Révoltes sociales à répétition contre les dégâts du capitalisme

Angleterre, Israël, Chili : les révoltes sociales se succèdent, alors que les gouvernements préparent une nouvelle vague d’austérité sous la pression des marchés. Un nouveau cycle de luttes commence.

C’est à la suite de l’assassinat par balle d’un jeune noir, Mark Duggan, que les émeutes ont éclatées à Tottenham, dans le nord de Londres, le 4 août dernier. Le 6 août, 200 personnes, avec la famille et les amis de Mark Duggan, ont manifesté jusqu’au commissariat de Tottenham pour protester contre ce meurtre. Loin de s’expliquer, la police a d’abord travesti la réalité en prétendant que Mark était lui-même responsable de tirs, ce que démentait quelques jours plus tard une commission indépendante.

L’embrasement du quartier est une réaction contre un meurtre policier et contre l’attitude inadmissible ayant consisté à vouloir couvrir ce meurtre (lire ci-dessous l’éditorial de Socialist Resistance, journal de nos camarades britanniques). La rage contre l’injustice s’est alors rapidement propagée. Les destructions et les pillages ne doivent pas occulter le fait qu’il s’agit bien d’une révolte sociale.

Les magasins de sport et de gadgets électroniques ont été la cible d’adolescents qui ne peuvent pas s’offrir en les achetant ces symboles de la consommation qu’on leur présente tous les jours comme des synonymes de réussité sociale. Cette « violence consumériste » est le signe du pourrissement de sociétés où la fracture sociale s’accroît. Mais plusieurs témoins ont vu aussi des personnes emportant des couches pour bébé ou des produits de première nécessité. La pauvreté est une réalité installée au cœur de Londres et cotoie la richesse et l’étalage du luxe.

Les autorités ont tenu un discours à la hauteur de la violence de la politique antisociale qu’elle conduisent. En criminalisant à outrance les émeutes, en ne voyant dans les émeutes rien d’autre que l’œuvre des gangs, elles ont ouvert la porte au déferlement de haine qui envahit les tabloïds et entraîne la constitution de comité d’autodéfense de petits commerçants. Avec en embuscade, l’extrême droite… Ce jeudi, en France, les Le Pen père et fille voient dans les émeutes en Angleterre la preuve de l’échec du « multiculturalisme » et de « l’immigration massive ».

En Angleterre, la répression bas son plein. Il y a déjà eu 1 200 arrestations et les tribunaux sont restés ouverts dans la nuit de mercredi à jeudi pour juger les « coupables » pris le le fait ou repérés grâce aux nombreuses caméras de surveillance. L’AFP décrit de qui s’y passe : « à la barre, se sont notamment succédés un garçon de 11 ans qui a reconnu le vol d’une poubelle d’une valeur de 57 euros (81 dollars) et un aide-maternelle, également accusé de vol, qui a plaidé coupable ». De dangereux émeutiers qui mettent en cause la paix civile…

Non à l’austérité

Les gouvernements sont pressé par les marchés de mettre en œuvre des politiques d’austérité draconiennes. Ces politiques engendrent des tensions sociales et des explosions sociales qui prennent des formes multiples : ce sont des grèves et des manifestations dans le cadre de gigantesques journées d’action pilotées par les syndicats ; c’est le mouvement des Indignées dans l’Etat espagnol, les occupations de places et autres lieux publics, imité à Athènes comme à Tel Aviv ; ce sont les émeutes en Grande Bretagne, après un an de grèves et de manifestations contre les coupes budgétaires imposées par le gouvernement de David Cameron.

Nous ne sommes sans doute qu’au début d’un cycle de révoltes. En effet, contrairement aux espoirs des gouvernements, se crise se prolonge. C’est une crise « sans fonds » (lire notre article). En 2008 et 2009, les gouvernements ont sauvé le système en surendettant les Etats. Aujourd’hui, les prêteurs tendent l’ardoise. Qui va payer la dette, colossale ? Pour les gouvernements, la seule solution c’est : « faire des économies », « réduire les dépenses publiques », ce qui signifie laminer les budgets sociaux, en finir avec les « amortisseurs sociaux » de la crise, liquider les services publics, abaisser les droits sociaux comme la réglementation du travail.

Tancé par le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, dans une « lettre secrète » révélée par le quotidien italien Corriere de la Serra, Berlusconi a promis pour le 18 août des mesures d’austérité supplémentaires pour l’Italie, en ligne de mire de la spéculation financière. La BCE exige des autorités italiennes de trouver 20 à 25 milliards d’économies pour 2013, et pour ce faire préconise une plus grande facilité dans les licenciements, une réforme des systèmes de retraite et des soins de santé, une hausse de la TVA et un programme de privatisations. Même la gauche social libérale italienne qualifie ce plan de « massacre social » !

En France, Sarkozy rentre de vacance pour nous annoncer de nouvelles mesures pour le 24 août pour atteindre « quoi qu’il arrive et quoiqu’il en coûte » l’objectif de la réduction du déficit budgétaire à 3 %. Il faut donner des gages aux marchés financiers, alors que ceux-ci commencent à douter des capacités de l’Etat à assurer le remboursement de la dette publique. Or, pour atteindre les 3 % en 2013, il faudrait réaliser 60 milliards d’économie, presque trois fois plus qu’en Italie…

Au Portugal et en Espagne, les plans d’austérité sont déjà en place mais d’autres vagues seront nécessaires, du point de vue des marchés et des gouvernements qui leur obéissent.

