24 juin : 35000 manifestant-e-s à Caen, 2000 à Lisieux, 2000 à Vire

29 juin 2010

La journée de mobilisation du 24 juin a été un succès, le nombre de manifestant-e-s dans les différentes villes bas normandes a rarement été aussi important. Les tentatives du gouvernement pour scinder le mouvement sont vaines : salarié-e-s du privé et du public font front commun pour le retrait du projet de loi sur la contre-réforme des retraites.

A Caen, le Collectif « Exigences citoyennes pour nos retraites » a organisé une AG au centre des congrès à l’issue de la manifestation rassemblant syndicalts, partis politique, associations et sans étiquette. De l’avis général, les journées d’action ponctuelles sont insuffisantes pour faire reculer le gouvernement et il est indispensable de mobiliser massivement et dans la durée dès la rentrée. L’AG a décidée d’organiser localement les « lundi au soleil » afin de préparer la  riposte nécessaire en informant la population des alternatives tout au long de l’été dans différents quartiers caennais et villes de l’agglomération.

Prochain rendez vous, AG du collectif lundi 5 juillet à 18h, place du théatre à Caen. L’ordre du jour sera l’organisation d’une action le 13 juillet, date à laquelle le projet de loi passera au conseil des ministres.

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Réforme des retraites : l’autre solution (Jean-Marie Harribey, Willy Pelletier, Gérard Filoche, Christiane Marty, Christophe Delecourt, Didier Horus, Pierre Khalfa, Olivier Besancenot, Martine Billard, Marie-George Buffet, Razzy Hammadi, Alain Lipietz, Le Monde, 15 juin 2010)

15 juin 2010

 

Après un mois de consultations en trompe-l’oeil, le gouvernement a remis sa copie aux syndicats et au patronat. Ce document d’orientation est précieux, car il renferme toutes les contre-vérités proférées et fausses solutions avancées depuis près de vingt ans.

Choc démographique, catastrophe des régimes de retraite par répartition et travailler plus longtemps se mêlent dans un projet aussi mystificateur qu’inefficace. Y a-t-il un choc démographique ? Oui, répond le document d’orientation. Non, a répondu à plusieurs reprises le Conseil d’orientation des retraites (COR) dont les conclusions sont sciemment travesties. Ainsi, la France connaît un allongement de l’espérance de vie, heureuse nouvelle, et une fécondité qui la place juste au niveau du seuil de renouvellement des générations.

Le COR a également établi, sans que cela soit contesté, que l’aggravation des déficits des comptes sociaux était essentiellement due à la crise financière et non pas à l’évolution démographique : en 2006, le déficit de l’ensemble du système de retraite était de 2,2 milliards d’euros ; en 2008, il atteignait 10,9 milliards et il devrait être de 32,2 milliards en 2010. La démographie n’exerce son influence qu’à moyen et long terme, et pas dans une accélération foudroyante en quelques mois.

N’y a-t-il qu’une seule solution ? Oui, répond le document d’orientation après avoir écarté sans examen les autres. Une fois ce coup de force perpétré, la réponse est assénée : « Répondre à un déséquilibre démographique par des solutions démographiques. » Elle vaut ce que vaut le diagnostic : erreur magistrale. Le gouvernement s’engage à « écarter toute solution qui baisserait le niveau de vie des Français ou augmenterait le chômage ». Or, obliger les salariés à travailler plus longtemps (recul de l’âge légal de la retraite, augmentation de la durée de cotisation, ou combinaison des deux) entraîne obligatoirement une baisse du niveau des pensions sans qu’il soit nécessaire de l’annoncer. Nous le savions depuis les réformes de 1993 et de 2003, nous sommes prévenus pour celle de 2010.

Quand la situation économique reste et restera marquée par un chômage très élevé, l’engagement à « écarter toute solution qui baisserait le niveau de vie des Français ou augmenterait le chômage » est un faux-semblant : le travail forcé des seniors se substituera à l’emploi des jeunes en l’absence de création d’emplois en nombre suffisant, et ce surtout en accroissant la durée individuelle du travail. Les uns travailleront plus. Les autres, jeunes, femmes, sans qualification, quinquas, erreront du chômage à la précarité dans un aller-retour incessant. Ce ne sont pas les velléités de tenir compte de la pénibilité de ceux qui auront déjà été brisés par une longue vie de travail qui atténueront la violence du capitalisme néolibéral exigeant toujours plus de productivité et de rentabilité.

La promesse de créer « une contribution supplémentaire de solidarité sur les hauts revenus et les revenus du capital sans restitution au titre du bouclier fiscal » sauvera-t-elle l’ensemble ? Rien n’est moins sûr. On nous annonce une contribution pouvant aller jusqu’à quelques milliards d’euros, alors que le gouvernement n’arrête pas d’apeurer la population avec des déficits de l’ordre de 100 milliards en 2050.

Ce sont des mesures d’une autre ampleur qu’il faut prendre pour développer notre système de retraite par répartition, notamment en réorientant les politiques économiques qui privilégient la finance au détriment de l’emploi, de la formation et des salaires et qui sont au coeur du financement des retraites : un million d’emplois en plus, c’est déjà 5 milliards d’euros de recettes supplémentaires. Il y a aussi des marges d’action importantes en favorisant un plus fort taux d’emploi des femmes, la France se situant au 15e rang de l’Union européenne.

