aux travers des Etats-Unis ; plus de 75, le 6 octobre. Dès le début de ce mois, le soutien de plusieurs sections de différents syndicats et de diverses organisations de quartier (community groups) ajoutait une dimension inusitée à ce mouvement social.

Il regroupe diverses fractions de la société : depuis les personnes dont la maison a été saisie (car elles ne pouvaient s’acquitter des intérêts hypothécaires usuraires), en passant par les étudiant•e•s endettés jusqu’au cou et devant renoncer à la poursuite de leurs études, jusqu’aux chômeurs et aux multiples désaffiliés d’une société frappée par la plus ample crise depuis la Seconde Guerre mondiale. Le mouvement tend à s’élargir à des secteurs de salarié•e•s du public et même du privé. Une tendance qui doit encore se confirmer.

Deux slogans traduisent le profil du mouvement. Le premier : « Nous sommes le 99% », impliquant par là que le 1% de la population commande et tire le plus grand bénéfice de ce système. Ce rapport entre 99% et 1% symbolise aussi la bipolarisation fortement accentuée de la répartition de la richesse sociale produite aux Etats-Unis. Le second : « Les banques ont été renflouées. Nous avons été vendus. » Autrement dit, à sa façon, est mise en question la politique du gouvernement et des « maîtres de Wall Street » – la fraction du capital financier – qui exercent sur les options de l’administration Obama une influence déterminante.

The New York Times du 8 octobre 2011 consacrait un article supplémentaire au OWS. Il est centré sur le rôle des réseaux sociaux dans son organisation, ce qui permet de gommer son contenu social. Néanmoins, Jennifer Preston est contrainte de rendre compte des débats en cours à l’échelle des Etats-Unis : d’une part, la question de l’emploi, « de la cupidité des firmes et des coupes budgétaires », de l’autre, les problèmes « plus proches » auxquels s’affrontent les populations de diverses villes.

Les réactions brutales de la police sont aussi soulignées. La police de New York n’a pas hésité à arrêter 700 manifestants, le 1er octobre 2011, alors qu’ils ne bloquaient pas, effectivement, le pont de Brooklyn, contrairement à ce qu’ont affirmé les médias, à l’échelle internationale.

OWS ne tombe pas du ciel

Ce mouvement et sa dynamique ne tombent pas du ciel, dans un pays où plus de 46 millions de personnes vivent en dessous de la ligne de pauvreté. Les dernières statistiques sur l’emploi, la pauvreté et une crise dont l’économie capitaliste états-unienne n’est, en fait, jamais sortie depuis 2008 l’indiquent. Le taux de chômage – sans compter les temps partiels imposés avec les salaires de misère qui les accompagnent et les personnes « découragées », donc ne cherchant plus un emploi et exclues de la statistique – se situe à hauteur de 9,1%. En septembre 2011, la distribution du chômage était la suivante : 14 millions chômeurs et chômeuses enregistrés ; 9,6 millions de « temps partiels involontaires », autrement dit qui cherchent un temps plein et ne le trouvent pas ; 2,6 millions « attachés marginalement au marché du travail », dans le sens où ils ne cherchent pas activement (au moment de l’enquête) un emploi. Soit un total de 25,8 millions. Quant au nombre de chômeurs et chômeuses qui le sont depuis plus de six mois, il est quasiment au niveau du pic atteint au printemps 2010, soit 44,6% en septembre 2011 (contre 45,6% en avril 2010).

Or, la création d’emplois est en baisse au cours des cinq derniers mois de 2011. Le chômage va donc remonter dans les mois qui viennent ; non seulement sous l’effet du ralentissement économique, mais parce que la croissance de la population active est supérieure à la création d’emplois.

A cela s’ajoutent, déjà, les réductions permanentes d’emplois dans le secteur public, particulièrement à l’échelle des municipalités et des Etats fortement endettés. Quelque 34’000 emplois publics ont été supprimés durant le seul mois de septembre 2011. L’enseignement secondaire a été la principale cible des compressions d’effectifs : enseignants, bibliothécaires, employés administratifs, etc.

