300 euros pour tous dans la Fonction publique

30 mai 2011

Pour la deuxième année consécutive, le gouvernement a décidé le blocage des salaires dans la Fonction publique. Au nom de la lutte contre les déficits ! Les agents de l’Etat, des collectivités locales et des hôpitaux publics font les frais d’une politique d’austérité délibérée.

L’explosion de l’endettement public est le résultat du sauvetage des banques en 2008. Des milliards ont été mobilisés du jour au lendemain, alors que le gouvernement prétendaient que les caisses étaient vides. Pour financer le renflouement du capitalisme, les Etats ont emprunté un peu plus, augmentant les sommes à rembourser. Chaque année, des dizaines de milliards sont consacrés au paiement des intérêts de la dette publique, alors que les revenus financiers et les profits des entreprises échappent de plus en plus à l’impôt. Certains Etats sont au bord de la banqueroute, et l’Union européenne n’apporte son « aide » qu’en contrepartie de la mise en œuvre de plans d’austérité draconiens qui frappent la population, tout en épargnant les riches, le capital et les banques. C’est le cas en Grèce, en Irlande et au Portugal.

En France, nous n’en sommes pas encore là. La France et l’Allemagne font supporter aux pays les plus en difficultés – en fait aux populations de ces pays – l’essentiel des « efforts ». Mais déjà l’austérité s’applique en France également et elle s’aggrave sans cesse : c’est la réduction des dépenses de l’Etat pour les services publics, c’est la baisse des effectifs et la baisse des salaires des agents de l’Etat.

Les organisations syndicales chiffrent la baisse du « point d‘indice », qui sert à calculer le salaire des fonctionnaire, à 11 % entre 2000 et 2011. Bien sûr, chaque poussée de l’inflation aggrave la baisse des salaires réels. La réforme des retraites en rajoute, puisque la cotisation des fonctionnaires doit augmenter de trois points ces prochaines années. C’est 3 % en moins sur la feuille de paie. Du coup, dans la Fonction publique, la notion de « carrière » – et la progression de salaire qui l’accompagne – est vidée de son contenu. Chaque avancement – pour celles et ceux qui en bénéficient – permet tout au plus de freiner la baisse des salaires réels. Or, la baisse des effectifs réduit les possibilités d’avancement.

Si les mécanismes dans la Fonction publique sont particuliers, le blocage des salaires est commun à tous les salariés, du public comme du privé. De nombreuses grèves ont éclaté dans le privé, se soldant quelque fois par des avancées non négligeables pour les travailleurs, les augmentations arrachées allant au-delà de ce que les patrons étaient prêts à concéder. Dans cette situation, c’est une lutte « tous ensemble » pour les salaires qu’il faudrait engager, pour partager les richesses, en prenant sur les profits et en annulant la dette publique dont se repaissent les banquiers et les grandes fortunes.

L’appel des organisations syndicales de la Fonction publique à une journée d’action mardi 31 mai est bien tardif, en plus d’être déconnecté des luttes dans le privé.

Frileuses, les organisations syndicales n’appellent d’ailleurs pas franchement à la grève, comme si elles avaient conscience elles-mêmes que les journées d’action saucissonnées ne font pas recette. Elles revendiquent une augmentation « substantielle » des salaires, sans dire combien.

Revendiquer 300 euros pour tous, et pas de salaire inférieur à 1 500 euros net, que l’on travaille dans le privé ou dans le public, permettrait d’unir tous les travailleurs face aux patrons : l’Etat employeur comme les patrons du privé.

C’est à la construction d’un tel mouvement d’ensemble qu’il faut s’attacher.

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Communiqué du NPA. Avec les indignés espagnols : précarité, austérité, Basta !

29 mai 2011

Face à un taux de chômage des jeunes de plus de 40% et à un système politique bouché, la jeunesse de l’État espagnol se soulève depuis le 15 mai. La répression qu’ont subi les occupants de la Puerta del Sol à Madrid n’a fait que renforcer la mobilisation. L’interdiction de maintenir les campements durant les élections municipales n’y a rien changé.

Le mouvement actuel fait suite à la grève générale du 29 septembre contre la réforme des retraites. Il montre que la jeunesse, et toutes les victimes de la crise, refusent les politiques d’austérité menées par le gouvernement « socialiste » de Zapatero, avec l’appui des principales directions syndicales. Il s’inscrit dans la continuité des luttes menées ces derniers mois par la jeunesse en France, en Italie, en Grande-Bretagne, au Portugal et, évidemment, en Tunisie et dans les pays du monde arabe. C’est toute une génération qui sait qu’elle n’a aucun avenir dans la société capitaliste.

Les assemblées générales portent à la fois des revendications démocratiques, nationales en Catalogne et sociales, concernant l’emploi, la renationalisation des services publics… Elles sont auto-organisées démocratiquement de manière à impliquer dans le mouvement tous les jeunes qui le souhaitent, quelles que soient leurs appartenances politiques ou organisationnelles. Elles montrent ce que peut être un autre fonctionnement de la société, dirigée par en bas et non par une minorité de politiciens au service de la classe dominante.

Le NPA apporte tout son soutien à cette lutte exemplaire. Zapatero doit cesser la répression et les menaces à son encontre !

Le NPA appelle tous ceux et celles qui ici aussi refusent de payer les crises du capitalisme à rejoindre les rassemblements organisés dans différentes villes de France (Amiens, Bayonne, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Grenoble, Lille, Lyon, Marseille Montluçon, Montpellier, Paris, Perpignan, Rennes, Toulouse…).

Il sera notamment présent au rassemblement dimanche 29 mai, à 14h, Place de la Bastille, à Paris.

Le 24 mai 2011


Lire les articles sur les mobilisations dans l’Etat espagnol.



Communiqué de presse. Anti-G8 : la Mairie de Caen accompagne la propagande de Sarkozy

26 mai 2011

A la veille de la manifestation locale contre le G8, nous avons pris connaissance du courrier public adressé par Philippe Duron (Maire de Caen) à la population et notamment aux commerçants caennais. Il leur est vivement conseillé « d’anticiper la fermeture de (leur) commerce » par crainte de débordements.

Cette stratégie de la peur n’est pas nouvelle. Depuis des semaines l’État, appuyé par les municipalités des villes concernées par des mobilisations populaires et citoyennes contestant la tenue du G8 en France, n’ont cessé de crier haut et fort dans les médias que la violence était à craindre voire inévitable. Ce fut principalement le cas au Havre, transformée en ville morte par les autorités samedi 21 mai lors de la manifestation internationale.

Pourtant cette manifestation s’est très bien déroulée prouvant une fois de plus le ridicule et les mensonges du pouvoir. Il s’agit là d’une forme totalement démagogique de stigmatisation de la contestation sociale et populaire face à l’illégitime et insupportable réunion des pays les plus riches à Deauville ces jeudi 26 et vendredi 27 mai dans un « sanctuaire » protégé par 12 000 policiers et militaires. Par cette « protection » les chefs d’États sont certains de pouvoir laisser la démocratie à l’écart ! Incapable d’entendre le cri du peuple, l’Etat – ici relayé par Philippe Duron – joue la carte du pourrissement et du chantage.

Nous réaffirmons notre opposition au sommet du G8 ainsi que notre refus de cette politique de la peur et du chantage sécuritaire en appelant chacun à se mobiliser ce jeudi 26 mai à 18h place Saint Pierre à Caen.

« G8 dégage ! Les peuples, pas la finance ! »

 Caen, le 25/05/2011

 Collectif anti-G8 de Caen composé d’associations, de syndicats, de partis politiques et d’individus
g8g20caen@gmail.com


« Sexisme : ils se lâchent, les femmes trinquent »

25 mai 2011

Les commentaires autour de l’affaire DSK ont été accompagnés d’un déferlement de propos misogynes tendant à minimiser la gravité du viol. Plusieurs associations féministes ont protesté et ont lancé un appel intitulé « Sexisme : ils se lâchent, les femmes trinquent« . Des syndicalistes et des responsables politiques, dont Myriam Martin et Christine Poupin, porte paroles du NPA, ont apporté leur soutien.