La répartition des revenus dans notre pays a, depuis un quart de siècle, tourné à l’avantage décisif des actionnaires et des très hauts salariés managers. Une simple application du taux de cotisation patronale aux dividendes distribués comblerait immédiatement tout le déficit actuel de la Caisse nationale d’assurance-vieillesse. L’argument éculé de la perte de compétitivité est ici fallacieux, puisqu’il s’agirait de n’amputer que les dividendes nets reçus par les actionnaires et non les capacités d’investissement des entreprises, et parce que cela ne renchérirait pas les coûts de production.

La retraite à 60 ans à taux plein peut être garantie à tous les salariés si de tels choix politiques sont faits aujourd’hui.

Pour couronner le tout, le document d’orientation se prononce en faveur d’une réforme systémique prochaine pour aller vers un système « par points » ou « par comptes notionnels ». Là aussi, le gouvernement piétine les conclusions du rapport du COR de janvier qui a montré le risque d’individualisation exacerbée d’une telle réforme et, ce qui n’est pas le moins savoureux, l’incapacité de tels systèmes à surmonter un choc démographique ou économique.

Deux conclusions s’imposent donc. Primo, la crise financière surdétermine la frénésie avec laquelle tous les gouvernements du monde s’acharnent à imposer des plans d’austérité dont les salariés et les retraités font aujourd’hui les frais, tandis que les tenants de la finance se refont une santé sur le compte des budgets publics ou grâce aux garanties accordées par les Etats. Secundo, la volonté de faire travailler toujours davantage manifeste le refus de reconsidérer la place du travail dans notre société, le refus aussi d’apprécier l’immense contribution des personnes retraitées, en termes de lien social et de création de services utiles à la société. Bref, l’obstination à promouvoir une société engagée dans un cycle productiviste sans fin.

Notre détermination à faire échec au projet du gouvernement est donc intacte : à l’opposé de la valeur pour l’actionnaire et du « travailler plus pour vivre moins », organisons une juste répartition des richesses, la réduction des inégalités, le partage du travail et une redéfinition des finalités de l’activité économique.

Jean-Marie Harribey, Attac ;

Willy Pelletier, Fondation Copernic ;

Gérard Filoche, inspecteur du travail ;

Christiane Marty, féministe ;

Christophe Delecourt, CGT-Finances ;

Didier Horus, FSU ;

Pierre Khalfa, Solidaires ;

Olivier Besancenot, NPA ;

Martine Billard, PG ;

Marie-George Buffet, PCF ;

Razzy Hammadi, PS ;

Alain Lipietz, Les Verts.


Déclaration du NPA en vue de l’assemblée générale du réseau Sortir du Nucléaire des 19 et 20 juin 2010

15 juin 2010

La période actuelle est marquée par une relance des projets nucléaires, en particulier à travers le développement et la vente de réacteurs EPR. S’il s’agit là d’une tendance mondiale, la France est particulièrement concernée, alors que son parc de centrales hérité du premier plan électro-nucléaire arrive bientôt à son terme. Cette relance du nucléaire passe également par des projets comme ITER ou des nouvelles formes de « coopération impérialiste », comme l’illustre le maintien de la présence d’AREVA au Niger.

Ce contexte est également celui de la privatisation des entreprises et de la libéralisation du marché de l’énergie. Il ne s’agit pas là d’une opportunité donnée à chacun de choisir son type d’énergie, mais bien plutôt un accroissement des dangers du nucléaire qu’une gestion à bas coûts et avec des conditions de travail dégradées provoque.

La crise climatique est un élément majeur du contexte écologique planétaire.

Notre approche de la lutte antinucléaire ne peut que s’insérer dans notre analyse de la crise climatique. Il s’agit systématiquement pour nous de dénoncer et de remettre en cause un système énergétique basé sur le gaspillage, les inégalités et le productivisme, ce système énergétique sur lequel s’appuie le système de production capitaliste. Les alternatives au nucléaire font appel aux mêmes principes que nos réponses aux dérèglements climatiques.

Ces éléments nécessitent l’existence d’organisations sociales et écologistes, militantes, qui fassent un travail de terrain, de conviction, et qui soient à même d’impulser des luttes et des mouvements collectifs. Le réseau Sortir du Nucléaire a, depuis ses origines, été de ceux-là, nous estimons indispensable qu’il le demeure.

Notre modèle militant ne peut être celui de la plupart des ONG environnementalistes qui délèguent à quelques experts et porte-parole autodésignés le soin de porter les revendications écologistes. Au contraire, le réseau s’est toujours appuyé sur une volonté militante, basée sur ses différentes composantes, lui permettant d’organiser des manifestations massives.

Cependant, le réseau Sortir du Nucléaire est en crise. Depuis plusieurs mois, de graves tensions se sont formées autour de la personne de Stephane Lhomme, ex porte-parole du réseau. Après des propositions de sanctions de la part du directeur (Philippe Brousse), refusées par le CA de l’époque, puis une grève de nombreux salaries du réseau dénonçant les méthodes de travail de S. Lhomme, l’AG de février dernier a décidé de révoquer l’ensemble du CA afin de débloquer la situation, ce qui n’était pas prévu dans les statuts du réseau. De fait, une nouvelle équipe d’administrateurs a été élue de manière provisoire, jusqu’à l’AG exceptionnelle de juin. Un nouveau CA dont le but était d’atténuer les tensions et sortir du blocage dans lequel se trouvait le réseau. Or, ce CA provisoire a licencié Stephane Lhomme pour fautes graves, et a porté plainte à son encontre notamment, pour faux et usage de faux.

