Mardi 6 septembre : grève en Italie contre le plan d’austérité de Berlusconi, manifestation à Madrid contre la dictature des marchés

Les gouvernements n’ont pas chômé cet été. Sous la pression des marchés financiers, ils ont multiplié les mesures d’austérité. Les ripostes se construisent. Un nouveau cycle de lutte s’ouvre. En France, les confédérations mettent en avant la date tardive du 11 octobre pour manifester notre opposition à l’austérité.

Ce week end, les patrons italiens s’étaient réunis sur les rives du lac de Côme pour un mini-Davos à l’italienne. C’est depuis un luxueux hôtel que Jean-Claude Trichet, le président de la Banque centrale européenne, a enjoint Berlusconi d’hâter la mise en oeuvre du plan d’austérité pour « rassurer les marchés », ce qui est devenu le leit motiv des dirigeants européens. Soit, pour l’Italie, une nouvelle cure d’austérité de 45,5 milliards d’euros, après le plan d’économies de 48 milliards de juillet dernier. Les patrons, eux, se sont impatientés de la lenteur de leur gouvernement, et ont réclamé plus de détermination pour accélérer les réformes structurelles.

Austérité en Italie : la déclaration de guerre du patronat

Dans ce plan, qui sera mis en débat au Parlement ces prochains jours, la taxation des plus riches a été abandonnée, même avec un dosage homéopathique à la Sarkozy. En revanche, le gouvernement Berlusconi a introduit un amendement qui vise à assouplir les règles de licenciement. Selon cet amendement, les accords d’entreprise prévaudraient sur la législation ou les accords nationaux. C’est une vieille revendication du patronat, et le PDG de Fiat avait déjà commencé de la mettre en pratique en faisant dépendre les investissements du groupe de la mise au point d’accords spécifiques imposant la flexibilité usine par usine.

La principale confédération syndicale italienne considère à juste titre cet amendement comme une déclaration de guerre. « C’est une affaire que nous combattrons par tous les moyens », a averti Susanna Camusso, secrétaire générale de la CGIL. Elle a annoncé un recours devant la Cour constitutionnelle et, surtout, promis que la « [CGIL] déclenchera des conflits dans toutes les entreprises et toutes les régions ». C’est bien en effet une riposte générale et déterminée qu’il faut opposer à la hargne patronale. Faute de quoi, les droits sociaux seront laminés et le recul sera terrible pour la majeure partie de la population.

Coupes budgétaires en Espagne

En Espagne, les deux principales confédérations, CCOO et UGT, appellent quant à elles à une grande manifestation à Madrid contre la constitutionnalisation de la « règle d’or » budgétaire, votée en fin de semaine dernière par la droite et le PSOE, sous les applaudissements de la Commission européenne. De leur côté, les Indignés sont déjà descendus dans la rue jeudi pour dénoncer la « dictature des marchés ». Certains réclament un référendum. Mardi, tous devraient être ensemble pour rejeter l’austérité et exiger une vraie démocratie, c’est-à-dire une démocratie où c’est le peuple qui décide, pas les financiers au travers de politiciens corrompus de droite ou « de gauche ».

Riposte européenne

Sous les coups de boutoir des gouvernements aux ordres des marchés, la riposte se construit petit à petit. Mais c’est bien une résistance à l’échelle européenne qu’il faudrait organiser, tant les politiques nationales des gouvernements se ressemblent. Du coup, la conférence européenne contre l’austérité qui se tiendra à Londres le 1er octobre, à l’appel de personnalités et d’organisations politiques et syndicales (de Tony Benn et Ken Loach au syndicat du rail) (1), est la bienvenue. Chaque rencontre européenne des organisations engagées dans la résistance au niveau national est bonne à prendre. Parmi les organisations françaises ayant annoncé leur participation, outre le NPA, citons : Attac, la Fondation Copernic, la FSU, l’Union syndicale Solidaires. Souhaitons que la rencontre européenne du 1er octobre trace la voie de convergences et d’actions au niveau de tout le continent.

En France, le 11 otobre, après les enseignants le 27 septembre

En France, les confédérations syndicales ont retenu la date du 11 octobre pour une journée d’action contre l’austérité. En 2010, la rentrée s‘était faite sur les chapeaux de roue, une grande partie du monde du travail se préparant à un affrontement majeur avec le gouvernement sur les retraites. En 2011, changement de décor ! Alors que le capital tape sans retenue, ce sont l’attentisme et les hésitations qui dominent côté mouvement social. Heureusement, dans cette rentrée atone en France, les syndicats de l’Education nationale appellent à se mobiliser le 27 septembre contre les suppressions de postes. Les enseignants le voient : les suppressions de postes « mettent à genoux l’Ecole Publique », comme leurs syndicats l’écrivent dans un communiqué. Laisser faire, c’est aller à coup sûr au devant de situations bien pires. Résister est la seule voie.

