Stopper l’offensive du gouvernement

29 août 2010

La deuxième Université d’été du NPA s’est terminée samedi soir à Port-Leucate. Un succès, avec de 1100 à 1200 participants, 75 ateliers et tables rondes pour progresser dans l’élaboration collective du programme du NPA. L’Université d’été était centrée aussi sur les combats de la rentrée. Une rentrée à l’heure, avec les deux premiers rendez-vous dès samedi 4 septembre, contre la politique sécuritaire et raciste du gouvernement, et mardi 7 septembre pour le retrait du projet de loi sur les retraites. Dans ces combats, le NPA jettera toutes ses forces ! Faire reculer le gouvernement, affaiblir la droite et le Medef, c’est possible !

En plein été, Nicolas Sarkozy a lancé sa campagne présidentielle de 2012. Lui et ses porte flingues multiplient les propos xénophobes et sécuritaires, proposant même d’appliquer une grande partie du programme du Front National.

Ses cibles privilégiées sont les immigrés, les roms, les gens du voyage, les jeunes des quartiers. S’inscrivant dans la continuité du débat nauséabond sur l’identité nationale L’équipe Sarkozy Hortefeux entend peaufiner une identité « à droite de la droite ». A quand l’entrée de Marine Le Pen au gouvernement ?

A grand renfort de caméras, la chasse aux roms a été lancée en plein mois d’aout : démantèlement des camps, expulsions des Roms vers la Roumanie. Ceci rappelle de bien mauvais souvenirs. Quand aux gens du voyage, non expulsables car français, ils sont chassés des terrains qu’ils occupent faute d’aires d’accueil en nombre suffisant. Cette opération politique pue la discrimination raciale, utilisant les Roms et les gens du voyage comme boucs émissaires.

Cette politique sécuritaire et raciste écoeurabte est l’autre face de la politique libérale du gouvernement. Alors qu’il casse la protection sociale et veut imposer sa loi sur les retraites , le gouvernement tente de diviser la population.

Notre réponse, c’est la mobilisation sociale : dans la rue le 4 septembre, puis le 7 septembre, pour faire reculer le gouvernement, pour affaiblir le camp d’en face.

Pour gagner, il faudra continuer la mobilisation, la plus unitaire possible, multiplier les grèves et les manifestations, jusqu’à la grève générale.

A voir, sur NPA-TV, les premières vidéos de l’Université d’été :

http://www.npa2009.org/npa-tv/

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Expulsion du Pavillon Noir

25 août 2010

« Des squats culturels possibles et souhaitables », vraiment ?

Bien qu’ayant des divergences politiques entre militants du NPA et la majorité des personnes participant à la vie du « Pavillon Noir » (rapport au Pouvoir(s), participation aux élections notamment) cela n’empêchait pas des discussions sincères entre nous, de se rejoindre sur des luttes communes, d’être solidaire face à la répression des mouvements sociaux ou l’arrêt d’expériences alternatives comme l’expulsion du « Pavillon Noir » ce mardi 24 août.

Lieu alternatif et politique qui a permis à plus d’une centaine de sympathisants de se rencontrer lors des différentes activités proposées par le « Collectif du Pavillon Noir » (projection de films /documentaires, débats, théâtre, slam et différents ateliers : jardinage, réparation de vélo, couture, etc…), le « Pavillon Noir » a donc été expulsé à 6h ce matin par un important dispositif policier (une soixantaine de policiers, dont une compagnie de CRS) à la demande de la municipalité caennaise, propriétaire du lieu.

Cette expulsion est pourtant contraire aux engagements pris lors de la campagne des municipales de 2008, par la voix de Gilles DETERVILLE dans un communiqué au titre éloquent : « Des squats culturels possibles et souhaitables » publié sur le site du Parti Socialiste pour les élections municipales de 2008 Le Maire-Adjoint de la Ville de Caen

critiquait la décision d’expulsion du squat « La Mauvaise Herbe » par la droite qui détenait à l’époque la majorité municipale, et proposé de laisser libre cours à ce lieu culturel et alternatif.

Un électoralisme en remplacerait-il un autre ?

La majorité municipale (PS, PRG, MRC mais aussi Verts et PC) a semble-t-il changé son fusil « électoraliste » d’épaule entre cette époque et maintenant. Rechercherait-elle les suffrages d’un électorat trop porté sur les questions de sécurité  pour les prochaines élections municipales ? Aurait-elle peur d’une campagne médiatique sécuritaire de la part de la droite locale pour ces prochaines élections ? Un lieu qui ne serait pas que « culturel » mais aussi en opposition « politique » avec cette majorité gênerait-il ?

