Philippe Poutou, candidat du NPA à la présidentielle

27 juin 2011

242 délégué.e.s des assemblées départementales du NPA se sont réuni.e.s les 25 et 26 juin à Nanterre. A l’issue des débats, ils et elles ont adopté majoritairement une déclaration sur l’élection présidentielle.

Déclaration de la conférence nationale du NPA pour l’élection présidentielle

En Grèce, en Espagne et dans l’ensemble du monde arabe, des millions de manifestants s’opposent aux politiques des classes dominantes et des Etats pour faire payer la crise aux travailleurs et aux peuples. En France, le patronat, Sarkozy et son gouvernement sont engagés dans des attaques violentes et réactionnaires contre les travailleurs, les travailleuses, toutes les femmes, les jeunes et les immigréEs. Le NPA n’a de cesse, depuis sa création de proposer l’unité la plus large pour s’opposer à ces attaques, d’impulser et de participer à tous les cadres unitaires qui permettent d’être utile dans ce sens.

A l’occasion des élections qui viennent, présidentielles et législatives, nous voulons prolonger ces batailles quotidiennes en faisant entendre la voix des exploitéEs et des oppriméEs, du monde du travail, des immigréEs, des femmes, de la jeunesse, de toutes les victimes de l’austérité mise en place par un État soumis aux banques et au patronat, qui utilise le racisme et la xénophobie pour nous diviser. A partir des positions débattues et adoptées par notre parti depuis sa fondation, nous défendrons un programme de rupture avec le capitalisme, pour un autre partage des richesses, pour que les salariéEs et l’ensemble de la population ne paient pas la crise. C’est un programme pour les luttes, pour leur généralisation. C’est la seule voie, face à la crise sociale, politique et écologique qui ne saurait se résoudre dans le cadre d’une alternance, du respect des institutions et de la propriété privée. Un programme qui ne pourra être porté que par un gouvernement des travailleurs-ses, car seul leur contrôle et leur intervention directe peuvent renverser le système et changer le monde.

Dans ce contexte, la Conférence nationale du NPA présente la candidature de Philippe Poutou à l’élection présidentielle, militant du NPA, ouvrier syndicaliste qui anime depuis des années la lutte contre la fermeture de son entreprise face à un des premiers groupes industriels mondiaux de l’automobile. Il est un candidat anticapitaliste, féministe, écologiste, antiraciste, internationaliste.

Dans ces campagnes, le NPA fera entendre une voix qui condamne sans ambiguïtés les politiques d’austérité, qu’elles soient menées par la droite ou, comme en Grèce et en Espagne, par la gauche. Une voix totalement indépendante du PS et de ses alliés. Le NPA exige l’annulation de la dette, l’expropriation des banques, leur socialisation en un seul service public financier sous le contrôle de la population et des salariéEs mobiliséEs, la défense et l’amélioration des services publics aujourd’hui attaqués sous le prétexte de la dette.

Il souhaite faire entendre une voix, qui s’appuyant sur leurs mobilisations, défende les intérêts des salariéEs contre les suppressions d’emplois, pour l’interdiction des licenciements, la partage du temps de travail et pour des augmentations de salaires (300 euros nets d’augmentation, aucun salaire en dessous 1600 euros nets, indexation des salaires sur les prix) et pour en finir avec la souffrance au travail.

Une voix qui, quelques mois après la catastrophe de Fukushima, exige la sortie du nucléaire et l’expropriation d’EDF, GDF-Suez, Areva, Total… en un service public permettant une planification énergétique.

Une voix pour l’égalité des droits, pour la régularisation de tous les sans papiers, contre toutes les lois et les discours racistes, notamment la stigmatisation des Roms et des Musulmans.

Une voix qui combatte le Front National, qui cache son soutien à toutes les attaques capitalistes derrière un discours pseudo-social.

Une voix qui dénonce et combatte fermement l’oppression des femmes, lutte contre toutes les discriminations et violences qu’elles subissent dans la sphère publique comme privée.

Une voix qui lutte contre les discriminations que subissent les personnes lesbiennes, gays, bi, transgenres et inter sexes.

