« La révolution tunisienne n’est pas terminée « 

Un reportage de l’envoyée spéciale à Tunis de Nouvelobs.com.

A la Kasbah de Tunis dimanche soir 20 février.

Les manifestants étaient toujours dimanche à la Kasbah, à Tunis, avec les mêmes revendications, les mêmes besoins de liberté, les mêmes slogans…

Alors que l’attention s’est désormais tournée vers les mouvements de contestation en Libye ou au Maroc, les Tunisiens n’ont pourtant pas déposés leurs pancartes, dimanche 20 février. Au son des slogans chantés à tue-tête, ils étaient quelque 5.000 à la Kasbah à Tunis dans l’après-midi à refuser la tournure qu’a pris leur mouvement de contestation et à réclamer une Assemblée constituante. Pour tous ceux qui se sont déplacés, leur révolution a été volée.

« Annuler la constitution, c’est un devoir », « Instituer un régime parlementaire, c’est un devoir » ou encore « Où sont les promesses pour les martyrs et la protection de la constitution ? »… tels étaient les slogans chantés par les manifestants, bien décidés à ne pas se faire déloger. « On ne sent rien de concret depuis le départ de Ben Ali », affirme Omri Marwa, une manifestante. « Nous ne voulons pas les anciennes figures du régime et en particulier Ghannouchi. Nous avons manifesté pour qu’ils soient jugés et aujourd’hui beaucoup sont en liberté », affirme cette jeune femme qui soutient le mouvement pacifique qui s’exprime ce dimanche. Un mouvement que les soutiens du régime actuel voient comme l’action d’ultra-radicaux.

Des personnes indépendantes

« Comment se fait-il qu’on poursuive Trabelsi, le gendre de Ben Ali, pour fraude fiscale seulement avec toute la corruption et les vols qu’il a mis en place », souligne un jeune homme qui l’accompagne. « Il faut juger les anciennes figures du régime pour ce qu’ils ont fait », dit-il avant de souligner qu’à son avis « Ghannouchi ne peut pas être resté autant de temps auprès de Ben Ali et n’avoir rien à se reprocher ». « Il y a assez de personnes indépendantes aux mains propres pour le remplacer », assène-t-il.

Les manifestants échangent leur point de vue par petits groupes ou se relaient pour bloquer par leur présence les chars de l’armée dont ils redoutent le départ.

« Hier, au journal de 20h, on nous a menacés en affirmant que cette manifestation n’était pas autorisée », confie Omri Marwa. « On nous jette comme ça à la télévision que nous n’avons pas le droit de manifester, c’est pour cela que nous avons peur de la répression ce soir », dit-elle alors que la nuit est tombée. « Nous retenons donc les chars de l’armée qui eux sont là pour nous protéger. S’ils reçoivent l’ordre de partir, alors nous saurons que les BOB [brigades anti-émeutes, ndlr] seront sur le point de venir opérer leur répression ».

Un goût d’inachevé

Plusieurs personnes sont parties chercher leur sac de couchage. La nuit s’organise. Les manifestants ont décidé de rester jusqu’au lendemain pour marquer leur détermination à faire comprendre leurs revendications. « On nous ment encore », souligne une manifestante qui demande à rester anonyme. « L’Egypte va avoir une nouvelle constitution en dix jours et nous rien, nous n’avons même pas de date pour une élection présidentielle », regrette-t-elle. « Notre révolution a un goût amer d’inachevé ».

Les chants ne s’arrêtent pas. La bonne humeur ne se tarit pas en ce début de soirée, malgré les craintes pour le présent et pour l’avenir proche. « On veut nous diviser », affirme un jeune journaliste au chômage. « Le nouveau pouvoir en place agite le chiffon rouge de l’islamisme pour nous faire peur et calmer les demandes de changement », explique-t-il. « Nous préfèrerions que les vrais problèmes, comme la dissolution nécessaire du RCD, la libération des prisonniers politiques, ou les aides aux personne démunies soient abordés ».

Petit à petit, quand même, le nombre de personnes dans le froid de la Kasbah se restreint. Pour des raisons logistiques, des raisons de motivations, pour des raisons de fond aussi. Car certains redoutent une récupération politique de l’événement…

Céline Lussato

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