12 et 13 juin : deux journées d’initiatives de la Marche mondiale des femmes à Paris

30 mai 2010

 Depuis le 8 mars, la troisième Marche mondiale des femmes contre les violences et la pauvreté a commencé (1). Partout dans le monde, des militantes réfléchissent, débattent, écrivent des textes, élaborent des revendications, définissent leurs priorités et manifestent dans les rues pour faire entendre, encore et toujours, la voix des femmes, leurs forces et leurs exigences. Parmi elles, Nelly Martin, porte-parole de la coordination française.

La Marche mondiale des femmes (MMF), qu’est-ce que c’est ? Depuis quand existe-t-elle ?

L’idée a été lancée fin 1998 par des féministes québécoises. Elles proposaient de créer un mouvement féministe mondial antipatriarcal, antilibéral et anticapitaliste. Vu le nombre de pays qui ont répondu à cet appel (82 en 2000) et le succès des marches de 2000 et 2005, cela correspondait à un vrai besoin, je crois. Pour nous, être en marche exprime l’idée d’avancer librement, sans contraintes ni empêchements. Nous sommes en marche pour dire la force des femmes organisées de manière collective, avec des expériences, des cultures politiques, des origines différentes, mais qui poursuivent un objectif commun : dépasser l’ordre actuel injuste qui engendre violences et pauvreté. Notre marche exprime également notre solidarité internationale et le fait que nous sommes vigilantes vis-à-vis des situations vécues par les femmes dans toutes les régions du globe.

Quelles sont les thèmes de la Marche en 2010 ?

Cette année, nous avons travaillé sur quatre champs d’action : biens communs et services publics ; paix et démilitarisation ; travail des femmes et autonomie financière ; violences envers les femmes. La diversité de nos thèmes prouve que la MMF souhaite partager ses préoccupations avec des associations et organisations moins acquises a priori à la question du droit des femmes. Nous travaillons ensemble sur des textes et des propositions de revendications.

Quelles sont les spécificités et les enjeux de la MMF cette année en France ?

Il y a la crise, bien sûr, dont le système capitaliste se fait fort de profiter pour rogner un peu plus nos acquis. Les prétendues solutions que veulent y apporter nos gouvernements pourraient rendre la situation des femmes encore plus critique qu’elle ne l’est aujourd’hui, en aggravant la précarisation, le chômage et la privatisation des services publics, notamment.

Nos droits acquis sont en très grand danger ! Pensons aux fermetures de centres d’IVG qui menacent le droit des femmes à avorter dans de bonnes conditions et dans les délais. Pensons aux essais de casse du service public de la petite enfance : crèches, maternelles… Pensons aux attaques sur les retraites, déjà bien maigres pour une majorité de femmes abonnées aux emplois les moins bien payés et les plus précaires. Combien de femmes pauvres en plus, à faire les fins de marché, alors qu’elles auront travaillé toute leur vie, dans et hors la maison. Pensons aussi aux violences faites aux femmes, alors qu’une loi est en passe d’être votée à l’Assemblée nationale, une loi poussée par le Collectif national Droits des femmes, qui représente sans doute une avancée mais oublie les moyens financiers permettant son application. Nous devons aussi nous battre contre la montée des intégrismes religieux en réaffirmant notre attachement à la laïcité, seule capable de garantir le respect des droits et des libertés des femmes.

Quelles sont les échéances prévues ?

En France, nous aurons un évènement en trois parties à Paris les 12 et 13 juin : un forum national « Femmes en marche, femmes en luttes », à la salle des fêtes de Montreuil, du samedi matin au dimanche après-midi ; une manifestation nationale le samedi à 16 heures, place de la République ; un concert et banquet féministe à partir de 18 h 30, place de Stalingrad.

L’action européenne de la MMF se tiendra le 30 juin, à Istanbul, en Turquie. Il y aura un forum de discussion traitant des quatre champs d’action de la Marche, des expositions sur les luttes des femmes turques et kurdes, des actions auprès des médias et une manifestation à 19 heures dans les rues d’Istanbul.

La mobilisation mondiale de clôture se tiendra en Afrique, à Bukavu en République démocratique du Congo (RDC), un pays rongé par les conflits guerriers et où la situation des femmes a depuis longtemps atteint l’intolérable. La coordination congolaise propose deux journées consacrées à des débats sur les quatre thèmes, une journée de foire pour la souveraineté alimentaire, une journée de marche contre la guerre et pour la paix. Les activités comprendront la plantation d’arbres et l’inauguration d’un mémorial en hommage aux femmes victimes de la violence en RDC, surtout à celles enterrées vivantes dans le territoire de Mweda (Kasika). Des délégations limitées par pays se rendront au Congo pour atteindre environ 1 000 femmes, mais il semble maintenant qu’il pourrait y avoir plus de monde. La délégation européenne est de 40 femmes dont six françaises.

