Stop à la casse de l’hôpital public et de la sécu

31 mars 2011

Les soins et les médicaments sont de moins en moins bien remboursés, les dépassements d’honoraires des médecins libéraux se développent, les tarifs des mutuelles augmentent sans cesse. Pour avoir un rendez-vous dans des délais normaux à l’hôpital c’est de plus en plus difficile. Pour les malades l’accès aux soins est remis en cause. Pour les salarié-e-s les conditions de travail se dégradent.

Parmi les mesures récentes la prise en charge à 100 % des actes couteux à l’hôpital et en ville, passe du seuil de 91 à 120 euros. Et ils veulent taper encore plus fort et mettre fin au remboursement à 100 % de plusieurs maladies graves !
Des dizaines de services et d’hôpitaux publics sont menacés de fermeture par les agences régionales de santé (ARS) au mépris des usagers et de leurs familles. Xavier Bertrand, le ministre de la santé organise leur étranglement financier au profit des établissements privés commerciaux. En janvier, le gouvernement envisageait d’imposer un quota annuel de certains actes aux hôpitaux sous peine de sanctions financières. Le 1er mars, il imposait la baisse des tarifs en médecine, chirurgie et obstétrique, baisse supérieure pour le public : 0,2 %, alors qu’elle n’est que de 0,05 % dans le privé.
L’objectif est clair : l’hôpital public, qui a l’obligation d’assurer tous les soins, sera étranglé au bénéfice des cliniques privées propriétés de grands groupes capitalistes.
C’est pour cela que le gouvernement de Sarkozy organise la casse du service public de santé.
Ses projets sur la prise en charge des personnes âgées dépendantes vont dans le même sens : privatiser et offrir un vaste marché au secteur privé.

Imposer une autre répartition des richesses

l y a largement les moyens de financer la santé et la dépendance grâce aux cotisations sociales. Pour cela il faut stopper les exonérations de cotisations dont bénéficient les patrons : 38 milliards en 2010, bien plus que le soi-disant déficit de la Sécu !
La sécurité sociale est malade de son manque de recettes, pas de ses dépenses. Pour y remédier imposons l’arrêt des suppressions de postes dans le service public, l’interdiction des licenciements, le partage du travail entre tous et toutes, une augmentation de salaire de 300 € nets pour tous, l’arrêt du pillage de la sécu par l’industrie pharmaceutique qui a fait d’énormes profits en 2010. Ces mesures apporteraient plus d’argent pour la sécu.
Cela permettrait même de rembourser à tous les soins à 100 % !
Les hôpitaux publics ne doivent pas fermer.
Ils doivent rester des hôpitaux de proximité avec tous leurs services et suffisamment de personnel !
La santé doit être gratuite !

Toutes et tous dans la rue samedi 2 avril !

A l’appel de 140 organisations, partis politiques, syndicats, associations, le 2 avril 2011, sera une journée d’action nationale de défense de l’hôpital public, du droit à l’accès aux soins pour tous et toutes, et de reconquête de la sécurité sociale solidaire et universelle.
Ce 2 avril, dans toutes les régions et départements se tiendront des rassemblements, manifestations réunions publiques.
Le NPA appelle à participer à cette mobilisation, étape importante pour imposer nos droits et faire reculer ce gouvernement illégitime.

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« Aider » les entreprises pour sauvegarder l’emploi ?

31 mars 2011

Le Président (PS) du Conseil régional de Basse-Normandie était à Vire, le 17 mars, pour rencontrer les salariés de l’entreprise Filtrauto, à Vire. Filtrauto est largement subventionné par les pouvoirs publics mais licencie quand même. En janvier, Filtrauto a fermé son établissement de Louvigné-de-Bais, en Ille-et-Vilaine, qui employait 64 salariés.

C’est pour « rassurer » les salariés que Laurent Beauvais était à Vire le 17 mars. Car les salariés sont inquiets. En juillet dernier, le groupe Sogefi, propriétaire de Filtrauto, annonçait la fermeture de l’établissement de Louvigné, en Bretagne, et la suppression des 64 emplois du site. La fermeture a été effective en janvier. Le directeur a accepté un emploi à Argentan, un autre salarié a accepté une mutation à Vire. Les autres ont été licenciés avec les indemnités légales et une prime supra-légale arrachée après plusieurs jours de grève, avec le soutien des collègues d’autres sites, comme ceux de Vire.

La fermeture de Louvigné s’inscrit dans la restructuration permanente de la filière automobile. Pressurés à la fois par les constructeurs pour qui ils travaillent et par leurs propres actionnaires, les équipementiers et les sous-traitants n’en finissent pas de se réorganiser, de concentrer la production sur quelques sites. Tout cela, bien sûr, pour « accroître la productivité », rester « compétitifs ». Cette course folle à la compétitivité, ce sont les travailleurs qui en font les frais.

Les patrons empochent les aides mais licencient quand même

Pour rassurer les salariés de Filtrauto-Vire, Laurent Beauvais énumère les aides que le Conseil régional verse à l’entreprise : « pour le développement de son site de Vire, Filtrauto a bénéficié en juillet 2006 d’une aide exceptionnelle de plus de 2 millions d’euros des collectivités territoriales. Ce financement a été levé en faveur d’un programme d’investissements de 3 ans, destiné à améliorer le process industriel ainsi que la recherche et développement. Au total l’investissement réalisé par l’entreprise s’élevait à 18,4 millions d’euros. Dans ce cadre, la Région a soutenu à hauteur de 900 000 euros l’entreprise qui en contrepartie s’est engagée au maintien des sites de Vire et d’Argentan. Ainsi, au total, en incluant des aides à l’innovation de 510 000 euros, l’aide régionale cumulée depuis 2006 en faveur de Filtrauto s’élève à près de 1,4 million d’euros » (communiqué de presse de la Région en date du 17 mars 2011).