Heidi Shierholz de l’Economic Policy Institute effectue la somme de la diminution des salarié•e•s de l’enseignement secondaire depuis 2008 (soit 278’000) et l’augmentation du nombre d’enseignants qu’aurait exigée l’accroissement du nombre de jeunes devant être scolarisés : 48’000. Autrement dit, le fossé « comptable » entre le besoin d’enseignants et l’effectif présent peut être estimé à 326’000 pour ce qui est du secteur de l’éducation publique.

Or, entre 2008 et 2010, le nombre d’enfants vivant dans la pauvreté a crû d’au moins 2,3 millions. Ce sont précisément ces jeunes qui auraient besoin d’un encadrement scolaire plus fourni et solide. Voilà un parmi les nombreux engagements de l’administration d’Obama qui n’a pas été respecté.

Ces seuls faits expliquent, à coup sûr, l’engagement des enseignants, de leurs syndicats ou de la Coalition for Public Education auprès des divers mouvements OWS dans les villes.

Ce d’autant plus que la révolte sociale à Madison (Wisconsin) contre la politique brutale d’austérité du gouverneur Scott Walker – voir à ce propos les articles sur ce site publiés depuis mars 2011 [1] – a marqué les esprits d’un secteur de la population, par ses objectifs, ses modalités d’actions et la convergence sociale qu’elle concrétisait. A Madison, l’action et les initiatives des enseignants ont été déterminantes.

Des rencontres qui changent

Des reportages ayant trait aux diverses manifestations permettent de capter une partie de l’état d’esprit de leurs participants. Ainsi, le 5 octobre, à New York, un salarié de FedEx (la firme transnationale de logistique, active aussi en Suisse), qui marchait avec son habit de travail, confiait à un journaliste : « Ils essayent toujours de nous mettre plus de travail sur le dos. On effectue 40 livraisons, ils en veulent 50. On en fait 50, ils en veulent 60. » Il n’y a pas de syndicat dans son entreprise. Il confie : « Je n’ai jamais participé à une manifestation, c’est la première fois pour moi. » A ses côtés se trouvaient quelques milliers d’étudiants de la New York University, de la Columbia University et de la New School.

Prenant la parole à cette occasion, Bob Master du Communications Workers of America (un des deux syndicats des salarié•e•s des moyens de communications et des médias), déclare : « Regardez autour de vous. C’est ce à quoi ressemble la démocratie. Occupy Wall Street capte l’esprit de notre temps. Ici, c’est Madison. Ici, c’est le Caire. Ici, c’est la Tunisie. Occupy Wall Street a initié un mouvement dont nous sommes tous partie prenante autour du monde. »

Au-delà de l’emphase rhétorique, Master relève un trait de ce mouvement que d’aucuns voulaient, à ses débuts, réduire à une expression mimétique de la part de quelques « indignés » qui suivaient la mode. En effet, comme des mouvements sociaux qui plongent leurs racines dans une société bouleversée, OWS est devenu – de manière embryonnaire – le point de rencontre et de reconnaissances mutuelles de personnes marquées par un isolement social accentué dans cette phase du capitalisme. Dans le climat ambiant, il a aimanté des organisations sociales plus traditionnelles, plus d’une fois surprises.

Dès lors, pour ceux et celles qui ont fait, ces dernières années, l’expérience des énormes difficultés à conduire des luttes de résistance sociales couronnées de succès, même partiels, ce mouvement tend à dégager l’horizon ou, pour le moins, à révéler des ressources qui gisent dans ladite société civile.

Danny Lucia, dans la publication de l’ISO (International Socialist Organization), note que les participants à la marche du 5 octobre à New York – à la différence des manifestations traditionnelles organisées par les syndicats – se mélangeaient, discutaient de leur situation propre, ne défilaient pas dans « leur » tronçon syndical. Et, la marche ayant pris fin, ils ne se dispersaient pas de suite pour rentrer chez eux. Ils débattaient entre eux, écoutaient l’intervention du cinéaste Michael Moore ou examinaient les livres donnés à la « bibliothèque de la liberté ».