Nous estimons que les éléments qui sont portés à notre connaissance actuellement ne nous convainquent pas de la nécessité du licenciement de S. Lhomme, encore moins de la plainte portée contre lui, ces deux décisions n’ayant de plus fait qu’alimenter la crise et la perte de confiance au sein du réseau. Le NPA regrette ces décisions, estimant que le CA provisoire a outrepassé les responsabilités qui lui étaient attribuées par l’Assemblée Générale. Nous sommes en particulier inquiets de voir se régler par la justice de tels problèmes, ce qui nous semble sortir du cadre des relations qui doivent régner entre militants d’une même organisation, au-delà de la profondeur de leurs désaccords.

Par ailleurs, la violence interne, soit exprimée oralement ou à l’écrit, soit manifestée par des actes, montre la difficulté de sortir de cette crise. Cela ne sera possible que si on sort des problèmes de personnes, qui la plupart du temps cachent des problèmes politiques, qu’il s’agisse de l’orientation ou du fonctionnement du réseau, deux questionnements qui finalement se rejoignent et définissent l’identité politique que l’on construira avec le réseau.

A l’heure actuelle, les éléments en notre possession ne nous permettent pas de voir derrière le licenciement de S. Lhomme une façon de régler abruptement un désaccord stratégique sur le rôle et la place du réseau. Cela dit, pour qu’il n’y ait pas d’ambigüités sur ce point, le réseau doit (ré)affirmer certains principes : d’une part sur l’horizon qu’il fixe à la sortie du nucléaire ; cela n’a pas le même sens d’envisager une sortie à 30 ou 40 ans, qu’une sortie en 10 ans, surtout en période de relance du parc nucléaire. D’autre part sur ses stratégies d’action ; d’un point de vue de l’efficacité, mais également, et peut-être avant tout, de leurs portées démocratiques, nos actions doivent s’orienter vers l’information et la mobilisation du plus grand nombre, le travail de conviction, la réfutation pied à pied des arguments du lobby nucléaire, afin de rendre les questions énergétiques aux citoyens et de considérer l’énergie comme un bien commun qui ne peut être confisqué pour les intérêts de quelques-uns.

Pour que le réseau reparte sur des bases sereines, nous estimons nécessaires :

– l’abandon de la plainte ;

– la réintégration de S. Lhomme au sein du Réseau s’il le désire ;

– de réaliser un audit des finances du Réseau et de l’usage précis de ses finances ;

– la poursuite du débat au sein du réseau, en ne mettant de coté aucun de ses membres, de manière à redéfinir clairement, lors de l’AG de juin, le mode d’organisation ainsi que l’orientation du réseau.

Nous proposons donc que soient explorées les pistes suivantes, afin de faire de ce réseau une organisation réellement démocratique :

– limiter dans le temps le mandat du ou des porte-parole, ainsi que, éventuellement, des salariés ayant un rôle politique à jouer, afin de réduire les possibilités d’accaparement par quelques uns de l’image du réseau.

– repenser le mode de fonctionnement de l’équipe salariale, sans directeur, afin d’éviter la prise de pouvoir trop importante par une seule personne. L’existence même de fonction de DRH de la part d’un directeur qui cumule des fonctions politiques, de gestion et d’éventuelle sanction, nous semble préjudiciable au fonctionnement collectif le plus large possible. Par ailleurs la structure actuelle est hiérarchisée de telle sorte qu’elle est également un facteur potentiel de tensions et de conflits.

– revoir les statuts du réseau pour faire en sorte que toutes ses composantes aient leur mot a dire sur ses activités. Cela signifie qu’il faut repenser la place des organisations adhérentes au Réseau, afin qu’elles soient réellement partie prenante des orientations et leur mise en oeuvre.

– la possibilité d’échanges transversaux internes au réseau entre ses différentes composantes.

– redéfinir le rôle des AG annuelles qui ne peuvent être de simples chambres d’enregistrement, mais doivent pouvoir donner lieu à de véritables débats d’orientation, transparents, et qui puissent nécessairement être tranchés en cas de nécessité.

Nous resterons bien entendu vigilants à ce que le réseau ne perde en aucun cas sa radicalité et son indépendance, et porterons toujours en son sein la revendication d’une sortie rapide du nucléaire. Nous étudierons après l’AG de juin la poursuite de notre investissement au sein du réseau Sortir du nucléaire.


Mobilisations en série en Europe

14 juin 2010

 

Tous les gouvernements de l’Union européenne se sont lancés dans des politiques d’austérité remettant en cause le droits des travailleurs. Après plusieurs grèves générales en Grèce, les mobilisations sociales se développent au Portugal, en Espagne, en Italie et en Allemagne. En France, les syndicats appellent à la grève le 24 juin.

100 000 manifestants à Lisbonne, grève des fonctionnaires en Espagne et, samedi dernier, 100 000 manifestants à Rome, 20 000 à Berlin 20 000 à Stuttgart : partout en Europe les gouvernements se heurtent à la résistance sociale.