Rien de cela n’est rassurant. Les entreprises qui ont empoché les aides et licencié quand même sont nombreuses. Jamais les pouvoirs publics – ni la gauche, ni la droite – n’ont levé le petit doigt pour s’y opposer, ni pour sauver les emplois ni même pour récupérer l’argent public dépensé.

De plus, Filtrauto s’est engagé « au maintien des sites de Vire et d’Argentan » sans problème puisque que son projet était de fermer… Louvigné, le site de Vire étant, selon la direction, son site « stratégique » (au moins jusqu’à ces derniers mois). Les aides des pouvoirs publics sont largement supérieures au « coût » des licenciements à Louvigné pour l’entreprise (prime supra-légale…). De fait, en aidant Filtrauto, les pouvoirs publics ont aidé le patronat à restructurer l’entreprise, pour le plus grand profit des actionnaires, et pour le malheur des salariés de Louvigné. Les salariés de Vire sauvent leur emploi (pour l’instant), mais sont-ils dupes ?

En tout cas, il faut leur rendre hommage pour le soutien qu’ils ont apporté, en octobre dernier, à leur collègue de Louvigné en lutte.

Octobre 2010, Filtrauto Vire : rassemblement de soutien aux salariés en lutte de Filtrauto Louvigné.

Cette semaine, un autre établissement industriel ferme dans l’agglomération caennaise : celui de Panavi (boulangerie et pâtisserie industrielles). Entreprise subventionnée par… les pouvoirs publics dans la région Nord-pas-de-Calais pour développer son établissement d’Arras. Résultat : 80 licenciements à Panavi-Mondeville.

Laurent Beauvais vante les « dispositifs mis en place par la Région en faveur des entreprises ». Très appréciés par les patrons, ces « dispositifs » mis en oeuvre dans toutes régions (en clair : des subventions) jouent contre l’emploi. Nous n’aurons pas de répit tant que nous n’aurons pas imposé l’interdiction des licenciements.


Manif « no cuts » à Londres et antinucléaire en Allemagne

27 mars 2011

La manifestation contre l’austérité et les coupes budgétaires a réuni plusieurs centaines de milliers de personnes à Londres. En Allemagne, la contestation du nucléaire bat son plein. Les peuples ne veulent pas payer les crises des capitalistes.

C’est la plus grande manifestation à Londres depuis celle contre la guerre en Irak en 2003. Les syndicats et les nombreuses associations qui ont préparé l’énorme démonstration de samedi avaient affrété des centaines de bus. Au centre des revendications, le rejet des coupes budgétaires décrétées par le gouvernement (87 milliards de livres), qui se traduisent par le blocage des salaires des fonctionnaires, la suppression de 300 000 emplois publics, la chute des moyens budgétaires pour l’école et l’université, la santé, les transports publics, les aides à l’emploi. La politique mise en oeuvre par le gouvernement conservateur-libdem de Cameron-Clegg, c’est la politique des riches contre les pauvres, des privilégiés contre les exploités. La politique de ceux qui veulent faire payer la crise aux travailleurs.

Mais les travailleurs se rebellent et ils entraînent avec eux les jeunes, qui ne veulent pas être la génération sacrifiée. La mobilisation va continuer. Dans la manif, on voyait de nombreuses pancartes « General strike, now » : comme en France à l’automne dernier, seule la grève générale pourra faire céder le gouvernement britannique.

Sortir du nucléaire

En Allemagne, 250 000 personnes ont manifesté à Berlin, Hambourg et Cologne. Objectif : imposer l’arrêt définitif des 17 réacteurs nucléaires encore en service en Allemagne. Après avoir décidé de prolonger de douze ans le fonctionnement des réacteurs nucléaires, la chancelière Angela Merkel a dû commencer à faire marche arrière en annonçant l’arrêt provisoire des sept centrales les plus anciennes, en attendant le résultat d’enquêtes de sécurité. Le mouvement antinucléaire allemand a marqué un point, mais c’est la sortie du nucléaire qu’exige une part de plus en plus grande de la population. L’inquiétude légitime suscitée par la catastrophe de Fukushima renforce bien sûr la position des mouvements antinucléaires, tant il est évident que la technologie nucléaire est peu sûre. En France, le lobby du nucléaire veut, lui, imposer la poursuite des programmes en cours, appuyé par son VRP Sarkozy. Dimanche 20 mars, 10 000 Allemands, Français et Suisses avaient déjà manifesté dans le Haut-Rhin, près de Fessenheim, pour la fermeture de cette centrale en service depuis 1977, la plus vieille de France.

Le capitalisme est une impasse. Il est synonyme à la fois d’injustice sociale et de destruction de la nature. Il menace la planète. Rompre avec ce système et abattre ces gouvernements qui imposent le recul social et le risque nucléaire sont des urgences.


Eteindre la lumière une heure ce samedi 26 mars : quelle mascarade !

