A Caen, des Tunisiens s’engagent dans le soutien à la révolution

Deux révolutions en quelques semaines ! Les plus enthousiastes sont les Tunisiens en France. Heureux et fiers, ils s’engagent aujourd’hui dans le soutien aux révolutions en cours en Tunisie et en Egypte, demain dans d’autres pays. A Caen, plusieurs ont participé à la création du Comité de soutien à la révolution tunisienne et arabe. Dans un reportage du magazine Côté Caen, ils témoignent.

Manon Loubet est allée à la rencontre des Tunisiens de Caen. Son reportage est paru dans Côté Caen le 15 février. Extraits.

Mohammed Hamdi est en doctorat de géographie à l’Université de Caen.

Ne pas se faire voler la révolution

J’étais en Tunisie juste avant la révolte, et j’avais vraiment senti que ça chauffait. Je viens de Thala, une ville du centre, dans la région de Kasserine, là où la révolte a vraiment pris le sens de la révolution. Deux amis à moi sont décédés. J’ai suivi la révolution au jour le jour, et la nuit, sur les blogs. Quand il y a eu des blocus sur les réseaux sociaux, nous les Tunisiens vivant à l’étranger mettions en ligne les vidéos pour nos camarades sur place. Franchement, sans internet et Al Jazeera, cette révolution n’aurait pas pu avoir lieu. Maintenant que Ben Ali est parti, il reste beaucoup de choses à faire. C’est à nous de ne pas nous faire voler la révolution, que ce soit par les islamistes ou par d’autres. Il faut qu’on mette en place des élections démocratiques dans huit mois, et que l’on laisse le peuple tunisien choisir. Car l’on sait que beaucoup de mains jouent derrière les coulisses, que ce soit les dictateurs du monde arabe, les multinationales ou les occidentaux. Il ne faut pas qu’il y ait d’ingérence. La révolution a été menée par une jeunesse laïque, enracinée dans une culture islamiste. Même si l’on ne veut pas des intégristes, la religion est très présente chez nous. Si le peuple tunisien choisit un parti religieux, il faudra l’accepter, ce sera son choix. Là, je pars pour deux semaines en Tunisie, voir comment ça se passe là-bas et étudier ce que l’on pourrait faire avec le comité de soutien caennais. Après, moi je finis bientôt mes études, et comme la situation a changé, je pense rentrer définitivement en Tunisie pour contribuer au développement de mon pays ?

Ezzedine Hosni est enseignant en commerce à Saint-Lô et à l’Université inter-âges de Caen.

Comme un nouveau né

Je me sens comme un nouveau né. Je suis hébété par cette révolution qui a surpris tout le monde. C’est un véritable miracle. Je l’attendais depuis tellement longtemps que je désespérais de la vivre un jour. Moi, j’avais 19 ans quand je suis parti de Tunisie. J’étais étudiant et on avait fait une manifestation contre Bourguiba qui s’était autoproclamé président à vie. La répression avait été féroce, et j’avais préféré partir. Notre peuple est amical et paisible, mais il a beaucoup souffert pendant un demi-siècle. Les inégalités étaient criantes durant le système Ben Ali, ses proches s’allouaient des pans entiers de l’économie tunisienne. Ben Ali contrôlait tout. Mais il n’a pas mesuré l’impact que pouvaient avoir les nouvelles technologies comme Facebook et Twitter. L’appareil internet a échappé à Ben Ali. Cette révolution me donne beaucoup d’espoir, même si la transition risque d’être longue. C’est pour ça que je m’investis dans ce comité caennais de soutien à la révolution tunisienne et arabe. Là, je vais à Tunis pendant une semaine, ma ville natale, pour trouver des moyens d’aider le peuple tunisien à aller vers la démocratie. Je vais essayer de rentrer en contact avec des réseaux locaux, on pourra peut-être apporter une aide ponctuelle, qu’elle soit matérielle ou morale…

Ahmed Rekik (à gauche) est étudiant en IUT qualité logistique industrielle à Alençon et Ahmed Meslemani est étudiant en Licence de mathématiques à l’université de Caen.

Avant, les Tunisiens ne parlaient que de foot…

On vient tous les deux de Sfax, une ville côtière de la Tunisie. C’est une ville qui profite beaucoup du tourisme, qui n’a bougé qu’après les autres. Mais nous avons beaucoup de familles et d’amis là-bas qui ont participé à la révolte. On a suivi minute par minute le mouvement. Même nous qui n’avons que 21 ans et qui sommes proches des jeunes, on n’avait jamais imaginé un tel soulèvement. On attendait la mort de Ben Ali avec impatience, mais on ne s’attendait pas à une telle révolution. La situation aujourd’hui est complexe, il va falloir organiser des élections démocratiques. Avant, les Tunisiens ne parlaient que de foot, aujourd’hui, ils ne parlent plus que de politique ! C’est hallucinant ! On aurait tellement aimé être là pendant la révolution, partager cet événement historique avec les Tunisiens. C’est pour ça que l’on s’engage dans le comité de soutien. Nous ne pensons pas revenir en Tunisie avant cet été, et beaucoup de choses ont le temps de changer…


Les prochaines dates du Comité de soutien :

– mardi 22 février : réunion du comité, 18h30, salle de la Maison de quartier du Calvaire Saint-Pierre (arrêt de tram « Calvaire Saint-Pierre »). Réunion ouverte à tous et à toutes.
– samedi 26 février : rassemblement-manifestation-distributions de tracts, 15h place Bouchard, Caen.
– en préparation : une réunion publique avec Ezzedine Hosni et Mohammed Hamdi de retour de Tunisie.
– à noter aussi : la journée internationale de solidarité avec les luttes des peuples arabes et africains, le 20 mars prochain, à l’appel de l’Assemblée des mouvements sociaux réunie à Dakar à l’occasion du Forum social mondial.

Pour tout contact : collectif.tunisie14@yahoo.fr


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