Parmi les signataires de l’appel initié par « Osez le féminisme », « La Barbe » et « Paroles de Femmes », on trouve : Audrey Pulvar, Florence Foresti, Gisèle Halimi, Clémentine Autain, Françoise Héritier, Virginie Despentes, Christine Ockrent, Florence Montreynaud, Isabelle Alonso, Marie-Françoise Colombani, Agnès Bihl, Annie Ernaux, Geneviève Fraisse, Julien Bayou, Patric Jean, Dominique Méda, Annick Coupé, Caroline Mecary, Giulia Foïs…

Plusieurs associations féministes soutiennent également l’appel comme le Planning Familial, Choisir la Cause des Femmes, la CLEF, Femmes pour le Dire Femmes pour Agir, Mix-Cité, l’inter-LGBT, le Laboratoire de l’Egalité, les Chiennes de Garde, le Collectif Féministe contre le Viol, Femmes Libres la Maison des Femmes de Montreuil, Le Collectif de Pratiques et de Réflexions Féministes « Ruptures », le Réseau Féministe « Ruptures », Bagdam Espace lesbien, SOS Les mamans, Association la Lune, l’ANEF, l’Espace Simone de Beauvoir, La Ligue du Droit International des Femmes, le Centre Évolutif Lilith (Lesbiennes en Marche) Marseille.

Des responsables politiques se sont joints à l’appel : Benoît Hamon, Arnaud Montebourg, David Assouline, Danièle Bousquet du Parti socialiste, Cécile Duflot, Eva Joly de Europe Ecologie Les Verts, Pierre Laurent, Marie-George Buffet du Parti Communiste Français, Jean-Luc Mélenchon, Martine Billard du Parti de Gauche et Myriam Martin et Christine Poupin, porte paroles du NPA.

En effet, le combat pour l’égalité, contre les violences faites aux femmes, passe aussi par la dénonciation sans aucune ambiguïté des propos sexistes et banalisant le viol.

L’affaire DSK montre une fois de plus combien la mobilisation des femmes est nécessaire pour faire avancer la cause de l’émancipation.

Signez l’appel ici.


Sexisme : ils se lâchent, les femmes trinquent

Depuis une semaine, nous sommes abasourdies par le déferlement quotidien de propos misogynes tenus par des personnalités publiques, largement relayés sur nos écrans, postes de radios, lieux de travail comme sur les réseaux sociaux. Nous avons eu droit à un florilège de remarques sexistes, du « il n’y a pas mort d’homme » au « troussage de domestique » en passant par « c’est un tort d’aimer les femmes ? » ou les commentaires établissant un lien entre l’apparence physique des femmes, leur tenue vestimentaire et le comportement des hommes qu’elles croisent.

Nous sommes en colère, révoltées et révoltés, indignées et indignés.

Nous ne savons pas ce qui s’est passé à New York samedi dernier mais nous savons ce qui se passe en France depuis une semaine. Nous assistons à une fulgurante remontée à la surface de réflexes sexistes et réactionnaires, si prompts à surgir chez une partie des élites françaises.

Ces propos illustrent l’impunité qui règne dans notre pays quant à l’expression publique d’un sexisme décomplexé. Autant de tolérance ne serait acceptée dans nul autre cas de discrimination.

Ces propos tendent à minimiser la gravité du viol, tendent à en faire une situation aux frontières floues, plus ou moins acceptable, une sorte de dérapage. Ils envoient un message simple aux victimes présentes et futures : « ne portez pas plainte ». Nous le rappelons : le viol et la tentative de viol sont des crimes.

Ces propos prouvent à quel point la réalité des violences faites aux femmes est méconnue. De la part d’élites qui prétendent diriger notre société, c’est particulièrement inquiétant. 75 000 femmes sont violées chaque année dans notre pays, de toutes catégories sociales, de tous âges. Leur seul point commun est d’être des femmes. Le seul point commun des agresseurs, c’est d’être des hommes.

Enfin, ces propos font apparaître une confusion intolérable entre liberté sexuelle et violence faite aux femmes. Les actes violents, viol, tentative de viol, harcèlement sont la marque d’une volonté de domination des hommes sur le corps des femmes. Faire ce parallèle est dangereux et malhonnête : ils ouvrent la voie aux partisans d’un retour à l’ordre moral qui freine l’émancipation des femmes et des hommes.

Les personnalités publiques qui véhiculent des stéréotypes qu’on croyait d’un autre siècle insultent toutes les femmes ainsi que toutes celles et ceux qui tiennent à la dignité humaine et luttent au quotidien pour faire avancer l’égalité femmes – hommes.


La révolte des indigné-e-s. Notes depuis la Plaza Tahrir de Barcelone, par Josep Maria Antentas et Esther Vivas (22 mai 2011)

22 mai 2011

Il n’y a plus de doutes. Le vent qui a électrisé le monde arabe ces derniers mois, l’esprit des protestations répétées en Grèce, des luttes étudiantes en Grande-Bretagne et en Italie, des mobilisation anti-Sarkozy en France… est arrivé dans l’Etat espagnol.

Il n’y a plus de place pour le «business as usual». Les confortables routines mercantiles de notre « démocratie de marché » et ses rituels électoraux et médiatiques se sont vus soudainement perturbés par l’irruption imprévue dans la rue et dans l’espace public d’une mobilisation citoyenne. Cette révolte des indigné-e-s inquiète les élites politiques, toujours mal à l’aise quand la population prend au sérieux la démocratie… et décide de la pratiquer pour son propre compte.

Il y a deux ans demi, quand la crise historique a éclaté en septembre 2008, les «maîtres du monde» ont connu un bref moment de panique, alarmé par l’ampleur d’une crise qu’ils n’avaient pas prévus, par l’absence d’instruments théoriques pour la comprendre et par la crainte d’une forte réaction sociale. Sont arrivées alors les proclamations creuses sur la «refondation du capitalisme» et les faux mea culpa qui se sont peu à peu évaporés, dès que le système financier a été sauvé, face à l’absence de toute explosion sociale.

La réaction sociale s’est faite attendre. Depuis l’éclatement de la crise, les résistances sociales ont relativement faibles. Il y a eu un énorme gouffre entre le discrédit du modèle économique actuel et sa traduction sous forme d’action collective. Plusieurs facteurs l’explique, en particulier la peur, la résignation face à la situation actuelle, le scepticisme par rapport aux syndicats, l’absence de référents politiques et sociaux et l’influence, parmi les salariés, des valeurs individualistes et consuméristes inculquées en permanence depuis des années par le système.

La révolte actuelle, cependant, ne part pas de zéro. Des années de travail à petite échelle des réseaux et mouvements alternatifs, d’initiatives de résistances à l’impact bien plus limité ont maintenu la flamme de la contestation pendant cette période difficile. La grève générale du 29 septembre avait ouvert une première brèche, mais la démobilisation ultérieure des directions des syndicats CCOO et UGT et la honteuse signature du Pacte social l’ont refermée en stoppant toute mobilisation syndicale. Avec comme conséquence le discrédit et la perte de tout prestige des syndicats majoritaires aux yeux de la jeunesse combative qui organise aujourd’hui les occupations.

Indignés et indignées !

«L’indignation», rendue populaire à travers le pamphlet de Stéphane Hessel, est une des idées-force qui définissent les protestations en cours. C’est la réapparition, sous une autre forme, du «Ya Basta !» («Assez !») lancé par les Zapatistes à l’occasion de leur soulèvement le 1er janvier 1994 dans la première révolte contre le « nouvel ordre mondial » proclamé à l’époque par George Bush père après la Première guerre du Golfe, la disparition de l’URSS et la chute du Mur de Berlin.

«L’indignation est un commencement. On s’indigne, on se soulève et puis on voit» soulignait Daniel Bensaïd. Peu à peu, on est passé du malaise à l’indignation et de l’indignation à la mobilisation. Nous sommes face à une véritable «indignation mobilisée». Du tremblement de terre de la crie commence à surgir le tsunami de la mobilisation sociale.

Pour lutter, il ne faut seulement du malaise et de l’indignation, il faut également croire dans l’utilité de l’action collective, dans le fait qu’il soit possible de vaincre et que tout n’est pas perdu avant même de commencer. Pendant des années, les mouvements sociaux dans l’Etat espagnol n’ont connu que des défaites. L’absence de victoires qui démontre l’utilité de la mobilisation sociale et qui augmentent les expectatives du possible ont pesé lourdement dans la lente réaction initiative face à la crise. C’est précisément ici qu’entre l’immense contribution des révolutions dans le monde arabe aux protestations en cours. Elles nous montrent que l’action collective est utile, que, oui, «on peut le faire». Il n’est donc pas étonnant que des ces révolutions, tout comme les victoires moins médiatisées du peuple islandais contre les banquiers et la caste politique, constituent, depuis le début, des références pour les manifestant-e-s et les activistes du mouvement actuel.