Une voix qui refuse la toute puissance du patronat et des banques, qui se bat pour une démocratie réelle, comme l’exigent les Indignés de la Puerta del Sol à Madrid, les manifestants grecs de la place Syntagma et les révolutionnaires du monde arabe.

Une voix qui exprime sa solidarité avec toutes les luttes des opprimés, à commencer par celle du peuple palestinien.

Une voix pour construire une autre Europe, fondée non sur la concurrence mais sur la solidarité. Une Europe des travailleurs et des peuples.

Une voix qui s’oppose aux interventions militaires et économiques de l’impérialisme français.

Dans les prochaines échéances électorales, nous ferons entendre un programme d’urgence, nous défendrons une politique aussi fidèle aux intérêts des travailleurs, que la droite et l’UMP, actuellement au gouvernement, le sont aux intérêts des riches.

Nous avons devant nous une bataille difficile et bien des obstacles. Dans un premier temps nous devons réussir toutes et tous ensemble à surmonter le barrage des 500 parrainages d’élus que la loi antidémocratique nous impose. Des divergences se sont exprimées au cours de la préparation de la Conférence nationale et en son sein. Notre parti doit maintenant se rassembler autour des exigences fondamentales qui nous réunissent.

Notre campagne associera une direction collective et des porte-paroles de campagne, dont nos deux porte-paroles nationales et Olivier Besancenot. Elle s’appuiera sur l’ensemble du parti. Nous appelons toutes celles et ceux qui le souhaitent à prendre leur place dans notre combat collectif.

Nanterre, le 26 juin 2011

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Schneider Electric Bourguébus : l’impuissance du Conseil régional

27 juin 2011

Après 80 suppressions d’emplois en 2009, la direction du groupe poursuit le démantèlement de l’établissement de Bourguébus, près de Caen. Sur les 120 emplois restant, elle veut en liquider 40 de plus. Au Conseil régional, la gauche proteste mais reste impuissante en refusant de réclamer l’interdiction des licenciements.

Comme tous les salariés de l’établissement de Bourguébus, Laurent Beauvais, président PS du Conseil régional, voit bien que la direction de Schneider Electric a engagé un processus de « destruction » du site. Il y a deux ans, la fermeture du service de Recherche et développement n’était qu’une première étape, ce que chacun alors avait déjà compris (voir notre article précédent).

Une nouvelle saignée en 2011 ou 2012 rapprocherait l’établissement de la fermeture totale. Côté patronal, la logique de la concentration des activités et de leur délocalisation pour « faire baisser les coûts » est à l’œuvre. Les supplications de Laurent Beauvais, prêt à « aider » le groupe, n’y peuvent rien. Dans un communiqué, celui-ci indique que « les propositions de la Région d’accompagner le développement du site en renforçant les produits liés au développement durable ont été à chaque fois rejetées ».

Déjà, pour persuader le groupe Vandemorteele de surseoir à la fermeture de l’établissement Panavi de Mondeville (80 licenciements), la Région proposait des « aides », allant même jusqu’à proposer de financer la mise aux normes de l’outil de production ! Ces offres d’aide ont été ignorées par un groupe qui trouvait les suppressions d’emplois plus rentables, du point de vue des intérêts des actionnaires. Au bout du compte, Vandemortelle a bien fermé l’établissement de Mondeville il y a quelques semaines.

Interdire les licenciements

La gauche est au pouvoir en Basse-Normandie, mais ce sont quand même les les grands groupes industriels et commerciaux qui font la loi. Pour inverser cette logique, il faudrait enfin interdire les licenciements, et donc obliger les groupes à prendre sur les profits reversés aux actionnaires sous forme de dividendes sans cesse croissants, pour maintenir l’emploi, augmenter les salaires et améliorer les conditions de travail. Quitte à les exproprier s’ils ne respectent pas le droit à l’emploi.

C’est ce que propose le NPA. Bien sûr seule une mobilisation très déterminée et prolongée des salariés pourra l’imposer.

Laurent Beauvais, lui, appelle à une « mobilisation de l’ensemble des élus de ce territoire », gauche et droite confondues, pour « aboutir à une issue positive ». C’est une façon d’essayer de faire prendre des vessies pour des lanternes ! Nous, nous recommandons aux travailleurs de ne faire aucune confiance à ces élus qui, de fait, laissent les grands groupes capitalistes détruire l’emploi en refusant de remettre en cause leur pouvoir exhorbitant de licencier. Les travailleurs ne doivent faire confiance qu’à leur propre lutte.