Les promesses du socialisme de cette « gauche plurielle municipale » (rebaptisé semble-t-il : « Gauche Solidaire » pour les prochaines élections) ne semble pas supporter « l’épreuve du Pouvoir ». Un PS trahissant ces promesses, des satellites politiques Verts et PC obligés d’avaler des couleuvres l’histoire de la gauche plurielle semble se répéter.

L’intérêt d’un lieu d’autonomie et d’expérimentations.

Loin de tout  électoralisme saugrenu, à quoi bon rechercher les suffrages des militants du « Pavillon Noir », qui sont pour la plupart abstentionnistes… L’importance de ce lieu était dans sa nature même.

La « Pavillon Noir » était un espace d’autonomie et d’expérimentation ici et maintenant.

Avec toutes ses limites actuelles, le champ des mouvements squats, mais aussi celui de l’économie sociale et solidaire, des expériences pédagogiques alternatives, des universités populaires, etc., ou de manière totalement différente, les organismes de sécurité sociale, constituent des formes de production et de consommation disposant d’une autonomie variable et partielle mais réelle par rapport à la logique du capital et à celle des institutions étatiques. En dépit de leurs limites, ces opportunités d’expérimentations ont pour nous une importance cruciale. C’est là et seulement là qu’il est possible d’expérimenter des formes d’organisation de la production, de l’échange et de la prise de décision qui constituent les pièces indispensables à la construction d’une alternative globale. C’est là et seulement là qu’il est possible faire des tests et ainsi accumuler des bilans d’alternatives partielles susceptibles d’être redéployés à plus grande échelle au cours du processus de transformation sociale. Par ailleurs, pour des militants de la gauche radicale, c’est aussi un moyen d’accroître la crédibilité politique d’une alternative au capitalisme. Construire du palpable, résoudre des problèmes immédiats sans passer par la case « revendication », c’est aussi un moyen d’un réenracinement politique, social et culturel de l’anticapitalisme.

_ Nous invitons donc les militants et les sympathisants du NPA  à exprimer leur solidarité en rejoignant les rendez-vous proposé par le Collectif du Pavillon Noir.

A savoir :

*le samedi 28 août à 15 heures place Bouchard (centre-ville) avec table de presse et café.

* Jeudi 26 août sur le marché de la Guérinière à partir de 10h30.

* Dimanche 29 août à partir de 10h30 nous serons sur le marché de Caen (tour Leroy).

_  Nous dénonçons cette expulsion, contraire aux promesses électorales de la majorité municipale, c’est un fait, mais qui s’ajoute au climat sécuritaire actuel. A l’heure où le gouvernement déplace le débat pré-présidentiel sur la Sécurité pour mieux éviter les thèmes essentielles : la Crise économique, la Vie Chère, la Casse des Services Publics, la Précarité des jeunes bref  cette Insécurité Sociale qui nourrit l’insécurité publique tant surannée par le gouvernement. Une vrai gauche devrait s’attaquer à cette Insécurité Sociale plutôt que de faire jeu de la droite en allant dans la surenchère sécuritaire.

_ Enfin, nous espérons que les sympathisants du « Pavillon Noir » liront bien l’invitation du camarade « socialiste » Gilles Deterville : « Vouloir étouffer ou couper cette Mauvaise Herbe est à la fois inopérant et surtout vain car d’autres initiatives viendront naturellement à naître. »


Déclaration d’Olivier Besancenot. « Lepénades » gouvernementales en série

10 août 2010

L’UMP et le gouvernement se livent cet été à un concours de « lepénades » dangereux et nauséabond. Après Hortefeux et la dénaturalisation et Lefebvre faisant le lien entre délinquance et immigration, c’est Ch. Estrosi, ministre de l’industrie, qui n’a jamais levé le doigt face aux patrons voyoux licencieurs, qui demande de choisir entre être« Français et voyou » (sic !), sans parler du député Eric Ciotti qui veut enfermer les parents d’enfants délinquants.

Et pourquoi pas ne réserver la nationalité aux policiers ?

Ce mélange intolérable des genres démontre que la droite au pouvoir est prête à tous les amalgames racistes pour tenter de dissimuler les déboires économiques et judiciaires du gouvernement.

Jusqu’où iront-ils ?

Désormais, plus rien ne s’oppose vraiment à l’entrée de Marine Le Pen au gouvernement lors du prochain remaniement.

Pour dénoncer la politque sécuritaire et raciste du gouvernement, le NPA appelle à manifester massivement le 4 septembre et à remettre la question sociale au coeur du débat politique le 7 septembre par la grève contre le projet de loi sur les retraites.

Le 10 septembre 2010.


Pistes pour un anticapitalisme vert, par Vincent Gay

6 août 2010

A lire, l’introduction de l’ouvrage coordonné par Vincent Gay et paru chez Syllepse dans la collection « les cahiers de l’émancipation ».