En Espagne, c’est le gouvernement « socialiste » de Zapatero qui manie la cravache : baisse de 5% des salaires des fonctionnaires, gel des retraites et préparation d’une loi mettant en cause les droits des salariés dans le privé. Il s’agit de faciliter les licenciements, en rapprochant la situation des travailleurs en CDI de celle des travailleurs précaires. Les indemnités de licenciement à la charge des employeurs seraient diminuées. Les deux grands syndicats CCOO et UGT ont menacé d’une grève générale.

En Italie, Berlusconi a annoncé un gel de trois ans des salaires des fonctionnaires, une réduction de 10 % des budgets des ministères et une contribution que devront supporter les collectivités locales. La CGIL appelle à une grève générale le 25 juin. La manifestation de samedi à Rome, qui a paralysé le centre historique de la ville epndant plusieurs heures, était une répétition générale. Plusieurs corporations particulièrement touchées sont en ébullition, comme le monde la culture, les médecins du secteur public et les magistrats.

En Allemagne, les manifestations étaient appelées par le collectif « Nous ne paierons pas pour votre crise ». Les syndicats critiquent fermement le « plan d’économie » d’Angela Merkel : « Ce ne sont pas les responsables de la crise, mais les victimes, qui sont priées de payer », explique Berthold Huber, dirigeant du grand syndicat de la métallurgie IG Metall dans un interview à l’hebdomadaire Der Spiegel. Le correspondant de l’AFP indique qu’on pouvait lire sur les banderoles dans les manifestations : « D’Athènes à Berlin – Les entreprises et les banques doivent payer pour la crise », ou bien : « la crise a pour nom capitalisme ».

En France, les syndicats ont confirmé le mot d’ordre de grève pour le 24 juin. Au lendemain de l’annonce par François Fillon d’un plan d’austérité portant sur 45 milliards d’euros, à la veille de la présentation du projet de loi sur les retraites, la seule réponse est la préparation d’un mouvement social de grande ampleur.

Partout en Europe, faisons croître la résistance !

Refusons de payer pour les capitalistes !


Retraites. La campagne unitaire continue

13 juin 2010

 

C’est le 15 juin que le gouvernement devrait dévoiler l’essentiel du projet de loi promis sur les retraites. Mais c’est jour après jour qu’il distille des informations, tantôt confirmées, tantôt démenties. Parmi les orientations confirmées, le recul de l’âge de départ à la retraite (assorti du recul de l’âge du bénéfice du taux plein, pour celles et ceux, de plus en plus nombreux, qui ne justifient pas du nombre d’années de cotisation requis). Selon certains journaux bien introduits auprès du pouvoir, la taxation des revenus au-delà de 11 000 euros serait abandonnée. Si la discussion avec les syndicats est au point mort, les marchandages au sein de la classe dirigeante continuent : les mesures d’affichage pour faire croire à une « juste répartition des efforts » en feront-elles les frais ?

Lors du congrès de la CFDT, François Chérèque n’a pas caché (pour une fois !) l’inanité de la « concertation » avec le gouvernement. Interrogé par la presse, il a affirmé que la CFDT n’est pas « dans une posture de négociation de contreparties à une retraite qu’elle combat ». Une déclaration qui vient un peu tardivement, après que les journées d’action passées aient été placées sous le signe de la « pression » à mettre en oeuvre dans les discussions avec ce gouvernement ! Pourquoi avoir participé au « sommet social » et avoir contribué à laisser croire que de la discussion autour du tapis vert pouvait sortir des solutions favorables aux travailleurs ?

Aujourd’hui, il est clair que le gouvernement ne bougera que s’il est contraint par la grève et les manifestations. Il n’est pas trop tard pour organiser ce vaste mouvement social qui forcera Sarkozy à reculer.

Après avoir affirmé que la CFDT n’a « plus confiance » dans le gouvernement (sic), François Chérèque a précisé que, selon lui, « ce n’est pas la CFDT qui se radicalise, c’est le monde ». C’est probablement une façon de dire que la CFDT accompagne le rejet de la réforme, très majoritaire chez les ouvriers et les employés.

La CFDT prend-elle également en compte les doutes des travailleurs et de ses propres militants quant à l’efficacité de la stratégie syndicale ? Selon un sondage de BVA réalisé pour Canal +, les trois quarts des salariés pensent qu’une grève générale serait plus efficace que des manifestations à répétition pour faire céder le pouvoir. Moins de 20 % des salariés approuvent le scénario écrits de concert par Chérèque et Thibault. Voilà un sondage qui confirme bien ce que l’on entend de plus en plus dans les entreprises, auprès des travailleurs comme des équipes syndicales !

Avoir pleinement conscience que l’affrontement est inévitable si l’on veut échapper à un recul social considérable impose de réunir dès à présent les forces pour construite un mouvement social à la hauteur.

Pour cela, le NPA soutient la construction de comité unitaires pour la mobilisation, et participe à la tournée nationale de meeting sous l’égide de la Fondation Copernic et d’ATTAC qui ont réuni plusieurs organisations dans in front commun contre la réforme.

En menant cette campagne, il s’agit d’éviter le découragement, et de tracer une perspective de lutte claire : celle de la grève générale, tous secteurs d’activité confondus, jusqu’à faire reculer le pouvoir.

La semaine dernière, deux grands meetings étaient organisés, l’un à Marseille, le 7 juin, et l’autre à Lyon, le 10 juin. Compte rendus par l’AFP et le Progrès de Lyon.