Ensemble avec la conviction que « c’est possible », que l’ont peut changer les choses, la perte de la peur, dans un contexte de crise et de difficultés personnelles, est un autre facteur clé. «Sans Peur», c’est exactement l’un des slogans les plus exprimés ces derniers jours. La peur paralyse encore une grande majorité des travailleurs et des secteurs populaires, ce qui amplifie la passivité ou favorise les réactions xénophobes et peu solidaires. Mais la mobilisation du 15 Mai et les occupations qui se répandent comme une traînée de poudre constituent un puissant antidote contre la peur.

Le Mouvement du 15 Mai et les occupations ont une importante composante générationnelle. Comme à chaque fois qu’éclate un nouveau cycle de luttes, c’est une nouvelle génération militante qui émerge avec force, et la «jeunesse» en tant que telle acquiert visibilité et protagonisme. Mais si cette composante générationnelle est fondamentale, et s’exprime par exemple dans certains mouvements organisés tels que «Juventud Sin Futuro», il faut souligner que la protestation en cours n’est pas un mouvement générationnel. C’est un mouvement de critique du modèle économique actuel et des tentatives de faire payer la crise aux travailleurs dans lequel les jeunes ont un poids important. Le défit est précisément que, comme dans tant d’autres occasions, la protestation de la jeunesse agisse comme un facteur déclenchant et un catalyseur d’un cycle de luttes sociales plus vaste.

L’esprit alterglobaliste est de retour

La dynamisme, la spontanéité et l’impulsion des protestations actuelles sont les plus fortes depuis l’émergence du mouvement alterglobaliste il y a plus d’une décennie. Né au niveau international en novembre 1999 dans les protestations de Seattle pendant le sommet de l’OMC (bien que ses racines remontent au soulèvement zapatiste au Chiapas en 1994), la vague altermondialiste avait rapidement atteint l’Etat espagnol. Le référendum pour l’annulation de la dette en mars 2000 (organisé le jour même des élections législatives et qui fut interdit dans plusieurs villes par la Junte Electorale) et la forte participation au contre-sommet de Prague en septembre 2000 contre la Banque mondiale et le FMI furent ses premières batailles, en particulier en Catalogne. Mais son caractère massif et large fut atteint avec les mobilisations contre le sommet de la Banque mondiale à Barcelone les 22 et 24 juin 2001, dont on fêtera sous peu le dixième anniversaire. Dix ans plus tard, nous assistons donc à la naissance d’un mouvement dont l’énergie, l’enthousiasme et la force collective n’a plus été observé depuis lors. Il ne s’agira donc pas d’un anniversaire nostalgique, bien au contraire. Nous allons le fêter avec la naissance d’un nouveau mouvement d’ampleur.

Les assemblées qui se sont tenues ces derniers jours sur la Place de la Catalogne (et, sans aucun doute, dans toutes les occupations qui ont lieu dans le reste de l’Etat espagnol, à commencer par celle de la Puerta del Sol à Madrid), nous ont offerts des moments inoubliables, de cette sorte d’événements qui n’arrivent que peu de fois et qui marquent un avant et un après dans les trajectoires militantes de ceux qui y participent et dans la dynamique des luttes sociales. Le mouvement du 15 mai et les occupations sont d’authentiques «luttes fondatrices» et des symptômes clairs que nous assistons à un changement de cycle et que le vent de la révolte souffle à nouveau. C’est une véritable «génération Tahrir» qui émerge, comme l’a fait avant elle la «génération Seattle» ou la «génération Genova».

A mesure que l’impulsion du mouvement «alterglobaliste» a parcouru la planète, pourchassant les sommets officiels à Washington, Prague, Québec, Göteborg, Gênes ou Barcelone, des milliers de personnes se sont identifiées à ces protestations et une grande quantité de collectifs de par la monde ont eu la sensation de faire partie d’un même mouvement commun, d’un même «peuple», le «peuple de Seattle» ou de «Gênes , de partager des objectifs communs et se sentir participant à une même lutte.

Le mouvement actuel s’inspire également de références internationales plus récentes et importantes de luttes et de victoires. Il cherche à se situer dans la constellation de mouvements aussi divers que les révolutions en Egypte et en Tunisie, des victoires en Islande, dans le contexte d’un combat général contre le capitalisme global et les élites politiques à sa solde. A l’intérieur de l’Etat espagnol, les manifestations du 15 mai, et aujourd’hui les occupations, exemplaires du point de vue de la simultanéité, de la décentralisation et de la coordination, tracent les contours d’une identité partagée et d’une communauté d’appartenance symbolique.

Le mouvement alterglobaliste a eu en ligne de mire, dans sa phase la plus élevée, les institutions internationales ; OMC, BM, FMI et les multinationales. Ensuite, avec le déclenchement de la «guerre globale contre le terrorisme » lancée par Bush junior, la critique de la guerre et de la domination impérialiste ont acquis une forte centralité. Le mouvement actuel par contre axe sa critique contre la caste politique nationale, dont la complicité et la servilité face aux pouvoirs économiques ont été plus que jamais mises à nu avec la crise. « Nous ne sommes pas une marchandise aux mains des politiciens et des banquiers» proclamait l’un des principaux slogans du 15 Mai. On relie ainsi la critique frontale de la caste politique, de la politique professionnelle, avec la critique, pas toujours bien articulée ou cohérente, du modèle économique actuel et des pouvoirs financiers.

«Capitalism ? Game over»

Vers l’avenir

L’avenir du mouvement initié le 15 Mai est imprévisible. A court terme, le premier défi est de continuer à élargir les occupations en cours, à mettre en marches les villes qui ne sont pas encore touchées et à les maintenir, au moins, jusqu’au dimanche 22 mai. Il n’échappe à personne le fait que les journées du 21, «jour de réflexion» pré-électoral, et du 22, jour des élections, vont être décisifs. Le caractère massif des occupations sera alors fondamental.

Il est également nécessaire de mettre en avant de nouvelles dates de mobilisation, dans la suite directe de celle du 15 Mai, afin de maintenir le rythme. Le défi principal est de préserver la dynamique simultannée d’expansion et de radicalisation de la protestation que nous avons connus ces derniers jours. Et, dans le cas spécifique de la Catalogne, de chercher des synergies entre la radicalité et la soif de changement du système exprimés le 15 Mai et dans les occupation, avec les luttes contre l’austérité, en particulier dans les secteurs de la santé et de l’enseignement. L’occupation de la Plaza Catalunya (rebaptisée « Plaza Tahrir » par les occupant-e-s, NdT) est devenue un point de rencontre, un puissant aimant, attirant de nombreux secteurs animant les luttes les plus dynamiques. Il s’agit d’amplifier son caractère de point de rencontre des résistances et des luttes qui permette de jeter des ponts, de faciliter le dialogue et de propulser avec force les mobilisations à venir. Etablir des alliances entre les protestations en cours, entre les activistes non organisés, le syndicalisme alternatif et de combat, le mouvement des voisins, les collectifs de quartiers, tel est le grand défi des prochains jours.

«La révolution commence ici» chantions nous hier sur la Plaza Catalunya. Au moins, ce qui commence, c’est un nouveau cycle de luttes de masses. Ce qui ne fait pas de doute par contre, c’est que plus de dix ans après l’émergence du mouvement alterglobaliste et deux ans après l’éclatement de la crise, la révolte sociale est de nouveau à l’ordre du jour.

Josep Maria Antentas est professeur de sociologie à l’Universitat Autónoma de Barcelona (UAB). Esther Vivas participe au Centre d’études sur les mouvements sociaux (CEMS) de l’Universitat Pompeu Fabra (UPF). Tous deux sont membres de la Gauche Anticapitaliste (Izquierda Anticapitalista – Revolta Global, en Catalogne) et auteurs de « Resistencias Globales. De Seattle a la Crisis de Wall Street » (Editorial Popular, 2009) et participent à l’occupation de la Plaza Catalunya de Barcelone.

