Logement des jeunes : la région Basse-Normandie au service des bailleurs privés

Dans un communiqué de presse daté du 24 Juin 2011, la région Basse-Normandie se félicite d’être la première région de France à prendre en charge la Garantie des Risques Locatifs (GRL), assurance non obligatoire des bailleurs privés. Officiellement pour aider les jeunes à se loger. Quelle hypocrisie !

A la base, la GRL est une assurance, non obligatoire, souscrite par les bailleurs privés pour couvrir les « risques » d’impayés des locataires, durant la durée du bail, présentant un taux d’effort inférieur ou égal à 50% (1). Cependant, en cas d’impayés, le locataire doit quand même reprendre le paiement de son loyer le plus rapidement possible, au risque de se retrouver, si ce n’est pas le cas, avec un traitement judiciaire des impayés… De fait, la GRL est seulement une garantie pour les bailleurs privés et non une protection pour les locataires aussi….

Dans le cas où le locataire est un jeune de moins de trente ans et sous certaines conditions, la région Basse-Normandie se propose de prendre en charge la GRL, pour la durée du bail, pour soi-disant, « faciliter l’accès des jeunes au logement ». Mais cela sonne en fait comme un nouveau cadeau aux plus riches, à l’instar des aides aux entreprises pour sauvegarder l’emploi. Ainsi, à la collectivité « les risques », aux spéculateurs et bailleurs privés, les profits !

Pour la mise en œuvre de cette mesure, la Région a passé une convention l’Association Pour l’Accès aux Garanties Locatives (APAGL) (2) et Logiliance Ouest (3).

Aides aux entreprises, prise en charge de la GRL par la région, aides du CROUS envers les bailleurs privés, … même combat !

Cette mesure va dans le même sens que l’annonce de Valérie Pécresse (ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche de l’époque, remplacée depuis par Laurent Wauquiez), où elle annonçait, en avril dernier, trois grandes mesures concernant le logement étudiant :

– Le CROUS pourra se porter caution auprès des bailleurs privés pour « aider les étudiants », autrement dit, le CROUS donnera de l’argent au privé…

– 10% des studios du parc immobilier devront être réservés aux étudiants, alors qu’il y a pénurie de logement et que le délai d’attente pour obtenir un logement social est bien souvent de 10 ans…

– La construction de logement étudiant « alternatifs », c’est à dire des logements à bas coûts dans des préfabriqués ou dans des anciens conteneurs comme c’est le cas aujourd’hui au Havre…

Le problème du logement étudiant n’est pas nouveau. Plus d’un tiers des 2,2 millions d’étudiants sont obligés de vivre sous le toit de leurs parents. Seuls 10 % d’entre eux habitent dans des résidences universitaires gérées par le Crous, c’est-à-dire avec des loyers raisonnables. Pour ceux qui sont logés dans le privé, les loyers exorbitants les contraignent à se salarier en plus de leurs études et à vivre dans la précarité : plus de 100 000 étudiants sont sous le seuil de pauvreté. Les difficultés des autres jeunes en formation (apprentis…) et des jeunes travailleurs (notamment des saisonniers, mais pas seulement…) ne sont pas moins grandes.

Pour des mesures d’urgences !

De fait, la région, tout comme le gouvernement, ne facilite en rien l’accès au logement, que cela soit de la population, des étudiants ou des autres jeunes en formation…. La situation du logement en France est désatreuse : plus de 10 millions de personnes sont touchés par la crise du logement (4). Les jeunes pâtissent particulièrement des difficultés à se loger. Or, la seule réponse de l’Etat est de faire encore plus de cadeaux aux bailleurs privés… Ce qu’il faut, c’est un véritable plan d’urgence concernant le logement ! Cela passe par :

– La construction de 150.000 à 200.000 logements sociaux par an ainsi que la construction de logement étudiant par le CROUS et de Foyers de Jeunes Travailleurs sous gestion publique.

– L’arrêt des 300.000 démolitions prévues par l’Agence nationale de rénovation urbaine (ANRU) qui supprime, au nom d’une prétendue mixité sociale des logements pour en reconstruire à des prix plus élevés et plus petits.

– La réquisition de tous les logements vides.

– L’arrêt des expulsions.

– La re-nationalisation des sociétés d’HLM et l’arrêt des ventes de logement HLM.

– Le blocage des loyers, aucun loyers ne doit dépasser 20% du revenu.

– L’augmentation du budget, renforcée le rôle de l’Etat et remettre en cause des décentralisations passées et à venir.

– Le contrôle par la population des besoins, des constructions, des attributions de logements.

– L’augmentation des aides aux logements (APL et ALS) qui n’ont pas bougé depuis 1994.

– Pas un revenu en dessous de 1 600 euros, augmentation des salaires de 300 euros net.

– Allocation d’autonomie pour les jeunes à hauteur du SMIC.

Pour cela, il faut aller chercher l’argent où il est, c’est à dire dans les poches du patronat ! Faut-il rappeler que le CAC 40 a encore fait plus de 80 milliards de bénéfices en 2010…

Tout est à nous, même le logement !

(1) Le taux d’effort désigne ce que représente la part du loyer (charges et taxes locatives incluses) par rapport aux ressources mensuelles.

(2) L’APAGL est une association fonctionnant en collège « paritaire » avec 10 élus pour le patronat (Medef/CGPEM) et 10 pour les salariés (CGT, CGT-FO, CFTC, CFDT, CFE-CGC). Cette association doit organiser la mise en place de la GRL.

(3) LOGILIANCE Ouest est membre d’Action Logement. Cette dernière correspond à la dénomination courante de la Participation des Employeurs à l’Effort de Construction instituée en 1953 qui est un organisme géré « paritairement » tout comme l’APAGL, et est financée par les entreprises de plus de 20 salariés à hauteur de 0,45% de leur masse salariale (1% jusqu’en 1992…). Elle a pour but de « venir en aide » aux salariés dans leur accès au logement en leur proposant des crédits ou des aides telles que la GRL…. Le président actuel du directoire d’Action Logement, Antoine Dubout, n’est autre que l’ancien PDG de Keops, une société spécialisée dans l’immobilier d’entreprise et filiale de Nexity, un des plus gros spéculateurs immobilier…. Que des gens fréquentables !

(4) Chiffres du dernier rapport de la Fondation Abbé Pierre sur le mal logement (2011). De plus, 56% des français pensent qu’ils pourraient un jour se retrouver sans logement.

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