(1) Le site français : http://www.mmf-france.fr. Le site mondial : http://www.mmf2010.info

Propos recueillis par Lisbeth Sal et Odile Cointet

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Les comités unitaires pour les retraites présents dans les manifestations à Caen et à Lisieux

29 mai 2010

 

Plus de 12000 manifestants à Caen, 600 à Lisieux, la présence des collectifs unitaires et, le soir, un meeting à Caen avec Willy Pelletier, de la Fondation Copernic : la résignation n’est pas à l’ordre du jour ! La lutte continue et doit s’amplifier pour faire reculer Sarkozy.

Les Panavi en lutte pour l'emploi en tête de la manifestation unitaire à Caen

Dans la manifestation caennaise, le privé était largement majoritaire. Symboliquement, en tête du cortège, s’étaient placés les Panavi, dont l’usine de Mondeville est menacée de fermeture. 93 emplois sont en jeu. Les Panavi ont été largement soutenus pendant toute la manifestation. En tête de cortège, le « public-privé, tous ensemble » était d’ailleurs un des slogans favoris. En fin de cortège, la sono de Solidaires appelait à préparer la grève générale.

Les possédants et le gouvernement à ses ordres veulent casser les retraites, et continuent à licencier pour augmenter les profits, comme à Panavi. C’est un combat d’ensemble contre la dictature capitaliste qu’il faut mener : augmenter les salaires, interdire les licenciements, créer des emplois grâce à la réduction du temps de travail, c’est stopper l’accaparement des richesses par une minorité d’actionnaires et c’est aussi assurer le financement des régimes de retraites par répartition.

A Lisieux, le collectif unitaire « Touche pas à ma retraite !« , soutenu par le NPA, le Parti de gauche, Sud-Solidaires et la FSU, s’est mobilisé et a distribué un tract invitant à sa prochaine réunion, mardi 1er juin. Il appelle à continue la mobilisation et à « ne pas battre en retraite devant le gouvernement » ! Le collectiuf a crée un blog pour diffuser au maximum l’esprit de résistance qui l’anime. Son adresse : http://touchepasamaretraite.over-blog.com/.

Le stand du collectif lexovien place F.Mitterrand

Meeting à Caen le 27 mai - photo NPA Caen

A Caen, le collectif unitaire (soutenu par le NPA, ATTAC, AC, la FSU, Solidaires, la FASE, le Parti de gauche, la GU, le PCF, les Verts, le PS, le MJS et le MJCF) avait choisi d’organiser un meeting, le soir. Il avait invité Willy Pelletier, de la Fondation Copernic, et l’ensemble des organisations qui le désiraient ont pu prendre la parole. Devant 160 personnes, Willy Pelletier a rappelé les enjeux du combat à mener pour mettre en échec Sarkozy. La contre-réforme de Sarkozy signifie un recul majeur, la baisse des pensions qui s’accélérerait, la porte ouverte aux assurances privées. Le NPA a appelé à poursuivre la mobilisation, en créant des comités unitaires partout avec l’objectif de mettre Sarkozy en échec. C’est possible, car la majorité de la population reste attachée au système de retraite par répartition, et reste aussi très hostile au recul de l’âge de départ à la retraite, malgré la campagne de bourrage de crâne orchestrée par le gouvernement. Le collectif unitaire invite tous ceux et toutes celles qui veulent participer à ce combat à une prochaine réunion, mardi 8 juin.

Enfin, à Vire, le NPA multiplie les efforts pour que voit le jour un collectif unitaire. Le peu d’entrain de plusieurs forces politiques freine la constitution de ce collectif et, hélas, d’autres préfèrent rester à l’écart. Comme si l’enjeu n’était pas de taille, comme si l’unité n’était pas nécessaire pour gagner !

A Lisieux, à Vire, à Caen, le NPA, quant à lui, engage toutes ses forces dans cette bataille.


Besancenot : « Une journée de mobilisation ne suffira pas » (Le Monde, 27 mars 2010)

29 mai 2010

 

Pour Olivier Besancenot, présent dans la manifestation parisienne aux côtés des militants du Nouveau Parti anticapitaliste, la bataille de la gauche et des syndicats contre les projets du gouvernement ne fait que commencer.

Cette journée de mobilisation contre la réforme des retraites arrive-t-elle trop tard ?