26 mars 2011

Toujours en pointe dans le mauvais goût (on se souvient du concours des Miss France), la ville de Caen appelle les habitants à éteindre leurs lumières entre 20h30 et 21h30. Un geste « citoyen » pour lutter contre le changement climatique ? Non, de l’esbroufe !

La lutte contre le changement climatique est trop importante pour accepter qu’elle soit réduite à des opérations médiatiques. De plus, au travers de cette campagne menée par WWF, on nous dit sans honte que c’est de chacun d’entre nous que dépend l’avenir du globe ! Ce sont les fameux « petits gestes individuels » dont tout dépendrait. La vérité est ailleurs. Ce sont les producteurs d’énergie qui poussent à la consommation, c’est l’organisation de la vie sociale, l’éloignement entre l’habitat et le lieu de travail, la construction de logements mal isolés, l’agriculture intensive… qui poussent à une surconsommation d’énergie. C’est le capitalisme lui-même qu’il faut mettre en cause, son productivisme sans lequel il ne peut exister.

Hypocrisie

La ville de Caen éteindra l’éclairage de bâtiments publics pendant une heure ce samedi, quelques mois après avoir augmenté les lieux illuminés à l’occasion des fêtes de fin d’année, impératifs commerciaux obligent (lire notre article de fin 2010 Stop aux illuminations de Noël). Ceci pour une facture totale d’un demi-million d’euros. Quelle hypocrisie ! A quand la sobriété énergétique toute l’année ?

A quand un véritable effort pour développer les transports collectifs publics, moins polluants que la multiplication des véhicules individuels ? Mais peut-être la mairie nous proposera-t-elle prochainement de laisser la voiture un heure au garage…


Cause libyenne, calculs français: cette guerre est un piège, par Edy Plenel (Médiapart.fr, 23 mars 2011)

26 mars 2011

Dès que la diplomatie cède le pas à la guerre, les peuples sont sommés de choisir : pour ou contre, sans même avoir le temps ou l’occasion de réfléchir et de débattre. Cette alternative sommaire met à l’épreuve le journalisme dans sa fonction critique, peu compatible avec les suivismes moutonniers et les pensées automatiques. L’affaire libyenne en est une nouvelle illustration, juste cause internationale pervertie par les calculs politiciens du pouvoir français. L’arme de la critique ne vaut guère si elle s’interdit la critique des armes. Quant au métier d’informer, il ne saurait défiler en uniforme.

Ne peut-on donc, à la fois, souhaiter la chute rapide du dictateur Kadhafi et ne pas être dupe de l’opération d’oubli et de diversion orchestrée à cette occasion par Nicolas Sarkozy? Ne peut-on espérer une mobilisation internationale aux côtés des révolutions arabes en cours et ne pas approuver aveuglément sa traduction sous la forme d’une intervention militaire directe des puissances occidentales qui, hier, soutenaient et armaient ces dictatures que leurs peuples ébranlent ?

«La première victime de la guerre, c’est la vérité. »En écoutant ou en lisant, ces derniers jours, le déluge de commentaires uniformément louangeurs sur l’engagement français contre le régime libyen, on s’est spontanément souvenu de cette réflexion qui servait de point de départ àVeillées d’armes, le film deMarcel Ophulssur le journalisme en temps de guerre dont le déchirement yougoslave était à la fois le théâtre et le prétexte.

Or la vérité, ce n’est pas le bien contre le mal, le jour face à la nuit, la lumière opposée aux ténèbres, comme s’il s’agissait d’un choix binaire ou d’une alternative guerrière. La vérité, dans sa pluralité, ce serait plutôt les faits contre les croyances, la précision contre la confusion, la mémoire contre l’oubli, bref l’information contre la propagande, y compris celle venue du supposé ou autoproclamé camp de la justice et du droit.

Depuis le premier jour de sa présidence, Nicolas Sarkozy cherche sa guerre. Par atavisme bonapartiste, il souhaite cet événement extérieur qui fait taire les oppositions à l’intérieur. Qui paralyse et anesthésie par son effet de souffle, sa mécanique de sidération et son impératif de mobilisation. Il l’a d’abord cherchée en Afghanistan, en 2007 et 2008, promu, selon ses propres mots, terrain d’une bataille ancestrale de la civilisation contre«la barbarie». Depuis, l’engagement français s’y poursuit et s’y éternise malgré l’échec patent de cette guerre occidentale en Asie centrale, échec qui explique sans doute le relatif silence du président français.

Il l’a ensuite guettée du côté de la Géorgie, en 2008, face à la Russie, dans une gesticulation personnelle aux effets de politique intérieure, alors que la France occupait la présidence de l’Union européenne. Aux piètres résultats sur le terrain s’est ajouté un grippage durable de la diplomatie européenne et de ses solidarités dont nous payons encore le prix.

Voici donc, en 2011, Nicolas Sarkozy enfin chef de guerre. D’une guerre qu’il a promue, défendue, obtenue. Saisissant au bond la balle médiatique lancée depuis Benghazi par l’écrivain Bernard-Henri Lévy, il est indiscutablement à l’initiative de cette guerre, dont le feu vert onusien fut une résolution franco-britannique défendue au Conseil de sécurité par le ministre français des affaires étrangères, Alain Juppé, et adoptée par dix voix pour et cinq abstentions. Son déplacement, mardi 22 mars, sur une base militaire en Corse pendant que les parlementaires débattaient – après coup, alors que tout est déjà joué et décidé – dit bien la manœuvre: le président joue à la grande guerre, en chef des armées, pendant que d’autres font de la petite politique. Dans les républiques césaristes, on s’élève souvent ainsi, à coups de canons. Et, toujours, en abaissant la démocratie.

