Université de Caen : la police sur le campus

Dès six heures mardi matin, police et gendarmerie sont intervenues sur le campus 1 de l’Université de Caen pour évacuer… des bâtiments presque vides.

Lundi, une assemblée générale ayant réuni peu d’étudiants et plutôt partagée s’était prononcée pour le blocage du campus 1. Mais dès le soir, le comité de lutte renonçait à occuper les bâtiments Sciences et Lettres, dont le blocage dans la durée s’avérait difficile. Et aussi pour éviter tout débordement et des violences inutiles qu’aurait pu entraîner l’agressivité des partisans de la réforme de Sarkozy.

La Présidente de l’Université n’en a pas moins jugé utile de faire intervenir massivement les forces de l’ordre. Inconséquence, ou volonté de montrer que le pouvoir, même un pouvoir illégitime et discrédité, a finalement toujours raison ? Toujours est-il que le campus avait drôle d’allure ce mardi matin, avec ce déploiement policier sans objet, avec des contrôles d’identité parfaitement déplacés, surtout quand ils visaient des étudiants bien pacifiques en train de distribuer des tracts !

La répression n’empêchera pas que la jeunesse lutte pour ses revendications

Le pouvoir pense peut-être en finir avec la mobilisation étudiante en faisant intervenir les forces de police. Quel espoir dérisoire ! Samedi et dimanche dernier, la deuxième coordination nationale étudiante a réaffirmé des objectifs qui resteront ceux de la grande majorité des étudiants, quelles que soient les péripéties des longs débats sur les « blocages ». Ces objectifs restent, en premier lieu, le retrait de la réforme, le vote par le Parlement et la validation du Conseil constitutionnel n’y changeant rien ; mais aussi : la prise en compte des années d’étude, de stage et d’inactivité forcée pour le calcul des annuités ainsi que le refus de l’augmentation de ces annuités, pour pouvoir bénéficier d’une retraite à 60 ans à taux plein (lire l’appel de la coordination, ci-dessous)

La deuxième coordination étudiante avait aussi pleinement conscience que la mobilisation de la jeunesse s’effectue dans un contexte de dégradation générale du marché du travail qui la condamne massivement au chômage et à la précarité. C’est pour cela qu’elle inclut dans la plate forme de lutte la revendication d’un « pré-salaire d’autonomie ». Cette revendication concerne toute la jeunesse qui refuse l’avenir de misère que le capital lui réserve. Toutes les forces du mouvement étudiant devraient maintenant s’unir pour une lutte résolue et de longue haleine pour gagner sur cette revendication. Pour leur part, les militants et les militantes du NPA en seront !

Même si elle a réuni seulement 20 universités en lutte, la coordination étudiante trace la voie pour continuer la lutte, en lien avec les échéances de mobilisation concernant le monde du travail. Un programme prometteur !


APPEL DE LA COORDINATION NATIONALE ÉTUDIANTE DE VILLETANEUSE DES 6 ET 7 NOVEMBRE

Nous, étudiants de 20 universités réunis en coordination nationale à Villetaneuse les 6 et 7 novembre 2010, appelons les étudiants à poursuivre la mobilisation contre la réforme des retraites sur les universités.

La réforme des retraites portée par Nicolas Sarkozy constitue une régression sociale sans précédent. Non seulement elle ne garantit pas l’avenir des retraites, mais elle fait reposer l’essentiel des efforts sur les salariés. Cette réforme va maintenir les salariés plus longtemps en activité, sans rien régler au chômage des seniors et va contribuer à fermer un peu plus les portes de l’emploi aux jeunes. Nous refusons cette vie de précaire dans laquelle le gouvernement veut nous maintenir.

Par ailleurs cette réforme ouvre encore un peu plus la voie à la privatisation du système des retraites. Par le relèvement de l’âge légal de départ à la retraite et l’allongement de la durée de cotisation, c’est bien la baisse des pensions et la capitalisation que souhaite mettre en place le gouvernement.

Par la mobilisation étudiante, les jeunes démontrent qu’ils refusent de servir d’alibi au gouvernement. Cette réforme sonne pour les jeunes comme une double peine : plus de chômage en début de carrière et moins de retraites demain. C’est pour cela que 74% des moins de 25 ans s’opposent aujourd’hui au recul de l’âge légal de retraite de 60 à 62 ans et que les étudiants dans leur grande majorité soutiennent la mobilisation actuelle. Par sa mobilisation, la jeunesse a joué un rôle central dans ce mouvement. Donnant confiance aux salariés en grève, elle a participé à donner un profil combatif et de masse à la mobilisation. Au delà de la réforme des retraites, la colère de la jeunesse n’est pas manipulée. Elle exprime un ras le bol de cette société et de l’avenir de misère qu’on lui réserve.

Le gouvernement a fait le choix de passer en force au parlement pour faire adopter son texte, au mépris de la puissante mobilisation des jeunes et des salariés l’amenant à faire le choix de la répression, y compris envers les mineurs, à encourager les violences policières, les arrestations abusives, à débloquer illégalement les piquets au mépris du droit de grève. C’est inadmissible. Mais si le gouvernement a gagné un vote dans l’hémicycle, il a perdu une bataille essentielle, celle de l’opinion. Le mouvement social contre la réforme reste soutenu par près de 70% de la population, et par la majorité des étudiants. Même adoptée, cette réforme reste injuste aux yeux du plus grand nombre et le gouvernement a perdu toute légitimité aux yeux des jeunes et des salariés. Cette mobilisation historique est riche d’enseignements. Les grèves reconductibles dans de nombreux secteurs salariés ont déstabilise le gouvernement et montré que c’était le moyen le plus efficace pour gagner. L’absence de démoralisation massive montre que, par ce type de scénario, un mouvement d’ensemble des jeunes et des travailleurs, la perspective d’infliger une défaite au pouvoir reste d’actualité.

Malgré les vacances et le vote de la loi, 2 millions de personnes ont à nouveau manifesté jeudi 28 octobre, pour la 7eme journée de mobilisation. Nous étions également 1,2 millions le 6 novembre.

Les raisons profondes qui ont amené des centaines de milliers de jeunes à descendre dans la rue sont loin d’être réglées. Nous maintenons notre exigence à la reconnaissance et à la protection sociale, notre aspiration à l’autonomie. Ces questions ne se régleront pas dans un énième débat sans perspective sur l’emploi des jeunes. Après avoir refusé de servir d’argument à cette contre-réforme, ils refuseront que leur situation soit utilisée pour une quelconque sortie de crise. Au coté des salariés et de leurs organisations, la coordination appelle les étudiants à poursuivre la mobilisation et à se joindre aux initiatives unitaires. Nous devons d’ores et déjà préparer les étudiants aux futures dates de mobilisation du 16 novembre et de celle qui aura lieu la semaine du 22 novembre.

Nous appelons l’ensemble des étudiants à participer aux assemblées générales ainsi qu’à leur organisation partout en France, afin de se mettre en grève et de manifester le mardi 9 novembre prochain. Des liens entre étudiants et secteurs mobilisés doivent continuer d’être développés en participant aux AG interprofessionnelles.

Nous exigeons :

– Le retrait de la réforme des retraites sans négociation.

– La prise en compte des années d’étude, de formation, de stage et d’inactivité forcée dans le calcul des annuités ouvrant droit à une retraite pleine.

– La retraite à 60 ans à taux plein

– Un pré-salaire d’autonomie

– Égalisation des salaires des femmes et des hommes

– Refus des 42 annuités de cotisation


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