« Aider » les entreprises pour sauvegarder l’emploi ?

Le Président (PS) du Conseil régional de Basse-Normandie était à Vire, le 17 mars, pour rencontrer les salariés de l’entreprise Filtrauto, à Vire. Filtrauto est largement subventionné par les pouvoirs publics mais licencie quand même. En janvier, Filtrauto a fermé son établissement de Louvigné-de-Bais, en Ille-et-Vilaine, qui employait 64 salariés.

C’est pour « rassurer » les salariés que Laurent Beauvais était à Vire le 17 mars. Car les salariés sont inquiets. En juillet dernier, le groupe Sogefi, propriétaire de Filtrauto, annonçait la fermeture de l’établissement de Louvigné, en Bretagne, et la suppression des 64 emplois du site. La fermeture a été effective en janvier. Le directeur a accepté un emploi à Argentan, un autre salarié a accepté une mutation à Vire. Les autres ont été licenciés avec les indemnités légales et une prime supra-légale arrachée après plusieurs jours de grève, avec le soutien des collègues d’autres sites, comme ceux de Vire.

La fermeture de Louvigné s’inscrit dans la restructuration permanente de la filière automobile. Pressurés à la fois par les constructeurs pour qui ils travaillent et par leurs propres actionnaires, les équipementiers et les sous-traitants n’en finissent pas de se réorganiser, de concentrer la production sur quelques sites. Tout cela, bien sûr, pour « accroître la productivité », rester « compétitifs ». Cette course folle à la compétitivité, ce sont les travailleurs qui en font les frais.

Les patrons empochent les aides mais licencient quand même

Pour rassurer les salariés de Filtrauto-Vire, Laurent Beauvais énumère les aides que le Conseil régional verse à l’entreprise : « pour le développement de son site de Vire, Filtrauto a bénéficié en juillet 2006 d’une aide exceptionnelle de plus de 2 millions d’euros des collectivités territoriales. Ce financement a été levé en faveur d’un programme d’investissements de 3 ans, destiné à améliorer le process industriel ainsi que la recherche et développement. Au total l’investissement réalisé par l’entreprise s’élevait à 18,4 millions d’euros. Dans ce cadre, la Région a soutenu à hauteur de 900 000 euros l’entreprise qui en contrepartie s’est engagée au maintien des sites de Vire et d’Argentan. Ainsi, au total, en incluant des aides à l’innovation de 510 000 euros, l’aide régionale cumulée depuis 2006 en faveur de Filtrauto s’élève à près de 1,4 million d’euros » (communiqué de presse de la Région en date du 17 mars 2011).

Rien de cela n’est rassurant. Les entreprises qui ont empoché les aides et licencié quand même sont nombreuses. Jamais les pouvoirs publics – ni la gauche, ni la droite – n’ont levé le petit doigt pour s’y opposer, ni pour sauver les emplois ni même pour récupérer l’argent public dépensé.

De plus, Filtrauto s’est engagé « au maintien des sites de Vire et d’Argentan » sans problème puisque que son projet était de fermer… Louvigné, le site de Vire étant, selon la direction, son site « stratégique » (au moins jusqu’à ces derniers mois). Les aides des pouvoirs publics sont largement supérieures au « coût » des licenciements à Louvigné pour l’entreprise (prime supra-légale…). De fait, en aidant Filtrauto, les pouvoirs publics ont aidé le patronat à restructurer l’entreprise, pour le plus grand profit des actionnaires, et pour le malheur des salariés de Louvigné. Les salariés de Vire sauvent leur emploi (pour l’instant), mais sont-ils dupes ?

En tout cas, il faut leur rendre hommage pour le soutien qu’ils ont apporté, en octobre dernier, à leur collègue de Louvigné en lutte.

Octobre 2010, Filtrauto Vire : rassemblement de soutien aux salariés en lutte de Filtrauto Louvigné.

Cette semaine, un autre établissement industriel ferme dans l’agglomération caennaise : celui de Panavi (boulangerie et pâtisserie industrielles). Entreprise subventionnée par… les pouvoirs publics dans la région Nord-pas-de-Calais pour développer son établissement d’Arras. Résultat : 80 licenciements à Panavi-Mondeville.

Laurent Beauvais vante les « dispositifs mis en place par la Région en faveur des entreprises ». Très appréciés par les patrons, ces « dispositifs » mis en oeuvre dans toutes régions (en clair : des subventions) jouent contre l’emploi. Nous n’aurons pas de répit tant que nous n’aurons pas imposé l’interdiction des licenciements.

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