Sacralisant l’unicité plutôt que la pluralité, la culture présidentialiste dont est imprégnée notre vie publique, politique et médiatique, fait le reste: éditoriaux excessivement louangeurs, mise en scène hexagonale faisant fi de toute curiosité internationale, sanglots cocardiers sur une France soudainement redevenue le centre du monde, agenda guerrier et patriotique promu dans le vain espoir d’éclipser la déroute électorale des cantonales, opposition prise dans les rets de la solidarité étatique et du conformisme idéologique, etc. Occasion, s’il en était besoin, de vérifier le besoin vital d’une nouvelle presse indépendante, loin de la presse d’industrie et du journalisme de gouvernement: Mediapart fut pratiquement seul, sous la plume de François Bonnet (lire ici son article), à formuler des doutes et poser des questions dès le lendemain du vote de la résolution 1973 au Conseil de sécurité.

Plus que jamais, ces doutes et ces questions restent d’actualité. Sauf à perdre tout sens critique et toute mémoire récente, le juste soutien à la cause du peuple libyen ne saurait empêcher de souligner ce calcul politicien dont elle est aujourd’hui l’instrument en France. Mais aussi au-delà de ses frontières puisque, Nicolas Sarkozy étant en tête de la manœuvre guerrière, ses incohérences et ses aveuglements ne peuvent que pervertir et corrompre cette tardive tentative internationale de secours du peuple libyen.

On nous opposera, bien sûr, la fin justifiée qui en relativiserait les moyens: abattre un dictateur, venir au secours d’insurrections populaires, protéger des populations civiles… Or, ce n’est ici que l’habillage de circonstance d’une guerre inventée pour oublier et pour persister: faire oublier la compromission, persister dans la domination. Diversion en politique intérieure, démonstration de force à l’extérieur: ce que résume fort bien la comparaison parla presse britanniqueavecl’opération Falklandsde Margaret Thatcher, qui n’en eut pas moins pour heureuse conséquence de précipiter la chute de la dictature militaire argentine tout comme l’on peut espérer que l’actuelle intervention militaire accélère celle du régime de Kadhafi.

Souhaiter ces effets bienfaiteurs n’empêche pas de rester lucide et éveillé: si le sort du peuple libyen était vraiment le premier des soucis du pouvoir français, nous nous en serions sans doute aperçus plus tôt. En vérité, la France de Nicolas Sarkozy est la plus mal placée pour prétendre apporter leur liberté aux peuples arabes, tant elle s’est compromise hier avec les régimes autoritaires ou dictatoriaux qu’aujourd’hui, ils renversent ou ébranlent. Depuis 2007, la compromission fut la règle, bien au-delà des relations ordinairement imposées par la realpolitik en diplomatie.

Il est des coïncidences qui, loin être anecdotiques, résument des habitudes: cette façon dont le pouvoir qui se targuait d’avoir lancé une Union pour la Méditerranée avait pris ses aises dans des pays transformés en arrière-cours, lieux de villégiatures malgré l’oppression de leurs peuples et la corruption de leurs élites. C’est ainsi que l’on vit, pour les fêtes de la fin d’année 2010, le président français en résidence au Maroc d’un monarque de droit divin, sa ministre des affaires étrangères en vacances dans la Tunisie du clan Ben Ali, son conseiller spécial élyséen dans la Libye du colonel Kadhafi et son premier ministre visitant l’Egypte aux frais du président Moubarak.

Au croisement des politiques publiques et des compromissions privées, l’épisode tunisien fut tellement accablant qu’il provoqua une crise ministérielle en France, entraînant la démission de la ministre des affaires étrangères qui avait publiquement proposé son aide sécuritaire au dictateur quelques jours avant sa chute. Mais ce n’était là qu’une petite partie émergée des immenses corruptions acceptées ou encouragées sous le double impératif de l’intérêt marchand et de l’aveuglement idéologique, l’épouvantail islamiste servant d’alibi aux affaires réalisées avec opacité et avidité auprès de dictatures oligarchiques, ayant transformé leur richesse nationale en bien familial.

Rien ne prouve d’ailleurs que ce comportement se soit envolé avec les régimes tunisien et égyptien: ainsi fut-il trop peu remarqué que le seul voyage officiel au plus haut niveau, celui du premier ministre faute du président lui-même, dans le monde arabe après la chute de Ben Ali et Moubarak, fut en Arabie saoudite, là même où le dictateur tunisien s’est réfugié.

Les 12 et 13 février, en pleine tempête démocratique arabe, François Fillon s’en alla donc conforter le régime le plus obscurantiste de la région, qui impose la loi islamique dans la vie quotidienne et discrimine non seulement les non-musulmans, mais les chiites au sein de l’islam qu’ils partagent avec les sunnites. Pis, c’était à l’occasion de manœuvres militaires conjointes des armées française et saoudienne, illustration de ce complexe militaro-industriel qui domine la politique étrangère française en ces régions.

