Cause libyenne, calculs français: cette guerre est un piège, par Edy Plenel (Médiapart.fr, 23 mars 2011)

Dès que la diplomatie cède le pas à la guerre, les peuples sont sommés de choisir : pour ou contre, sans même avoir le temps ou l’occasion de réfléchir et de débattre. Cette alternative sommaire met à l’épreuve le journalisme dans sa fonction critique, peu compatible avec les suivismes moutonniers et les pensées automatiques. L’affaire libyenne en est une nouvelle illustration, juste cause internationale pervertie par les calculs politiciens du pouvoir français. L’arme de la critique ne vaut guère si elle s’interdit la critique des armes. Quant au métier d’informer, il ne saurait défiler en uniforme.

Ne peut-on donc, à la fois, souhaiter la chute rapide du dictateur Kadhafi et ne pas être dupe de l’opération d’oubli et de diversion orchestrée à cette occasion par Nicolas Sarkozy? Ne peut-on espérer une mobilisation internationale aux côtés des révolutions arabes en cours et ne pas approuver aveuglément sa traduction sous la forme d’une intervention militaire directe des puissances occidentales qui, hier, soutenaient et armaient ces dictatures que leurs peuples ébranlent ?

«La première victime de la guerre, c’est la vérité. »En écoutant ou en lisant, ces derniers jours, le déluge de commentaires uniformément louangeurs sur l’engagement français contre le régime libyen, on s’est spontanément souvenu de cette réflexion qui servait de point de départ àVeillées d’armes, le film deMarcel Ophulssur le journalisme en temps de guerre dont le déchirement yougoslave était à la fois le théâtre et le prétexte.

Or la vérité, ce n’est pas le bien contre le mal, le jour face à la nuit, la lumière opposée aux ténèbres, comme s’il s’agissait d’un choix binaire ou d’une alternative guerrière. La vérité, dans sa pluralité, ce serait plutôt les faits contre les croyances, la précision contre la confusion, la mémoire contre l’oubli, bref l’information contre la propagande, y compris celle venue du supposé ou autoproclamé camp de la justice et du droit.

Depuis le premier jour de sa présidence, Nicolas Sarkozy cherche sa guerre. Par atavisme bonapartiste, il souhaite cet événement extérieur qui fait taire les oppositions à l’intérieur. Qui paralyse et anesthésie par son effet de souffle, sa mécanique de sidération et son impératif de mobilisation. Il l’a d’abord cherchée en Afghanistan, en 2007 et 2008, promu, selon ses propres mots, terrain d’une bataille ancestrale de la civilisation contre«la barbarie». Depuis, l’engagement français s’y poursuit et s’y éternise malgré l’échec patent de cette guerre occidentale en Asie centrale, échec qui explique sans doute le relatif silence du président français.

Il l’a ensuite guettée du côté de la Géorgie, en 2008, face à la Russie, dans une gesticulation personnelle aux effets de politique intérieure, alors que la France occupait la présidence de l’Union européenne. Aux piètres résultats sur le terrain s’est ajouté un grippage durable de la diplomatie européenne et de ses solidarités dont nous payons encore le prix.

Voici donc, en 2011, Nicolas Sarkozy enfin chef de guerre. D’une guerre qu’il a promue, défendue, obtenue. Saisissant au bond la balle médiatique lancée depuis Benghazi par l’écrivain Bernard-Henri Lévy, il est indiscutablement à l’initiative de cette guerre, dont le feu vert onusien fut une résolution franco-britannique défendue au Conseil de sécurité par le ministre français des affaires étrangères, Alain Juppé, et adoptée par dix voix pour et cinq abstentions. Son déplacement, mardi 22 mars, sur une base militaire en Corse pendant que les parlementaires débattaient – après coup, alors que tout est déjà joué et décidé – dit bien la manœuvre: le président joue à la grande guerre, en chef des armées, pendant que d’autres font de la petite politique. Dans les républiques césaristes, on s’élève souvent ainsi, à coups de canons. Et, toujours, en abaissant la démocratie.