Ecologie par temps de crise

1989-2009, du monde libre à un monde en crise. A quelques semaines près, l’anniversaire de la chute du mur de Berlin a coïncidé avec le sommet de Copenhague. Vingt ans qui ont ébranlé le monde et décillé bien des yeux.

A Copenhague, même les observateurs les plus déférents vis-à-vis des grands de ce monde n’ont pu voir qu’un échec. Car après quinze jours de tractations, rien ou presque qui ressemble à un accord global de réduction des émissions de gaz à effet de serre n’a pu être présenté au grand public. Mais ce fut tout de même une grande leçon sur l’état du monde et de ses classes dirigeantes. Ce devait être le sommet de la dernière chance. Mais la chance attendra, l’histoire repassera les plats, dans un an ; ou plus tard. L’incapacité des gouvernements à trouver un accord à Copenhague illustre que la réorganisation géopolitique et les rapports de force entre grands pôles sont loin d’être stables. Absence d’un leadership incontestable, retard pris par les Etats-Unis dans certains secteurs économiques, énergétiques notamment, émergence de puissances considérées encore il y a peu comme en voie de développement… rien ne marche plus comme avant. Et il n’est pas certain que la nouvelle géographie qui s’esquisse sous nos yeux à la faveur des négociations climatiques se fasse sans tiraillement ni conflits profonds, au-delà des formes les plus exacerbées que sont les guerres sans fin menées au nom de la liberté. Seules certitudes : les secrets d’alcôve entre puissants ne sauveront pas la démocratie ; la marchandisation du carbone ne préservera pas les équilibres climatiques ; l’extension des privatisations aux biens publics de l’Humanité seront des coups de canif, ou plutôt de hache, supplémentaires contre les droits sociaux.

Si la fin de l’histoire n’est pas pour demain, le capitalisme butte aujourd’hui sur des contradictions auquel il n’était pas habitué. Nos sociétés sont traversées par des crises multiples, de nature différente, qui parfois se recoupent, mais conservent également leur part d’autonomie. Crise climatique, crise financière et économique ; la première donne lieu un immobilisme consternant quand la seconde remet au goût du jour un interventionnisme Etatique pourtant traditionnellement peu prisé dans les cercles libéraux. Question de priorité. Mais ces crises, quelles sont-elles ? Car à force d’en parler, on finit par oublier de quoi on parle. Devenu un mot fourre-tout, l’usage permanent du terme « crise » finit par brouiller les cartes, à en faire un phénomène impalpable qui pèse inéluctablement sur les populations, pendant que les vigies du capitalisme scrutent l’horizon pour en discerner le début de la fin. Si crise il y a, il faut bien pourtant en préciser les termes et les causes. Or les dégradations environnementales, les dérèglements climatiques sont bien plus qu’une bourrasque passagère, mais constituent bien un bouleversement profond et rapide qui met en accusation les modes de production capitalistes.

Les parangons du libre-échange, un peu revenus de leur fiévreux enthousiasme des années 1980 et 1990, ne veulent que regarder que par un petit bout de la lorgnette, celui de la dite crise financière. Ainsi les commentateurs officiels oscillent entre catastrophisme résigné, quand il s’agit d’expliquer que les plans sociaux vont se poursuivre et s’amplifier, et discours rassurants quand des élections se profilent ou que des sommets internationaux affichent leur volontarisme. Mais de quelle crise parlent-ils ? Celle des subprimes, ce grand casino du crédit, qui par des mécanismes douteux s’est rapidement étendue sur la planète ? Celle qui conduit des centaines d’entreprises à fermer et à jeter les travailleurs dans le caniveau de la mondialisation ? Il suffirait alors de corriger quelques traits excessifs du capitalisme financier, de réinjecter quelques milliards (les mêmes qu’on ne pouvait trouver pour éradiquer la faim dans le monde), et de trouver quelques recettes pour la relance. L’urgence écologique prend dans ce contexte un rôle particulier. De problème elle est devenue solution, puisque les investissements verts pourraient devenir le nouveau cœur d’accumulation et de profits. Qui pourrait alors reprocher aux Etats et aux industriels de tels choix : sauver le capitalisme, sauver la planète, le tout dans une fraternité retrouvée puisque la crise incite à se serrer les coudes et à faire fi des divisions sociales et des inégalités croissantes.