A cette aune, le cas libyen fut, ces dernières années, le plus caricatural. Le récent livre de Jean Guisnel, dont Mediapart a publié le chapitre sur la Libye, est exhaustif sur le sujet et, du coup, accablant. Comme l’a démontré The Guardian, la France détient avec l’Italie le record des ventes d’armements au régime du colonel Kadhafi depuis 2007. La mise en scène, à Tripoli comme à Paris, du rapprochement avec le dictateur libyen impliqua directement la présidence de la République, ses réseaux et ses intérêts, bien plus qu’elle ne fut une initiative de la diplomatie professionnelle.

Cette palinodie fut un concentré des corruptions françaises: gestion privatisée de la politique étrangère (l’impensable couple Claude Guéant/Cécilia Sarkozy); intermédiaires en ventes d’armes placés au centre du pouvoir (Ziad Takieddine, l’homme-clé de l’affaire Karachi); industriels de l’armement au cœur de notre système médiatique (Dassault et Lagardère via EADS); politiciens menant une carrière d’entremetteurs professionnels (Patrick Ollier, animateur des amitiés franco-libyennes et toujours ministre des relations avec le Parlement), etc.

Vue de France, l’affaire libyenne est une opération de blanchiment et d’amnésie à laquelle nous devons opposer une mémoire entêtée. Car on ne voit pas par quel miracle l’esprit de responsabilité pourrait soudainement gagner une présidence qui, il y a quelques mois encore, poursuivait ses négociations avec la dictature libyenne pour y exporter notre industrie nucléaire civile. Commencée en 2007 et concrétisée par un protocole franco-libyen signé pour la France par Bernard Kouchner, alors nouveau ministre des affaires étrangères, cette discussion prend un curieux relief alors que l’événement japonais souligne l’incertitude sécuritaire des centrales.

Imagine-t-on le régime de ce dictateur, dont on se plaît à souligner la supposée folie, en possession aujourd’hui d’une centrale nucléaire, alors même que jusqu’en 2003, il faisait tout pour se doter de l’arme nucléaire via des réseaux pakistanais ?

Qu’il soit lâché par ses amis les plus proches ou les plus compromis est de mauvais augure pour le colonel Kadhafi et, évidemment, de bon augure pour son peuple. Mais, pour autant, cela ne signifie pas que ceux qui l’abandonnent aujourd’hui seront demain les amis sincères du peuple libyen.

L’évidente preuve qu’aucune éthique de conviction n’anime Nicolas Sarkozy dans l’affaire libyenne, c’est qu’il y défend l’exact opposé de ce qui l’animait il y a quelques semaines encore. Après un silence aussi dédaigneux qu’embarrassé, sa première réaction face aux soulèvements démocratiques qui firent tomber ses deux amis Ben Ali et Moubarak, piliers officiels de son Union pour la Méditerranée, fut de crainte et de peur. Crainte d’une histoire imprévisible qu’il transforma en discours de peur à l’attention du peuple français. Profitant du remaniement gouvernemental du 27 février pour s’exprimer enfin sur les révolutions arabes, il brandit la menace d’invasions migratoires incontrôlées et de régimes pires que les dictatures déchues.

Dans la foulée, son parti, l’UMP, et ses proches, notamment le nouveau ministre de l’intérieur, Claude Guéant, ont mis en musique la désignation des habituels boucs émissaires: l’islam, dont il faudrait débattre de toute urgence; les musulmans, qui deviennent une catégorie de Français à part; et les immigrés, dont l’affluence ferait qu’on ne se sentirait plus chez soi en France. Cette séquence hexagonale n’ayant été aucunement interrompue par l’intervention libyenne, on voit mal comment un pays pourrait prétendre sincèrement apporter par la guerre la liberté à des peuples dont il méprise, exclut et stigmatise la culture, la croyance et l’itinérance.

Loin de témoigner d’une ouverture au monde et aux autres, la cause libyenne est ici l’otage d’une régression et d’un repli français. C’est au plus ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy, Claude Guéant, que l’on en doit la démonstration la plus explicite. Au lendemain du premier tour des cantonales qui a vu une déroute historique de la droite (l’UMP ne pèse que 7, 5% des inscrits), le ministre de l’intérieur a poursuivi sa campagne xénophobe qui ne rechigne aucunement à copier les refrains de l’extrême droite.«Un excès d’immigration trouble les Français», a-t-il répété lundi 21 mars au Figaro, avant de féliciter son mentor pour son engagement libyen en des termes si peu anodins : «Le président a pris la tête de la croisade…»

Une croisade, donc. L’impensé colonial, impensé de hiérarchie entre les civilisations et les cultures, les religions et les peuples, est donc bien toujours au cœur du logiciel de cette présidence. L’un de ses porte-voix officieux, conseiller aussi empressé que zélé, l’a confirmé au tout début de l’affaire libyenne : Alain Minc n’hésitait pas, vendredi 18 mars, à comparer l’alliance franco-britannique qui mène le jeu à celle de l’expédition de Suez en 1956, symbole même des aventures néo-coloniales face à l’émergence du nationalisme arabe. Un nouveau Suez, donc, avec cette nuance apportée par Minc:«En 1956, (c’était) pour défendre les intérêts; là, c’est pour défendre les principes. »Sauf qu’en 1956 déjà, comme aujourd’hui, les principes étaient invoqués comme alibi des intérêts.

