Déclaration du NPA en vue de l’assemblée générale du réseau Sortir du Nucléaire des 19 et 20 juin 2010

La période actuelle est marquée par une relance des projets nucléaires, en particulier à travers le développement et la vente de réacteurs EPR. S’il s’agit là d’une tendance mondiale, la France est particulièrement concernée, alors que son parc de centrales hérité du premier plan électro-nucléaire arrive bientôt à son terme. Cette relance du nucléaire passe également par des projets comme ITER ou des nouvelles formes de « coopération impérialiste », comme l’illustre le maintien de la présence d’AREVA au Niger.

Ce contexte est également celui de la privatisation des entreprises et de la libéralisation du marché de l’énergie. Il ne s’agit pas là d’une opportunité donnée à chacun de choisir son type d’énergie, mais bien plutôt un accroissement des dangers du nucléaire qu’une gestion à bas coûts et avec des conditions de travail dégradées provoque.

La crise climatique est un élément majeur du contexte écologique planétaire.

Notre approche de la lutte antinucléaire ne peut que s’insérer dans notre analyse de la crise climatique. Il s’agit systématiquement pour nous de dénoncer et de remettre en cause un système énergétique basé sur le gaspillage, les inégalités et le productivisme, ce système énergétique sur lequel s’appuie le système de production capitaliste. Les alternatives au nucléaire font appel aux mêmes principes que nos réponses aux dérèglements climatiques.

Ces éléments nécessitent l’existence d’organisations sociales et écologistes, militantes, qui fassent un travail de terrain, de conviction, et qui soient à même d’impulser des luttes et des mouvements collectifs. Le réseau Sortir du Nucléaire a, depuis ses origines, été de ceux-là, nous estimons indispensable qu’il le demeure.

Notre modèle militant ne peut être celui de la plupart des ONG environnementalistes qui délèguent à quelques experts et porte-parole autodésignés le soin de porter les revendications écologistes. Au contraire, le réseau s’est toujours appuyé sur une volonté militante, basée sur ses différentes composantes, lui permettant d’organiser des manifestations massives.

Cependant, le réseau Sortir du Nucléaire est en crise. Depuis plusieurs mois, de graves tensions se sont formées autour de la personne de Stephane Lhomme, ex porte-parole du réseau. Après des propositions de sanctions de la part du directeur (Philippe Brousse), refusées par le CA de l’époque, puis une grève de nombreux salaries du réseau dénonçant les méthodes de travail de S. Lhomme, l’AG de février dernier a décidé de révoquer l’ensemble du CA afin de débloquer la situation, ce qui n’était pas prévu dans les statuts du réseau. De fait, une nouvelle équipe d’administrateurs a été élue de manière provisoire, jusqu’à l’AG exceptionnelle de juin. Un nouveau CA dont le but était d’atténuer les tensions et sortir du blocage dans lequel se trouvait le réseau. Or, ce CA provisoire a licencié Stephane Lhomme pour fautes graves, et a porté plainte à son encontre notamment, pour faux et usage de faux.

Nous estimons que les éléments qui sont portés à notre connaissance actuellement ne nous convainquent pas de la nécessité du licenciement de S. Lhomme, encore moins de la plainte portée contre lui, ces deux décisions n’ayant de plus fait qu’alimenter la crise et la perte de confiance au sein du réseau. Le NPA regrette ces décisions, estimant que le CA provisoire a outrepassé les responsabilités qui lui étaient attribuées par l’Assemblée Générale. Nous sommes en particulier inquiets de voir se régler par la justice de tels problèmes, ce qui nous semble sortir du cadre des relations qui doivent régner entre militants d’une même organisation, au-delà de la profondeur de leurs désaccords.

Par ailleurs, la violence interne, soit exprimée oralement ou à l’écrit, soit manifestée par des actes, montre la difficulté de sortir de cette crise. Cela ne sera possible que si on sort des problèmes de personnes, qui la plupart du temps cachent des problèmes politiques, qu’il s’agisse de l’orientation ou du fonctionnement du réseau, deux questionnements qui finalement se rejoignent et définissent l’identité politique que l’on construira avec le réseau.

A l’heure actuelle, les éléments en notre possession ne nous permettent pas de voir derrière le licenciement de S. Lhomme une façon de régler abruptement un désaccord stratégique sur le rôle et la place du réseau. Cela dit, pour qu’il n’y ait pas d’ambigüités sur ce point, le réseau doit (ré)affirmer certains principes : d’une part sur l’horizon qu’il fixe à la sortie du nucléaire ; cela n’a pas le même sens d’envisager une sortie à 30 ou 40 ans, qu’une sortie en 10 ans, surtout en période de relance du parc nucléaire. D’autre part sur ses stratégies d’action ; d’un point de vue de l’efficacité, mais également, et peut-être avant tout, de leurs portées démocratiques, nos actions doivent s’orienter vers l’information et la mobilisation du plus grand nombre, le travail de conviction, la réfutation pied à pied des arguments du lobby nucléaire, afin de rendre les questions énergétiques aux citoyens et de considérer l’énergie comme un bien commun qui ne peut être confisqué pour les intérêts de quelques-uns.

Pour que le réseau reparte sur des bases sereines, nous estimons nécessaires :

– l’abandon de la plainte ;

– la réintégration de S. Lhomme au sein du Réseau s’il le désire ;

– de réaliser un audit des finances du Réseau et de l’usage précis de ses finances ;

– la poursuite du débat au sein du réseau, en ne mettant de coté aucun de ses membres, de manière à redéfinir clairement, lors de l’AG de juin, le mode d’organisation ainsi que l’orientation du réseau.

Nous proposons donc que soient explorées les pistes suivantes, afin de faire de ce réseau une organisation réellement démocratique :

– limiter dans le temps le mandat du ou des porte-parole, ainsi que, éventuellement, des salariés ayant un rôle politique à jouer, afin de réduire les possibilités d’accaparement par quelques uns de l’image du réseau.

– repenser le mode de fonctionnement de l’équipe salariale, sans directeur, afin d’éviter la prise de pouvoir trop importante par une seule personne. L’existence même de fonction de DRH de la part d’un directeur qui cumule des fonctions politiques, de gestion et d’éventuelle sanction, nous semble préjudiciable au fonctionnement collectif le plus large possible. Par ailleurs la structure actuelle est hiérarchisée de telle sorte qu’elle est également un facteur potentiel de tensions et de conflits.

– revoir les statuts du réseau pour faire en sorte que toutes ses composantes aient leur mot a dire sur ses activités. Cela signifie qu’il faut repenser la place des organisations adhérentes au Réseau, afin qu’elles soient réellement partie prenante des orientations et leur mise en oeuvre.

– la possibilité d’échanges transversaux internes au réseau entre ses différentes composantes.

– redéfinir le rôle des AG annuelles qui ne peuvent être de simples chambres d’enregistrement, mais doivent pouvoir donner lieu à de véritables débats d’orientation, transparents, et qui puissent nécessairement être tranchés en cas de nécessité.

Nous resterons bien entendu vigilants à ce que le réseau ne perde en aucun cas sa radicalité et son indépendance, et porterons toujours en son sein la revendication d’une sortie rapide du nucléaire. Nous étudierons après l’AG de juin la poursuite de notre investissement au sein du réseau Sortir du nucléaire.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :