Crise de la dette. Un extrait du programme du NPA, « Nos réponses à la crise », adopté au congrès du NPA (février 2011) : « Exproprier le secteur financier, socialiser le crédit au service des besoins sociaux »

Ce sont «les marchés», c’est-à-dire les grandes banques internationales et les fonds de placement, qui dictent les plans d’austérité contre les peuples : «garder sa notation» tient lieu de boussole aux gouvernements. Personne ne conteste plus ce constat. Mais les positionnements politiques et sociaux changent du tout au tout. Pour les défenseurs du capital «la dette doit être honorée», car l’endettement serait la preuve du «laxisme» des gouvernements et du «poids insupportable» des «transferts sociaux». Pour nous la dette est illégitime. Les salariés ne doivent pas la reconnaître. Ils ne doivent pas la payer.

Aux origines de la crise

La crise actuelle est celle des dispositifs mis en place pour résoudre la crise précédente des années 70. Libérés de toute contrainte du fait des décisions prises par les gouvernements depuis les années 1980, les capitaux financiers circulent en temps réel et de manière continue sur toute la planète. Les travailleurs et les systèmes de protection sociale sont ainsi mis brutalement en concurrence. C’est au nom de la compétitivité que des normes de rendement de 15% des capitaux employés pour les actionnaires ont pu être imposées. Le secteur financier est aussi, le vecteur principal de l’accroissement inouï des inégalités à l’origine d’un retour en force des rentiers : en 2007, plus du quart de la fortune des 400 personnes les plus riches au monde provenait ainsi directement de la finance et, dans les pays capitalistes avancés, ce sont les 1% les plus riches qui ont vu leurs revenus s’envoler au cours des vingt dernières années. Ainsi, en France, entre 1998 et 2005, les revenus de 90% de la population n’ont quasiment pas bougé (+4,9%). Par contre, ceux des 1 % les plus riches ont progressé de 19,4%, ceux des 0,1% les plus riches de 32% et ceux des 0,01% les plus riches de 42,6 % !

Mais, la financiarisation des économies, l’augmentation des dettes des particuliers, des entreprises et des États, depuis les années 1980 sont aussi un des symptômes de l’épuisement du capitalisme. C’est aussi une sorte de fuite en avant alors même que l’accumulation réelle du capital est rendue plus difficile par l’intensification de la concurrence des capitalismes brésilien, russe, indien et chinois (pays connus sous le nom de BRIC). L’accumulation du capital financier a aussi un caractère fictif : les titres financiers qui s’amoncellent correspondent à des reconnaissances de dettes qui ne pourront jamais être honorées. C’est ce que révèle la déconnexion entre le rythme très rapide de croissance des marchés financiers et celui, bien plus lent, auquel a progressé la production de marchandises.

Les crises financières, plus violentes à chaque fois, se multiplient depuis deux décennies. Elles découlent du caractère partiellement fictif de cette énorme baudruche financière qui menace à tout instant de crever. Pour l’empêcher, les États sont sommés par les capitalistes d’intervenir de plus en plus massivement à chaque fois en faisant payer à la population les promesses insensées qui ont été faites aux détenteurs de titres financiers.

En 2008-2009, l’intervention publique s’est effectuée à une échelle inédite – mobilisant, tous dispositifs confondus, des sommes de l’ordre de 10% du PIB des pays du G8 et de bien plus encore en Chine. Et cela sans aucune contrepartie significative en termes de contrôle sur les banques ou de réglementation des marchés. Leur arrogance n’a aucune limite. Moins d’un an plus tard, les grandes institutions ont lancé des attaques spéculatives contre la dette de plusieurs pays européens. Il s’agit maintenant de faire payer cash aux populations – par des cures d’austérité drastiques – les sommes que les gouvernements ont engagées quelques mois plus tôt pour sauver le système financier.

Il y a urgence à prendre le contrôle du secteur financier. Il faut en finir avec les diktats imposés aux peuples. Un gouvernement au service des travailleurs et de la population, s’appuyant sur leur mobilisation, leurs organisations à travers des comités démocratiques en particulier dans les secteurs des banques et de la finance prendrait trois mesures clés qui permettraient d’atteindre un tel objectif : l’annulation de la dette illégitime, la socialisation du système de crédit et le contrôle des capitaux.

L’annulation de la dette publique illégitime

La dette publique n’a cessé de progresser depuis les années 1980. En France, elle est ainsi passée de 20 % du PIB en 1980 à 64% en 2007, bondissant à 77,1 % en 2009 avec la crise. Cette hausse de l’endettement public provient d’un mécanisme simple : les gouvernements commencent par emprunter auprès des actionnaires et des riches qu’ils renoncent à taxer, avant de les protéger ouvertement de l’impôt comme Sarkozy. Le service des intérêts opère ensuite un transfert de richesse au bénéfice des détenteurs des titres de la dette et renforce ainsi leur pouvoir économique et politique. En 2008, le seul paiement des intérêts de la dette représentait 45 milliards d’euros, l’équivalent des trois-quarts du budget de l’éducation nationale.

Les gouvernements ont soumis les finances publiques aux diktats des banques, des fonds d’investissements et des agences de notation. La BCE a été conçue dans cette perspective de protection des intérêts des rentiers. La dette accumulée depuis les années 1990 est une création du capital financier et des gouvernements qui le servent.

En finir avec la soumission volontaire des gouvernements face aux banques et aux fonds de placement financier passe par l’annulation de la dette illégitime.

L’essentiel de la dette est détenu par des banques et fonds d’investissement qui doivent être nationalisés. Il est possible d’annuler la dette illégitime tout en garantissant une pension aux ménages modestes qui détenaient des titres publics.

La socialisation du système du crédit

Une telle annulation de la dette sape les bases de la domination des grandes institutions financières. Il n’est évidemment pas question de venir les sauver une nouvelle fois, mais au contraire, de mettre en œuvre une appropriation publique et sociale complète du système de crédit. Cette socialisation vise à mettre en place un véritable service public bancaire décentralisé et démocratiquement contrôlé.

Le contrôle sur la circulation des capitaux, une nécessité pour tous les travailleurs et la population d’Europe

La socialisation du crédit est indissociable du contrôle de la circulation des capitaux et donc des places financières. Elle implique la fermeture des bourses et le contrôle des échanges monétaires. Une telle politique qu’engagerait un gouvernement démocratique des travailleurs ne signifie nullement en repli sur les frontières, un isolement national.

Quel que soit le pays où les travailleurs parviendront les premiers à se mettre en position de ne pas payer la dette illégitime et de socialiser le crédit, les mesures seront accueillies avec enthousiasme par ceux des autres pays. Les formidables mobilisations répétées en Grèce, les appels des syndicats à la grève générale au Portugal, en Italie, le sentiment de révolte profond qui s’est manifesté en Roumanie en attestent. Dès lors qu’il s’agit d’aller vers une Europe des travailleurs, tout gouvernement de rupture anticapitaliste devra se protéger contre la fuite des capitaux.

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