Grèce : vers la grève générale et le blocage du Parlement

24 juin 2011

Mardi 28 juin et mercredi 29 juin, nos yeux seront braqués sur la Grèce. Alors que le gouvernement Papandreou, aux ordres du FMI et de l’Union européenne, s’apprête à faire voter un nouveau plan d’austérité contre le peuple grec, les syndicats appellent à 48 heures de grève. Les Assemblées populaires s’associent à ce mot d’ordre et se préparent à bloquer le Parlement.

Jour après jour, l’Union européenne et le FMI rappellent à la Grèce leurs exigences : l’imposition de nouvelles mesures draconiennes pour obtenir la cinquième tranche de 12 milliards d’euros du plan « d’aide » de 110 milliards décidé il y a plusieurs mois, auquel serait rajouté, éventuellement, un nouveau prêt de 100 milliards.

Austérité

Le nouveau plan d’austérité « indispensable », selon les Etats et les institutions financières internationales, inclut privatisations massives, licenciements dans le secteur public de 150 000 fonctionnaires (soit plus d’un cinquième des effectifs), réduction des salaires, des retraites et des allocations sociales, augmentation de la TVA et des tarifs du gaz. Bref, c’est une cure d’austérité supplémentaire pour une population en paupérisation accélérée.

Pour les gouvernements de l’Union européenne et le FMI, cette cure d’austérité est nécessaire pour que la Grèce retrouve la « confiance » des marchés. En fait, ces marchés spéculent sur la dette grècque et s’appuient sur la soumission des gouvernements devant leurs propres exigences. Les taux d’intérêt à la Grèce s’envolent, les notations s’effondrent… pour le seul profit des prêteurs. Les financiers ont trouvé en Grèce une source de surprofits qu’ils s’entendent fort bien à exploiter jusqu’au bout, avec l’aide des gouvernements.

Mobilisation populaire

La mobilisation extraordinaire qui se développe depuis plusieurs semaines montre bien que la population n’est pas dupe. Prenant exemple sur les Indignés de l’Etat espagnol, les Grecs descendent dans la rue sans attendre la consigne des bureaucrates syndicaux, occupent des lieux publics, bloquent les institutions et notamment le Parlement, symbole de la soumission des politiciens locaux, à commencer par la social démocratie. Lers travailleurs grecs et la jeunesse comprennent fort bien que ce système fonctionne au profit de quelques uns, ceux qui sont responsables des crises économiques et écologiques qui menacent la planète, ceux qui amassent d’immenses fortunes au détriment du plus grand nombre contraint à des conditions de vie de plus en plus précaires.

L’appel à 48 heures de grève générale, relayé par les Assemblées populaires qui préparent un nouveau blocage du Parlement, pourrait représenter un tournant. Ce pourrait être le début d’une grève reconductible, d’un blocage total du pays, de l’extension des Assemblées populaires, alternative au pouvoir corrompu en place. La jonction entre le mouvement ouvrier organisé, les bases syndicales et les Indignés grecs doit renforcer la mobilisation pupulaire. C’est en tout cas la seule voie pour que le peuple grec s’en sorte.

Le pouvoir du peuple, contre celui du gouvernement

La Grèce n’est que la pointe avancée de l’offensive des capitalistes, des banquiers qui veulent faire payer leur crise aux peuples. D’autres pays d’Europe sont menacés du même sort.

La révolte des indignés et des travailleurs grecs exprime le refus du système capitaliste. L’alternative, c’est la « vraie démocratie, maintenant », c’est « tout le pouvoir au peuple », au travers des Assemblées populaires. Le peuple grec montre l’exemple.

C’est pour cela que nos yeux seront braqués sur la Grèce, mardi 28 et mercredi 29 juin.


Liberté d’expression

24 juin 2011

Mercredi 15 juin, un artiste a été interpellé à l’issue d’une manifestation, à Caen, parce qu’il portait une burqa bleu blanc rouge. Il est convoqué devant le tribunal de police le 30 septembre prochain et encourt jusqu’à 1500 euros d’amende. Une pétition pour la liberté d’expression circule, soutenue par le NPA.