C’est le début d’un bras de fer avec le gouvernement, une nouvelle étape dans la mobilisation. Il faudra se retrouver tous ensemble, dans la rue avec les syndicats, et par ailleurs dans un large front politique et social. C’est ce qu’ont commencé à faire la Fondation Copernic et Attac. Je serai moi-même présent à Marseille à un meeting de soutien.

Pensez-vous que les syndicats peuvent faire reculer le gouvernement ?

Il est clair qu’une journée de mobilisation ne suffira pas. Il faut trouver les chemins des convergences et des luttes. C’est ce qu’on avait réussi à faire pendant le CPE (contrat première embauche : type de contrat de travail à durée indéterminée à destination des moins de 26 ans, qu’avait voulu mettre en place le gouvernement Villepin en 2006). Maintenant, il faut un déclic pour que la mobilisation prenne de l’ampleur. La vraie-fausse annonce du gouvernement sur la fin de la retraite à 60 ans a remobilisé les gens. Aujourd’hui, il y a deux possibilités : soit Sarkozy passe en force et, comme l’a fait Maragert Thatcher en Grande-Bretagne, casse le mouvement social pendant des années ; soit il se prend un retour de bomerang grâce à une large mobilisation populaire. La partie reste ouverte.

Que pensez-vous du contre-projet de réforme formulé par le Parti socialiste ?

Le Parti socialiste a enfin tranché, il est pour la défense de la retraite à 60 ans. Tant mieux. Nous ne sommes pas d’accord sur les solutions à apporter : nous sommes pour revenir aux 37,5 années de cotisation. Mais il n’y a pas de raison de ne pas être ensemble dans la bataille contre le projet du gouvernement. Il faut le front le plus large possible et, pour cela, le PS doit participer aux mobilisations unitaires. Ils ont participé à un meeting avant de rendre public leur projet, ils doivent aller plus loin.

Propos recueillis par Nabil Wakim


Retraites : continuons le combat

29 mai 2010

 

Au lendemain des manifestations du 27 mai, le gouvernement a confirmé son intention de liquider la retraite à 60 ans. Les journées d’action pour faire pression sur le gouvernement ne suffiront pas pour le faire changer d’avis.

Il y avait plus de monde dans la rue le 27 mai que le 23 mars. Les sondages d’opinion confirment aussi que la campagne d’affolement pilotée par le gouvernement ne modifie pas l’état d’esprit de l’opinion, largement opposée à l’allongement de la durée de cotisation et au report de l’âge légal du départ en retraite. Mais ce rejet, très majoritaire chez les employés et les ouvriers, a du mal à se transformer en mobilisation dans la rue. C’est que la stratégie des directions syndicales ne convainc pas. Comment espérer encore « faire pression » sur les choix du gouvernement – comme l’espèrent CFDT et CGT réunies – alors que celui-ci, lorsqu’il dévoile – avec une certaine prudence – le contenu du futur projet de loi, confirme au contraire ce que toutes les organisations syndicales rejettent : le report de l’âge légal du départ de 60 ans à 61, 62 ou 63 ans ? Eric Woerth a annoncé par ailleurs le recul de l’âge légal pour bénéficier de la retraite à temps plein (65 ans aujourd’hui, combien demain ?), ce qui pénalisera tous les retraités qui n’auront pas le nombre d’annuités requis au moment de leur départ à la retraite. L’évidence est que l’affrontement avec ce gouvernement est inévitable pour peu que l’on veuille vraiment conserver les acquis, et a fortiori, revenir sur les contre-réformes de 1993 et de 2003 qui ont constitué la première étape de la liquidation dans les faits du système des retraites par répartition.

Ce choc inévitable avec les classes possédantes est une donnée générale de la situation en Europe. Partout, l’aggravation des politiques d’austérité place le mouvement ouvrier devant une alternative : soit relever le défi, préparer des grèves générales pour mettre en cause les pouvoirs eux-mêmes, soit être écrasé peut-être pour longtemps.

Pour construire cette mobilisation, la convergence de toutes les forces disponibles est indispensable. Constituer de réels comités de mobilisation, avec les organisations réunis dans un soutien commun à l’appel ATTAC-Copernic, avec les militants qui n’acceptent pas l’attentisme des confédérations syndicales, devient une urgence.


Retraites. Le « document d’orientation » du gouvernement : derrière l’opération de com’, la confirmation d’un projet de recul social

17 mai 2010

 

L’opération de com’, c’est l’annonce d’une contribution sur les hauts revenus et les revenus du capital. La confirmation, c’est l’allongement de la durée de vie au travail. La seule réponse possible : en grève et dans la rue le 27 mai.