Il faut toutefois souligner l’importante participation, ce jour-là, des infirmières et soignant•e•s, membres du National Nurses United. En effet, les attaques contre le secteur de la santé publique sont à la hauteur de celles visant l’éducation. Ce qui explique cette participation organisée.

Les traits d’un programme social perturbateur

La différence entre le mouvement qualifié de « Global Justice » de la fin des années 1990 – qui se centrait sur des thèmes liés à la mise en question des politiques de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) ainsi que du FMI et de la Banque mondiale – et l’OWS renvoie à la dissemblance de la situation économique. La désolation sociale est sans comparaison. En outre, l’attaque du 11 septembre 2001 avait offert, sur un plateau, une arme à l’administration Bush : forger une unité nationale et un alignement des syndicats qui avaient des contours propres à ceux de la période de la guerre froide.

D’où, dans le contexte actuel, se renforce l’exigence pour l’OWS, afin d’accroître son audience et sa capacité à stimuler l’émergence d’un nouveau bloc social, d’« occuper ensemble » comme le suggèrent, dans leurs actions et leurs propositions, les syndicalistes actifs, de combat. Le mouvement – à l’examen de ses différentes expressions dans des dizaines de villes – peut tendre à faire converger des revendications portant sur la création d’emplois et contre les coupes dans le secteur public avec les thèmes qui structurent la déclaration initiale qui affirme que « la vraie démocratie ne peut être atteinte quand le processus [démocratique] est soumis au pouvoir économique ».

Dans la liste des constats effectués le 20 septembre 2011 par l’assemblée de New York se retrouvent, de fait, les éléments d’un programme social d’envergure : « ils ont pris nos maisons au moyen de saisies illégales, bien que n’étant pas en possession de l’emprunt hypothécaire initial » [mécanismes propres aux subprimes] ; « ils ont renfloué les banques en toute impunité en puisant dans les revenus arrachés aux contribuables, alors que les dirigeants s’arrogent des bonus exorbitants » ; « ils ont approfondi l’inégalité et les discriminations sur le lieu de travail, sur la base de l’âge, de la couleur de la peau, du sexe ou de l’orientation sexuelle » ; « ils ont sans cesse cherché à enlever aux salarié•e•s le droit de négocier pour un meilleur salaire ou des conditions de travail plus sûres » ; « ils ont pris en otage des dizaines de milliers d’étudiants au moyen de dettes de dizaines de milliers de dollars pour payer leurs études, études qui constituent un droit de la personne humaine » ; « ils ont systématiquement sous-traité le travail et utilisé cette sous-traitance comme levier afin de réduire le salaire et la couverture sociale de santé ».

La liste continue, abordant aussi bien des questions ayant trait à la crise écologique que celles concernant la politique des médias dominants, celles des firmes pharmaceutiques ou encore l’utilisation de la force de travail des migrants. Dans un article reproduit par Socialist Project (6 octobre 2011), Pham Binh rapporte les propos d’un participant à l’une des manifestations : « Mark Purcell a voyagé depuis le centre de la Pennsylvanie pour participer à l’OWS et affirme qu’il veut s’intégrer à toute occupation qui s’organiserait à Philadelphie. Mark raconte qu’il a réalisé que le système était complètement pourri lorsqu’il a travaillé dans un dépôt de marchandise à Allentown [Pennsylvanie] comme ouvrier intérimaire. Il affirmait que les entreprises profitaient des immigrants sans-papiers dans la mesure où ils ne disposaient d’aucun droit au plan légal ou d’aucune protection. A la minute où il s’est plaint de ses conditions de travail, l’entreprise pour laquelle il travaillait lui indiqua qu’il devait s’adresser à l’agence de travail temporaire et cette dernière l’a licencié. Il était furieux que ces entreprises sous-traitent le travail à ces agences et utilisent cela pour esquiver leurs responsabilités pour ce qui concerne les conditions de travail. » [2]

« Occuper ensemble »

Les informations sur le mouvement OWS se multiplient. Certains aspects méritent toutefois d’être mis en relief dans la mesure où ils pourraient indiquer les éléments d’un processus social nouveau.