Plus d’info : http://esthervivas.wordpress.com/francais


Etat espagnol : Manifestations de masse et occupations spontanées

22 mai 2011

Ce 15 mai, plusieurs dizaines de milliers de personnes (130.000 selon les estimations) ont manifesté dans les rues de plus de 50 villes de l’Etat espagnol pour protester contre la crise, la dictature des marchés, la précarité (chômage, logement…), la corruption politique, l’austérité et pour exiger une « réelle démocratie ». Les jours suivants, comme dans les révolutions dans le monde arabe, des centaines, puis plusieurs milliers d’autres ont continué à se rassembler et à occuper en permanence (malgré leur interdiction par les autorités) les principales places de plusieurs dizaines de villes, comme la Puerta Del Sol à Madrid, déterminés à y rester jusqu’aux élections municipales de ce 22 mai. Ces mobilisations sont nées de manière spontanée à partir des réseaux sociaux et elles sont essentiellement portées par la jeunesse précarisée. Nous reproduisons ci-dessous le communiqué de nos camarades de la Gauche anticapitaliste dans l’Etat espagnol sur ce mouvement inédit, un article d’analyse, une interview d’un animateur de « Juventus sin futuro », membre de la plate-forme « Democracia real, Ya ! » et les « Propositions de l’Assemblée réunie Puerta del Sol » vendredi 20 mai. 

Pour télécharger cet article au format pdf : cliquer ici


Communiqué de Gauche anticapitaliste dans l’Etat espagnol

15 Mai : Une porte ouverte vers l’espoir

Le succès de la mobilisation à l’échelle de l’Etat espagnol pour la “Democracia real ya” (« Une réelle démocratie, maintenant ! ») a été énorme. Dans 60 villes il y a eu des manifestations, dont beaucoup avec une importante participation. En outre, il y a eu également des actions solidaires dans plusieurs villes d’Europe comme à Lisbonne, Porto, Coimbra, Faro et Braga au Portugal, Dublin, Amsterdam, Paris et Londres.

Parmi les dizaines de milliers de manifestants se trouvaient de très nombreux jeunes, mais aussi des personnes de tous les âges, des travailleurs, des précaires, des chômeurs, qui sont sortis dans les rues pour exprimer leur ras-le-bol, guidés par la consigne: « Une réelle démocratie, maintenant. Nous ne sommes pas une marchandise aux mains des politiciens et des banquiers ».

Une fois de plus, comme cela s’est passé dans le cas des révolutions dans les pays arabes, les réseaux sociaux ont servit de média privilégié pour la mobilisation, mais il faut cependant ajouter qu’elle n’a rien eu de « virtuelle » puisque se sont organisées des assemblées préparatoires et des groupes de travail dans différentes villes.

Dans la période précédent l’initiative la journée d’action, l’initiative « Prends la rue le 15 mai ! » a pu compter avec le soutien de plus de 42.000 personnes sur sa page Facebook et d’une grande quantité – plusieurs centaines – de collectifs et d’organisations sociales, parmi lesquelles se trouve le collectif de précaires « Juventud sin futuro » (« Jeunesse sans futur »), qui a déjà réalisé une manifestation à Madrid et dans d’autres villes de l’Etat espagnol au début du mois d’avril. Le célèbre écrivain et économiste José Luis Sampedro – préfacier de l’édition espagnole du livre « Indignez-vous » de Stephane Hessel – a également publiquement manifesté son adhésion à l’initiative au travers d’une lettre ouverte.

La mobilisation a été présentée comme « a-partidiste et a-syndicale », bien qu’il était clairement annoncé que cela ne signifie pas « apolotique » et, au vu des pancartes, des calicots et des slogans criés dans les manifestations, cela était on ne peut plus clair. Les doutes qui pouvaient exister chez certains sur la manipulation du 15 mai par des secteurs proches de la droite ou, y compris, de l’extrême droite, ont été démentis par les faits : toute personne ayant un minimum d’objectivité et qui a participé aux actions a pu le constater.

La tonalité des protestations était à l’indignation, ce qui n’excluait pas un caractère dynamique et festif. Elles se sont centrées contre la corruption politique, la marchandisation provoquée par un système financier prédateur et la soumission des grands partis du système aux pouvoirs des banquiers et des patrons.

Cette mobilisation représente une réponse, encore limitée mais massive, à la crise, aux politiques appliquées pour y faire face de la part du PSOE et du PP et à l’attitude désastreuse des directions des grands syndicats. Face au rôle néfaste joué par les grands partis et syndicats, et l’incapacité actuelle des autres forces politiques et syndicales d’apparaître comme des alternatives crédibles, il s’est produit un processus spontané d’auto-organisation des jeunes travailleurs afin de montrer leur rejet face à l’état actuel des choses. Telle est l’origine du 15 mai.

Les grands médias ont fait tout leur possible pour occulter d’abord l’appel à la mobilisation et ensuite manipuler son résultat et le contenu réel de la protestation. Ceux proches du PSOE, minimisent son ampleur et insistent sur les 50 arrestations qui ont eu lieu à Madrid afin de la criminaliser. Ceux proches du PP en arrivent à affirmer qu’il s’agit d’un mouvement exclusivement dirigé contre le gouvernement du PSOE, alors que le slogan le plus crié était « PSOE-PP, c’est la même merde !». La réalité, c’est que, d’emblée, le mouvement du 15 mai ne peut être récupéré par aucun des partis du système.

Les organisateurs des manifestations ont exprimé leur volonté de donner une suite à la mobilisation et cela semble bien correspondre à l’intention de la majorité de ceux qui y ont participé. Ce mouvement de masse spontané a donc devant lui des défis importants qu’il ne sera pas facile de résoudre. En premier lieu, afin de se prolonger dans l’avenir, il devra affiner sa plateforme et ses propositions alternatives face à la crise, afin de mieux les concrétiser pour que son action soit effective. Les illusions de certains participants, et y compris du Manifeste d’appel lui-même dans certains de ses énoncés (sur le fait que ce mouvement ne serait « ni de gauche, ni de droite » par exemple) sont ce qu’elles sont ; de simples illusions. Car s’opposer à la corruption politique, aux diktats du système financier et à la crise, ou construire une réelle démocratie nécessite de mettre en œuvre des mesures qui sont clairement de gauche et que les propositions de cette initiative reprennent déjà en partie.

C’est également le cas pour l’organisation du mouvement lui-même – s’il veut se poursuivre – afin de surmonter des limitations importantes, en articulant et organisant les participant-e-s bien au-delà des réseaux sociaux – qui continuent à être des instruments très utiles – , en les réunissant physiquement dans les villes, les villages, les quartiers, les entreprises. C’est une condition indispensable afin de rendre efficace un travail à moyen et à long terme.

Dans la situation actuelle, les militant-e-s anticapitalistes doivent favoriser et contribuer, de manière solidaire et loyale, à la clarification politique et à l’articulation organisationnelle de ce mouvement spontané, à partir du respect principiel de ses propres initiatives et de son indépendance dans lesquels résident, justement, sa force.

Malgré les problèmes existants, qu’il ne faut pas occulter et qu’il convient d’avoir en tête, nous sommes face à une initiative ayant le potentiel d’offrir une perspective d’avenir, c’est une première riposte de masse des jeunes travailleurs face à la crise, après la grève générale du 29 septembre et le Pacte social démobilisateur signé par les directions syndicales majoritaires. C’est une porte vers l’espoir qui s’est ouverte.

Communiqué d’Izquierda Anticapitalista. Traduction française pour le site www.lcr-lagauche.be


15 Mai : Nous n’avons plus peur d’eux

par Joseba Fernández, Miguel Urbán, Raúl Camargo

Le 15 Mai, une brèche s’est ouverte. Il n’y a plus de discussion à ce sujet. Une mobilisation qui ouvre de nouvelles voies et qui représente, sans conteste, un point d’inflexion dans la riposte sociale à la crise dans l’Etat espagnol. Quiconque, dans le camp de la gauche, au-delà des incertitudes du moment, doute ou se refuse à célébrer avec joie cet événement a un sérieux problème. Il se met d’ores est déjà hors jeu.

Dans ce texte nous avançons une série d’explications pour comprendre le succès de la mobilisation (et sa poursuite), l’importance du thème de la précarité et de la jeunesse, ainsi que la signification que cet événément-mouvement peut avoir comme facteur de déstabilisation dans la mobilisation contre la crise.

Les antécédents, le bouillon de culture, l’abandon de poste de certains et l’impuissance des « alternatifs »

S’étendre, à nouveau, sur les facteurs qui expliquent la profonde détérioration de la situation sociale, économique et environnementale et sur l’ensemble de la vie politique espagnole n’a pas beaucoup de sens ici. Il est archi connu comment a éclaté la crise économique capitaliste sur le modèle de développement espagnol et comment cela a affecté des millions de personnes. On connaît également le modèle de sortie de crise que les élites ont mises en place. Une dynamique de « lutte de classes par en haut » qui, sous les diktats de l’UE et du FMI, laisse un cortège sans fin de victimes et représente une victoire écrasante pour les banquiers, les grands capitalistes et les spéculateurs de tous poils.