Les projets du gouvernement sont connus depuis longtemps : reporter l’âge légal du départ à la retraite au-delà de 60 ans et augmenter le nombre d’années de cotisations pour bénéficier du taux plein. Mises en oeuvre ensemble, ces deux mesures auraient pour conséquence de réduire le niveau des pensions, car de moins en moins de travailleurs pourraient réunir les conditions nouvelles imposées. Ce serait en fait la poursuite des contre-réforme de Balladur et de Fillon qui ont abouti à la baisse de 20% des pensions entre 1993 et 2003.

Le « Document d’orientation sur la réforme des retraites » transmis par le gouvernement aux syndicats lundi 17 mai confirme son intention.
L’opinion restant hostile à ce projet, malgré la campagne d’affolement alimentée par les chiffres extravagants (horizon 2050 !) du Comité d’orientation des retraites, le gouvernement a jugé nécessaire de promettre une nouvelle contribution sur les hauts revenus et sur le capital, non protégée par le fameux « bouclier fiscal ». C’est la partie com’ du plan gouvernemental. Les medias ont largement relayée l’info.

Dans son document, le gouvernement accumule les mensonges. Ainsi, « la véritable cause du déséquilibre de nos régimes de retraites [serait] la démographie », alors que ce qui est en cause c’est l’insuffisance des recettes, générée par le chômage et le blocage des salaires, pour le seul bénéfices des revenus financiers. Le gouvernement reprend à son compte les arguments du MEDEF pour rejeter l’augmentation de la cotisation patronale. Il écarte l’idée des retraites par capitalisation, mais, en organisant la baisse des pensions, il ouvre la porte aux « compléments de retraite » versés par les assureurs privés…. pour celles et ceux qui pourraient se les payer.

Pour les autres, au premier rang desquels les jeunes entrés tardivement dans la vie active, les femmes et les précaires ayant des carrières incomplètes, le projet de loi annoncée promet des retraites de misère.

Mais Sarkozy n’a pas encore gagné. Le sort de son projet de loi déjà ficelé dépend de notre mobilisation.

Le 27 mai est une étape importante : il faut réussir la grève et les manifestations ce jour. Non pas qu’une journée d’action suffira. Mais leur réussite encouragera les travailleurs à poursuivre, combattra l’esprit de résignation.

Le 27 au soir, les organisations qui se retrouvent dans le collectif de défense des retraites organisent un meeting à Caen. Faisons-en un meeting de lutte, pour continuer la mobilisation jusqu’à gagner contre Sarkozy.

Le 27 mai : en grève, dans la rue, et le soir, au meeting de lutte, Centre de congrès à Caen !


Le scénario 45-63-68

12 mai 2010

 

45 années de cotisation, 63 ans pour l’age du départ à la retraite, 68 ans pour bénéficier du taux plein quand on n’a pas travaillé pendant 45 ans : c’est le scénario 45-63-68 testé par le Conseil d’orientation des retraites (COR). Verdict rendu mardi 11 mai.

Le jeu du chat et la souris continue. « Sommet social », réunions et chiffrages du COR, campagne médiatique alimentent le faux débat sur le financement des retraites. Après la publication de chiffres qui se voulaient catastrophiques, il y a quelque semaines, c’est le scénario 45-63-68 qui a retenu l’attention du COR. Selon cet organisme censé « expertiser » le dossier des retraites en toute indépendance, la combinaison du recul de l’âge du départ à la retraite et de l’augmentation des annuités de cotisation ne règlerait que la moitié du « problème » puisqu’il ne diminuerait que par deux les besoins de financement sur la période 2030 à 2050.

Le COR cherche désespérément des solutions à un « problème » dont l’énoncé n’est pas mis en cause. Comment en effet financer les retraites sans remettre en cause la répartition des richesses éhontée où une minorité de privilégiés accaparent une part croissante au détriment des travailleurs, privant du même coup les organismes de protection sociale des ressources nécessaires puisque les cotisations sont assises sur les salaires ? Que l’on teste l’augmentation des salaires de 300 euros, la création de millions d’emplois nouveaux, grâce à la réduction du temps de travail, l’augmentation du taux de cotisation patronale : on s’apercevra que le financement des retraites est assuré, avec un départ à 60 ans à taux plein (55 ans pour les métiers les plus pénibles), avec au maximum 37,5 années de cotisation et, au minimum, 75% du salaire brut d’activité et 1500 euros.

