Réflexions politiques sur la tragédie norvégienne, par Aslak Sira Myhre (25 Juillet 2011)

25 juillet 2011

Le massacre de près d’une centaine de jeunes militants sociaux-démocrates par un néonazi ce vendredi 22 juillet en Norvège soulève une horreur justifiée. Mais au-delà de l’émotion, il faut clairement poser la question de la responsabilité politique et morale de ce crime. Car cette horreur n’est pas le fait d’un « fou isolé ». Il s’agit d’un crime politique qui a été attisé et alimenté par la vague haineuse de racisme, d’islamophobie et de stigmatisation qui déferle sur l’Europe depuis plus d’une décennie contre les musulmans, désignés comme les principaux boucs émissaires de tous les maux. Une vague qui, avec la crise capitaliste, a pris une ampleur nouvelle. Son origine se situe bien sûr dans les campagnes savamment orchestrées par les organisations d’extrême droite ou de la nouvelle droite radicale populiste, qui connaissent partout une montée électorale croissante inquiétante. Mais cette campagne a été relayée, cautionnée, légitimée et par là démultipliée par des partis traditionnels en mal d’électorat, par des gouvernements afin de justifier leurs guerres impérialistes ou leurs lois racistes et par des médias et une cohorte « d’intellectuels ». Ceux qui, depuis des années, délirent sur « l’islamo-gauchisme » et font de la « menace de l’Islam » leur fond de commerce portent également la responsabilité morale et politique du massacre perpétré en Norvège. Il est plus que temps de dénoncer ces dérives, de pointer les responsabilités et de renverser la vapeur, comme nous y invite Aslak Sira Myhre, écrivain norvégien de gauche dans ce texte.

Comme d’autres habitants d’Oslo, j’ai déambulé dans les rues et les immeubles attaqués. J’ai même visité l’île dans laquelle furent massacrés les jeunes activistes politiques. Je partage le sentiment de peur et de douleur qui frappe mon pays. Mais la question demeure « pourquoi ? ». Car cette violence n’était pas aveugle.

La terreur en Norvège n’est pas venue d’extrémistes islamistes. Ni de l’extrême gauche, bien que tous deux aient été accusés à plusieurs reprises de constituer une menace interne pour « notre mode de vie ». Jusqu’à aujourd’hui, y compris avec les terribles heures vécues cet après midi du 22 juillet, le peu de terrorisme qu’a connu mon pays est toujours venu de l’extrême droite.

Pendant des décennies, la violence politique dans ce pays a été le privilège exclusif des néonazis et d’autres groupes racistes. Dans les années ’70, ils ont posé des bombes contre des librairies de gauche et contre une manifestation du Premier Mai. Dans les années ’80, deux néonazis ont été exécutés par leur compères, soupçonnés d’avoir trahis leur groupuscule. Au cours de ces deux dernières décennies, deux jeunes norvégiens d’origine immigrée sont morts suite à des agressions racistes. Aucune organisation étrangère n’a tué ou blessé des personnes sur le territoire norvégien, à l’exception du Mossad, les services secrets d’Israël, qui a assassiné par erreur un innocent à Lillehammer en 1973.

Pourtant, malgré ces antécédents éloquents, lorsque cet acte terroriste dévastateur nous a frappé, les soupçons se sont immédiatement portés sur le monde musulman. C’était forcément des « djihadistes ». Cela ne pouvait être qu’eux.

On a immédiatement dénoncé une attaque contre la Norvège et contre « notre mode de vie ». Dès que la nouvelle a été connue, des jeunes femmes portant le foulard ou le hijab et d’apparence arabe ont été verbalement agressées dans les rues d’Oslo.