Sacralisant l’unicité plutôt que la pluralité, la culture présidentialiste dont est imprégnée notre vie publique, politique et médiatique, fait le reste: éditoriaux excessivement louangeurs, mise en scène hexagonale faisant fi de toute curiosité internationale, sanglots cocardiers sur une France soudainement redevenue le centre du monde, agenda guerrier et patriotique promu dans le vain espoir d’éclipser la déroute électorale des cantonales, opposition prise dans les rets de la solidarité étatique et du conformisme idéologique, etc. Occasion, s’il en était besoin, de vérifier le besoin vital d’une nouvelle presse indépendante, loin de la presse d’industrie et du journalisme de gouvernement: Mediapart fut pratiquement seul, sous la plume de François Bonnet (lire ici son article), à formuler des doutes et poser des questions dès le lendemain du vote de la résolution 1973 au Conseil de sécurité.

Plus que jamais, ces doutes et ces questions restent d’actualité. Sauf à perdre tout sens critique et toute mémoire récente, le juste soutien à la cause du peuple libyen ne saurait empêcher de souligner ce calcul politicien dont elle est aujourd’hui l’instrument en France. Mais aussi au-delà de ses frontières puisque, Nicolas Sarkozy étant en tête de la manœuvre guerrière, ses incohérences et ses aveuglements ne peuvent que pervertir et corrompre cette tardive tentative internationale de secours du peuple libyen.

On nous opposera, bien sûr, la fin justifiée qui en relativiserait les moyens: abattre un dictateur, venir au secours d’insurrections populaires, protéger des populations civiles… Or, ce n’est ici que l’habillage de circonstance d’une guerre inventée pour oublier et pour persister: faire oublier la compromission, persister dans la domination. Diversion en politique intérieure, démonstration de force à l’extérieur: ce que résume fort bien la comparaison parla presse britanniqueavecl’opération Falklandsde Margaret Thatcher, qui n’en eut pas moins pour heureuse conséquence de précipiter la chute de la dictature militaire argentine tout comme l’on peut espérer que l’actuelle intervention militaire accélère celle du régime de Kadhafi.

Souhaiter ces effets bienfaiteurs n’empêche pas de rester lucide et éveillé: si le sort du peuple libyen était vraiment le premier des soucis du pouvoir français, nous nous en serions sans doute aperçus plus tôt. En vérité, la France de Nicolas Sarkozy est la plus mal placée pour prétendre apporter leur liberté aux peuples arabes, tant elle s’est compromise hier avec les régimes autoritaires ou dictatoriaux qu’aujourd’hui, ils renversent ou ébranlent. Depuis 2007, la compromission fut la règle, bien au-delà des relations ordinairement imposées par la realpolitik en diplomatie.

Il est des coïncidences qui, loin être anecdotiques, résument des habitudes: cette façon dont le pouvoir qui se targuait d’avoir lancé une Union pour la Méditerranée avait pris ses aises dans des pays transformés en arrière-cours, lieux de villégiatures malgré l’oppression de leurs peuples et la corruption de leurs élites. C’est ainsi que l’on vit, pour les fêtes de la fin d’année 2010, le président français en résidence au Maroc d’un monarque de droit divin, sa ministre des affaires étrangères en vacances dans la Tunisie du clan Ben Ali, son conseiller spécial élyséen dans la Libye du colonel Kadhafi et son premier ministre visitant l’Egypte aux frais du président Moubarak.

Au croisement des politiques publiques et des compromissions privées, l’épisode tunisien fut tellement accablant qu’il provoqua une crise ministérielle en France, entraînant la démission de la ministre des affaires étrangères qui avait publiquement proposé son aide sécuritaire au dictateur quelques jours avant sa chute. Mais ce n’était là qu’une petite partie émergée des immenses corruptions acceptées ou encouragées sous le double impératif de l’intérêt marchand et de l’aveuglement idéologique, l’épouvantail islamiste servant d’alibi aux affaires réalisées avec opacité et avidité auprès de dictatures oligarchiques, ayant transformé leur richesse nationale en bien familial.