Ainsi, à New York, Jenny Brown et Mischa Gaus rapportent dans le bulletin Labor Notes du 6 octobre 2011 : « A New York [le 5 octobre] les drapeaux, les pancartes, les casquettes et les tee-shirts indiquaient la présence de travailleurs des trains et des bus, du métro et des employés de l’administration universitaire, de musiciens, d’employé•e•s des grands magasins, d’enseignants et de salarié•e•s du secteur de la santé. Mais une majorité des manifestants semblaient n’être membres d’aucun syndicat. »

Néanmoins, ce fut l’occasion pour des militants syndicalistes de rappeler que certains mots d’ordre – fort justes comme : « Ils ont renfloué les banques ; ils nous ont vendus » – faisaient écho à des luttes ouvrières, comme celle contre la fermeture de l’entreprise Republic Windows and Doors, en 2008, à Chicago ; ou encore celle des salarié•e•s du secteur de la téléphonie fixe de l’imposante firme Verizon.

Ces combats et leurs échecs peuvent nourrir de nombreuses réflexions et inscrire les actions – diverses et créatives – de l’OWS dans une histoire politique et sociale. Passé et présent s’entrelacent pour dessiner, peut-être, l’avenir.

Dès lors, le soutien du Local 100 du New York Transport Workers est d’une grande importance, à la lumière de l’impact de la grève menée en 2005. Marvin Holland, responsable de l’activité dans les quartiers de ce syndicat – qui représente à New York 38’000 chauffeurs de bus et de trains –, déclare : « Nous soutenons Occupy Wall Street parce que nous sommes d’accord à 99% avec ce que les protestataires disent. Ils ont 100% raison que les banques sont à l’origine du problème. Nous avons des membres du TWU (Transport Union Workers), Local 100, présents ici depuis le premier jour. » Au fond ressort une idée force : « Occupons ensemble ».

Le président du TWU, Local 100, John Samuelson, dans un entretien donné sur une chaîne de télévision explique : « Il y a un climat de désespoir, je le crois, parmi les travailleurs et les familles de travailleurs dans ce pays ; ce que les gens du gouvernement n’ont pas saisi. Il y a beaucoup de millionnaires au Congrès qui n’ont aucune idée de ce que signifie nourrir un enfant ou payer un écolage ou encore s’acquitter des intérêts d’un prêt hypothécaire. Il y a beaucoup de gens au gouvernement qui n’ont plus de contact avec le monde réel. Ces protestations ont mis en lumière la disparité de la richesse aux Etats-Unis telle qu’elle s’est développée au cours des dernières décennies. Je pense qu’un des grands avantages liés au fait que le mouvement ouvrier organisé entre dans ce combat peut résider dans sa capacité d’articuler ce message… au nom des familles de salariés, que leurs membres soient ou ne soient pas syndiqués. » On peut l’espérer, pour autant que la présence syndicale ne cherche pas à effacer l’aspect pluriel de ce mouvement.

Cette présence des activistes, des militants syndicaux et de la gauche politique organisée se retrouve dans les principales villes, à des degrés divers. Ainsi, à Los Angeles, où l’occupation s’est organisée devant le bâtiment municipal, des membres du SEIU (Service Employees International Union), Local 1021, ont rejoint très vite l’OWS. Ce syndicat est l’un des rares qui se renforcent aux Etats-Unis.

Face à la crise financière et aux saisies de maisons, le mot d’ordre « Faites payer les banques » est devenu un point de ralliement. La jonction s’est opérée le 6 octobre avec l’Alliance of Californians for Community Empowerment (ACCE) qui exprime une réelle activité à l’échelle des quartiers pour la défense du logement, de la santé ou de l’éducation. Ce type de liens se manifeste dans de nombreuses villes. Ce qui suscite des discussions sur les modalités d’organisation du mouvement afin d’assurer la présence, lors d’assemblées, de salarié•e•s qui ont un emploi et une organisation de leur vie quotidienne qui diffère d’une fraction active et militante de l’OWS.