 Et c’est « naturel ». Depuis au moins 10 ans, on nous raconte que la terreur vient de l’orient. Qu’un arabe est, par définition, un suspect. Que tous les musulmans sont marqués par l’intégrisme. Nous voyons régulièrement comment la sécurité aéroportuaire examine les gens de couleur dans des pièces spéciales. Il y a des débats infinis sur les limites de « notre » tolérance. Dans la mesure où le monde musulman s’est transformé en « l’Autre », nous avons commencé à penser que ce qui distingue « eux » de « nous », c’est la capacité de tuer des civils de sang froid.

Il y a également, il faut le dire, une autre raison pour laquelle tout le monde s’attendait à ce qu’al-quaïda soit derrière l’attentat. La Norvège participe à la guerre en Afghanistan depuis dix ans, depuis quelques temps nous intervenons également en Irak et nous larguons en ce moment des bombes sur Tripoli. Quand on participe depuis si longtemps à des guerres à l’étranger, il peut arriver un moment où cette guerre vient vous rendre visite à domicile.

Mais il y a plus. Alors que nous savons tout cela, la guerre fut à peine mentionnée quand nous avons souffert de l’attaque terroriste. Notre première réponse frisait l’irrationalité ; cela devait être « eux », parce qu’ils sont ce qu’ils sont. Moi je craignais que la guerre que nous livrons à l’étranger pouvait arriver un jour en Norvège. Que se passerait-il alors dans notre société ? Qu’arriverait-il avec notre tolérance, dans nos débats publics et, surtout, avec nos immigrés et leurs enfants nés en Norvège ?

Mais ce ne fut pas ainsi. Une fois de plus, le cœur des ténèbres se trouve au plus profond de nous-mêmes. Le terroriste est un homme blanc nordique. Ce n’est pas un musulman mais bien un islamophobe.

Dès que les choses ont été clarifiées, la boucherie est subitement devenue l’œuvre d’un fou. On a cessé de la voir comme une attaque contre notre société. La rhétorique et les titres des journaux ont tout de suite changé. Plus personne ne parle de « guerre ». On parle d’un « terroriste », au singulier et non plus au pluriel. Un individu particulier, et non un groupe indéfini facilement généralisable afin d’inclure des sympathisants ou quiconque entrant dans les préjugés fantaisistes et arbitraires, si commodes lorsqu’il s’agit de musulmans.

Cet acte terrible est maintenant officiellement une tragédie nationale. La question est : les choses auraient-elles été identiques si l’auteur aurait été un fou, certes, mais un fou musulman ?

Je suis, moi aussi, convaincu que l’assassin est fou. Pour chasser et exécuter des adolescents sur une île pendant une heure, il faut vraiment être cinglé. Mais, de même que dans le cas du 11 septembre 2001 ou dans le cas des bombes dans le métro de Londres, il s’agit d’une folie au service d’une cause, une cause tout aussi clinique que politique.

Quiconque a consulté les pages Web de groupes racistes, ou suivi les débats en ligne sur les sites internet des journaux norvégiens se sera rendu compte de la furie et de la rage avec laquelle se diffuse l’islamophobie, la haine vénéneuse avec laquelle des auteurs anonymes crachent contre les « idiots utiles » progressistes et antiracistes et contre toute la gauche politique. Le terroriste du 22 juillet participait à ces débats. Il a été un membre actif d’un des deux grands partis politiques norvégiens, le parti populiste de droite « Parti du Progrès Norvégien ». Il l’a quitté en 2006 pour rejoindre la communauté des groupes anti-musulmans sur internet.

Quand le monde croyait que le massacre était l’œuvre du terrorisme islamiste international, tous les hommes d’Etat, d’Obama jusqu’à Cameron, ont déclaré qu’ils étaient aux côtés de la Norvège dans leur lutte commune contre le terrorisme. Et maintenant, en quoi consiste la lutte commune ? Tous les dirigeants occidentaux ont le même problème à l’intérieur de leurs frontières. Vont-ils livrer avec la même vigueur une guerre contre la montée de l’extrémisme de droite, contre l’islamophobie et contre le racisme ?