Décidément, ni l’histoire, ni la mémoire, ni même le souci d’analyse concrète d’une situation concrète ne sont l’apanage des classes dominantes. Les idoles d’hier se sont évaporées, on essaye de faire surgir leurs fantômes, légèrement relookés. Les Trente Glorieuses étaient tellement séduisantes, il doit bien être possible de les ressusciter sous de nouveaux habits. Il suffit de trouver les gadgets modernes qui permettront d’amorcer une nouvelle phase d’expansion du capitalisme. Mais c’est passer un peu vite sur un certain nombre de réalités, en particulier sur la façon dont la précédente grande crise, celle des années 1970, a permis de donner au système un nouveau souffle sans s’embarrasser de compromis sociaux. La révolution conservatrice, dont plus personne aujourd’hui ne semble se réclamer, n’est pas née dans les cerveaux malades de Ronald Reagan ou Margaret Thatcher, elle a correspondu à des rééquilibrages dans la sphère économique qui nécessitaient un rapport de force bien plus défavorable au monde du travail que dans les années précédentes.

Il faut bien partir de là pout tenter de situer le moment dans lequel nous nous trouvons et donner ainsi, de façon non exhaustive, quelques éléments de contexte.

Le compromis Fordiste basé sur une hausse des salaires et de la consommation permettait d’écouler la production des pays du centre, l’Etat providence se chargeant de réguler cette croissance et d’organiser la répartition des revenus en prenant en compte les rapports de force entre classes établis après 1945. Aujourd’hui, si le principe d’une hausse continue de la consommation est toujours en vigueur, car inhérent au capitalisme, le crédit occupe la place que le salaire tenait durant la période Fordiste. La compression salariale est compensée par un recours toujours plus important au crédit, un « compromis libéral » remplace le compromis fordiste, mais la crise des subprimes révèle l’impasse de ce modèle.

La crise en cours marie les caractéristiques des périodes de récession et d’expansion. Les profits demeurent voire s’amplifient mais le chômage et les inégalités ne cessent de croitre, les services publics sont détruits, les droits sociaux quotidiennement attaqués…(1)

L’expansion géographique du capital lui est consubstantielle. La période qui a suivi les décolonisations puis le décollage des géants économiques hors des pays traditionnellement dominants a engendré une nouvelle phase de cette expansion. Cela a permis de capter une énorme force de travail à bas coût et un développement industriel dans des zones jusqu’ici non intégrées au système. Mais des problèmes apparaissent alors. D’une part ces pays ne constituent pas des marchés intérieurs suffisamment importants pour absorber la production ; d’autre part la production à moindre coût de produits manufacturés provoque une concurrence croissante avec les productions des pays industrialisés. On assiste à un afflux de marchandises que de moins en moins de personnes vont pouvoir acheter, cela conduisant à une crise de surproduction.

Mais cette crise de surproduction est la première à être véritablement enchâssée dans une crise écologique globale. Bien que multiforme, cette crise est surplombée par les changements climatiques dont les conséquences, et donc les réponses à y apporter, touchent tous les domaines de l’activité humaine et économique, tout ce qui peut affecter les équilibres environnementaux : montée des eaux, sécheresses, inondations, ressources en eau, productivité agricole, biodiversité (2), phénomènes météorologiques… Les populations les plus pauvres sont bien entendu les premières menacées par les nouveaux risques climatiques. Mais, nouveauté, un certain nombre de politiques à prétention environnementale, peuvent devenir une arme contre les groupes et les classes subalternes, au Sud comme au Nord.

On peut faire le constat que cette crise écologique n’a pas que des dimensions strictement environnementales, mais qu’elle impacte profondément un certain modèle de développement capitaliste et productiviste, qu’elle touche aux racines civilisationnelles des sociétés dites développées. A ce titre la situation actuelle de l’industrie automobile peut être considérée comme paradigmatique. Celle-ci a été un moteur de la croissance des Trente Glorieuses, d’un point de vue économique bien sûr, mais aussi comme symbole de ce que la période pouvait offrir de mieux aux populations pauvres ou riches des pays industrialisés. Ce mouvement de développement massif de la voiture individuelle pour tous a forgé de nouvelles formes d’organisation du travail, a modelé les espaces et les esprits, les villes et les loisirs. Avec huit millions de salariés dans le monde et 2000 milliards de chiffre d’affaires en 2007(3), l’industrie automobile a été un vecteur de primo-industrialisation dans de nombreux pays et bien souvent le creuset de mouvements ouvriers naissants. Mais l’automobile se trouve aujourd’hui à l’intersection de la crise économique et de la crise environnementale : la crise de débouchés n’est pas seulement liée au manque de solvabilité d’une potentielle clientèle ; la raréfaction des ressources naturelles, l’absence d’anticipation, l’impasse du mythe de la voiture propre rendent inenvisageable un nouvel essor massif de la voiture individuelle. C’est là un pilier du système industriel qui s’effondre lentement. C’est sans doute ce qu’ont compris les paysans indiens de l’Etat du Bengale occidentale qui n’ont pas cédé aux promesses enchantées des créations d’emplois et ont mené pendant plusieurs semaines une lutte, finalement victorieuse, contre l’implantation sur leurs terres de l’entreprise Tata, constructeur de la voiture la moins chère au monde.