On objectera évidemment cette différence fondamentale que, cette fois, une résolution de l’ONU encadre l’intervention, sans avoir rencontré de veto au Conseil de sécurité. L’exception libyenne – cette dictature ubuesque imposée depuis quarante-deux ans à un pays riche de pétrole mais peu peuplé (6 millions d’habitants) – explique sans doute cette majorité de circonstance. Car il n’a pas fallu attendre longtemps pour que les silences, les contradictions et les ambiguïtés de la solution votée ébranlent la coalition qui en est issue. Les prudences et précautions américaines renvoient aux questions posées d’emblée par les diplomaties brésilienne, indienne et allemande, toutes trois abstentionnistes bien que sans tendresse pour le régime libyen, sur la cohérence et l’efficacité de l’intervention proposée.

Quel commandement unifié, quel but de guerre final, comment faire tomber le dictateur sans troupes au sol, comment éviter les sinistres dommages collatéraux dont les premières victimes sont les civils que l’on prétend protéger, comment empêcher qu’une éventuelle direction par l’Otan ne signe le caractère occidental de cette nouvelle guerre, pourquoi ne pas armer directement l’insurrection à l’Est de la Libye? Autant de questions qui pèsent aujourd’hui sur une intervention faite à la fois trop tard et trop vite: trop tard puisque venant après la contre-offensive en passe d’être victorieuse du colonel Kadhafi et trop vite car conçue sans analyse précise de la situation concrète, à la manière d’un coup médiatique.

A l’origine de cette guerre impulsée par Nicolas Sarkozy pour de purs motifs de politique intérieure, il y a en effet un coup médiatique: celui de Bernard-Henri Lévy qui, comme à son habitude et, de ce point de vue, non sans cohérence, a rassemblé derrière son panache la version française des néo-conservateurs américains. A gauche de la droite ou à droite de la gauche selon leurs itinéraires, ils recyclent, dans notre époque incertaine, la vieille logique dominatrice d’un Occident sûr de son fait, de sa puissance et de ses valeurs, surtout des valeurs de sa puissance. Ils courent derrière une gloire perdue alors que le monde se dérobe sous leurs pieds, s’inventant de nouvelles relations, de nouvelles libertés, de nouvelles égalités.

Lancé le 16 mars dans Le Monde, dont Bernard-Henri Lévy a rejoint le conseil de surveillance, l’appel de personnalités en faveur de l’intervention libyenne était signé par diverses figures des indignations à géométrie variable. Trois exemples.

Bernard Kouchner y symbolise les partisans de l’intervention américaine en Irak, fondée sur un mensonge et violant le droit international. André Glucksmann s’est récemment distingué par une autre tribune reléguant sur le bas-côté de l’histoire le droit des Palestiniens, toujours dénié malgré bien d’autres résolutions onusiennes. Et Antoine Sfeirincarne les anciens soutiens très peu désintéressés de la dictature tunisienne, tentant de faire oublier leurs égarements par ce zèle guerrier.

L’enfer, on le sait, est pavé de bonnes intentions. Cette urgence guerrière proclamée à Paris est un nouvel épisode d’une bataille essentielle où se jouent les futures relations internationales. Qu’il y ait parfois des guerres inévitables ou des guerres nécessaires, qu’il y ait à cette fin des alliances d’intérêts et des coalitions d’idées entre nations, c’est l’évidence, même si c’est toujours pitié. Mais y a-t-il pour autant des«guerres du droit», des«guerres justes», des«guerres de principes», comme on nous le raconte de nouveau ?

Quel que soit l’absolu convoqué – la religion ou la justice, la foi ou le droit –, c’est toujours ériger la guerre en absolu. Cet automatisme dont le droit serait la légitimité est un tour de passe-passe, tant il ignore la seule question qui vaille: qui érige le droit, qui énonce la loi, qui est le juge ?

En l’espèce, chacun sait qu’en l’état des relations internationales, le Conseil de sécurité exprime des rapports de force plutôt que des majorités de conviction. Les promoteurs de l’opération libyenne épousent un agenda partiel et partial. Si l’objectif proclamé est de protéger des populations civiles de la répression dont elles sont victimes de la part de leur propre gouvernement, que faire alors, pour s’en tenir au seul monde arabe, au Yémen, en Syrie, à Bahrein et en Arabie saoudite, pays où de tels scénarios sont en cours? L’ONU devrait-elle déclencher autant d’interventions extérieures qu’il y a d’insurrections, de répressions et de guerres civiles? Et pourquoi alors ne pas lui demander d’intervenir quand, fin 2008 et début 2009, l’Etat d’Israël envahit la bande de Gaza, dans une disproportion des armes dont la population civile palestinienne paiera le prix lourd ?

On le voit bien: confronté à la complexité du monde, le raisonnement idéologique qui anime nos néo-conservateurs ne tient pas l’épreuve de la réalité. Faisant le tri entre alliés et ennemis, puissances autorisées à violer le droit international et Etats proclamés voyous parce que faibles, sa cohérence interne est, au final, d’intérêts plutôt que principes. Au moment même où les frappes aériennes commençaient à tomber sur la Libye, la répression ne s’est-elle pas accentuée dans la péninsule Arabique, visant notamment les minorités chiites dont la discrimination témoigne d’un refus du pluralisme par des monarchies pétrolières inquiètes de leur pérennité et menacées par leurs peuples?
Quelle que soit son issue, heureuse si le dictateur tombe au plus vite, malheureuse si elle tourne au fiasco, cette guerre qu’approuvent spontanément tous les opposants libyens n’en est pas moins un piège. Piège pour la pensée, pour la politique, pour le monde. Il est permis d’espérer que les peuples arabes, dans leur dynamique libératrice, sauront retourner ce piège à leur profit, dans une stratégie des faibles aux forts. Mais rien n’oblige de sauter à pieds joints dans ce traquenard, en perdant tout sens critique. On peut jouer et parier. Mais à condition de ne pas tricher. Notamment avec la vérité des faits et avec la mémoire des situations.