Yohan Leforestier avait revêtu ce costume dans le cadre d’une intervention théâtrale donnée juste avant la manifestation contre la baisse des crédits de la politique de la ville. Yohan est en effet comédien, et aussi auteur-slameur. Son intervention représente une critique de la stigmatisation des musulmans. Yohan y incarne un personnage, Nadine Hamouk. Les forces de police y ont vu une « dégradation du drapeau tricolore de nature à troubler l’ordre public » !

Une pétition de soutien à Yohan Leforestier circule pour réclamer l’abandon des poursuites. Il y va de la liberté d’expression et de la liberté de création des artistes.

La pétition dénonce aussi à juste titre « une politique de la haine », « dirigée en priorité vers des boucs émissaires présumés musulmans ».

Le NPA du Calvados s’associe à cette pétition et apporte son soutien à Yohan Leforestier.


Communiqué du NPA du Calvados. Non à la répression de la liberté d’expression

Le Mercredi 15 Juin dernier, Yohan Leforestier, auteur-slameur-comédien du groupe « Le Milieu » a été arrêté en marge de la manifestation contre la baisse des subventions allouées aux associations de cohésion sociale car il portait une burqa bleu blanc rouge dans le cadre d’un sketch. Il encourt alors 1500 euros d’amendes. Cette arrestation est une atteinte grave à la liberté d’expression et à la création artistique. Le NPA du Calvados exprime tout son soutien à Yohan Leforestier et exige l’arrêt des poursuites à son encontre.

Caen, le 22 juin 2011.


Pour signer la pétition : http://lemilieu.free.fr/.



Non aux suppressions d’emplois chez Schneider Electric – Bourguébus

23 juin 2011

La crise n’est pas finie pour les salariés. Dans le bassin d’emploi de Caen, la direction de Schneider Electric a annoncé la suppression d’une quarantaine d’emplois à Bourguébus.

Cette annonce vient après la fermeture de Panavi-Mondeville (80 licenciements), propriété du groupe belge Vandemoortele, et les menaces de réduction des effectifs à MSD Chibret (ex Schering Plough), à Hérouville Saint-Clair, qui appartient au géant américain de la pharmacie Merck. A chaque fois, c’est le même mécanisme : pour accroître la productivité, les grands groupes concentrent la production dans un nombre réduit de sites, avec toujours moins de personnel, voire délocalisent.

 C’est un projet de délocalisation en Chine qui est à l’origine du projet de suppression d’emplois à Bourguébus. Ce projet fait suite à la suppression des 80 emplois des services commerciaux et de recherche, fin 2009. Le site n’employant plus aujourd’hui que 120 personnes, la suppression de 40 postes de travail supplémentaires met en jeu la pérennité de l’établissement.

 C’est ce qu’on bien compris les salariés qui ont débrayé massivement jeudi 23 juin.

 Le NPA apporte son soutien total aux salariés qui luttent pour conserver leur emploi.

 Les travailleurs n’auront pas de répit tant que le droit des patrons à licencier ne sera pas remis en cause.

C’est tous ensemble qu’il faut se battre pour imposer l’interdiction des licenciements. L’ensemble des syndicats et des partis de gauche doivent se mobiliser pour exiger le maintien de l’activité et des emplois à Bourguébus.


Bactérie tueuse et concombre masqué, par Jean Batou (6 juin 2011)

8 juin 2011

Depuis le début du mois de mai, une bactérie « tueuse » de la famille Escherichia coli, pathogène pour l’homme, provoque une épidémie d’hémorragie intestinale potentiellement mortelle dans le Nord de l’Allemagne. Elle aurait déjà infecté 3000 personnes en Europe, en particulier des femmes, entraînant la mort d’une vingtaine d’entre elles. D’où vient-elle et comment en venir à bout ?

Le mal se manifeste d’abord par des crampes abdominales très douloureuses, qui s’accompagnent de diarrhées et de fièvres. Dans les cas aigus, elle peut provoquer une insuffisance rénale et des troubles neurologiques qui conduisent à des paralysies. De quoi faire vraiment très peur…

L’agent spécial 0104:H4

Les épidémies d’hémorragie intestinale liées à certaines souches d’E. coli sont connues depuis une trentaine d’années aux États-Unis, où elles affectent 110 000 personnes par an et causent la mort de 90 d’entre elles, même si les souches impliquées (principalement 0157:H7) sont moins virulentes que le bacille de « Hambourg ».