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs » sermonnait solennellement Jacques Chirac en 2002. Aujourd’hui l’incendie atteint les fondations, les dirigeants du monde disent avoir les yeux braqués sur les flammes mais leur lance à incendie est sacrément percée. Il n’est qu’à voir la part des sommes investies dans les plans de relance consacrée à la baisse des émissions de gaz à effet de serre : selon une étude de WWF, ces sommes constitueraient au maximum 15 % du plan de relance en Allemagne, 7,5 % aux Etats-Unis, 6 % en France ; dans d’autres pays, ces dépenses se situent au même niveau que les investissements pour des mesures ayant un impact négatif quant à la réduction des gaz à effet de serre, comme en Grande-Bretagne. Dans d’autres encore, les dépenses liées aux impacts négatifs sont plus importantes que celles allouées aux mesures environnementales ; c’est notamment le cas en Italie (4). Il semble pourtant régner un certain consensus sur les grandes orientations économiques et industrielles, les différences se situant dans la part de « vert » dans les plans de relance. Quand le G20 parle de « reprise verte et solidaire », Alain Lipietz en appelle à un « New Deal vert », reprenant ainsi les termes de Nicolas Sarkozy lors du Grenelle de l’environnement, antérieur à l’éclatement de la crise financière. Europhile convaincu, l’économiste écologiste estime que la priorité est à chercher dans une réforme institutionnelle de l’Union Européenne, dont le traité constitutionnel doit être la base, afin de renverser les rapports de pouvoir entre élus et technocrates et promouvoir un élargissement des pouvoirs communautaires et un grossissement du budget européen. Tout ne serait alors que question de taille des investissements et de rapidité des politiques qui seront nécessairement menées, si de bonnes majorités sont élues (5). Balayées les contradictions entre le temps court de la « concurrence libre et non faussée », ignorées les orientations européennes visant à attribuer une valeur économique aux « services rendus par la nature ». Il faudrait revenir plus longuement sur les politiques menées par l’UE, par exemple en matière de transports, de logements, d’agriculture, d’énergie… pour constater que l’optimisme ou les espoirs placés dans les orientations environnementalistes de l’Union Européenne sont dénuées de fondement. Il n’est qu’à voir les objectifs du paquet climat-énergie adopté, hasard du calendrier, en décembre 2008, inférieurs aux recommandations les plus basses du Groupe Intergouvernemental d’Experts sur le Climat (GIEC) et qui risquent de faire des mécanismes marchands de réduction des gaz à effet de serre l’axe central des politiques communautaires, malgré un bilan largement négatif (6). La révolution Obama de l’autre coté de l’Atlantique n’invite à guère plus d’optimisme. Si la rupture avec l’ère Bush est indéniable, la nouvelle doctrine énergétique, synthétisée dans le « clean Energy and Security Act » adopté de justesse en juin 2009, vise d’abord à repositionner les Etats-Unis économiquement et géostratégiquement en cassant la dépendance vis-à-vis du pétrole Moyen-oriental et en développant d’autres secteurs énergétiques (renouvelables, agrocarburants, charbon « propre »).