Edwy Plenel, le 23 mars 2011.


«Je ne crois pas aux bombardements pour instaurer la démocratie», interview de Rony Brauman à Libération

26 mars 2011

Rony Brauman est ancien président de Médecins sans frontières. Professeur associé à Sciences-Po, il réfléchit depuis des années aux effets des interventions humanitaires.

Une partie des opposants à l’intervention américaine en Irak soutiennent cette fois la résolution du Conseil de sécurité sur la Libye. Pas vous. Pourquoi ?

Parce que je ne crois pas plus qu’avant aux vertus de bombardements aériens pour installer la démocratie ou «pacifier» un pays. La Somalie, l’Afghanistan, l’Irak, la Côte-d’Ivoire sont là pour nous rappeler aux dures réalités de la guerre et de son imprévisibilité. «Protéger les populations» signifie, en pratique, chasser Kadhafi et le remplacer par un Karzaï local si l’on va au bout de la logique, ou diviser le pays en gelant la situation. Dans les deux cas, nous ne serons pas capables d’en assumer les conséquences. A quel moment cette guerre sera-t-elle considérée comme gagnée ?

Faut-il assister en spectateur à l’écrasement de la rébellion libyenne par les troupes de Muammar al-Kadhafi ?

Non. Entre la guerre et le statu quo, il y a un espace d’actions : la reconnaissance du Conseil national de transition [l’instance politique des insurgés, ndlr] par la France était un geste politique important, qu’il faut poursuivre en soutenant militairement l’insurrection : lui fournir des armements et des conseils militaires pour rééquilibrer le rapport des forces sur le terrain, ainsi que des informations sur les mouvements et préparatifs des troupes adverses. L’embargo commercial, l’embargo sur les armes et le gel des avoirs du clan Kadhafi sont autant de moyens de pression auxquels le régime de Tripoli ne peut être indifférent.

Ne risque-t-on pas de laisser faire une tragédie ?

Prenez le Rwanda, souvent invoqué comme un exemple de ce qu’il ne fallait pas faire : l’ONU avait des soldats et les a retirés avant le génocide, ce qui est retenu comme la grande faute. Mais, pour compréhensible qu’elle soit, cette critique morale est aveugle au fait que, pour changer le cours des choses, il aurait alors fallu établir une tutelle complète sur le pays, ce qui est impossible. Selon moi, notre tort n’a pas été le retrait en 1994, mais l’intervention en 1990 pour sauver le régime en place, sous l’illusion de pouvoir imposer la paix. Il valait mieux accepter les violences du moment que de geler, pour un temps forcément limité, le rapport de forces. Ce sont les plus radicaux des deux côtés qui en ont tiré profit.

Même si l’on se contente d’interventions aériennes ?

Une opération aérienne n’a jamais permis de remporter une guerre. Cette illusion technologique relève de la pensée magique. Le bilan des interventions armées internationales montre que nous n’avons plus les moyens de décider ce qui est bon ou pas à l’étranger. Le remède est pire que le mal. A partir du moment où la force ne nous permet plus de faire avancer à notre convenance une histoire qui hésite, mieux vaut en éviter l’usage et rompre avec les rêves de la «guerre juste». En cette matière comme en d’autres, la politique de l’émotion est très mauvaise conseillère.

Est-ce une opposition de principe à toute intervention ?

Non, les Brigades internationales parties combattre en Espagne aux côtés des républicains, en 1936, sont un grand moment de solidarité internationaliste – mais sûrement pas de défense des libertés démocratiques ! – et j’applaudirais des deux mains l’idée de brigades internationales allant soutenir la rébellion libyenne. Mais les interventions étatiques sont une tout autre affaire ! J’ajoute que la morale est loin de trouver son compte dans les choix de situations justiciables d’une intervention internationale par rapport aux populations que l’on abandonne à leurs oppresseurs : la Tchétchénie, la Palestine, le Zimbabwe, la Corée du Nord, etc. Pour ne prendre qu’un exemple récent : parmi ceux qui appellent à une zone d’interdiction de survol au-dessus de la Libye, combien auraient défendu la neutralisation des forces aériennes israéliennes en janvier 2009 sur Gaza ou en août 2006 sur le Liban ?

Il n’y a donc pas de diplomatie des droits de l’homme possible ?

Allez demander aux manifestants du Bahreïn, réprimés par nos alliées les monarchies pétrolières du Golfe, ce qu’ils en pensent. Les Iraniens pourraient bien s’intéresser à leur tour à la défense des droits de l’homme dans la péninsule arabique. Non, les droits de l’homme ne sont pas une politique, et l’opposition canonique entre droits de l’homme et realpolitik est une impasse. Il y a une politique tout court, qui est l’art de vouloir les conséquences de ce qu’on veut. Les droits de l’homme sont convoqués ou révoqués à leur guise par les Etats.

Que dites-vous aux Libyens qui appellent l’Occident au secours ?