L’émergence de ce mouvement peut laisser entrevoir un déplacement, même encore fort limité, des lignes au plan politique. Dit autrement, la bipolarisation Tea Party, d’un côté, et, de l’autre, gouvernement Obama – avec son cortège de déceptions – pourrait être troublée. Ce qui accroîtrait les possibilités pour une intervention sociale et politique qui prendrait appui sur un acteur qui ne serait pas prisonnier de ce dilemme biaisé.

Mais n’allons pas trop vite en besogne. La capacité de contrôle et de canalisation du Parti démocrate, en particulier à l’échelle locale, reste forte. Les déclarations initiales d’Obama en sont un signe.

Charles-André Udry

Notes

[1] Voir aussi sur ESSF http://www.europe-solidaire.org/
[2] Voir sur ESSF (article 23042), The 99% occupy Wall Street.

* Article paru sur le site de la revue de nos camarades suisses A l’encontre.


Dans la rue par milliers…

11 octobre 2011

4500 personnes ont manifesté dans les rues de Caen contre l’austérité, des centaines à Lisieux. À un peu plus de six mois des élections présidentielles, la Sarkozie est plus que jamais discréditée dans l’opinion, non seulement dans les sondages mais aussi dans les bureaux, les ateliers, les salles de profs, les hostos… Et cela s’entend dans la rue !

Malgré ce discrédit profond, le gouvernement ne recule pas. C’est Fillon qui ose défendre la nécessité de repousser l’âge de la retraite à 67 ans après nous avoir affirmé que la dernière réforme réglait la question jusqu’en 2020. C’est Sarkozy qui pour toute réponse à la mobilisation des enseignants, ose affirmer que sa préoccupation principale va aux salariés du privé qui sont confrontés à la concurrence, aux licenciements et fermetures de sites. Les salariés de Freescale, de Hayange, auxquels il avait naguère affirmé son soutien, apprécieront la valeur de cet engagement. Guéant, quant à lui, continue de déverser ses immondices sur les Roms, les Roumains et tous les immigrés.

Dans les cortèges de ce 11 octobre, on lit dans de nombreux tracts peu ou prou le même refus de payer « leurs » crises, les crises des capitalistes. On entend partout les mêmes exigences revendicatives : hausse des salaires, arrêt des licenciements et des suppressions d’emplois publics. On s’indigne de la même manière contre l’injustice fiscale, la pompe à fric pour les banques que constituent les intérêts de la dette payés par l’Etat aux créanciers. Voilà de quoi rassembler ceux et celles qui ne veulent pas attendre 2012, celles et ceux qui savent qu’on ne peut attendre du Parti socialiste les bonnes solutions, celles et ceux qui sont convaincus qu’un bon rapport de force vaut mieux qu’un bulletin de vote. Voilà pourquoi le NPA fait à toutes les organisations qui affichent leur refus de l’austérité la proposition d’une campagne commune, contre l’austérité, contre la dette, pour des mesures d’urgence sociales.

Après le 11 octobre…

Dans de multiples entreprises, les travailleurs et travailleuses résistent souvent le dos au mur. Les Fralib occupent l’usine pour empêcher la fermeture, ceux de la Fonderie du Poitou refusent par la grève de voir leurs revenus baisser de 25 %. Ceux de Goodyear, de la raffinerie de Berre, du haut fourneau de Florange, de Stihl dans l’Oise, font grève, manifestent, séquestrent leurs employeurs. Mardi 27 septembre, des dizaines de milliers d’enseignants du public et du privé se sont mobilisés et ont manifesté dans toute la France contre la destruction planifiée de l’enseignement. Les retraitéEs ont défilé par milliers jeudi 6 octobre pour bien montrer que le dossier retraite n’est pas clos avec la dernière loi et que la mobilisation doit reprendre pour imposer les 60 ans pour toutes et tous.