Meeting unitaire de la gauche à Marseille pour défendre la retraite à 60 ans (AFP)

MARSEILLE — La gauche a tenu lundi soir à Marseille son deuxième « meeting unitaire », en présence notamment d’Olivier Besancenot (NPA) et de Marie-George Buffet (PG), pour défendre la retraite à soixante ans coûte que coûte quitte à « bloquer le pays ».

Une quinzaine de personnes, issues de partis politiques (PCF, Verts, NPA, PG), d’organisations syndicales (CGT, CFDT, FSU, Solidaires, Unsa, Unef) et d’associations citoyennes, se sont succédé à la tribune devant une salle comble rassemblant plusieurs centaines de militants (1.200, selon les organisateurs).

Déjà le 6 mai, les grands leaders de la gauche s’étaient réunis à Paris à l’initiative de la Fondation Copernic et de l’association Attac qui ont lancé début avril un appel actuellement signé par plus de 100.000 citoyens, selon le président de Copernic, Willy Pelletier.

« En faisant ces tribunes communes, on envoie deux messages », a lancé M. Besancenot. « Pour la gauche: maintenant les conneries, ça suffit, on y va ensemble pour défendre ce droit précieux de la retraite à 60 ans à taux plein. Et contre la droite: quand la gauche, toute la gauche, sociale et politique, parle d’une seule et même voix sans trembler, en parlant clairement, évidemment à droite on parle différemment ».

« C’est un mouvement d’ensemble dont on a besoin. Ensemble on peut faire des miracles, comme au moment du Contrat première embauche (CPE) », a martelé le porte-parole du Nouveau parti anticapitaliste, en annonçant d’autres meetings à Lyon et Rouen.

La secrétaire nationale du PCF, Marie-George Buffet, a aussi appelé à « se mobiliser contre cette réforme idéologique », tout en tendant la main aux socialistes, représentés par l’ancienne ministre Marie-Noëlle Lienemann, qui anime le club Gauche Avenir au sein du PS.

Après la journée d’action prévue le 24 juin, « il faudra continuer le combat à la rentrée », a-t-elle prévenu, à l’unisson de plusieurs intervenants qui ont menacé d' »un mouvement de grève générale ».

« Nous avons le devoir d’être en colère, nous allons imposer à Sarkozy d’être entendus, et s’il faut pour bloquer la réforme, bloquer le pays, nous le bloquerons et nous irons jusqu’au bout », a assuré M. Pelletier.

Maintien de la retraite à soixante ans : du monde hier soir à la Mutualité (Le Progrès)

Le grand meeting unitaire organisé hier soir au palais de la Mutualité, sur la base de l’appel lancé par Attac et la Fondation Copernic, pour le maintien de la retraite à soixante ans, a attiré du monde, beaucoup de monde. Suffisamment, en tout cas, pour remplir la salle et pour que les organisateurs soient dans l’obligation d’en refuser l’accès aux retardataires, faute de place et pour d’évidentes raisons de sécurité.

Un succès, donc. De ceux qui ne peuvent que renforcer la détermination de la plupart des organisations présentes qu’elles soient syndicales (FSU, Solidaires, Unef) ou politiques (PS, PCF, Verts, NPA, Parti de gauche, etc.) à s’opposer aux projets du gouvernement en usant de la mobilisation populaire. Ce qui a été rappelé par la plupart des orateurs présents, Alain Lipietz (Verts) ou Pierre Laurent (PCF), notamment. « Cette campagne est en train de prendre », a d’ailleurs constaté à la tribune Olivier Besancenot (NPA), avant d’ajouter : « Pour la gauche il est nécessaire de se rassembler, au-delà des désaccords, sur cette question de la retraite qui fait partie de l’héritage du mouvement ouvrier. Elle doit parler d’une seule voix et sans tergiversations ». Et le jeune leader du NPA – excellent en chauffeur de salle – de souhaiter que ce mouvement prenne l’ampleur de « la mobilisation qui avait fait échec au CPE ».


Mettre en échec Sarkozy et le MEDEF, c’est possible !

7 juin 2010

 

Malgré une popularité au plus bas, Sarkozy maintient le cap des contre-réformes. Les syndicats préparent une nouvelle journée d’action, le 24 juin.

Seulement un tiers des personnes interrogées dans les sondages d’opinion ont une opinion positive de Sarkozy. Une nette majorité rejette le projet de contre-réforme des retraites, notamment la fin de l’acquis des 60 ans. L’entêtement du pouvoir réduit sa base sociale à la droite qui veut en découdre avec les travailleurs. En face, les organisations syndicales rejouent le scénario catastrophe des journées d’action à répétition et sans lendemain qui ont épuisé la mobilisation contre la crise capitaliste, au premier semestre 2009.

Pour gagner contre Sarkozy, il faudrait engager un bras de fer qui aille jusqu’au blocage du pays. La seule force des travailleurs, c’est leur nombre. Face à un pouvoir minoritaire et impopulaire, la réunion de toutes les forces de contestation sociale viendrait à bout de l’arrogance de la classe dominante. Pour cela, le NPA propose de créer partout des comités de mobilisation : distribuer des tracts, discuter, convaincre, unir les travailleurs et les syndicalistes qui ne veulent pas laisser Sarkozy faire ce qu’il veut, alors qu’une majorité de la population rejette ses réformes.