Quelques heures après l’explosion de la bombe, le premier ministre norvégien, Jens Stoltenberg, a déclaré que notre réponse à l’attaque devait être plus de démocratie et plus d’ouverture. Si l’on compare avec la réponse de Bush face aux attaques du 11 septembre, il y aurait des raisons de se sentir orgueilleux. Mais après la plus terrible expérience qu’ait connue la Norvège depuis la Seconde guerre mondiale, j’aimerai que l’on aille plus loin. Il est nécessaire de s’appuyer sur cet événement tragique afin de lancer une offensive contre l’intolérance, le racisme et la haine, qui sont en croissance, non seulement en Norvège et en Scandinavie, mais dans toute l’Europe également.

Aslak Sira Myhre est un écrivain norvégien, directeur de la Maison de Littérature d’Oslo et ex-dirigeant de l’Alliance Electorale Rouge norvégienne.

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Oslo. La bête immonde est toujours là

25 juillet 2011

C’est au nom de la lutte contre le multiculturalisme, et contre les régimes « culturellement marxistes », qu’Anders Behring Breivik est passé à l’acte, perpétrant un massacre épouvantable à Oslo. Au bout de la politique de la haine, se trouve toujours la barbarie. La bête immonde.

Les informations données par la police norvégienne et la lecture du texte de 1500 pages de Anders Behring Breivik donnent des premiers éléments de compréhension de ce qui s’est passé à Oslo. Loin d’être l’œuvre un fou déséquilibré, le massacre est un acte de guerre mûrement réfléchi. La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens : Breivik écrit que l’heure est venu de prendre les armes. Et de s’en servir. Sa guerre, c’est celle de l’extrême droite contre le multiculturalisme, la perte de l’identité nationale. En cause, « l’invasion/colonisation islamique en cours ». Au passage, dans cette guerre, les « marxistes » doivent faire partie des victimes. En l’occurrence, vendredi dernier, ce furent les jeunes travaillistes, l’un des courants politiques porteurs de l’antiracisme en Norvège…

Tout cela n’est pas sans rappeler l’obsession des nazis contre le peuple juif. Au bout, il y a la solution finale, l’extermination. Car au bout de la haine, il y a toujours la solution finale. Et parallèlement à la lutte contre les juifs, il y avait celle contre le communisme, contre les marxistes accusés d’être les vecteurs de l’influence des juifs dans la société.

Pour Breivik, islamiques et marxistes… dans la même tombe

Breivik et ses acolytes, les nazis hier, les différentes obédiences d’extrême droite aujourd’hui, n’ont pas tort de voir dans les « marxistes », comme ils disent, leurs ennemis irréductibles. Ces « marxistes », ces anticapitalistes qui veulent débarrasser la société de toute exploitation et de toute oppression, veulent unir ceux et celles qui devraient l’être, et que des politiciens ont en charge de diviser pour mieux régner. Ils veulent unir dans un même combat contre l’exploitation les travailleurs et les travailleuses, quelque soit leurs croyances religieuses, quelque que soit leur culture, quelque soit la couleur de leur peau. Ce combat passe par l’égalité des droits, la lutte contre les discriminations, le respect de toutes les cultures, la lutte contre toutes les formes de racisme et de sexisme ; mais aussi par la fin des dominations impérialistes néo-coloniales. Bref, un programme à l’exact opposé de celui de l’extrême droite arc-boutée sur la défense de « l’identité nationale ».

Indignation de la droite et de l’extrême droite… contre le MRAP !

Sur la défensive, l’extrême droite européenne n’en est pas moins énervée, à l’image de Marine Le Pen, qui s’en est prise au MRAP. Le tort du MRAP, pour Marine Le Pen, c’est d’avoir pointé dans un communiqué de presse ce que de multiples observateurs considéreront comme une évidence : la responsabilité de l’extrême droite et des partis « populistes » dans la création d’un « climat délétère » en Europe. Thierry Mariani, ministre des transports, membre de l’UMP et de sa fraction la plus à droite, la Droite Nationale, a dénoncé également le MRAP, préférant voir pour sa part dans le massacre d’Oslo « le fait d’un malade plus qu’autre chose ». Facile de voir dans les monstres tels que Breivik (et pourquoi pas Hitler ?) des fous. Mais qui fabrique ces monstres ? Un autre élu de l’UMP, membre également de la Droite nationale, réclame quant à lui la suppression des subventions étatiques du MRAP. Abject !

Face à la tragédie d’Oslo, on aurait aimer que la droite et l’extrême droite se taisent. Ce n’est hélas pas le cas… Face aux attaques de la droite et de l’extrême droite, le MRAP peut compter sur notre soutien et sur celui de tous les antiracistes. On peut aussi compter sur le NPA pour multiplier les efforts pour construire un large front combattant pied à pied le renforcement et la banalisation du racisme et de la xénophobie.


Déclaration de Philippe Poutou en solidarité avec les jeunes du Parti travailliste et aux travailleurs de Norvège

25 juillet 2011

Le massacre perpétré en Norvège de 85 jeunes militants du Parti Travailliste participant à un camp de jeunes par un intégriste chrétien d’extrême-droite après qu’il ait commis un attentat à la bombe contre le siège du gouvernement faisant 7 morts a suscité une profonde émotion.

Cet acte est une attaque politique contre des militants de gauche et à travers eux contre les travailleurs et les classes populaires de Norvège. C’est délibérément que ce «Norvégien de souche» comme le désigne la police, a pris pour cible de sa haine meurtrière des militants du Parti travailliste considéré par l’extrême-droite comme « traître à la nation » parce qu’ils sont antiracistes et défendent les immigrés.

Que cet acte barbare soit le fait d’un déséquilibré ne saurait faire oublier le contexte de réaction politique et sociale, de racisme et de xénophobie qui l’a armé.

En entretenant systématiquement un discours de haine et de mépris envers tout ce qui n’est pas considéré comme de «souche norvégienne ou européenne », les musulmans en particulier, cela crée un terreau nauséabond dont ne peut, à un moment ou à un autre, que surgir une violence mise en œuvre par des individus se vivant comme des « croisés ». Un discours dominant ne peut pas ne pas pointer constamment des cibles sans que cela n’ait aucune conséquence de cet ordre.

Si « l’acte » en tant que tel est l’œuvre d’un individu, il s’agit de la conséquence monstrueuse de la banalisation du racisme et de la xénophobie dont se nourrissent le populisme de droite et d’extrême-droite en Europe.

Le NPA exprime sa solidarité avec l’organisation de jeunesse du Parti travailliste norvégien, avec les classes populaires de Norvège. Ce drame, acte terroriste de l’extrême-droite, souligne à quel point il est plus que jamais nécessaire de construire un large front combattant pied à pied le renforcement et la banalisation du racisme et de la xénophobie, la montée de l’extrême-droite.

Lundi 25 juillet 2011


Sommet de la zone euro. Pour les banques, contre les peuples

22 juillet 2011

Le sommet européen du 21 juillet a adopté un nouveau plan d’aide à la Grèce. Loin de s’attaquer au mal réel, la finance parasitaire, les mesures prises ne peuvent conduire, à terme, qu’à relancer la spéculation. Les gouvernements ont aussi réaffirmé l’objectif de réduction drastique des déficits publics, ce qui conduira à l’aggravation des politiques d’austérité.

