Comment Goldman Sachs a arnaqué la Grèce

 

Goldman Sach, une des plus grandes banques de Wall Street, dont les dirigeants sont auditionnés par une commission du Sénat américain, et la Grèce, en pleine tourmente financière, font la « une » dans les medias. La banque est accusée d’avoir vendu des produits financiers « pourris » en toute connaissance de cause. Elle est mouillée aussi dans la dégradation des comptes publics de la Grèce. Retour sur une arnaque.

Depuis début 2010, la Grèce fait la une des journaux. Le pays serait en faillite, les grecs doivent faire une cure d’austérité. Travailler plus pour moins de retraite et de services publics.

Mais qu’à donc fait le peuple grec pour mériter cela ? Le peuple, pas grand chose, mais les gouvernements successifs beaucoup. Et avec l’aide de Goldman Sachs et de Wall Street.

Donc en 2000-2001, la Grèce se débat avec ses finances pour pouvoir entrer dans le cercle très fermé des pays adoptant l’euro. Dette hors critère et déficit du budget de l’État aux limites. Mais finalement, la Grèce fera partie des pays de lancement de la monnaie européenne.

Comment y-est-elle parvenu?

Retraçons l’enchainement des faits. Au pouvoir de 1996 à 2004, Kostas Simitis du Pasok négocia durement l’adhésion de la Grèce à l’euro. Inéligible à la création de l’euro en 1999, la Grèce fini par remplir les critères de Maastricht en 2001, faisant donc partie des pays de lancement de la monnaie fiduciaire en 2002. En pratique, la Grèce ne remplissait pas tous les critères, loin de là. Par exemple la dette oscillait entre 95 et 110 % du PIB, bien au-delà des 60 % maastrichtiens. Mais le gouvernement social-libéral parvint à afficher des déficits à moins de 3 % du PIB, limite fixée par les critères de convergence des économies de la future zone euro. Cela suffit à convaincre l’Allemagne d’accepter la Grèce dans le club. Suite à l’arrivée au pouvoir de la droite en 2004, un audit révéla que les déficits de 2000 à 2004 ne passèrent jamais sous les 3 %, oscillant entre 3,7 et 5,3%. L’explication officielle a été que l’État a «omis» de comptabiliser des dépenses d’investissement militaire…

Mais une enquête du journal allemand Der Spiegel, complétée par celle du New York Times, affirme que pour avoir des comptes plus présentables, le gouvernement grec fit appel à la «créativité financière» de la banque d’affaire Goldman Sachs. À l’image des subprimes ou des Credit Default Swaps (CDS), les véhicules financiers à l’origine de la crise de 2008, les têtes pensantes de Goldman Sachs proposèrent au gouvernement de Kostas Simitis un montage sophistiqué.

Au lieu de faire un emprunt traditionnel, qui aurait dû être pris en compte dans les critères de convergence du traité de Maastricht, instituant l’euro, il semblerait que Goldman Sachs ait proposé au gouvernement grec un montage financier astucieux. La banque d’affaire, avec l’aide de sa comparse JP Morgan Chase, aurait servi d’intermédiaire pour trouver des investisseurs prêts à fournir des milliards de dollars de devises sans émission de dette, en contrepartie d’avantages très particuliers. La Grèce se serait ainsi défaussé des revenus du loto, des taxes d’aéroport et des redevances des autoroutes jusqu’en 2019. Au passage la banque de Wall Street aurait encaissé 300 millions d’euros de commissions pour le montage de ces produits dérivés.