Qu’il existe un relatif consensus, au-delà des jeux de concurrence, au sein des classes dominantes quant aux manières de faire face aux crises économique et environnementale, nul ne saurait s’en étonner ni s’en offusquer. Ce qu’on doit interroger par contre, ce sont les raisons qui ont étendu un tel consensus aux mouvements écologistes dans leur diversité. Si l’écologie associative née dans le souffle de mai 68 n’était pas nécessairement anticapitaliste et révolutionnaire, elle portait une part de subversion saillante (7) qui s’est peu à peu perdue dans les marais des institutions et des bureaux d’expertise. L’entrée sur la scène politique des militants environnementalistes au cours des années 1980 aurait pu donner une assise idéologique et militante à une écologie politique à même de saisir les nouveaux enjeux auxquels allaient avoir à faire face les militants. Mais les logiques dominantes ont une nouvelle fois été les plus fortes, et il est instructif de saisir en même temps les évolutions idéologiques du parti Vert et les trajectoires militantes (8) qui ont conduit à faire des institutions le lieu quasi unique d’une stratégie politique de plus en plus conformiste : « les Verts se sont transformés en un parti d’élus et de collaborateurs d’élus et ont évolué d’un réseau militant à un parti radical de gauche de l’environnement », dont la base sociale a évolué et est désormais « sensible aux sirènes centristes » (9). Cette évolution se manifeste également dans bon nombre d’ONG environnementalistes qui se refusent à créer les conditions d’une mobilisation populaire en faveur du climat, arguant de l’efficacité du lobbying et du caractère irréaliste des propositions de rupture avec le productivisme capitaliste. Ce constat sans appel ne doit pas empêcher les anticapitalistes de balayer devant leur porte. Si le vide stratégique, au-delà de l’intervention institutionnelle, qui caractérise les Verts et un certain nombre d’associations environnementalistes est patent, un certain nombre de questions restent en suspens pour ceux et celles qui se posent en alternative. A titre de contre-exemple, le socialisme bureaucratique n’a fait que copier, souvent en pire, les modes technologiques et énergétiques des pays occidentaux, provoquant ainsi gaspillages et catastrophes écologiques ; comme quoi la question de la propriété privée ou publique des moyens de production ne peut se suffire à elle seule. De même, le mot d’ordre de « redistribution des richesses », demeure aujourd’hui très limité tant il ne dit rien de la conception de la richesse et de la façon de produire qu’une société émancipée devra définir. Parmi les questions en suspens, on peut également mentionner celle de la base sociale censée portée une politique écologiste radicale. Si la figure du consommateur est souvent mobilisée dans les sphères écologistes, c’est qu’elle permet d’éviter de parler des phénomènes touchant à la sphère de production. Mais comment défendre alors un projet porté par les travailleur-se-s, qui ne soit pas un simple verdissement d’un anticapitalisme traditionnel et peu imaginatif, mais qui fasse de la crise environnementale un des points de départ de sa compréhension du monde et de son activité militante. Autrement dit, comme traduire en termes pratiques et militants l’écologisation du marxisme afin de fonder une écologie des producteurs (10) ? Nous proposons dans cet ouvrage deux contributions, l’une autour de la santé des salarié-e-s (11), l’autre consacrée à l’émergence de l’écosyndicalisme face aux changements climatiques (12), qui offrent un certain nombre de perspectives en prenant comme point de départ le monde du travail, le lieu de la production. Ecologiser le mouvement ouvrier est une nécessité pour son avenir et doit inciter à reprendre un certain nombre de débats, programmatiques (13) mais aussi organisationnels, ou s’agissant des pratiques militantes. Par ailleurs cela nécessite un mouvement ouvrier (au sens large : partis, syndicats, associations…) qui ne limite pas son activité aux lieux de travail mais qui soit à même de prendre en charge un certain nombre de questions, qu’il s’agisse des plus quotidiennes (qualité des logements, choix des modes énergétiques, circulation urbaine…) aux plus vastes (quelle planification en vue de réduire les émissions de gaz à effet de serre, par exemple). On voit là l’ampleur des défis ; mais la compréhension de l’urgence, cette crise écologique qui nous mord la nuque, peut être un bon stimulant pour opérer la révolution culturelle dont l’anticapitalisme a besoin.

Vincent Gay

Notes

(1) Cf. Daniel Tanuro, « Alternative sociale et contrainte écologique », 2008, http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article12340

(2) Voir dans cet ouvrage Armand Farrachi, « Défendre la biodiversité : un combat politique prioritaire »

(3) Cf. Jean-Claude Vessilier, « Automobile : la fin d’un cycle », Inprecor n° 545/546, janvier-février 2009

(4) Trois études (de HSBC, du Fonds Mondiale pour la Nature, et du WWF) présentent des données différentes sur la dimension verte des plans de relance. On peut les consulter sur http://www.alternatives-economiques.fr/doc42720

(5) Alain Lipietz, « L’Europe et le New Deal vert », Alternatives Economiques, hors-série n° 81, 2009

(6) Pour une analyse détaillée du « paquet énergie-climat » de l’Union Européenne, cf. Laurent Garrouste, « Climat : l’UE incapable de faire face au défi », à paraitre.

(7) Voir dans cet ouvrage, Vincent Gay, « Dans les sillons de mai 1968, la naissance de l’écologie politique »

(8) Cf. Willy Pelletier, « Positions sociales et procès d’institutionnalisation des Verts », Contretemps n° 4, mai 2002, Ed. Textuel

(9) Patrick Farbiaz, « L’émergence politique de l’écologie populaire », intervention à l’atelier « écologie » du Congrès ActuelMarx, octobre 2007

(10) Cf. Daniel Tanuro, « Thèses sur l’écologisation du marxisme révolutionnaire », Critique Communiste n° 179, mars 2006

(11) Laurent Garrouste, « De la lutte contre l’exploitation physiologique à la transformation écosocialiste du travail »

(12) Manolo Gari, « Le changement climatique : un défi pour le mouvement ouvrier »

(13) Voir dans cet ouvrage François Chesnais, « Écologie, lutte sociale et construction d’un projet révolutionnaire dans les conditions du 21e siècle » et Daniel Tanuro, « Marxisme, énergie et écologie : l’heure de vérité »


Succès des Rencontres Internationales des Jeunes

6 août 2010

Comme chaque été depuis 27 ans maintenant, la Quatrième Internationale organise les Rencontres Internationales des Jeurnes. Cette année se sont les camarades de Sinistra Critica qui accueillaient cet évènement à Pérouse, à 80 kms au nord de Rome, du 24 au 30 Juillet.