La démonstration du COR sur le 45-63-68 prépare peut-être une deuxième étape dans la campagne du MEDEF et du gouvernement. Après avoir tenté d’affoler la population avec les soi-disant déficits colossaux des retraites, il restait à démontrer qu’il n’y a pas de solution… hors d’un changement total de logique, c’est-à-dire sans le passage à un régime fondé sur la capitalisation et les fonds de pension.

Notre conclusion est inverse : il n’y a pas de solution sans une nouvelle répartition des richesses, sans prendre sur les profits. Seule notre mobilisation peut imposer cette solution.

Malgré le pilonnage médiatique, l’instrumentalisation des difficultés en Grèce et de la crise financière en Europe, l’opinion n’est pas résignée. Selon le sondage réalisé par l’institut Viavoice paru dans Libération, 63% des sondés se disent toujours attachés à un maintien de l’âge légal de la retraite à 60 ans. La moitié approuve « l’augmentation des prélèvements sur les revenus du capital». Une moitié également pense possible un grand mouvement social comme celui de novembre et décembre 1995. Sarkozy n’est pas au bout de ses peines…


Les « marchés » veulent que les Etats accélèrent les politiques d’austérité

12 mai 2010

 

Mardi 11 mai, le journal Le Monde titrait  : « la BCE fait le bonheur des Bourses et des banques ».  Des Bourses et des banques qui réclament déjà plus.

Inquiets un jour, euphoriques le lendemain, exigeants sur le surlendemain. Il y a une semaine, les financiers se faisaient du mouron pour les créances d’Etats en difficulté financière qu’ils détiennent dans leur portefeuille. Et si ces Etats faisaient banqueroute, quelles seraient les pertes à subir par les créanciers, c’est-à-dire par eux-mêmes ? Ces financiers sont les Fonds de placement financiers, « hedge funds », gérants d’actifs et fonds de pension (ils détiennent 58 % des titres de la dette grecque) et les banques et compagnies d’assurance (45 % de la dette grecque, dont, en France, la Société Générale, BNP Parisbas, Axa, le Crédit Agricole, etc…).

Les 750 milliards promis par l’Europe et le FMI pour « venir en aide » aux pays en difficulté, si nécessaire, leur ont redonné le moral, d’autant que la BCE promettait de racheter leurs créances « pourries », celles pour lesquelles les remboursements, de la Grèce ou d’autres pays, semblent le plus compromis. Comment résister devant de tels cadeaux ? Les détenteurs de capitaux se sont précipités sur les actions bancaires, faisant exploser le cours des actions (+ 23,9 % en une seule journée pour la Société Générale…), anticipant le versement de dividendes juteux sur le dos des populations des Etats endettés.

Après cette euphorie, il est temps de présenter de nouvelles exigences. Le Monde cite Thorsten Polleit, « chef économiste » (sic) de Barclays Capital en Allemagne : « L’urgence aujourd’hui, pour la zone euro, c’est d’annoncer une stratégie crédible de réduction des déficits. Si la pression des marchés est devenue si forte, si les investisseurs perdent confiance, c’est précisément parce qu’un tel concept n’existe pas. Il est temps de le formuler (…). Les décisions sont du ressort de chaque gouvernement, au niveau national. Il faut voir comment couper dans les dépenses, réduire les déficits le plus rapidement possible, graver ces objectifs dans le marbre comme nous l’avons fait en Allemagne en inscrivant un mécanisme de « frein à la dette » dans notre Constitution… On doit se rappeler qu’à l’origine, si le pacte de stabilité avait été respecté à la lettre, on n’en serait pas là. » Le Monde cite également Hideaki Inoue, économiste à la Mitsubishi UFJ-Trust and Banking Corp, pour qui « les inquiétudes demeurent » :  « La question est de savoir si les gouvernement (des Etats européens qui sont endettés) peuvent faire passer des mesures d’austérité ».

Après le gouvernement Grec, qui vient de faire voter le passage de l’âge de départ à la retraite à 65 ans, après Sarkozy et Fillon, qui ont décrété la « rigueur budgétaire », avec des économies annoncées lors du « sommet social », c’est au tour du gouvernement espagnol d’obtempérer. Il annonce la baisse des salaires de 5% des fonctionnaires, la non revalorisation de certaines retraites et la suppression d’une prime de naissance.

On remarquera que ces gouvernements sont tantôt de droite tantôt de gauche. La social-démocratie européenne est engagée, autant que la droite libérale, dans l’opération de restauration des profits capitalistes, en faisant payer la crise et les déficits des Etats par les populations.

En première ligne dans cette guerre sociale, les travailleurs grecs ripostent en multipliant grèves et manifestations.

En France, le 27 mai doit être l’occasion d’exprimer notre refus de payer la crise.