Les 158 milliards mis sur la table par le sommet européen ont entraîné la hausse du cours des actions bancaires sur toutes les bourses. La finance internationale a en effet de quoi se réjouir. Si le sommet de la zone euro a décidé l’allongement de la durée des prêts du Fonds européen de stabilité financière et la baisse d’un point du taux de ces prêts (de 4,5 % à 3,5 %), il a autorisé aussi ce Fonds à racheter des obligations grecques, irlandaises et portugaises. En clair, comme le note Attac, « les gouvernements vont pouvoir débarrasser les banques et les fonds d’investissement de ces titres, considérés comme « pourris » puisque les pays débiteurs sont en voie de faire défaut sur leur dette (…). Les Etats déchargent les banques de leurs pertes avant même qu’elles ne soient réalisées ! ». Au final, ce seraient ainsi les contribuables européens qui paieraient le remboursement d’une partie de la dette des pays débiteurs incapables de faire face. Belle entourloupe que ce « sauvetage » de la Grèce qui n’est rien d’autre qu’un ensemble de nouveaux cadeaux aux banques !

Les mesures prises au sommet de Bruxelles apportent de facto la garantie des Etats aux banques. Celles-ci ne peuvent qu’être encouragées à augmenter encore les prêts qu’elles accordent, assurées qu’elles sont de récupérer les intérêts (mais que valent ces assurances et jusqu’à quand ?), directement auprès des Etats débiteurs, ou à défaut par le biais du Fonds européen. C’est dire que la logique infernale de l’endettement n’est pas stoppée !

L’austérité pour les peuples

Si les banques s’en sortent bien, les peuples trinquent. L’objectif de ramener les déficit à 3 % du PIB d’ici 2013 est réaffirmé, ce qui signifie des coupes sombres dans les dépenses publiques, le recul de la protection sociale, bref l’austérité généralisée, à l’image de la grèce ou de l’Italie.

Sur le fond, les candidats à la primaire socialiste défendent la même politique que celle des gouvernements de la zone euro. Martine Aubry s’est d’ailleurs « réjouie » (sic) de l’accord trouvé à Bruxelles. Tout au plus réclame-t-elle une taxe sur les transactions financières, sans doute pour colorer en rose ce nouveau super-plan d’aide aux banques. Ségolène Royal et François Hollande, pour leur part, annoncent qu’il faudra faire des « efforts » dès 2012… s’ils sont élus. Royal tend la main aux gaullistes, en leur affirmant que la gauche sera mieux à même de faire passer la pilule de « l’effort national ». Pour Hollande, « la dette est l’ennemie de la gauche, de la France (…). Il faut rééquilibrer les comptes publics sans tarder, descendre à 3 % du PIB le plus vite possible ». Ces candidats à la primaire socialiste sont candidats pour mettre en œuvre une super politique d’austérité après l’élection.

La logique destructrice du capitalisme mise à nu

Côté Front de gauche, on se contente de regretter que les Etats ne soient pas autorisés à se financer directement auprès de la Banque centrale européenne, plutôt qu’auprès des institutions financières privées. Le Front de gauche propose de « taxer » ces dernières. Jean-Luc Mélenchon, dans Libération (20 juillet), réclame que la BCE « rachète la dette grecque ». Pas question d’annulation de la dette, donc. Cette dette est poutant illégitime et ne devrait pas être « honorée ». Seuls les actionnaires des banques devraient supporter les conséquences du non-remboursement. L’annulation des dettes illégitimes devrait être accompagnée de la socialisation de tout le système du crédit. C’est ce que réclame le NPA.

Annulation de la dette et socialisation du crédit

Pour éviter un recul social et politique sans précédent, le NPA en appelle au regroupement des anticapitalistes pour défendre un programme s’opposant à celui des partisans de l’austérité et de la baisse des déficits, des partisans de droite comme « de gauche ». Un programme qui passe par l’annulation de la dette et la socialisation du système de crédit, c’est-à-dire la prise de contrôle du secteur financier, principal responsable de l’approndissement de la crise capitaliste.


A lire communiqué du NPA du 22 juillet.


Crise de la dette, nos solutions : lire un extrait du programme du NPA, « Nos réponses à la crise », adopté au congrès du NPA (février 2011).


Lire l’article Crise de la dette, nouvelle crise du capitalisme.