Plus de 450 personnes, venant d’Italie (Sinistra Critica), de France (NPA), d’Allemagne (RSB), ou encore de Grèce (OKDE-Spartakos et Kokkino) entre autres pour ce qui est des délégations européennes mais aussi de Corée du Sud (CSWP), des Philippines (KKK) ou encore du Mexique (PRT), ont participé à ce camp. Au total, 14 délégations étaient présentes.

Si ce camp est un véritable succès sur le plan des effectifs, il l’est encore plus sur ce qu’il en est ressorti et sur la qualité des débats qui y ont eu lieu. Les journées avaient chacune un grand thème comme par exemple « l’écologie », « les classes, le genre et l’identité » ou encore « la stratégie ». Ces journées étaient l’occasion de se former sur des sujets précis lors des ateliers et des formations mais aussi de discuter de la situation des différents pays lors des rencontres inter-délégations.

Les jeunes du NPA en nombre

De part les effectifs de la délégation française (plus de 130 camarades), les RIJ ont été l’occasion de discuter de la rentrée sociale brûlante mais aussi du prochain congrès du NPA qui aura lieu au mois de novembre prochain et de tirer les premiers bilans après un an et demi de fonctionnement.

Si ce camp est l’occasion de se former, de débattre et de faire la fête, c’est aussi un camp à l’image de la société que nous voulons. Alors bien évidemment il ne s’agit pas d’établir le « socialisme dans un seul camping », mais c’est un camp autogéré où les camarades prennent en charge un certain nombre de fonction allant du service au bar au nettoyage du camp en passant par le service d’ordre Mais c’est aussi un camp où les inégalités monétaires sont réduites par l’instauration d’une monnaie unique (« le Che ») basé sur les différents cours monétaires.

Chaque délégation est repartie bien fatiguée de cette semaine mais motivée pour se battre à la rentrée contre les réformes néolibérales qui touchent les différents pays et les gouvernements qui les mettent en place.

La prochaine grande échéance internationale aura lieu lors du sommet de l’OTAN au mois de novembre au Portugal à Lisbonne. Pour ce qui est des RIJ 2011, elles auront lieu en France.


Projet de loi sur les retraites : un projet pour favoriser l’épargne retraite individuelle

5 août 2010

La discussion du projet de loi en commission à l’Assemblée nationale est passée au second plan derrière l’affaire Woerth-Bettencourt. Les députés UMP en ont profité pour ajouter des amendements pour affaiblir les retraites solidaires au profit de la capitalisation individuelle.

Les principaux amendements adoptés fin juillet en commission à l’Assemblée nationale aggravent le projet de loi. Le gouvernement a laissé des députés UMP insérer des amendement en faveur de l’épargne retraite individuelle, ne souhaitant sans doute pas s’afficher comme partisan de la capitalisation, lui qui prétend légiférer pour défendre notre système de retraites, un système par répartition où les actifs cotisent pour les retraités du moment ! Mais la réalité est l’inverse, et, petit à petit, l’un des enjeux essentiels de la réforme apparaît : faire de la place aux assureurs et aux plans de retraite individuels.

Les amendements en question prévoient que la moitié de la « participation » versée à un salarié, en fonction des bénéfices de l’entreprise, sera basculée sur le « Plan d’épargne pour la retraite collectif » (dit Perco) de l’entreprise. Le dispositif des « Perco » d’entreprise a été créé par Fillon en 2003, en complément des produits d’assurance individuelle (PERP, Prefon pour les fonctionnaires…). Les versements des salariés à un Perco, investis en actions et obligations, sont débloqués au moment du départ en retraite, et une rente – égale aux intérêts des produits financiers composant le Perco – est alors versée au nouveau retraité, comme « complément » de la retraite versée par le régime général. C’est tout bénéfice pour le patronat, qui distribue moins de salaire en en retenant une partie dans le Perco, pour financer l’investissement de l’entreprise.

Mais seulement 560 000 salariés auraient fait un versement à un Perco, selon un associations d’assureurs. Trop peu pour le Medef et le gouvernement, qui veulent profiter de la prochaine réforme pour donner un coup d’accélérateur au système, l’objectif étant de grignoter le système par répartition qu’ils veulent condamner à verser des retraites de plus en plus faibles, en lui adjoignant un système par capitalisation en expansion. Des assureurs privés militent d’ailleurs pour rendre obligatoire les Perco dans une entreprise.