Rien ne prouve d’ailleurs que ce comportement se soit envolé avec les régimes tunisien et égyptien: ainsi fut-il trop peu remarqué que le seul voyage officiel au plus haut niveau, celui du premier ministre faute du président lui-même, dans le monde arabe après la chute de Ben Ali et Moubarak, fut en Arabie saoudite, là même où le dictateur tunisien s’est réfugié.

Les 12 et 13 février, en pleine tempête démocratique arabe, François Fillon s’en alla donc conforter le régime le plus obscurantiste de la région, qui impose la loi islamique dans la vie quotidienne et discrimine non seulement les non-musulmans, mais les chiites au sein de l’islam qu’ils partagent avec les sunnites. Pis, c’était à l’occasion de manœuvres militaires conjointes des armées française et saoudienne, illustration de ce complexe militaro-industriel qui domine la politique étrangère française en ces régions.

A cette aune, le cas libyen fut, ces dernières années, le plus caricatural. Le récent livre de Jean Guisnel, dont Mediapart a publié le chapitre sur la Libye, est exhaustif sur le sujet et, du coup, accablant. Comme l’a démontré The Guardian, la France détient avec l’Italie le record des ventes d’armements au régime du colonel Kadhafi depuis 2007. La mise en scène, à Tripoli comme à Paris, du rapprochement avec le dictateur libyen impliqua directement la présidence de la République, ses réseaux et ses intérêts, bien plus qu’elle ne fut une initiative de la diplomatie professionnelle.

Cette palinodie fut un concentré des corruptions françaises: gestion privatisée de la politique étrangère (l’impensable couple Claude Guéant/Cécilia Sarkozy); intermédiaires en ventes d’armes placés au centre du pouvoir (Ziad Takieddine, l’homme-clé de l’affaire Karachi); industriels de l’armement au cœur de notre système médiatique (Dassault et Lagardère via EADS); politiciens menant une carrière d’entremetteurs professionnels (Patrick Ollier, animateur des amitiés franco-libyennes et toujours ministre des relations avec le Parlement), etc.

Vue de France, l’affaire libyenne est une opération de blanchiment et d’amnésie à laquelle nous devons opposer une mémoire entêtée. Car on ne voit pas par quel miracle l’esprit de responsabilité pourrait soudainement gagner une présidence qui, il y a quelques mois encore, poursuivait ses négociations avec la dictature libyenne pour y exporter notre industrie nucléaire civile. Commencée en 2007 et concrétisée par un protocole franco-libyen signé pour la France par Bernard Kouchner, alors nouveau ministre des affaires étrangères, cette discussion prend un curieux relief alors que l’événement japonais souligne l’incertitude sécuritaire des centrales.

Imagine-t-on le régime de ce dictateur, dont on se plaît à souligner la supposée folie, en possession aujourd’hui d’une centrale nucléaire, alors même que jusqu’en 2003, il faisait tout pour se doter de l’arme nucléaire via des réseaux pakistanais ?

Qu’il soit lâché par ses amis les plus proches ou les plus compromis est de mauvais augure pour le colonel Kadhafi et, évidemment, de bon augure pour son peuple. Mais, pour autant, cela ne signifie pas que ceux qui l’abandonnent aujourd’hui seront demain les amis sincères du peuple libyen.

L’évidente preuve qu’aucune éthique de conviction n’anime Nicolas Sarkozy dans l’affaire libyenne, c’est qu’il y défend l’exact opposé de ce qui l’animait il y a quelques semaines encore. Après un silence aussi dédaigneux qu’embarrassé, sa première réaction face aux soulèvements démocratiques qui firent tomber ses deux amis Ben Ali et Moubarak, piliers officiels de son Union pour la Méditerranée, fut de crainte et de peur. Crainte d’une histoire imprévisible qu’il transforma en discours de peur à l’attention du peuple français. Profitant du remaniement gouvernemental du 27 février pour s’exprimer enfin sur les révolutions arabes, il brandit la menace d’invasions migratoires incontrôlées et de régimes pires que les dictatures déchues.