C’est que le nouvel agent pathogène est le clone hybride d’une espèce rare (0104:H4), résistante aux antibiotiques, qui n’avait jamais été observé jusqu’ici dans une épidémie. Signe des temps, son génome a pu être déchiffré en quelques jours à peine par un laboratoire… de Shenzhen en Chine.

D’où vient ce nouveau spécimen ? Probablement d’un « transfert génétique horizontal », au cours duquel deux microbes de souches différentes ont échangé des portions d’ADN. Selon la revue Science, 0104:H4 posséderait ainsi, en plus des gènes de E. coli, un fragment de gène de Salmonella enterica, susceptible de provoquer la salmonellose. Ces résultats devront être confirmés par d’autres travaux.
Qui se cache derrière ce « complot » ?

Il n’en fallait pas plus pour que les blogs débordent de thèses farfelues sur la création de ce nouveau bacille par l’ingénierie militaire, voire le bioterrorisme. Même si de telles hypothèses ne peuvent pas être absolument exclues, il est en réalité infiniment plus probable qu’il soit le produit « naturel » du système de production alimentaire globalisé qui se développe sous nos yeux depuis une trentaine d’années.

S’il y a « complot », c’est celui des investisseurs qui réalisent d’énormes profits en industrialisant et en concentrant de plus en plus la production, le transport, le stockage, le conditionnement et la distribution de la nourriture. N’y a-t-il pas un lien évident entre la multiplication des pathologies liées à l’alimentation et les formes contemporaines de sa marchandisation (maladie de la vache folle, grippe aviaire, E. Coli pathogènes, etc.).

Les grandes batteries d’élevage produisent et disséminent de nouveaux bacilles ; l’agrobusiness multiplie les intrants chimiques et les manipulations génétiques ; le conditionnement introduit des inconnues supplémentaires ; la grande distribution favorise le transport sur de longues distances. La malbouffe résulte de tout cela, sans parler de la spéculation boursière qui provoque la hausse des cours des produits vivriers et génère la plus meurtrière des maladies : la famine.

Ruminants et hamburgers

Les versions pathogènes d’E. Coli pour l’homme sont surtout présentes dans l’intestin des ruminants, mais elles peuvent aussi loger dans l’appareil digestif d’autres animaux. Contrairement à l’homme, ils n’en sont pas affectés et transmettent cet agent pathogène par leurs déjections (sols, canaux d’irrigation, cours d’eau, nappes phréatiques, etc.), qui peuvent contaminer des cultures, même éloignées. Il faut savoir que les élevages produisent dix fois plus d’excréments que de viande.

Les grandes batteries industrielles sont évidemment des incubateurs d’E. Coli. Depuis une dizaine d’années, la prolifération de ce bacille a même vraisemblablement été dopée par les nouvelles méthodes d’engraissage (notamment à base de maïs) qui permettent une prise de poids rapide, mais modifient la flore intestinale des bêtes. Ajoutons que la concentration des germes dans un espace très confiné accroît la probabilité de leur mutation.

Aux États-Unis, une étude du Centre de prévention et de contrôle des maladies (CDC), publiée en septembre 2009, estime que 42% des patients ont contracté une hémorragie intestinale à E. coli en consommant de la viande. On l’y appelle d’ailleurs la « maladie du hamburger », le germe y étant souvent incorporé au moment de son hachage. Élevage industriel et malbouffe sont donc directement pointés du doigt.

Démasquons le concombre

Si le vecteur de transmission est vraisemblablement un aliment cru ou une boisson non pasteurisée (la piste actuellement privilégie le soja, NDLR), il n’a pas encore été identifié : un légume, un fruit, une farine, un fromage, une viande mal cuite (hamburger, tartare, etc.). La chaine de production, de conditionnement, de transport, de stockage et de distribution est ainsi passée au crible sans résultat. Ce sont des circuits complexes, globalisés, extrêmement difficiles à tracer : les légumes, notamment, sont cultivés dans un pays, nettoyés dans un autre, empaquetés dans un troisième.