Mais l’issue de ces luttes éclatées, parfois isolées, restera incertaine tant qu’un rapport de forces plus global ne sera pas construit par les luttes.  Encore faut-il une volonté de construire ces mobilisations. Il ne suffit pas de proclamer que nous n’attendrons pas 2012 ou qu’après la conquête du Sénat, celles de l’Élysée et de l’Assemblée nationale vont nous apporter des réponses satisfaisantes. Seul le rapport de forces, construit dans les luttes et les manifestations, dans les campagnes unitaires contre l’austérité, peut contraindre patrons et gouvernement à reculer. C’est la seule voie pour imposer une autre politique, aller vers une autre société. Et pour cela, la tactique syndicale des grèves sectorielles, des mobilisations saute-mouton a fait la preuve de son inconsistance. Cette journée de mobilisation du 11 octobre ne suffisant évidemment pas, coordonner les luttes existantes, se battre pour leur extension, rassembler autour du refus de payer la dette est une nécessité pour construire un vrai rapport de forces.


Samedi 15 octobre : manifestons pour sortir du nucléaire

9 octobre 2011

La coordination des organisations antinucléaires de Basse-Normandie, Bretagne et Pays de la Loire appelle à manifester à Rennes pour l’arrêt immédiat des chantiers de l’EPR et THT. Pour la coordination, « Fukushima témoigne : sortons du nucléaire ». Le NPA soutient cette manifestation et se mobilise pour son succès.

Dans le monde entier, la catastrophe de Fukushima a ébranlé les certitudes pro-nucléaires. Le lobby des grands groupes de la filière – GDF Suez, Areva…- a tenté de présenté la technologie française comme la plus sûre mais un atome reste un atome, et la technologie nucléaire reste dangereuse, sa non maîtrise par un pays aussi développé technologiquement que le Japon nous l’a encore montré.

 Nous sommes en effet à un tournant. De nombreuses centrales arrivent en fin de vie. Prolonger leur activité comme construire de nouveaux réacteurs seraient irresponsables. Il faut au contraire hâter la mise hors service des réacteurs et engager un programme très important de production d’énergie renouvelable.

Sortir du nucléaire en moins de dix ans, c’est possible. Le NPA en fait la démonstration dans un document qu’il vient de publier. Comment ? En réduire la consommation électrique, sans impacter le confort de vie, tout en augmentant les énergies non nucléaires. Là, les potentiels sont énormes : éolien, solaire, hydraulique, hydrolien…). Ce scénario est possible sans remettre en cause l’objectif de réduction des émissions de CO2. Les scénarios de sortie du nucléaire en vingt ans, sinon trente ans ou quarante ans, nous laissent perplexes. Faut-il vivre avec le risque nucléaire et accumuler des déchets encore 20, 30 ou 40 ans ? Faut-il prolonger la durée de vie de centrales nucléaires ou en construire de nouvelles dans cet intervalle ? Ce serait irresponsable. La sortie du nucléaire en moins de dix est possible, rien ne justifie de ne pas se battre pour l’imposer.

Mais ne nous voilons pas la face. Il y a un obstacle, de taille. Cet obstacle, c’est le capitalisme lui-même. La logique du marché ne permet pas d’engager la révolution énergétique dont l’humanité a besoin, cominant sortie du nucléaire, passage aux énergie renouvelables, réduction dratique des émissions de CO2. C’est pour cela que, pour le NPA, lutte contre le nucléaire et révolution énergétique sont inséparables du combat contre le capitalisme lui-même. Et c’est par la mobilisation des peuples, autant pour se débarrasser de l’exploitation capitaliste que pour éliminer le risque nucléaire, que nous gagnerons.


