Les Panavi-Mondeville déterminés à « partir décemment »

Ce mercredi, les salariés de Panavi sont devant leur usine. Une usine que le groupe Vandemoortele, le propriétaire de Panavi, veut fermer. Malgré la mobilisation pour sauvegarder le site, le groupe Vandemoortele est passé en force et a imposé son diktat. Les travailleurs négocient aujourd’hui le PSE. Devant l’usine en lutte, à l’arrêt presque complet depuis un mois, une banderole : « Panavi-Vandemoortele engraisse les actionnaires et répand la misère « . Nous avons demandé à Joël Chancerel, délégué syndical chez Panavi, de faire le point, à quelques heures de la reprise de la négociation sur le PSE.

Les salariés sont dehors depuis la fin de la semaine dernière et la lutte continue. Où en est-on ?

Joël Chancerel : Jeudi dernier, nous étions en réunion de CE mais, aucun accord n’a été trouvé avec la direction lors de cette réunion. La direction voulait orienter la discussion toujours dans le même sens, refusant de nous entendre. Alors, il a été décidé, avec les salariés, de bloquer les camions du groupe. A 2 heures du matin, nous sommes allés sous le viaduc de Calix sur le site l’entreprise de Transports Bataille pour bloquer les camions Panalog qui étaient là, déplacés du site de Panavi Mondeville pour éviter tout barrage. Panalog est l’unité logistique de Panavi. Nous avons bloqué sept camions. Ensuite, jour et nuit, nous nous sommes relayés sur le site afin de pouvoir renouer le dialogue et pouvoir négocier avec la direction. Vendredi, la direction de Mondeville nous a affirmé que les belges de Vandemoortele [le groupe propriétaire de Panavi] ne négociait jamais « sous la contrainte » et que d’une manière ou d’une autre on entérinerait le PSE dans l’état où il était. Samedi, nous nous sommes réunis avec le syndicat, l’Union départementale, pour faire un état de lieux, analyser la situation après ces trois jours, envisager de prendre contact avec le préfet et la DIRECCTE [la Direction du travail et de l’emploi] qui demandait des renseignements. Dimanche nous sommes réunis à la DIRECCTE, avec le sous-préfet, M. Jacob, le syndicat, les membres du comité d’entreprise et la direction, pour trouver un accord de déblocage et reprendre les négociations sur le PSE.

Quelles sont vos revendications dans ce bras de fer avec la direction ?

Nous voulons que le personnel puisse partir décemment. Cela passe par des revendications concernant la formation, le congé de reclassement et la prime supra-légale. Pour la formation, nous voulons un budget mutualisé important pour que les salariés ayant eu une longue carrière dans l’entreprise, qui n’ont jamais connu Pôle emploi ou une autre activité, puissent se former et être en meilleure situation pour retrouver un emploi qui leur conviendrait. Concrètement, nous demandons 4000 euros, plus 5000 euros pour les personnes « fragilisées » et mutualisés. Car il y a des salariés dans des situations particulièrement difficiles, avec des handicaps particuliers, il faut en tenir compte.

Pour le congé de reclassement, nous réclamons 9 mois payés à 80%, alors que la direction, vendredi dernier, proposait seulement 7 mois à 70%, c’est-à-dire des salaires à 950 par mois.
Enfin, pour la prime supra-légale, nous demandons 1000 euros par année d’ancienneté, avec un plancher de 10 000 euros pour les salariés ayant moins de 10 ans d’ancienneté.
Suite à cette réunion dimanche, nous avons pris la décision de lever le barrage Quai de Calix afin de renouer le dialogue avec la direction. La 3ème réunion livre 1 c’est-à-dire la dernière réunion avant le PSE a démarré lundi. Nous avons fait des réunions formelles l’après-midi et le matin des réunions bilatérales afin de pouvoir avancer dans la négociations dans les meilleures conditions. Ce mercredi matin, nous avons à nouveau rencontré la direction nos demandes étant un peu à la baisse concernant la prime supra-légale, que nous réclamons à 900 euros par an, tandis que sur les conditions du congé reconversion et sur le financement des formation, nous maintenons les mêmes exigences. Aujourd’hui, à l’issue de cette réunion, il y a une avancée notable, et il reste à concrétiser un accord cet après-midi.

Avez-vous rencontré le groupe ou uniquement la direction locale ?

Nous négocions avec le DRH pour la France, le DRH de Panavi et le directeur de Panavi.

Donc la réunion du CE reprend cet après-midi, et ensuite ?

La réunion sur le PSE est suspendue depuis hier, elle va reprendre cet après-midi et à l’issue de cette réunion, nous espérons concrétiser et finaliser le PSE et obtenir ce qu’on veut. On fera une AG ce soir à 19 h pour décider si on lève le camp ou pas.

Vous pensez que toutes les actions que vous avez menées depuis un an ont porté leurs fruits dans cette négociation ultime même si les emplois ne sont pas sauvegardés sur le site ?

Oui, la bataille a été très très rude. En mars de l’année dernière, lorsque l’annonce de la fermeture du site nous a été annoncée, nous n’avions ni CE, ni syndicat. Nous n’avions jamais fait un jour de grève. On est parti en bagarre et nous avons crée notre syndicat, nous nous sommes battus pour avoir notre propre CE à Caen, pour nous défendre nous mêmes. Nous avons même assigné le groupe en justice, en référé, pour obtenir l’annulation de la procédure. Alors que du côté de la DIRECCTE on nous disait qu’on avait une possibilité de gagner, malheureusement un juge en a décidé autrement. Mais nous n’avons pas baissé les bras. Avec le conflit qui a suivi, en se bagarrant, on a l’espoir d’avoir ce qu’on demande aujourd’hui.

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