Pour avoir incriminé un peu vite les concombres d’Espagne, avant d’abandonner cette piste, l’Allemagne a été accusée à demi-mots de torpiller la Politique agricole commune (PAC), qui lui coûte fort cher, sous de faux prétextes sanitaires. L’embargo russe sur tous les légumes de l’UE va plus loin encore. Pourtant, ce type de mesures, voire de guerre commerciale déguisée, ne pose pas les véritables problèmes et s’interdit d’y apporter des réponses probantes à long terme.

Notre bien commun

En revanche, depuis 1996, les organisations paysannes liées à Via Campesina (Uniterre en Suisse, la Confédération paysanne en France, etc.) défendent avec raison le concept de « souveraineté alimentaire », qui n’est pas réductible à une politique commerciale. Il lie en effet conditions sociales de production (petite agriculture paysanne), préoccupations écologiques (culture biologique de proximité) et défense de la santé des consommateurs/trices (sécurité alimentaire).

En effet, une politique alimentaire qui réponde aux intérêts de l’humanité et de son environnement doit impérativement rompre avec la logique du profit privé en affirmant que les terres agricoles et leurs produits ne sont pas des marchandises, mais les biens communs les plus essentiels de l’humanité.

Jean Batou

Article paru dans le journal anticapitaliste suisse « SolidaritéS »


Communiqué du Comité de soutien à la révolution tunisienne et arabe de Caen

8 juin 2011

Après le G8 : aider ou enchaîner les peuples arabes ?

Réunis à Deauville, les chefs d’Etat du G8 ont annoncé un vaste plan « d’aide » aux pays arabes qui ont chassé des dictatures implacables.

Mais comment croire que les saigneurs du monde s’intéressent soudain aux peuples, alors qu’ils soutenaient unanimement les régimes qui les écrasaient il y a quelques mois encore ? En fait, les grandes puissances tentent de maintenir leur contrôle sur une région qui pourrait bien leur échapper.

En effet, les mobilisations populaires se poursuivent tant en Syrie, pour faire tomber la dictature, qu’en Tunisie et en Egypte, pour que la chute des dictatures se prolonge par un changement radical dans la vie quotidienne, pour que la misère et le chômage soient éradiqués. Un grand débat occupe la scène politique tunisienne concernant la date des élections de la chambre constituante, un test pour l’installation d’un véritable débat démocratique en Tunisie.

Les grandes puissances entendent apporter leur soutien financier aux forces qui, au nom de la « stabilité », cherchent en fait à rétablir « l’ordre » pour que les affaires continuent pour le plus grand profit des multinationales.

D’ailleurs, elles n’ont pas annoncé qu’elles renonçaient au remboursement de la dette illégitime contractée par les dictateurs déchus.

Les pays arabes qui cherchent une autre voie que la domination néo-coloniales n’ont aucun intérêt à se laisser enchaîner par les grandes puissances.

Une aide véritable passerait par :

– l’annulation de la dette tunisienne qui ne profite qu’aux banquiers et autres institutions financières.
– la restitution aux peuples des biens des dictateurs et leur entourage placés sous séquestre dans les banques « occidentales ».
– l’accueil et la formation des migrants (1).

Nous nous réjouissons que les soulèvements des populations dans le monde arabe inspirent la jeunesse dans l’Etat espagnol et dans d’autres pays.

Les classes dirigeantes enfoncent le monde dans la crise. Mais, au nord comme au sud, les peuples veulent une « démocratie réelle, maintenant », la fin de l’exploitation et de toute oppression.

Soutenant la révolution en Tunisie et dans le monde arabe, nous souhaitons que ces mouvements d’émancipation se rejoignent et se soutiennent mutuellement.

(1) Le comité de soutien à la révolution tunisienne et arabe conseille aux migrants tunisiens de prendre contact : collectif.tunisie14@yahoo.fr.

Caen, 6 juin 2011

Prochaine réunion du Comité :
mardi 28 juin, 18h30, salle de la maison de quartier du Calvaire Saint-Pierre, Caen (entrée par le côté, arrêt de tram « Calvaire Saint-Pierre »).