La capitalisation a montré sa fragilité, la crise boursière de 2008 ayant fait fondre les fonds de pensions américains et condamné des retraités à la misère, mais qu’importe pour les requins de l’assurance et leur alliés de l’UMP !

Plus que jamais, le maintien des retraites par répartition et le refus des fonds de pension et des autres système par capitalisation passent par le retrait du projet de loi du gouvernement.

Rendez-vous dans la rue le 7 septembre pour montrer notre nombre !


Sécurité, immigration : la stratégie nauséabonde du gouvernement

5 août 2010

En tenant des propos que étaient jusqu’à présent l’apanage de l’extrême-droite, le pouvoir, face à sa déroute dans l’opinion, tente une opération de diversion en remettant l’insécurité et l’immigration au centre des polémiques.

Après le discours de Sarkozy liant immigration et insécurité, Marine Le Pen, vice-présidente du Front National, a affirmé que « les propos du président de la République (…) n’ont qu’un mérite, celui de confirmer officiellement le caractère criminogène de certaines immigrations, vérité pour laquelle le Front national est persécuté depuis trois décennies ». Ainsi, selon elle, Sarkozy donnerait raison au FN. Mais cela n’a rien d’un dérapage.

La rentrée sera chaude

La rentrée s’annonce difficile pour le pouvoir. La réforme des retraites ne passe pas et l’ampleur des manifestations, le 24 juin dernier, a sonné comme un sérieux avertissement. L’opinion n’est pas résignée. Journée d’action après journée d’action, les cortèges ne s’effilochent pas, ils grossissent. La résistance demeure bien là, et elle pourrait croître encore.

D’autant que l’affaire Woerth-Bettencourt a accru le discrédit du gouvernement. Il est apparu aux yeux du plus grand nombre que les hautes sphères du pouvoir abritent une caste peu scrupuleuse au service des riches. C’est Neuilly au pouvoir, alors que la masse de la population souffre des bas salaires, des privations, des licenciements, de la précarirté et du chômage.

Les révélations alimentant la rubrique « affaires » se succédant dans les medias, aggravant un peu plus chaque jour l’isolement du pouvoir, Sarkozy a choisi de lancer son offensive sécuritaire. Pour le pouvoir, mieux vaudrait que le feuilleton de l’été mette en scène les opérations de police et les gesticulations d’Hortefeux, la guerre contre les voyous de banlieue et d’ailleurs, plutôt que les soupçons pesant sur des ministres et leurs proches. Rien ne vaudrait une bonne polémique avec le Parti socialiste, qualifié par la droite « d’angélique » face à la criminalité montante dans les quartiers, au moment où les mesures prises emportent toutes l’hostilité de la population (autorisation de commercialisation d’OGM, hausse du prix de l’électricité quelques jours seulement après l’annonce des milliards dépensés sur le chantier de l’EPR…).

L’offensive sécuritaire est celle d’un gouvernement aux abois qui craint la mobilisation sociale et mesure son isolement.

La réponse par la mobilisation sociale

Cette tentative sarkozienne de « détournement d’attention » serait dérisoire si elle ne s’appuyait pas sur un discours sécuritaire qui cultive sciemment les amalgames racistes. Sarkozy ne dérape pas mais joue volontairement sur les peurs en pensant faire oublier les retraites et l’affaire Woerth-Bettencourt. Du coup, les idées du FN rentrent en force au gouvernement… sans besoin de remaniement pour ça. Pire, Sarkozy ne compte pas en rester aux discours, mais nous promet, dès septembre, des mesures allant dans le sens de l’aggravation des discriminations. La date choisie pour leur présensation est un symbole : ce sera le 7 septembre, date du début du débat sur les retraites dans l’hémicycle, et jour de grève et de manifestations contre le projet de loi.

La prochaine rentrée se fera donc sous le signe d’une double violence : celle du patronat, qui, à l’image de General Motors, impose des conditions de travail de plus en plus difficile, et celle du gouvernement, qui développe une politique de haine, un poison pour diviser, évacuer les vraies questions et parmi elles la question numéro un : celle de l’insécurité sociale qu’engendre la crise économique.

Notre réponse sera celle de la mobilisation sociale : tous ensemble, d’abord samedi 4 septembre, contre la politique sécuritaire du gouvernement (1), puis mardi 7 septembre, pour le retrait du projet de loi sur les retraites.

Notre force, c’est notre nombre, et notre unité : français ou étrangers, mais tous travailleurs exploités par quelques privilégiés à qui il faut retirer au plus vite leur pouvoir de nuisance.

(1) Quarante organisations, dont le NPA, appellent à manifester samedi 4 septembre, partout en France. Le NPA appelle à manifester contre la politique de discrimination, contre le racisme et la xénophobie, pour l’égalité des droits. Lire l’appel unitaire…