Par la voix de Martine Aubry, le Parti socialiste a promis de revenir sur la contre-réforme de Sarkozy, si celle-ci est votée par la droite, et si le PS revient au pouvoir en 2012. Mais ces promesses n’engagent que ceux qui y croient. Dans le passé, le PS, au gouvernement avec le PCF et les Verts, n’a pas abrogé la réforme Balladur de 1993, celle qui a entraîné la baisse de 20 % des retraites en moins de 20 ans. D ‘autant que certains, au PS, soutiennent à demi-mot, quand ce n’est pas ouvertement, tant le recul de l’âge légal du départ à la retraite que l’allongement de la durée de cotisation.

N’ayons pas la mémoire courte ! Faisons confiance à nos luttes ! Regroupons-nous pour que Sarkozy batte en retraite !


Une guerre sociale nouvelle s’ouvre en Europe, par Charles-Andé Udry

7 juin 2010

 

1. Depuis les 8 et 9 mai 2010 – c’est-à-dire la réunion d’urgence de la BCE, d’ECOFIN et du FMI afin d’établir un plan de renflouement de divers pays de l’UE – tous les gouvernements annoncent des plans d’austérité budgétaire « pour sauver la zone euro ». Une guerre de classe d’une ampleur nouvelle est déclarée en Europe ce qui reste de l’Etat social, issu de la période d’après la Seconde Guerre mondiale, doit être démantelé, à l’exception d’un « filet social » type Banque mondiale.

Le 10 mai, un banquier britannique avait trouvé une bonne formule politique « Il est plus facile de vendre un tel plan en disant qu’il doit servir à sauver la Grèce, l’Espagne et le Portugal, que d’avouer qu’il doit d’abord sauver et aider les banques. » Ces banques (allemandes, françaises, espagnoles…) détenaient une montagne de titres de dette publique des pays « ébranlés » (Grèce, Portugal, Espagne…). Selon Citigroup, l’exposition des banques américaines face à la Grèce, l’Irlande, l’Italie, le Portugal et l’Espagne s’élève à quelque 190 milliards d’euros. Le vendredi 7 mai fut un massacre personne ne se trouvait en face des banques et autres investisseurs qui voulaient se défaire de leurs titres. « Il n’y avait plus de marché », comme l’avouait un opérateur auprès de la BCE, sous le couvert de l’anonymat. Et les bilans des banques camouflent encore des montagnes de produits toxiques, évalués à un prix artificiel. L’organe de contrôle bancaire allemand (Bafin) estimait à 800 milliards de dollars les « produits toxiques » encore détenus par les instituts bancaires (Financial Times, 24 mai 2010).

Faut-il rappeler que sur les 16 membres de l’eurozone, seuls six sont gratifiés – si l’on peut utiliser ce verbe – par les agences de notation de la signature AAA ? Ce sont l’Allemagne, l’Autriche, la Finlande, la France, le Luxembourg et les Pays-Bas. Une sorte de « noyau dur » – le Club des AAA – de l’eurozone, même si la France est parfois considérée comme à la frontière de ce domaine où l’Allemagne dispose d’un pouvoir éloquent.

Une telle note permet d’ailleurs à l’Agence française du Trésor (AFT) – agence de gestion de la dette de l’Etat français – d’émettre un emprunt de 5 milliards d’euros à échéance d’avril 2060, donc 50 ans, souscrit à environ 90% par des investisseurs non français. Le 21 mai 2010, l’emprunt d’Etat français le plus réputé – l’Obligation assimilable du Trésor (OAT) – trouvait des emprunteurs acceptant 2,93% de taux d’intérêt. De quoi susciter quelques réactions du côté de la Grèce quand les taux d’intérêt de « ses » emprunts à 10 ans oscillent autour des 10%. Et que des obligations grecques arrivant à échéance en mars 2012 avaient un rendement brut de 7,27%, cela comparé à celles de la France (avec la même maturité) 0,61% (24 Ore/Il Sole, 24 mai 2010). Entre les économies du « centre de l’UE » – ou quasi au centre, comme la France – et celles insérées à la périphérie, la différence est nette. Le discours sur la convergence européenne en prend un coup.

2. Il y a là de même la démonstration d’une des fonctions de l’euro il est devenu une monnaie ayant acquis une place importante… mais dans les encours d’obligations internationales. Et donc, dans la possibilité des marchés (c’est-à-dire des divers investisseurs financiers) d’exercer une pression forte en tant que créanciers sur les débiteurs. Quelque deux tiers de la dette française est acquise en dehors de la France. Certes, il est possible que des capitaux français réfugiés au Luxembourg ou en Suisse en constituent de même une fraction des acquéreurs.

A ce propos, on peut examiner ci-dessous la carte qui a été publiée dans la NZZ am Sonntag (10 mai 2010) et dans le New York Times. Elle illustre les montants de la dette publique et les dépendances croisées des débiteurs-créanciers des différents pays de l’Union européenne (UE). Cette évolution, accentuée au cours des dernières années, traduit la libéralisation des flux de capitaux ainsi que l’envol du « crédit-dette » visant à répondre aux difficultés de reproduction du système et de la société capitalistes.

Un thème, pour ce qui a trait à sa « substance », expliqué par Marx dans le Livre III du Capital. Marx y insiste sur la nature de capital fictif des titres de la dette [1], fictif, mais bien réel. Ce constat éclaire, en partie, la « vaste coupe dans les dépenses publiques », une des conditions pour dégager un solde budgétaire primaire permettant de faire face à la « charge » d’une dette qui enregistre, pour partie, une socialisation des pertes d’« acteurs économiques privés ».