Il faut souligner que ces politiques risquent de faire replonger les économies dans la récession. En France, la production industrielle a reculé de 0,5 % au deuxième trimestre 2011 et le nombre d’inscrits à Pôle emploi a augmenté de 0,6 % en juin et de 4 % sur un an. Dans le monde entier la croissance s’essouffle.

Le décor de la rentrée est planté.

Seules des luttes sociales d’ampleur et coordonnées à l’échelle européenne peuvent empêcher la mise en place des politiques d’austérité, et par la même, empêcher l’effoncement dans la crise.

Voilà pourquoi la perpspective d’une mobilisation continentale des Indignés, le 15 octobre prochain, est importante.

En France, les organisation syndicales doivent se rencontrer avant la fin du mois. Le minimum serait qu’elles appellent à agir dès la rentrée pour résister ensemble aux politiques d’austérité.


Grande-Bretagne : Les émeutes sont l’expression d’une véritable révolte sociale

Par Socialist Resistance, membre de la Gauche anticapitaliste européenne, coalition à laquelle collabore le NPA.

La première année de la coalition dirigée par le Premier Ministre David Cameron s’est déroulée sous le signe de l’austérité, d’une montée des inégalités, d’un appauvrissement rapide de la population, de la destruction des services publics, de la corruption des médias, de la police et des politiciens. Sa seconde année, elle, semble marquée par les actions revendicatives syndicales massives et par les conflits entre l’État et une population qui semble ne plus avoir rien à perdre dans les quartiers les plus pauvres des villes britanniques. Voilà quel est le sens des émeutes qui se déroulent à Londres.

En fait, ces émeutes sont directement liées à deux actions menées par la police. La première est l’assassinat par des policiers de Mark Duggan et le mauvais traitement infligé par la suite à sa famille. C’est une manifestation de colère légitime qui a eu lieu devant le commissariat de police samedi dernier. C’est le comportement de la police qui a mis le feu aux poudres, mais ce fait a été largement occulté dans les reportages des médias sur le sujet.(…)

La décision de faire une coupe de 41 millions de livres, prise par le conseil municipal de Haringey (où on éclaté les émeutes, NdT), détruit littéralement les espoirs de toute cette génération qui se trouve à présent dans les rues. Le mois dernier, déjà, un élu local, David Lammy, avait demandé au gouvernement de prendre des mesures pour combattre la montée de 10% du chômage à Tottenham, qui compte aujourd’hui 10.514 sans-emploi.

Des habitants du quartier, récemment interviewés, ont expliqué que des milliers de jeunes approchant de la trentaine n’ont jamais pu trouver de travail. Ce n’est pas une surprise de constater que les magasins qui vendent des vêtements de sport, des téléphones mobiles, des télévisions ou des MP3, éveillent des convoitises parmi ceux qui savent qu’ils ne pourront jamais posséder de telles choses.

Le capitalisme ne peut pas tout avoir. D’un côté il nous dit que nous avons besoin de ces objets pour nous sentir complets et pour avoir une certaine importance et de l’autre côté, la plupart des offres d’emplois n’offrent que des salaires de misère et des conditions précaires et à court terme.

Ces faits contrastent avec une classe riche qui n’a jamais possédé autant de choses qu’au jour d’aujourd’hui. La Commission sur les hauts salaires indique ce 8 août que les dirigeants d’une centaine d’entreprises privées ont reçu un revenu annuel moyen de plus ou moins 175.000 livres. Le revenu annuel d’un britannique moyen est de 5.860 livres et le gouvernement « Con Dem » (Conservateurs et Libéraux Démocrates, NdT) voudrait que les travailleurs deviennent encore plus pauvres. En même temps, ils sont inclinés à transférer beaucoup d’argent aux 300.000 personnes qui payent le taux maximum de 50% d’impôts sur les revenus de plus de 150.000 livres. Le maire de Londres, Boris Johnson veut supprimer ce taux d’imposition tout comme son pote millionnaire George Osborne, Chancelier de l’Échiquier (Ministre des finances, NdT).

Il est possible que ce genre de considérations ne se retrouve pas dans l’esprit des adolescents qui ont piqué 100 livres à « JD Sport ». Mais ce qu’ils savent très bien, c’est qu’il y a des gens, là dehors, qui ont un bien-être et des privilèges et qui utilisent leur pouvoir pour maintenir dans la pauvreté des millions de personnes.

Une émeute est un spasme de colère destructrice et une protestation sans structure, mais c’est un des moyens pour les sans-voix de se faire entendre. À la rentrée, les syndicats et la gauche radicale devront faire entendre leur voix et commencer à faire reculer l’offensive des « Con Dem » contre notre classe.

Editorial de Socialist Resistance, mercredi 10 août 2010


Lire la déclaration de la conférence anticapitaliste de Londres des 11 et 12 juin 2011.


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