Philippe Duron en pince pour l’armée française

22 juillet 2011

A travers l’hommage rendu aux militaires français morts en Afghanistan, Sarkozy a justifié l’envoi de troupes françaises à l’étranger. Philippe Duron, lui, s’est affiché aux côtés d’officiers et d’anciens parachutistes pour honorer la mémoire des jeunes militaires qui ont donné « le meilleur de leur vie pour leur pays ». Pas étonnant, à l’heure où le parti socialiste vote avec l’UMP la prolongation de l’intervention militaire en Libye.

En évoquant la mémoire des jeunes militaires caennais morts en Afghanistan, Philippe Duron a tenu les propos suivants : « ces hommes jeunes et courageux avaient fait le choix des armes. Ils ont donné le meilleur de leur vie pour notre pays. Ils méritent notre respect ». Sarkozy, lui, a évoqué, mardi 20 juillet, « le reconnaissance et le respect dus à ceux qui ont fait le sacrifice de leur vie pour leur pays ». Et c’est de Côte d’Ivoire et du Gabon que François Fillon s’en est pris à Eva Joly qui avait osé fustiger la manifestation guerrière du 14-Juillet au travers des défilés militaires. C’est-à-dire depuis cette Françafrique où les gouvernements français successifs soutiennent y compris militairement des dictatures chargées de maintenir l’ordre pour les intérêts des multinationales.

Et que font les armées françaises en Afghanistan et en Libye sinon défendre l’ordre impérialiste ?

Que Philippe Duron et le PS, en votant avec l’UMP la prolongation des bombardements de la Libye après avoir soutenu l’envoi de troupes en Afghanistan en 2001 par le tandem Chirac-Jospin, chantent les louanges de l’armée française, des interventions extérieures et, pourquoi pas, des défilés militaires le 14-Juillet, ne nous étonne pas. Leur « patriotisme » n’est pas le nôtre. Les propos de Jean-Luc Mélenchon sur le défilé militaire du 14-Juillet, selon lesquels « le défilé militaire rappelle à toute puissance étrangère ce qu’il en coûterait de s’en prendre à la France et à sa République », ne sont pas moins consternants que les déclarations et les actes des dirigeants du PS.

Nous sommes tristes pour ces jeunes entraînés dans des combats qui ne sont pas les leurs, sacrifiés pour des intérêts qui ne sont pas les leurs, ni ceux du peuple français, ni ceux des peuples afghans, libyens ou africains.

Ces morts de jeunes militaires nous révoltent, mais nous sommés révoltés aussi par les massacres des populations civiles en Irak, en Afghanistan ou en Côte d’Ivoire, innombrables victimes innocentes des guerres entretenues par les grandes puissances dont la France.

Plus que jamais, nous réclamons la fin des « interventions extérieures » et le rapatriement immédiat des troupes françaises. Et avec Eva Joly, nous réclamons la fin des défilés militaires le 14-Juillet !


Il faut arrêter le chantier de l’EPR

21 juillet 2011

EDF vient d’annoncer le report en 2016 de la mise en exploitation de l’EPR de Flamanville tandis que les retards s’accumulent sur le chantier. Le coût du projet passerait de 3,3 milliards d’euros à 6 milliards. Il est plus que temps d’arrêter le chantier de l’EPR.

Le nouveau réacteur que le lobby électronucléaire français voulait promouvoir n’a pas d’avenir. L’EPR est d’ores et déjà un échec commercial, avec notamment l’échec retentissant des négociations avec Abu Dhabi portant sur un contrat potentiel de 20 milliards en 2009. Depuis, partout dans le monde se pose la question de la sortie du nucléaire, pas celle de la construction de nouveaux réacteurs. Car, avec Fukushima, la preuve a été faite que la production électrique nucléaire est une technologie dangereuse.

A Flamanville, les maîtres d’oeuvre ne sont même pas capables d’assurer la sécurité aujourd’hui sur le chantier puisque deux accidents mortels sont à déplorer depuis le début de l’année.