D’une certaine manière, le bilan depuis le crack de l’économie espagnole est terrifiant. La financiarisation des classes moyennes, « l’enrichissez vous » et le rêve d’une société de petits propriétaires et de l’ascenseur social ont fonctionné à la perfection comme un mécanisme illusoire pour justifier le modèle économique de développement du pays. Mais l’éclatement des bulles financières et immobilières, dont le poids était énorme dans l’économie espagnole, ont fait voler en éclat cette fiction selon lequel le capitalisme profitait à tous.

D’une société rendue partiellement euphorique par la croissance économique on est passé à une société majoritairement frappée de plein fouet par la crise et sans filet social auquel s’accrocher. Et, sans pour autant entrer dans une psychologisation creuse, on est passé d’une citoyenneté reposant sur différents réseaux de confiance à une société qui n’a plus confiance envers les institutions sociales et politiques sur lesquelles repose le régime espagnol.

Mais cette transition s’est faite attendre. Dans sa composition majoritaire, la classe ouvrière a d’abord été mise K.O à travers une série de phases et de moments déterminés. Personne ne passe de l’euphorie à la peur et de cette dernière à l’indignation et à la mobilisation en une séquence courte et mécanique. Mais, bien entendu, le « bouillon de culture » qui allait produire « l’explosion » du 15 Mai s’est tissé peu à peu, de manière souterraine. Au cours de ces derniers mois, ce fut aux marges des canaux et des structures dont on attendait d’elles qu’elles puissent jouer un rôle de premier plan dans la riposte face à l’urgence sociale.

Une première brèche s’est ouverte le 29 septembre 2010. Ce jour là (et dans les semaines préparatoires), la possibilité réelle d’amplifier les résistances et les ripostes populaires (et pas seulement dans le cadre des relations de travail, mais bien au-delà) a été réaffirmée par le succès de la grève générale. Pour la gauche sociale et politique anticapitaliste, les conditions de continuité de la grève étaient claires ; construction de plateformes citoyennes, de nouvelles initiatives de grèves, apprentissage collectif dans la lutte, etc.

La fin du conflit syndical, du fait de la compromission des syndicats majoritaires avec le « dialogue » et le « Pacte social » signé par leurs directions avec le gouvernement, ont fait qu’il a été impossible d’exploiter l’opportunité ouverte par cette première brèche. Il a été impossible, à partir de ces structures syndicales, de suivre un autre modèle d’accumulation de forces et de luttes en réponse à la crise. Le mal qu’a causé ce Pacte (sur le recul de l’âge de la retraite à 67 ans, NdT) sur les pensions et sur le moral d’un grand nombre de militants, ainsi que la perte de crédibilité (bien méritée) dont ont souffert les centrales syndicales bureaucratiques permettent de comprendre que les syndicats n’ont plus été perçus comme des instruments capables d’interpréter et de traduire en action le malaise social généralisé.

Le bilan de ce qu’on peut appeler, de manière large et diffuse, la gauche alternative et anticapitaliste, n’est pas plus brillant. Bien entendu, elle n’a nullement été coupable de jouer un rôle de complice dans la farce de la « paix sociale ». Mais elle n’a pas été capable d’exprimer dans la rue l’alternative qu’elle peut porter. Bien que les résistances aient été notables, les incapacités organisationnelles, les œillères idéologiques, la déconnection réelle vis-à-vis de ce qui ne constitue pas les noyaux d’activistes habituels ou, simplement, l’absence de mise en œuvre de modes d’actions attractifs pour un autre public, tout cela a conduit au fait que ces mobilisations – bien que nécessaires et relativement réussies – n’ont pas été capables, à aucun moment, d’initier un nouveau cycle de luttes de masses.

Ainsi, le syndicalisme alternatif, les mouvements sociaux les plus radicaux et cohérents ou la gauche politique radicale n’ont pas (nous n’avons pas) réussis à briser et dépasser le cercle dans lequel ils se déploient habituellement. Bien qu’il soit vrai que, au cours de ces derniers mois, leur rôle d’étincelle dans la dynamique des lutte s’est amplifié, on a toujours atteint un plafond infranchissable. Mais il faut reconnaître également que toutes ces initiatives, aussi petites soient elles, qui se sont concrétisées depuis des mois et des années ont peu à peu contribué à construire une partie du discours aujourd’hui assumé par les masses qui se sont mobilisées le 15 mai.

L’effet d’imitation et les résistances dans le monde des dépossédés

L’absence de référents pratiques, symboliques et organisationnels ont empêché la possibilité de ripostes sociales d’ampleur au cours de ces derniers mois. Soudain, frappant à notre porte, sont apparues les révoltes, les rebellions et les révolutions d’autres peuples, de nouvelles expériences et de nouvelles formes d’auto-organisation. Ce fut la jeunesse portugaise, dans sa lutte contre le FMI ; les étudiants italiens contre Berlusconi, la précarité et l’austérité dans l’enseignement ; le syndicalisme et la jeunesse grecque contre la dette et le chantage de l’UE ; les universités occupées et mobilisées au Royaume Uni ; la France rebelle et qui refuse de perdre ses droits sociaux. Et ce fut, comme un miracle inespéré, le soulèvement de la dignité et contre la tyrannie dans les pays arabes. La jeunesse tunisienne et égyptienne et de tant d’autres pays, les organisations sociales et politiques qui là bas ont héroïquement résisté depuis des années aux dictatures politiques et économiques, nous ont montré qu’il est possible de prendre le ciel d’assaut, et y compris dans les pires conditions. Et, d’une certaine manière, ils nous ont fait perdre la peur.

On ne peut pas minimiser, au vu de ce qui se passe aujourd’hui dans l’Etat espagnol, l’effet de contagion que ces révoltes-révolutions ont dans le monde. Et la manière dont elles contribuent à changer les choses et de prétendues réalités immuables dans la gestion du capitalisme et de l’impérialisme à l’échelle globale.

Mais il est difficile de percevoir de quelle manière précise elles ont eu un impact spécifique sur le réveil de la révolte dans l’Etat espagnol. Nous ne mentionnerons que deux éléments : au niveau du discours et des formes d’organisation (utilisation des réseaux sociaux et force symbolique et réelle de l’espace public), elles semblent avoir été authentiquement inspiratrices.

La jeunesse : un signifiant vide mais plein de contenu

Íñigo Errejón disait dans un récent article que dans la mobilisation du 7 avril de « Jeunesse sans futur », le concept même de jeunesse avait été utilisé, de manière réussie, comme un « signifiant vide » qui condense une bonne partie de la réalité sociale et de l’imaginaire collectif capables de légitimer une mobilisation de ce type. Une analyse juste qui, comme nous le voyons maintenant, continue à fonctionner et continuera à le faire.

A nouveau, comme cela s’était déjà passé dans le cycle ouvert par Mai ’68, bien que dans des conditions complètement différentes (1), la jeunesse, à partir de différents foyers de résistance, agit comme une authentique « avant-garde tactique » dans le cadre d’un mouvement d’ensemble. Nous n’aborderons pas ici des aspects aussi épineux que le concept de « génération », ni les conditions objectives et subjectives capables de donner lieu à une mobilisation massive de la jeunesse aujourd’hui. Nous nous limiterons à affirmer sa pertinence comme élément déclencheur d’antagonismes sociaux plus vastes. Et elle le fait dans des contextes démographiquement (par exemple quand on compare les pays arabes aux pays européens) et politiquement (le niveau politique du mouvement) très inégaux.

Le discours et la pratique axés autour de la précarité constitue toujours un élément actif à l’heure d’agglutiner les volontés. L’accumulation d’expériences et de discours contre-hégémoniques dans les universités ces dernières années n’est pas à négliger. La mise en marche d’une initiative avec autant de potentiel que celle de « Jeunesse sans futur » est seulement un signe de comment les secteurs activistes du mouvement étudiant ont su se reconnaître, articuler un discours rassembleur et affiner des pratiques de mobilisation ayant un fort impact social.

Dans ce sens, on ne peut pas comprendre le 15 mai sans le 7 avril. On ne pourra pas comprendre un tel mouvement de rue sans l’intervention spéciale et le rôle protagoniste joué par les revendications, les discours et les pratiques de collectifs comme « Jeunesse sans futur ». Les chiffres alarmants du chômage et de la précarité dans la jeunesse constituaient déjà un symptôme de préoccupation pour des sociologues liés au PSOE comme Jose Félix Tezanos ou, plus récemment, pour le FMI lui-même qui a osé parler d’un « risque » de « génération perdue » en Espagne.