3. Donc est bien terminée, au plan du discours politique, la période du G20 de septembre 2009 à Pittsburgh. Alors Sarkozy proclamait « Il faut refonder le capitalisme » ; « Il faut tordre le cou à la spéculation ». Les marchés – c’est-à-dire les banques, les fonds d’investissements financiers, les fonds de pension, les assurances, les grandes firmes transnationales très mondialisées – ont simplement montré qui est vraiment aux commandes.

Le scénario est assez clair. Banques, assurances et fonds de placement ont été sauvés de la faillite en 2008 par les Etats et donc par les salariés-contribuables. Depuis 2009, ces acteurs financiers ont de nouveau fait de bonnes affaires. Banques et hedge funds – qui se font une concurrence forte à l’échelle internationale – veulent neutraliser une baisse possible – et même anticipée – de leurs revenus en provenance des actions et dividendes, car la relance est très faible. Pour cela, un objectif s’impose assurer la ponction des intérêts sur la dette publique et consolider les gains issus des opérations spéculatives sur les monnaies (taux de change volatil) et sur les dettes (titres). Une des stratégies spéculatives (d’attaque et d’anticipation) consiste à vendre à découvert des titres d’Etat – sans en avoir la propriété et en les prenant sous forme de prêts à ceux qui les détiennent dans leur portefeuille – des pays les plus vulnérables. L’opération se fait, en général, en deux phases. Par exemple, vendre pour 5 millions d’euros des obligations d’Etat à 88,76 euros, en encaissant 4,3 millions d’euros. Puis, trois jours après, une fois le titre descendu à 87,76 euros, le racheter en gagnant la différence entre les deux prix, moins la commission payée pour avoir emprunté ces titres. Les opérations avec les CDS (credit default swap) sont du même type.

4. De ce point de vue, Paul Krugman voit juste lorsqu’il explique que, contrairement à la sainte doctrine officielle, l’attrait des investisseurs pour les obligations états-uniennes à 10 ans – dont le taux d’intérêt se situait à moins de 3,3% le vendredi 21 mai 2010 – avait pour origine « La hausse du pessimisme par rapport aux perspectives d’une relance économique, pessimisme qui a fait que les investisseurs s’éloignaient de toute chose qui leur paraissait risquée pour se réfugier dans l’apparente sécurité de la dette du gouvernement américain. » (El Pais, 23 mai 2010)

Que l’austérité généralisée adoptée en Europe – au moment où la relance relève du vœu – conduise à une dépression économique et sociale, comme le reconnaissent divers économistes peu hétérodoxes, n’entre pas dans les préoccupations des « opérateurs. Ce souci appartient aux gouvernements – de centre-droit ou centre-gauche – qui devront soit s’appuyer directement sur des appareils bureaucratiques syndicaux, soit utiliser leurs « hésitations » pour purger le système et faire accepter la purge. Tout cela en invoquant « l’unité nationale », la « sauvegarde du pays », la « nécessaire modernisation productive et administrative », car la vigueur du choc va en déstabiliser plus d’un.

5. En décembre 2009, le Bulletin mensuel de la BCE, dans son éditorial, affirmait déjà deux buts prioritaires pour l’UE. 1° Le premier flexibiliser la législation du travail en Europe. Le FMI dans son rapport consacré à la Grèce, datant de mai 2008, insistait avec force sur ce même objectif. Traduisons liquider les droits du travail restants, cela dans un contexte de chômage et d’emploi de plus en plus précarisé, afin de réduire « les coûts salariaux » ; 2° Le second la réduction drastique des déficits et dettes publics. Cela dans un temps très bref et massivement : passer de -14,3% de déficit du PIB en 2009 pour l’Irlande à -2,9% en 2014 ; de -11,2% pour l’Espagne à -3% en 2013 ; de -9,3% à -2,8% en 2013 pour le Portugal. De quoi réduire les services publics (éducation et santé, etc.), les salaires et le nombre de salarié·e·s du secteur étatique et paraétatique, les pensions des retraités. Et favoriser les privatisations dans certains secteurs, avec la possibilité d’en tester la rentabilité au cours d’une période de PPP participation-publique-privée.

La Roumanie en donne déjà l’exemple. Depuis le 1er juin 2010, les salaires du secteur public vont baisser de 25% et les retraites de 15%. Cela dans un pays où le salaire minimum est d’environ 150 euros par mois ! L’expérience a été menée avec une vigueur similaire dans les pays Baltes.

6. L’hystérie des « experts » contre les déficits fait silence sur quatre éléments 1° Les origines des déficits et dettes publics, c’est-à-dire la crise de 2007-2009, le renflouement des banques et l’aide aux industries et à la construction. 2° Sans ces amortisseurs (dépenses publiques et transferts sociaux), la chute du PIB n’aurait pas été de 5% mais de 10%, en France. 3° La réduction du déficit public en Suède dans les années 1990 – toujours invoquée, comme exemple – a été possible à cause de la croissance durant cette décennie et parce que les transferts sociaux partaient de très haut. De plus, la Suède a pu dévaluer sa monnaie (la couronne) pour exporter. Et elle disposait de capacités d’exportations. 4° Mais la Grèce, l’Espagne, le Portugal… n’ont pas de souveraineté monétaire (dévaluer et émettre sa monnaie) et, dans la zone euro, il n’y a pas de politique économique et budgétaire commune et « solidaire ». Leur « souveraineté » est mise en question, comme les droits élémentaires de définir leur budget qui traduisent, à leur façon, un « choix de société ».