Dans la foulée, son parti, l’UMP, et ses proches, notamment le nouveau ministre de l’intérieur, Claude Guéant, ont mis en musique la désignation des habituels boucs émissaires: l’islam, dont il faudrait débattre de toute urgence; les musulmans, qui deviennent une catégorie de Français à part; et les immigrés, dont l’affluence ferait qu’on ne se sentirait plus chez soi en France. Cette séquence hexagonale n’ayant été aucunement interrompue par l’intervention libyenne, on voit mal comment un pays pourrait prétendre sincèrement apporter par la guerre la liberté à des peuples dont il méprise, exclut et stigmatise la culture, la croyance et l’itinérance.

Loin de témoigner d’une ouverture au monde et aux autres, la cause libyenne est ici l’otage d’une régression et d’un repli français. C’est au plus ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy, Claude Guéant, que l’on en doit la démonstration la plus explicite. Au lendemain du premier tour des cantonales qui a vu une déroute historique de la droite (l’UMP ne pèse que 7, 5% des inscrits), le ministre de l’intérieur a poursuivi sa campagne xénophobe qui ne rechigne aucunement à copier les refrains de l’extrême droite.«Un excès d’immigration trouble les Français», a-t-il répété lundi 21 mars au Figaro, avant de féliciter son mentor pour son engagement libyen en des termes si peu anodins : «Le président a pris la tête de la croisade…»

Une croisade, donc. L’impensé colonial, impensé de hiérarchie entre les civilisations et les cultures, les religions et les peuples, est donc bien toujours au cœur du logiciel de cette présidence. L’un de ses porte-voix officieux, conseiller aussi empressé que zélé, l’a confirmé au tout début de l’affaire libyenne : Alain Minc n’hésitait pas, vendredi 18 mars, à comparer l’alliance franco-britannique qui mène le jeu à celle de l’expédition de Suez en 1956, symbole même des aventures néo-coloniales face à l’émergence du nationalisme arabe. Un nouveau Suez, donc, avec cette nuance apportée par Minc:«En 1956, (c’était) pour défendre les intérêts; là, c’est pour défendre les principes. »Sauf qu’en 1956 déjà, comme aujourd’hui, les principes étaient invoqués comme alibi des intérêts.

On objectera évidemment cette différence fondamentale que, cette fois, une résolution de l’ONU encadre l’intervention, sans avoir rencontré de veto au Conseil de sécurité. L’exception libyenne – cette dictature ubuesque imposée depuis quarante-deux ans à un pays riche de pétrole mais peu peuplé (6 millions d’habitants) – explique sans doute cette majorité de circonstance. Car il n’a pas fallu attendre longtemps pour que les silences, les contradictions et les ambiguïtés de la solution votée ébranlent la coalition qui en est issue. Les prudences et précautions américaines renvoient aux questions posées d’emblée par les diplomaties brésilienne, indienne et allemande, toutes trois abstentionnistes bien que sans tendresse pour le régime libyen, sur la cohérence et l’efficacité de l’intervention proposée.

Quel commandement unifié, quel but de guerre final, comment faire tomber le dictateur sans troupes au sol, comment éviter les sinistres dommages collatéraux dont les premières victimes sont les civils que l’on prétend protéger, comment empêcher qu’une éventuelle direction par l’Otan ne signe le caractère occidental de cette nouvelle guerre, pourquoi ne pas armer directement l’insurrection à l’Est de la Libye? Autant de questions qui pèsent aujourd’hui sur une intervention faite à la fois trop tard et trop vite: trop tard puisque venant après la contre-offensive en passe d’être victorieuse du colonel Kadhafi et trop vite car conçue sans analyse précise de la situation concrète, à la manière d’un coup médiatique.

A l’origine de cette guerre impulsée par Nicolas Sarkozy pour de purs motifs de politique intérieure, il y a en effet un coup médiatique: celui de Bernard-Henri Lévy qui, comme à son habitude et, de ce point de vue, non sans cohérence, a rassemblé derrière son panache la version française des néo-conservateurs américains. A gauche de la droite ou à droite de la gauche selon leurs itinéraires, ils recyclent, dans notre époque incertaine, la vieille logique dominatrice d’un Occident sûr de son fait, de sa puissance et de ses valeurs, surtout des valeurs de sa puissance. Ils courent derrière une gloire perdue alors que le monde se dérobe sous leurs pieds, s’inventant de nouvelles relations, de nouvelles libertés, de nouvelles égalités.