Les victoires du 15 mai et ses périls : contre la dictature des marchés, le mouvement est en marche

Quelque chose a changé à partir du 15 mai. A Madrid, on respire de manière différente, dans une ambiance de manifestation. On retrouve le sens même du mot : manifester, ce qui suppose (ou devrait supposer) ; prendre les rues, se connecter avec d’autres gens et amplifier cet espace commun le plus possible. Ne plus avoir peur. Tel est le message porté depuis plusieurs semaines par les affiches de « Jeunesse sans futur » (2). Et c’est cela qui a été crié collectivement dans les rues de Madrid (et certainement dans les autres villes) : « Sin miedo » (« Sans peur ! »). Une peur que nous ne pouvons perdre qu’ensemble, collectivement. La grande réussite des politiques néolibérales a été de nous enfoncer dans des problématiques individualisées (la peur au travail, la peur de l’avenir, des banques, de la perte des liens, de l’exclusion sociale). Ce n’est qu’à partir de solutions collectives, loin de toutes les fausses solutions individuelles, que cette peur peut céder la place à d’autres états d’esprit. Et une partie de cette peur nous a déjà quitté. Telle a été la grande leçon que nous avons pu collectivement vivre ce 15 mai. Et c’est certainement ainsi qu’une grande partie des gens, peu habitués aux rituels des manifestations et expressions de la gauche, l’a senti également. Et cela est un véritable cadeau pour la gauche radicale : la possibilité de politisation de nouveaux secteurs.

Les clés du succès de la manifestation, tout comme sa continuation, commencent à êtres amplement reconnues. Au-delà de certains discours ambigus et contradictoires dans les appels à la mobilisation qui ont circulés les jours précédent, on percevait qu’il existait une possibilité d’amplifier le spectre social, de toucher et de mobiliser des secteurs habituellement démobilisés jusqu’à présent.

La tension entre l’organisation et le spontanéisme s’illustre à nouveau, de manière irrésolue et fausse. Il ne peut pas y avoir de marges pour un renforcement de la mobilisation et l’accumulation d’expériences organisées sans marges pour le spontanéisme, mais en même temps, il n’y a pas de marge pour ce dernier sans un travail organisé préalable, ouvert à l’inespéré.

A Madrid, le travail et la vision du collectif « Jeunesse sans futur » ont permis que cette plateforme se transformer en pôle de référence incontournable aujourd’hui. Par son dynamisme, sa combativité et sa capacité à tisser des alliances. Une apparition publique et médiatique, tolérée jusqu’à présent, mais dont on peut craindre que cela changera à court terme.

Mais le 15 mai n’a pas été une mobilisation de la jeunesse, ni le signal d’un faux conflit générationnel. Il a été la mise en lumière de ce que peut être un nouveau mouvement citoyen diversifié, avec d’évidentes contradictions mais avec encore plus de potentialités. Un mouvement, encore difficile à caractériser, qui était nécessaire et qui rompt avec l’inertie, le défaitisme et le pessimisme qui prévalaient dans la gauche dans un sens large.
S’il est si impressionnant, c’est par le nombre de personnes qu’il a pu rassembler, constituant la plus grande mobilisation contre la crise depuis la grève générale du 29 septembre, et par le fait que la plus grande partie de ses discours sont ceux que répète inlassablement la gauche depuis bien longtemps avant l’éclatement de la crise : contre la dictature des marchés et des banques, contre l’austérité sociale, contre ce modèle de « démocratie ». Et cela constitue déjà une victoire : socialiser dans les rues les drapeaux du mouvement alterglobaliste, des étudiants, des professeurs et du personnel de la santé en lutte depuis plusieurs années, des syndicalistes honnêtes et combatifs.

On peut dire que ce n’est pas un discours achevé, complet. C’est évident. Il y manque beaucoup de choses : les analyses sur la destruction de l’environnement, sur la crise énergétique, sur les limites de la planète. Mais aussi sur le patriarcat, sur les charges de ménage qui reposent de plus en plus sur les femmes avec la crise. Ou un discours sur l’immigration, les lois sur les étrangers et les sans papiers. C’est ce qui manque encore, avec beaucoup d’autres choses.

Mais il s’agit d’un discours et d’une pratique qui doivent être accompagnés, qu’il est possible de construire en chemin et auxquels les secteurs qui ont œuvré aux résistances depuis les universités, les entreprises, dans le mouvement écologiste et féministe doivent (et doivent pouvoir) remplir de contenu.

Le 15 Mai et les plateformes qui en surgissent constituent une possibilité pour que ces gauches et ces mouvements sociaux amplifient le public de leurs discours et de leurs pratiques. Parce que ces initiatives, heureusement d’ailleurs, ne surgissent pas d’accords entre les appareils bureaucratiques. C’est, pour paraphraser Brecht dans sa polémique avec les « identitaires » ; une expérience qui a des « jambes » et non des « racines ». Voilà les convergences qui ont un avenir ; entre ceux qui ont des « jambes » (pour manifester) et non des « pieds » (comme celles des tables autour desquelles on négocie la paix sociale).

Face à cet événement, la réaction des institutions et de la gauche institutionnelle illustre le succès du mouvement lui-même (3). La stigmatisation des protestations, les étiquettes qu’on lui colle, le mépris et la répression sont les preuves palpables de l’inquiétude qu’elles provoquent. Certaines voix d’intellectuels « progressistes » nous ont demandé de nous indigner et de protester. Mais quand nous le faisons, nous sommes des « violents antisystèmes qui n’ont aucune alternative ». C’est toujours la même histoire avec ces personnes confortablement installées dans le « politiquement correct ».

La perspective ouverte par le 15 mai est encore incertaine. Cela ne fait pas de doute. Bien plus de ce qui viendra après le 22 mai (date des élections municipales, NdT). De cela on sait déjà que nous aurons encore plus d’austérité et moins de démocratie.

Nous avons toujours dit que la lutte des classes est une bataille de longue haleine. Qu’il n’y a pas de raccourcis ni de recettes magiques. Et que nous ne savons pas avec certitude comment changer le monde. Le 15 mai et ce qui se passe aujourd’hui n’est pas non plus une leçon définitive. Mais il s’agit par contre clairement d’une petite rupture dans la normalité de cette « démocratie » qui s’impose à coups de matraque et de décrets anti-sociaux sous les diktats de ce qu’ils appellent « les marchés ».

S’engouffrer dans cette brèche ouverte, construire des espaces de résistance sur le terrain qui n’abandonnent pas les grands problèmes, consolider des espaces pour la pratique de cette résistance et de la démocratie d’en bas, telles sont les tâches que nous laissent déjà le cri lancé le 15 mai.

Dans la mobilisation contre la crise, et dans la lutte contre ce monde de pillage dans ce petit recoin de la planète , s’est ouverte une petite porte. Daniel Bensaïd disait que les révolutions « ou bien arrivent en retard, ou bien arrivent trop tôt, mais jamais quand on les attend ». Il disait également que la révolution est une sorte de miracle, mais que même un miracle, cela se prépare ». Ce qui a surgit le 15 mai (et bien avant, le 7 avril) n’est pas une révolution, naturellement. Mais c’est une opportunité réelle de construire un vaste mouvement contre la crise qui, avec intelligence et une bonne dose de vertu et de chance, peut commencer à faire que les choses changent. Et, comme nous l’avons vu et souffert ces dernières années, ces opportunités ne sont pas nombreuses. Ne la laissons pas passer.

Joseba Fernández, Miguel Urbán, Raúl Camargo sont militants d’Izquierda Anticapitalista

Traduction française par Ataulfo Riera pour le site http://www.lcr-lagauche.be

Notes :

(1) Dans cet article, parmi d’autres faiblesses, nous réfléchissons et écrivons à un moment où les événements se succèdent à grande vitesse. Les changements de la situation pourraient altérer le contenu et le sens de ce qui y est exprimé.

(2) Comme l’exprimait Daniel Bensaïd, c’était une « génération » de jeunes installés dans le « getting better » tandis que celle d’aujourd’hui est empêtrée dans le « getting worse ».

(3) “Sans maison, sans salaire, sans pension, sans peur”

(4) Il suffit de lire les déclarations épouvantées de dirigeants politiques de la taille de José Blanco (vice-secrétaire du PSOE et ministre de l’Equipement) ou d’Ángel Pérez (d’Izquierda Unida) à ce sujet.

http://www.anticapitalistas.org/node/6866


Etat espagnol : Sans travail, sans maison… mais sans peur !