Pratique

Départ en bus à partir de Caen : rendez-vous à 9h30 sur le parking du stage nautique de Caen, en face du lycée Malherbes. Le retour à Caen est prévu vers 21h. Tarif normal : 14 euros, tarif réduit : 7 euros. Il est indispensable de s’inscrire au préalable, en s’adressant à Samuel Vérove (collectif unitaire), au 06.12.81.03.25. Chèques à l’ordre de EELV Basse-Normandie à envoyer à Samuel Vérove, 13 place Saint-Gilles 14000 Caen.
Rendez-vous à Rennes avenue du Mail François-Mitterrand pour le départ de la manifestation prévu à 14h.
Le collectif unitaire de Caen est soutenu par le NPA, EELV, le PG, le réseau Sortir du nucléaire, la FASE et des personnes sans appartenance. Pour tout contact : collectif14contreepr@yahoo.fr. La Coordination antinucléaire du Pays d’Auge (CANPA) est soutenue par le NPA et EELV, avec également des antinucléaires sans appartenance politique.


 Lire le document du NPA Sortir du nucléaire en moins de dix ans : oui, c’est possible ! sur le site du NPA.



Tous et toutes dans la rue le 11 octobre !

9 octobre 2011

Chaque jour apporte un nouvel épisode de la crise : les bourses qui font du yo-yo, les menaces de récession, les banques mises en difficulté pour avoir trop spéculé, un pays entier au bord de la faillite…

Ils ont spéculé et maintenant ils veulent nous faire payer !
Leur crise, ce sont des entreprises qui prévoient fermetures de site et licenciements, ce sont des politiques d’austérité toujours plus dures. Pour les gouvernements et les employeurs, les solutions sont toujours les mêmes : réduction des salaires, augmentation de la productivité, report de l’âge de départ en retraite, licenciements, suppressions de postes dans les services publics…
Ils ont tous la même idée : nous faire payer la crise d’un système économique au bord de l’asphyxie. De la Grèce au Portugal, en passant par l’Italie, la France ou l’Allemagne, ce sont les travailleurs qui doivent accepter l’austérité pour rembourser la dette des États. Pourtant la dette publique provient des exonérations et réformes fiscales qui ont bénéficié aux entreprises et aux plus riches. Elle est aussi le résultat de tous les plans de sauvetage des banquiers qui ont permis à ces derniers de spéculer de plus belle, y compris contre les États !

Il n’y a pas de fatalité…
Dans de multiples entreprises, les travailleur-se-s résistent. Ceux de Fralib occupent l’usine pour empêcher sa fermeture. Ceux de la Fonderie du Poitou refusent par la grève la baisse de leur salaire de 25 %. Ceux de Goodyear, de Lafarge, de la raffinerie de Berre, du haut fourneau de Florange font grève, manifestent, séquestrent leurs employeurs, font la grève de la faim pour défendre leurs emplois, leurs salaires, leurs conditions de travail. Mardi 27, des dizaines de milliers d’enseignants du public et du privé se sont mobilisés contre la destruction planifiée de l’enseignement, avec beaucoup de parents d’élèves à leurs côtés.
Ces derniers mois, les peuples du Maghreb ont montré que l’on peut bouleverser la scène politique par les mobilisations. En Grèce, en Espagne, les populations ne se résignent pas à l’austérité, à la misère.

…on peut les faire reculer !
La solution n’est pas d’attendre 2012. Les principaux prétendants à la présidentielle sont d’accord pour revenir à un déficit de 3 % en 2013 et aucun ne défend ni le refus de payer la dette, ni un plan radical pour prendre sur les profits. Avec eux, ce sera donc l’austérité contre les services publics et contre les classes populaires, comme le font dès à présent les gouvernements socialistes en Grèce ou dans l’État espagnol, et les gouvernements de droite en France et en Italie.
L’urgence est de prendre le mal à la racine, de remettre en cause radicalement le remboursement de la dette et l’austérité. Seul le rapport de force construit dans les luttes, dans les manifestations peut contraindre patrons et gouvernement à reculer.

Une journée de mobilisation ne suffira évidemment pas. La mobilisation contre la loi Sarkozy-Fillon sur les retraites a montré que seul un mouvement de grève prolongée, du public et du privé, pourrait construire le rapport de forces nécessaire. Nous devons faire connaître et coordonner les luttes existantes, se battre pour leur extension et leur généralisation. Cette journée du 11 octobre en appelle d’autres. Continuons tous ensemble !