EDF veut imposer une fuite en avant facturée 6 milliards d’euros, le double du coût prévu initialement, pour une mise en production hypothétique en 2016. Ce doublement annoncé est un véritable scandale.

Il est temps d’arrêter le chantier de l’EPR et de chasser du pouvoir les représentants du lobby nucléaire.

Il faut aussi demander des comptes aux responsables politiques en Basse-Normandie qui, du PS et du PCF à l’UMP, refusent de réclamer l’arrêt de l’EPR, notamment au Conseil régional de Basse-Normandie.

Pour le NPA, l’arrêt de l’EPR doit s’inscrire dans une stratégie de sortie du nucléaire, accompagnée par la reconversion des travailleurs de la filière, par un investissement important dans la production d’énergie renouvelable et par la mise en place d’une politique de sobriété énergétique.


Crise de la dette. Un extrait du programme du NPA, « Nos réponses à la crise », adopté au congrès du NPA (février 2011) : « Exproprier le secteur financier, socialiser le crédit au service des besoins sociaux »

21 juillet 2011

Ce sont «les marchés», c’est-à-dire les grandes banques internationales et les fonds de placement, qui dictent les plans d’austérité contre les peuples : «garder sa notation» tient lieu de boussole aux gouvernements. Personne ne conteste plus ce constat. Mais les positionnements politiques et sociaux changent du tout au tout. Pour les défenseurs du capital «la dette doit être honorée», car l’endettement serait la preuve du «laxisme» des gouvernements et du «poids insupportable» des «transferts sociaux». Pour nous la dette est illégitime. Les salariés ne doivent pas la reconnaître. Ils ne doivent pas la payer.

Aux origines de la crise

La crise actuelle est celle des dispositifs mis en place pour résoudre la crise précédente des années 70. Libérés de toute contrainte du fait des décisions prises par les gouvernements depuis les années 1980, les capitaux financiers circulent en temps réel et de manière continue sur toute la planète. Les travailleurs et les systèmes de protection sociale sont ainsi mis brutalement en concurrence. C’est au nom de la compétitivité que des normes de rendement de 15% des capitaux employés pour les actionnaires ont pu être imposées. Le secteur financier est aussi, le vecteur principal de l’accroissement inouï des inégalités à l’origine d’un retour en force des rentiers : en 2007, plus du quart de la fortune des 400 personnes les plus riches au monde provenait ainsi directement de la finance et, dans les pays capitalistes avancés, ce sont les 1% les plus riches qui ont vu leurs revenus s’envoler au cours des vingt dernières années. Ainsi, en France, entre 1998 et 2005, les revenus de 90% de la population n’ont quasiment pas bougé (+4,9%). Par contre, ceux des 1 % les plus riches ont progressé de 19,4%, ceux des 0,1% les plus riches de 32% et ceux des 0,01% les plus riches de 42,6 % !

Mais, la financiarisation des économies, l’augmentation des dettes des particuliers, des entreprises et des États, depuis les années 1980 sont aussi un des symptômes de l’épuisement du capitalisme. C’est aussi une sorte de fuite en avant alors même que l’accumulation réelle du capital est rendue plus difficile par l’intensification de la concurrence des capitalismes brésilien, russe, indien et chinois (pays connus sous le nom de BRIC). L’accumulation du capital financier a aussi un caractère fictif : les titres financiers qui s’amoncellent correspondent à des reconnaissances de dettes qui ne pourront jamais être honorées. C’est ce que révèle la déconnexion entre le rythme très rapide de croissance des marchés financiers et celui, bien plus lent, auquel a progressé la production de marchandises.

Les crises financières, plus violentes à chaque fois, se multiplient depuis deux décennies. Elles découlent du caractère partiellement fictif de cette énorme baudruche financière qui menace à tout instant de crever. Pour l’empêcher, les États sont sommés par les capitalistes d’intervenir de plus en plus massivement à chaque fois en faisant payer à la population les promesses insensées qui ont été faites aux détenteurs de titres financiers.