Je leur dis qu’ils se font des illusions sur notre capacité à redresser la situation à leur profit et que ce sont eux qui paieront le prix fort. Souvenez-vous que, en 2003, de très nombreux Irakiens étaient en faveur d’une intervention armée. Ils croyaient que les Américains couperaient la tête du tyran et s’en iraient. Les médecins savent, mais pas seulement eux, que donner l’illusion d’une protection peut être pire que ne pas donner de protection.

La reprise en main de la Libye par Kadhafi, n’est-ce pas la fin du printemps arabe, voire une menace sur les révolutions tunisienne et égyptienne ?

Je ne vois pas pourquoi. D’une part, ce n’est pas la situation en Libye qui déterminera à elle seule l’avenir démocratique des pays arabes ; d’autre part, on voit qu’à l’ombre de l’intervention en cours la répression s’abat sur d’autres manifestations dans les pays du Golfe. Par ailleurs, nous sommes bien placés, en France, pour savoir qu’entre la révolution et la démocratie, il y a du chemin à faire et des retours en arrière. Le printemps arabe n’échappera sans doute pas à cette règle. Je suis convaincu que le rejet des pouvoirs despotiques et corrompus est profondément inscrit dans l’ensemble des sociétés contemporaines, mais que c’est à elles de faire de ce rejet un programme politique.

Recueilli par Éric Aeschimann.


Grève pour les salaires dans la filière automobile dans le Calvados

24 mars 2011

Des grèves éclatent chez Inteva, à Esson, près de Thury-Harcourt, chez Honeywell à Condé-sur-Noireau. Chez Bosch, à Mondeville, le patron du groupe tient un discours menaçant qui s’apparente à du chantage préventif.

Chez Inteva-Esson (ex Arvin Meritor), les salariés et l’intersyndicale CGT, CFTC, CFDT et FO réclament une augmentation de 10 % des salaires. Le groupe américain Inteva a repris Arvin Meritor récemment et produit des lève-vitres électriques pour tous les constructeurs automobiles. Mais à Esson, près de Thury-Harcourt, les salariés sont payés beaucoup plus bas que dans d’autres usines du groupe. Le ras-le-bol est général. Les travailleurs réclament l’alignement et ils ont bien raison. Après un débrayage lundi, le mouvement, s’est étendu, 80% du personnel était en grève mardi. Depuis, les entrées et les sorties de camions sont bloquées. Dans l’automobile, les usines fonctionnement souvent à flux tendus, les stocks étant sur les routes, dans les camions. Les travailleurs le savent. Le blocage de la filière est une arme efficace pour faire pression. Le maire de droite de Thury-Harcourt, vice-président du Conseil général s’offusque de la grève. Dans un communiqué, il « exprimer [sa] consternation face à la situation de blocage imposée par les syndicats à l’entreprise Inteva d’Esson : cela s’apparente ni plus ni moins à un suicide collectif ». Une fois encore, on constate que le personnel politique de droite n’est rien d’autre que le porte-parole du patronat le plus rapace quand il s’agit de payer les salaires dûs aux travailleurs. Quand il s’agit « d’aider » les patrons à coup de subventions, ils répondent toujours présents pour aligner les millions. A quand un responsable politique qui refusera de céder au chantage du patronat et menacera de réquisition tous ceux qui empochent les aides mais licencient quand même, ou paient leurs salariés avec un lance-pierre ? En attendant, les travailleurs ont bien compris qu’ils n’ont rien à espérer des politiciens qui les appellent à reprendre le travail : ils ne peuvent compter que sur leur lutte !

Chez Honeywell-Condé-sur-Noireau (fabrication de plaquettes de freins), les travailleurs ne se contentent pas des toutes petites augmentations de salaire annoncées par la direction : 54 euros de plus par mois, avec un coup de pouce de 16 euros supplémentaires pour les salariés gagnant moins de 1 800 euros par mois, soit, au total 70 euros. Au nom de la crise, les salaires avaient été gelés en 2010. Les ouvriers réclament une augmentation mensuelle immédiate de 100 euros et la moitié d’entre eux sont en grève depuis le 14 mars. Pour l’instant, la direction joue le « pourrissement », quitte à perdre 80 % de la production journalière. Du coup, les travailleurs ont entamé un blocage des camions, comme à Esson.

Chantage à l’emploi

Chez Bosch-Mondeville, un dirigeant du groupe s’est déplacé pour tenir un discours plein de menaces à l’encontre des salariés, coupables de s’être mis en grève il y a un an. Selon le compte rendu de cette visite repris par les medias, pour le représentant de la direction, « le climat social fait partie des aspects décisionnaires à haut niveau : grève, cohésion, absentéisme. Un nouveau conflit social comme celui de l’an dernier compromettrait l’avenir [du site de Mondeville] » (Ouest-France du 24 mars). On sait que, le groupe Bosch est expert en matière de chantage. Mais les travailleurs savent aussi que la grève est coûteuse pour les patrons. Et la grève « tous ensemble », de toute la branche, encore plus.

En faisant grève pour que le blocage des salaires cesse, pour de vraies augmentations (100 euros, 200 euros, 300 euros…), les travailleurs ne réclament que leur part, alors que les profits des grands groupes augmentent, notamment ceux des donneurs d’ordre, les constructeurs automobiles.

Les situations étant les mêmes partout, il serait temps que les syndicats organisent une lutte commune dans toutes les entreprises de la filière.