Interview avec Víctor Valdés, porte-parole du collectif «Juventud sin futuro», membre de la plateforme «Democracia real, ya»

La manifestation du 15 mai de dizaines de milliers de personnes dans le centre de Madrid, organisée par «Democracia Real Ya» («une réelle démocratie, maintenant») et le collectif de jeunes précaires en lutte «Juventud Sin Futuro» (Jeunesse sans futur), qui se positionnent contre les responsables de la crise, a représenté un bond considérable dans la conscience de nombreux citoyens jusqu’alors submergés dans leurs problèmes de manière individuelle. Entretien avec Víctor Valdés, 20 ans, porte-parole du collectif «Juventud sin futuro», étudiant en philosophie à l’Université Complutense de Madrid.

Qu’es-ce que « Juventud Sin Futuro »?

« Juventud Sin Futuro » a été créé comme un espace de coordination entre les associations critiques et de base des universités publiques de Madrid. Dans le passé, nous avons travaillé au coude à coude dans différents mouvements et luttes, comme le mouvement d’opposition au Plan Bologne ou dans la participation active à la grève générale du 29 septembre 2010. Nous avons décidé de faire un pas en avant, de nous organiser à une autre échelle et lancé «Juventud Sin Futuro» comme plateforme capable de rassembler et d’exprimer la rage qui vit dans la jeunesse précaire et estudiantine. Nous voulons clairement faire savoir que nous refusons de payer leur crise.

Comment en est-on arrivé à l’organisation du dimanche 15 mai par «Democracia Real ¡ya!» et «Juventud Sin Futuro», avec des slogans tels que «Sans Travail, Sans Maison, Sans Peur» et pourquoi une telle initiative?

L’événement du 15 mai suppose un point de départ et une suite. Le 7 avril dernier, nous étions déjà sortis dans la rue, avec le soutien de plusieurs collectifs sociaux et politiques, afin d’exprimer notre rejet face à toutes les attaques orchestrées par les élites économiques, comme par exemple la réforme des pensions (reculant l’âge de la retraite à 67 ans, NdT), qui frappent durement ceux d’en bas. Le succès du 7 avril a été inespéré.

Nous avons décidé ensuite de soutenir activement la mobilisation citoyenne du 15 mai, lancée par la plateforme «Democracia Real Ya!». Le travail réalisé jusqu’au 15 mai a été très intense et, comme on l’a vu, il a donné ses fruits. Nous avions décidé de garder les slogans utilisés pour la précédente manifestation, car nous pensons qu’elles correspondent parfaitement aux nécessités et exigences des jeunes dans tout l’Etat espagnol. A notre agréable surprise, ce furent surtout les mots «Sans Peur» qui ont été très repris et qui sont devenus emblématiques de ce mouvement.

Il y a eu des milliers de personnes et parmi elles nombreuses sont celles qui n’ont jamais participé aux manifestations contre la crise. On notait sur les pancartes et les calicots certains messages qui le confirment.

Quel bilan tirez vous de cette participation? Peut-on dire qu’on a brisé, ou commencé à se fissurer, l’absence de confiance vis-à-vis de l’action collective qui prédominait chez pas mal de gens?

Il est évident qu’il y a un secteur social qui a perdu la confiance vis-à-vis des structures traditionnelles de mobilisations. L’exemple le plus clair est celui des syndicats majoritaires et de leur politique de collaboration et de compromission. Autrement dit, quand une organisation syndicale cesse de remplir sa fonction, dans ce cas la défense des intérêts de la classe ouvrière, elle perd son efficacité.

C’est pour cela que ce secteur social s’est levé de sa chaise pour sortir dans la rue et que cette manifestation s’est centrée autour du mot «citoyenneté», car cela est clair pour tout le monde et concerne tout le monde.C’est un mouvement de et par des gens indignés qui ont su canaliser le mécontentement populaire.

D’autre part, avec cette action collective à laquelle un vaste secteur social a participé, il ne fait pas de doute qu’il y a une prise de conscience sur le fait que nous sommes bien plus forts que nous ne le pensions. Je me rappelle qu’un des slogans les plus criés était «le peuple, uni, jamais ne sera vaincu».

Par rapport à la participation numérique, tout ce que je peux dire personnellement (nous n’avons pas encore fait une évaluation sur ce point dans JSF) c’est que cela représentait au moins la moitié des participants aux manifestations pendant la grève générale.

Quelle a été l’attitude des autorités? Pourquoi, selon toi, lorsque les gens protestent dans la rue, les juges, les policiers et le ministère de l’intérieur s’attaquent aux jeunes alors qu’ils ne font rien contre les banquiers responsables de la ruine sociale?

Ceux qui composent «l’Etat de droit» et qui devraient rendre la justice sont parfois soumis à des groupes de pression capitalistes. A mon humble avis, ils devraient plutôt juger et condamner ceux qui provoquent les injustices sociales vus qu’ils sont, qu’ils le veuillent ou non, ceux qui sont chargés d’administrer la justice. La voix des sans voix doit être représentée à tout moment et respectée. Si ce n’est pas le cas, alors c’est que quelque chose ne tourne pas rond. C’est d’autant plus le cas quand la majorité sociale n’a aucun écho dans les grands médias qui façonnent l’opinion.

Concrètement, par rapport aux jeunes, on a créé un climat de discrédit par rapport à notre situation. Il y a le fameux «ninisme» selon lequel les jeunes dans ce pays ne veulent ni étudier, ni travailler. Il s’agit certainement du plus vil des mensonges depuis des années au vu du fait que nous avons un des taux d’abandon scolaire le plus haut d’Europe et que le chômage des jeunes atteint 45%. Ce n’est pas que nous ne voulons pas, la réalité c’est que nous ne pouvons pas étudier et qu’ils ne nous laissent pas travailler.

24 manifestants ont été arrêtés le 15 mai et il y a eu des charges policières qui ont rappelé l’époque de la dictature…

A «Juventud Sin Futuro» nous condamnons de manière énergique la brutale et démesurée répression policière qui a frappé la fin de la marche et nous nous solidarisons avec les personnes blessées et arrêtées.

A la tête de la manifestation se trouvait des jeunes avec des pancartes en forme de couvertures de livres et avec des titres d’ouvrages qui défendent une conscience sociale critique. Les livres critiques offrent-ils une perspective, ensemble avec la mobilisation?

Il faut remarquer que ces pancartes, les «Book Block», sont un clein d’œil aux différentes luttes étudiantes et de la jeunesse précaire qui ont eu lieu dans plusieurs pays d’Europe où ils sont également utilisés dans les luttes.

Les jeunes lisent aussi. Il existe un lien entre la conscience que nous apporte quelque chose d’aussi fondamental qu’un livre et la défense de la culture et du savoir face aux plans de marchandisation de l’université et de l’enseignement en général. C’est pour cela que «Juventud sin Futuro» a décidé de mettre en première ligne un «Book block».

Quelle est l’avenir de la jeunesse et de l’ensemble des travailleurs après la mobilisation du 15 mai?

L’avenir de la jeunesse et des classes populaires passe par la résistance, par la lutte et par l’affrontement clair et direct avec les élites économiques capitalistes et la classe politique dominante.

Il passe par l’exigence de faire marche arrière dans la réforme des pensions, pour une redistribution des richesses, pour donner un coup d’arrêt à la marchandisation de l’enseignement, pour exiger un loyer social et universel pour que nous ayons le droit à un logement digne, pour l’abrogation de la réforme du droit du travail qui permet qu’on se fasse licencier injustement quand nous ne sommes plus rentables pour les entreprises. «Parce que vous nous avez enlevé trop de choses, maintenant nous voulons tout!»