Lancé le 16 mars dans Le Monde, dont Bernard-Henri Lévy a rejoint le conseil de surveillance, l’appel de personnalités en faveur de l’intervention libyenne était signé par diverses figures des indignations à géométrie variable. Trois exemples.

Bernard Kouchner y symbolise les partisans de l’intervention américaine en Irak, fondée sur un mensonge et violant le droit international. André Glucksmann s’est récemment distingué par une autre tribune reléguant sur le bas-côté de l’histoire le droit des Palestiniens, toujours dénié malgré bien d’autres résolutions onusiennes. Et Antoine Sfeirincarne les anciens soutiens très peu désintéressés de la dictature tunisienne, tentant de faire oublier leurs égarements par ce zèle guerrier.

L’enfer, on le sait, est pavé de bonnes intentions. Cette urgence guerrière proclamée à Paris est un nouvel épisode d’une bataille essentielle où se jouent les futures relations internationales. Qu’il y ait parfois des guerres inévitables ou des guerres nécessaires, qu’il y ait à cette fin des alliances d’intérêts et des coalitions d’idées entre nations, c’est l’évidence, même si c’est toujours pitié. Mais y a-t-il pour autant des«guerres du droit», des«guerres justes», des«guerres de principes», comme on nous le raconte de nouveau ?

Quel que soit l’absolu convoqué – la religion ou la justice, la foi ou le droit –, c’est toujours ériger la guerre en absolu. Cet automatisme dont le droit serait la légitimité est un tour de passe-passe, tant il ignore la seule question qui vaille: qui érige le droit, qui énonce la loi, qui est le juge ?

En l’espèce, chacun sait qu’en l’état des relations internationales, le Conseil de sécurité exprime des rapports de force plutôt que des majorités de conviction. Les promoteurs de l’opération libyenne épousent un agenda partiel et partial. Si l’objectif proclamé est de protéger des populations civiles de la répression dont elles sont victimes de la part de leur propre gouvernement, que faire alors, pour s’en tenir au seul monde arabe, au Yémen, en Syrie, à Bahrein et en Arabie saoudite, pays où de tels scénarios sont en cours? L’ONU devrait-elle déclencher autant d’interventions extérieures qu’il y a d’insurrections, de répressions et de guerres civiles? Et pourquoi alors ne pas lui demander d’intervenir quand, fin 2008 et début 2009, l’Etat d’Israël envahit la bande de Gaza, dans une disproportion des armes dont la population civile palestinienne paiera le prix lourd ?

On le voit bien: confronté à la complexité du monde, le raisonnement idéologique qui anime nos néo-conservateurs ne tient pas l’épreuve de la réalité. Faisant le tri entre alliés et ennemis, puissances autorisées à violer le droit international et Etats proclamés voyous parce que faibles, sa cohérence interne est, au final, d’intérêts plutôt que principes. Au moment même où les frappes aériennes commençaient à tomber sur la Libye, la répression ne s’est-elle pas accentuée dans la péninsule Arabique, visant notamment les minorités chiites dont la discrimination témoigne d’un refus du pluralisme par des monarchies pétrolières inquiètes de leur pérennité et menacées par leurs peuples?
Quelle que soit son issue, heureuse si le dictateur tombe au plus vite, malheureuse si elle tourne au fiasco, cette guerre qu’approuvent spontanément tous les opposants libyens n’en est pas moins un piège. Piège pour la pensée, pour la politique, pour le monde. Il est permis d’espérer que les peuples arabes, dans leur dynamique libératrice, sauront retourner ce piège à leur profit, dans une stratégie des faibles aux forts. Mais rien n’oblige de sauter à pieds joints dans ce traquenard, en perdant tout sens critique. On peut jouer et parier. Mais à condition de ne pas tricher. Notamment avec la vérité des faits et avec la mémoire des situations.

Edwy Plenel, le 23 mars 2011.

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