La date du 11 octobre est bien lointaine. Et encore, les organisations ne se sont pas encore mises accord sur la forme à donner à cette protestation du 11 octobre. Est-il possible de se passer de grèves et de manifestations ? S’agit-il de « peser » sur les décisions de gouvernement et du patronat, comme l’indique le communiqué commun des organisations, ou de construire un rapport de forces à la hauteur pour leur imposer d’autres choix, qu’ils n’ont absolument pas l’intention de retenir ? La plate forme des organisations (2) n’évite pas le flou. Elle réclame clairement, à juste titre, l’arrêt des suppressions d’emplois dans la fonction publique, l’abandon de la taxation des complémentaires santé, la suppression de l’exonération et de la défiscalisation des heures supplémentaires, la mise en oeuvre d’une taxe sur les transactions financières. Mais elle ne chiffre pas l’augmentation des salaires et du revenu minimum qui seraient nécessaires pour un vrai partage des richesses, se contenant de réclamer un « soutien du pouvoir d’achat notamment des plus bas revenus ». Elle exige de faire de l’emploi (« en particulier celui des jeunes ») une « priorité ». Mais là encore sans préciser… Nous sommes loin d’une plate forme d’urgence sociale à la hauteur de la situation (3).

En tout état de cause, pour notre part, nous appelons l’ensemble du monde du travail et la jeunesse à refuser le grand bond en arrière que nous concoctent les gouvernements européens aux ordres des marchés, en participant très nombreux aux initiatives de lutte de cette rentrée. Nous appelons toutes les organisations, associatives, politiques et syndicales, à faire front pour stopper Sarkozy et son gouvernement, et à se concerter avec leurs homologues en Europe pour construire une riposte commune.


(1) Extraits de l’ « Appel pour une conférence contre l’austérité, les licenciements et les privatisations et pour la défense de l’Etat providence » :

« (…) Les peuples d’Europe sont confrontés à un ennemi commun. Le problème de la dette est la dernière étape d’une crise du capitalisme de longue date (…). Les gouvernements, la Commission européenne et la Banque centrale européenne essayent de faire payer le peuple – par le biais des réduction des dépenses publiques, des mesures d’austérité, des privatisations et de la déréglementation du marché du travail (…).

(…) Nous avons besoin d’apprendre des expériences de chacun et à travailler dans le but d’une résistance coordonnée à travers l’Europe et au-delà.

Nous appelons donc à une Conférence européenne contre l’austérité, qui se tiendra à Londres le samedi 1er octobre, avec des délégations et des représentants des syndicats, mouvements sociaux et organisations progressistes à travers toute l’Europe.Nous espérons que cette conférence sera une étape vers la coordination de la résistance (…) ».

(2) Communiqué CGT, CFDT, UNSA, FSU, Solidaires, 1er septembre 2011

« Le gouvernement a annoncé le 24 août des mesures censées réduire « le déficit de la France ». Les organisations syndicales CGT, CFDT, UNSA, FSU, Solidaires en dénoncent le caractère injuste et inéquitable. La facture est principalement supportée par les salariés et les consommateurs. Le gouvernement ne remet pas en cause les niches fiscales dont on sait qu’elles n’ont aucune efficacité économique et sociale. La contribution des plus hauts revenus reste symbolique et n’est pas de nature à réduire les inégalités.

Pour relancer la croissance, en respectant les impératifs de développement durable, réduire les inégalités et maîtriser les déficits, une politique visant une autre répartition des richesses et favorisant le développement économique et social est incontournable.

Cela suppose des réformes structurelles importantes comme une réforme globale de la fiscalité intégrant une plus grande progressivité, une politique industrielle coordonnée au niveau européen, des services publics de qualité.

Cela appelle aussi des mesures urgentes :

• Abandonner la taxation des complémentaires santé ; supprimer les exonérations et la défiscalisation des heures supplémentaires ; conditionner toute aide publique à son efficacité sociale et économique, aux politiques sociales dans les entreprises.

• Mettre en œuvre la taxe sur les transactions financières.

• Faire de l’emploi, en particulier celui des jeunes, une priorité. Stopper les suppressions d’emplois dans la Fonction publique.

• Soutenir le pouvoir d’achat notamment des plus bas revenus et réouvrir les négociations salariales dans les entreprises et la Fonction publique pour réduire les inégalités notamment entre les femmes et les hommes.

Les organisations syndicales estiment indispensable l’intervention des salariés pour peser sur le gouvernement, le patronat, les débats parlementaires en cours et à venir.

Elles décident d’une journée nationale d’action interprofessionnelle le mardi 11 octobre 2011. Partout, le débat sur le contexte, les enjeux et les modalités (manifestations, rassemblements, arrêts de travail, etc.) est nécessaire pour construire cette journée. Les organisations se retrouveront le 15 septembre 2011.

Montreuil, le 1er septembre 2011 »

(3) Pour sa part, le NPA se prononce pour :

• 300 euros d’augmentation mensuelle pour tous ;

• la fixation du revenu minimum à 1 600 euros net, avec ou sans emploi ;

• l’interdiction des licenciements ;

• la réduction du temps de travail à 32 heures, sans diminution de salaire et avec embauches correspondantes, pour travailler moins et travailler tous.

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