L’organisation, l’implication et la réappropriation des espaces publics sont autant d’éléments essentiels pour que le mouvement social se cimente correctement et avance uni et sans fissures.

http://www.juventudsinfuturo.net

http://www.juventudsinfuturo.net/2011/05/tabla-de-reivindicaciones-jsf.html

Entretien réalisé par Ramón Pedregal pour rebelion.org. Traduction française
pour le sitewww.lcr-lagauche.be


Manifeste de «Democracia real ya»

Nous sommes des personnes normales et ordinaires. Nous sommes comme toi : des gens qui se lèvent tous les matins pour étudier, pour travailler ou pour chercher du travail, des personnes qui ont une famille et des amis. Nous travaillons dur tous les jours pour vivre et donner un futur meilleur à ceux qui nous entourent. Certains d’entre nous se considèrent progressistes, d’autres plus conservateurs. Croyants ou non, avec des idéologies bien définies, ou apolitiques. Cependant nous sommes tous préoccupés et indignés par le contexte politique, économique et social qui nous entoure, par la corruption des politiciens, des chefs d’entreprises, des banquiers… par le manque de défense du citoyen. Cette situation nuisible au quotidien, peut être changée si nous nous unissons. Il est temps de se mettre en marche, de construire ensemble une société meilleure. Pour cela nous soutenons fermement ce qui suit :

– Les priorités de toute société avancée doivent être l’égalité, le progrès, la solidarité, le libre accès à la culture, le développement écologique durable, l’épanouissement, le bien-être du citoyen.

– Il existe des droits fondamentaux qui devraient être couverts dans ces sociétés tels que le droit au logement, au travail, à la culture, à la santé, à l’éducation, à la participation à la vie politique, au libre développement personnel ainsi que le droit à la consommation des biens nécessaires pour mener une vie saine et heureuse.

– L’actuel fonctionnement de notre système économique et gouvernemental ne répond pas à ces priorités et représente un obstacle pour le progrès de l’humanité.

– La démocratie part du peuple (dêmos=peuple ; kratos=le pouvoir) et dans cette optique le gouvernement doit naitre du peuple. Toutefois, dans ce pays, la majorité de la classe politique ne nous écoute pas. Alors que ses fonctions devraient être celles de porte- paroles de nos revendications auprès des institutions, en permettant la participation politique des citoyens au moyen de voies directes procurant ainsi un meilleur bénéfice pour l’ensemble de la société, nous assistons à un enrichissement et à leur prospérité à nos dépends.

– Le besoin irrépressible de pouvoir de certains d’entre eux provoque une inégalité, de la crispation et de l’injustice, ce qui conduit à la violence que nous rejetons. Le modèle économique en vigueur, obsolète et antinaturel bloque la machine sociale et la convertit en une spirale qui se consume en enrichissant quelques-uns et en plongeant dans la pauvreté et la pénurie les autres. Jusqu’à l’effondrement.

– La volonté et la finalité du système est l’accumulation d’argent, la plaçant au-dessus de l’efficacité et le bien-être de la société. En gaspillant des ressources, détruisant la planète, produisant du chômage et des consommateurs malheureux.

– Les citoyens font partie de l’engrenage d’une machine destinée à enrichir une minorité qui ignore tout de nos besoins. Nous sommes anonymes, mais sans nous, rien de ceci n’existerait parce que nous faisons bouger le monde.

– Si comme société nous apprenons à ne pas confier notre futur à une rentabilité économique abstraite qui n’est jamais favorable à la majorité, nous pourrons éliminer les abus et les manques que nous souffrons tous.

Une Révolution Morale est nécessaire. Nous avons mis l’argent au-dessus de l’Être Humain alors que nous devrions le mettre à notre service. Nous sommes des personnes, non des produits de marché. Je ne suis pas seulement ce que j’achète, pourquoi et à qui je l’achète.

Pour tout ce qui précède, je suis indigné.

Je crois que je peux le changer.

Je crois que je peux aider.

Je sais qu’unis nous pouvons.

Sort avec nous. C’est ton droit.

http://www.democraciarealya.es
Publié par «Democracia Real France»
http://democraciarealyafrance.blogspot.com/


Propositions de l’Assemblée réunie place Puerta del Sol, à Madrid

Movimiento #15M

MADRID, 20 mai 2011

A la suite du consensus atteint par l’Assemblée réunie le 20 mai à ACAMPADA SOL (le camp place Puerta del Sol), une première liste de propositions, résultant de la compilation et de la synthèse des milles propositions reçues tout au long de ces jours, a été élaborée.

Nous rappelons que l’Assemblée est un processus ouvert et collaboratif.

Cette liste ne se conçoit pas comme étant fermée.

1. Le changement de la loi électorale pour que les listes soient ouvertes et avec circonscription unique. L’obtention de sièges doit être proportionnelle au nombre de voix.

2. Une attention aux droits basiques et fondamentaux reconnus dans la Constitution tels que :

• Le droit à un logement digne, par la rédaction d’une réforme de la loi hypothécaire afin que la remise du logement annule la dette en cas d’impayé.

• La santé publique, gratuite et universelle.

• La libre circulation des personnes et le renforcement d’une éducation publique et laïque.

3. L’abolition des lois et des mesures discriminatoires et injustes telles que le plan de Bologne et l’Espace européen de l’enseignement supérieur, la loi relative au statut des étrangers et celle connue sous le nom de loi Sinde.

4. Une réforme fiscale favorable aux plus bas revenus, une réforme des impôts sur le patrimoine et les droits de succession. L’application de la taxe Tobin, laquelle impose les transferts financiers internationaux. La suppression des paradis fiscaux.

5. Une réforme des conditions de travail de la classe politique afin que soient abolies leurs indemnités de fonction. Que les programmes et les propositions politiques acquièrent un caractère inaliénable.

6. Le rejet et la condamnation de la corruption. Qu’il soit rendu obligatoire par la loi électorale de présenter des listes nettes et libres de toute personne accusée ou condamnée de corruption.

7. Des mesures plurielles à l’égard des banques et des marchés financiers dans l’esprit de l’article 128 de la Constitution, qu stipule que « toute la richesse du pays, sous ses différentes formes et quelle que soit son appartenance est subordonnée à l’intérêt général. » La réduction des pouvoirs du FMI et de la BCE. La nationalisation immédiate de toutes ces entités bancaires ayant requis le sauvetage de l’Etat. Le durcissement des contrôles sur ces entités et sur les opérations financières afin d’éviter de possibles abus quelle que soient leur forme.

8. Une vraie séparation de l’Eglise et de l’État, comme le stipule l’article 16 de la Constitution.

9. Une démocratie participative et directe dans laquelle la citoyenneté prend part activement.
Un accès populaire aux médias, qui devront être éthiques et vrais.

10. Une vraie régulation des conditions de travail. Que son application soit surveillée par l’Etat.

11. La fermeture de toutes les centrales nucléaires et la promotion d’énergies renouvelables et gratuites.

12. La récupération des entreprises publiques privatisées.

13. Une séparation effective des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire.

14. Une réduction de la dépense militaire, la fermeture immédiate des usines d’armement et un plus grand contrôle de la sécurité par l’Etat. En tant que mouvement pacifiste nous croyons au « Non à la guerre. »

15. La récupération de la mémoire historique et des principes fondateurs de la lutte par la Démocratie dans notre pays.

16. La totale transparence des comptes et du financement des partis politiques comme moyen de contention de la corruption politique.

@acampadasol – Movimiento #15M

* Traduit de l’espagnol.



G8. Le combat continue !

22 mai 2011

La manifestation du Havre contre le G8 a rassemblé 8 000 personnes, malgré le climat de tension entretenu par la police, omniprésente. Les gendarmes étaient passés dans les commerces pour « conseiller » aux commerçants de baisser le rideau. C’est parfois dans des avenues presque désertes que la manifestation s’est déployée, mais le soutien de nombreux habitants était comme même bien là ! Une manifestation combative et festive à la fois. Prochain rendez-vous : dans la rue, jeudi 26 mai, 18h place Saint-Pierre à Caen.

La manifestation contre les saigneurs du monde a rassemblé celles et ceux qui luttent pour que nous ne payons pas « leurs » crises, la crise des capitalistes, des banquiers, des lobbys nucléaires. Le NPA s’est fortement mobilisé et avait un cortège important.

Les gouvernements qui dominent le monde et le font aller de crise en crise ne sont pas les nôtres. Dans le monde arabe, les peuples se soulèvent contre les dominations conjointes des dictatures et des impérialismes. En Europe et dans le monde, les travaillent refusent les plans d’austérité. Les jeunes rejettent la casse des systèmes publics d’éducation et la précarité à laquelle ils n’acceptent pas d’être condamnés. Les femmes remettent en cause la domination patriarcale. De plus en plus massivement, les population n’acceptent plus le risque nucléaire.

Le soulèvement des Espagnols ouvre une nouvelle perspective pleine d’espoir. Les peuples peuvent prendre en main leur destin. Ils le doivent, faute de quoi les gouvernements des puissants nous entraîneraient dans de nouvelles crises destructrices !

Continuons le combat !

Quelques photos de la manifestation :