Ces produits dérivés, ultra sophistiqués et ultra risqués sont communément utilisés par le monde des multinationales. À leurs risques et périls, comme on l’a vu il y quelques années avec la faillite d’entreprises géantes comme Enron ou plus récemment avec AIG. Dans les années 2000, ils furent aussi utilisés pour couvrir – assurer – le risque sur des emprunts immobiliers d’américains sans le sous (les emprunts « subprime »). Pour les États, il s’agit de la première fois qu’un tel maquillage hors bilan (ou ici hors budget) est mis au jour. Plus précisément, le New York Times révèle deux dispositifs particuliers. Légalement, il s’agirait de vente non déclarée de services publics ou d’entreprises dépendants de l’État. En fait, ce serait plus une « location » sur des durées de 20 ans d’entités générant des revenus réguliers. Un des montages serait un « swap de taux d’intérêt », c’est-à-dire l’échange d’un prêt à taux variables très coûteux contre un prêt à taux fixe très intéressant, ou l’inverse, payé par le versement des revenus des taxes d’aéroport par exemple. Un autre montage serait un « swap de devises » c’est-à-dire la possibilité de s’assurer contre la fluctuation des monnaies. Par exemple, lors de l’augmentation de la valeur de l’euro face au dollar, un swap de devises aurait permis à la Grèce de ne pas trop pénaliser ses exportations, en minimisant l’effet de la baisse du dollar US.

Un swap de devises pour une soif de monnaie, autant en emporte le vent…

«Ariane», le premier montage daterait de 2000, mais aurait été réitéré en 2001 sous le nom d’ «Éole» puis les années suivantes. En novembre 2009, Gary D. Cohn, le président de Goldman Sachs, se serait rendu lui-même en Grèce pour proposer un nouveau crédit revolving pour États, destiné – comme souvent les crédits revolving personnels – à rembourser les anciennes dettes, cette fois celles du système de santé grec. Mais le gouvernement Papandréou nouvellement élu aurait refusé ce nouveau swap, qui lui aurait pourtant permis de repousser à plus tard le règlement de la montagne de dettes. En effet, ces montages étaient interdits par les règles européennes depuis 2004.

Comme par hasard, le 8 décembre 2009, l’agence de notation Fitch Ibca dégrade la note de crédit du pays de AA– à BBB+. S’ensuit une spéculation sur la dette de la Grèce, corollaire d’une augmentation des taux d’intérêt demandés au gouvernement pour emprunter de l’argent sur les marchés internationaux : 6 à 7 %, le double des taux allemands à 10 ans (Bund à 3,1%). Il s’agit de l’équivalent des Bons du Trésor en France (c’est-à-dire des titres d’émissions d’obligations pour les connaisseurs). Les grecs voient ainsi s’alourdir le poids de la dette qu’ils devront rembourser à l’oligarchie, en plus des emprunts auparavant camouflés.

Il semblerait là aussi que Goldman Sachs ne soit pas étrangère à la spéculation contre les titres de dette souveraine de la Grèce. « Depuis des semaines, Goldman joue la dette grecque à la baisse. C’est scandaleux. Elle est clairement initiée, puisqu’elle est depuis longtemps, la banque conseil du gouvernement. Elle connaît autant sinon mieux que le nouveau gouvernement la réalité de la situation financière du pays. Et il ne se prive d’aucune arme. Même les fausses rumeurs. Elle est à l’origine de celle qui donne l’État grecque aux abois allant mendier 25 milliards d’euros à la Chine…», s’énerve un important banquier d’affaires français. Les 300 millions d’euros annuels de commissions ne lui ont donc pas suffit, elle a en plus spéculé à la baisse sur les titres classiques de l’Etat grecs, empochant sur le marché des plus-values que les acteurs financiers de base ne pouvaient espérer il y a quelques semaines, avant les révélations.

Banque conseil des États d’un côté, banque d’affaire spéculatrice de l’autre, le mélange des genres rapporte gros. Le capitalisme financier s’attaque aujourd’hui sans vergogne aux pays industrialisés, les plumant un à un.

Quel pays est la prochaine cible des vautours de Goldman Sachs? À qui le tour ? Au Portugal ? A l’Italie ?

Quand les peuples arrêteront-ils ses banksters ?

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