Par contre, aujourd’hui, est imposée par « les marchés » et les dominants des pays du centre de l’UE (l’Allemagne avec son hinterland et ses alliés) une politique d’austérité générale, avec un poids particulier imposé aux populations des pays « périphériques ». Et cela au nom d’une relance de la dynamique d’exportation. Elle s’appuierait sur la contraction des salaires directs et indirects, avec l’objectif de réduire les coûts unitaires du travail.

On se demande comment dans tous les pays de l’UE, ensemble, les salaires peuvent être coupés et les unit labour costs réduits ; cela en vue d’augmenter les revenus issus des exportations pour faire face à la charge de la dette. Pour l’essentiel, les exportations s’effectuent pourtant au sein de l’UE. Un cannibalisme sélectif se met en place.

C’est un choix du capital allemand (et de ses alliés proches) qui, d’une part, utilise à son avantage la division internationale du travail au sein de l’UE et, d’autre part, envisage de déplacer, progressivement, le centre de gravité de ses exportations en dehors de l’UE, tout en gagnant des parts de marché au sein de l’UE.

Cette politique de déflation sociale compétitive fera des millions de morts sociaux. Elle imposera des décisions échappant totalement aux règles les plus élémentaires de la démocratie bourgeoise parlementaire.

Or, la BCE (Banque centrale européenne) accepte des titres dégradés de la dette publique que possèdent les banques. Et ces dernières se refinancent auprès de la BCE pour moins de 1% de taux d’intérêt et continuent des opérations spéculatives sur des dettes et les monnaies.

7. Le New York Times (Steven Erlanger) du 23 mai 2010, en première, écrit le « modèle social européen » est mis en cause. L’issue des batailles à venir – au cours de cette guerre – est avant tout d’ordre social et politique. C’est le salariat européen qui dispose des traditions socio-politiques les plus grandes – malgré tous les revers passés – qui est visé.

Les mobilisations défensives unitaires – refus des coupes et rejet de la dette (avec une ouverture des livres de comptes publics et privés), un système d’impôt différent, etc. – sont décisives. Cela pour accumuler des forces et donner le sentiment d’une capacité de résistance et de contre-attaque. Ne pas subir « la politique du choc » qui assomme. Dans la foulée, des questions élémentaires et essentielles viendront sur l’avant-scène politique.

On peut les formuler ainsi pour orienter l’investissement vers la production de biens et de services répondant aux besoins sociaux et écologiques, il est nécessaire de disposer d’une maîtrise par les salarié·e·s des ressources qu’ils produisent ; d’un service bancaire public contrôlé démocratiquement ; d’un contrôle sur le fonctionnement des entreprises, sur l’appropriation de la richesse comme sur sa répartition, et d’une réduction du temps de travail. Donc quelles sont les priorités que les sociétés européennes se donnent ?

La difficulté de la situation ne doit pas conduire à renoncer à une perspective socialiste, au fond celle des Etats-Unis socialistes d’Europe.

Une telle perspective s’enracine d’ailleurs dans les problèmes que les salarié·e·s rencontrent. Sans cela, un retournement de situation politique dramatique n’est pas à exclure, au bout d’un certain temps.

25 mai 2010

Notes

[1] « L’accumulation du capital de la dette publique ne signifie rien d’autre […] que le développement d’une classe de créanciers de l’Etat qui sont autorisés à prélever pour eux certaines sommes sur le montant des impôts […]. Ces faits montrent que même une accumulation de dettes arrive à passer pour une accumulation de capital […]. » Karl Marx, Le Capital, Livre III, Tome II, p.138-139, Editions sociales, 1959.

Autrement dit, l’argent remis aux Etats par leurs créanciers est dédoublé par les titres qui le représentent : obligations, bons du Trésor, etc. Ces titres dupliquent cet argent, mais, comme celui-ci est dépensé en grande partie de manière improductive – pour payer la charge de la dette, par exemple – ils ne représentent même pas du capital en fonction. Ces titres ne sont que du capital fictif. Les Etats créent donc du capital financier fictif. Mais les dirigeants de ces Etats dénoncent l’« exubérance » financière irrationnelle !

Or, la croissance des dettes publiques a pour origine les difficultés de reproduction du système et de la société capitalistes. D’un côté, renflouement des banques au bord de la faillite – qui, elles, ont gonflé la masse des crédits, donc ont participé à l’accroissement du capital financier fictif, en tant qu’agents économique privés – et aides aux « branches privées » en difficulté (l’automobile avec ses sous-traitants, la construction). De l’autre côté, « dépenses sociales » pour amortir les effets (en termes de demande) des récessions et viser à stabiliser le pouvoir en place.

Or, aujourd’hui, ce sont ces amortisseurs sociaux qui sont attaqués. Priorité aux créanciers ! Un test social et politique d’une envergure historique à l’échelle européenne pour les dominants… et pour les salarié·e·s.

* Paru sur le site de A l’encontre.

* Charles-André Udry est économiste, animateur des Editions Page deux (Suisse), membre du Mouvement pour le socialisme. Article écrit le 25 mai 2010 pour un hebdomadaire grec.