En 2008-2009, l’intervention publique s’est effectuée à une échelle inédite – mobilisant, tous dispositifs confondus, des sommes de l’ordre de 10% du PIB des pays du G8 et de bien plus encore en Chine. Et cela sans aucune contrepartie significative en termes de contrôle sur les banques ou de réglementation des marchés. Leur arrogance n’a aucune limite. Moins d’un an plus tard, les grandes institutions ont lancé des attaques spéculatives contre la dette de plusieurs pays européens. Il s’agit maintenant de faire payer cash aux populations – par des cures d’austérité drastiques – les sommes que les gouvernements ont engagées quelques mois plus tôt pour sauver le système financier.

Il y a urgence à prendre le contrôle du secteur financier. Il faut en finir avec les diktats imposés aux peuples. Un gouvernement au service des travailleurs et de la population, s’appuyant sur leur mobilisation, leurs organisations à travers des comités démocratiques en particulier dans les secteurs des banques et de la finance prendrait trois mesures clés qui permettraient d’atteindre un tel objectif : l’annulation de la dette illégitime, la socialisation du système de crédit et le contrôle des capitaux.

L’annulation de la dette publique illégitime

La dette publique n’a cessé de progresser depuis les années 1980. En France, elle est ainsi passée de 20 % du PIB en 1980 à 64% en 2007, bondissant à 77,1 % en 2009 avec la crise. Cette hausse de l’endettement public provient d’un mécanisme simple : les gouvernements commencent par emprunter auprès des actionnaires et des riches qu’ils renoncent à taxer, avant de les protéger ouvertement de l’impôt comme Sarkozy. Le service des intérêts opère ensuite un transfert de richesse au bénéfice des détenteurs des titres de la dette et renforce ainsi leur pouvoir économique et politique. En 2008, le seul paiement des intérêts de la dette représentait 45 milliards d’euros, l’équivalent des trois-quarts du budget de l’éducation nationale.

Les gouvernements ont soumis les finances publiques aux diktats des banques, des fonds d’investissements et des agences de notation. La BCE a été conçue dans cette perspective de protection des intérêts des rentiers. La dette accumulée depuis les années 1990 est une création du capital financier et des gouvernements qui le servent.

En finir avec la soumission volontaire des gouvernements face aux banques et aux fonds de placement financier passe par l’annulation de la dette illégitime.

L’essentiel de la dette est détenu par des banques et fonds d’investissement qui doivent être nationalisés. Il est possible d’annuler la dette illégitime tout en garantissant une pension aux ménages modestes qui détenaient des titres publics.

La socialisation du système du crédit

Une telle annulation de la dette sape les bases de la domination des grandes institutions financières. Il n’est évidemment pas question de venir les sauver une nouvelle fois, mais au contraire, de mettre en œuvre une appropriation publique et sociale complète du système de crédit. Cette socialisation vise à mettre en place un véritable service public bancaire décentralisé et démocratiquement contrôlé.

Le contrôle sur la circulation des capitaux, une nécessité pour tous les travailleurs et la population d’Europe

La socialisation du crédit est indissociable du contrôle de la circulation des capitaux et donc des places financières. Elle implique la fermeture des bourses et le contrôle des échanges monétaires. Une telle politique qu’engagerait un gouvernement démocratique des travailleurs ne signifie nullement en repli sur les frontières, un isolement national.

Quel que soit le pays où les travailleurs parviendront les premiers à se mettre en position de ne pas payer la dette illégitime et de socialiser le crédit, les mesures seront accueillies avec enthousiasme par ceux des autres pays. Les formidables mobilisations répétées en Grèce, les appels des syndicats à la grève générale au Portugal, en Italie, le sentiment de révolte profond qui s’est manifesté en Roumanie en attestent. Dès lors qu’il s’agit d’aller vers une Europe des travailleurs, tout gouvernement de rupture anticapitaliste devra se protéger contre la fuite des capitaux.