Grève générale en Grèce

 

Ce jeudi 11 mars, la Grèce connaît sa deuxième grève générale en deux semaines. La paralysie du pays est presque totale, avec des transports à l’arrêt. Le mouvement de grève se fait à l’appel notamment de la Confédération générale des travailleurs grecs (GSEE, 1 million d’adhérents) et de la Fédération des fonctionnaires Adedy (375.000 membres). L’opposition est frontale avec le gouvernement socialiste qui met en œuvre le plan d’austérité brutal commandé par l’Union européenne pour faire payer la crise à la population (baisse des salaires, augmentation de la TVA, etc…).

Le gouvernement socialiste a trouvé le soutien … du patronat grec, qui, par l’intermédiaire de son président, Dimitris Daskalopoulos, a vivement condamné mercredi « les mobilisations » de ce jeudi. Ce jeudi matin, selon les dépêches d’agence, seule une ligne de métro fonctionnait à Athènes pour permettre aux grévistes de se rendre aux manifestations prévues dans le centre de la capitale à la mi-journée. Les autres transports urbains, métro, bus, trolleys, tramways étaient à l’arrêt. On s’attend à la fermeture des écoles et des principales administrations, les hôpitaux fonctionnant avec du personnel d’astreinte. A noter que les medias participent à la mobilisation. L’agence de presse nationale ANNA a arrêté son fil d’information pour 24 heures depuis 06h00 locales. Les journaux ne paraîtront pas vendredi.

 La mobilisation en Grèce est l’exemple à suivre dans toute l’Europe pour refuser de payer la crise à la place des fauteurs de crise, la banquiers et autres spéculateurs. La grève du 23 mars en France doit être une première étape pour construire un mouvement d’ensemble, prolongé, comme en Grèce.

 

Lire l’article sur la situation en Grèce et la crise européenne, dans « Tout est à nous », l’hebdo du NPA :

Grèce : ce n’est qu’un début !

Les mesures d’austérité imposées aux travailleurs grecs pour résorber les déficits ne sont qu’un prélude de ce qui pourrait se produire dans d’autres pays européens. La crise grecque démontre les désaccords de la classe dirigeante sur les stratégies à adopter.

Pour la deuxième fois depuis décembre 2008, la Grèce est au cœur de la situation politique en Europe. Depuis l’arrivée au pouvoir du Pasok, le parti social-démocrate grec, et les révélations concernant le trucage des chiffres du déficit budgétaire (le gouvernement de droite avait falsifié les chiffres pour annoncer un déficit moins élevé que son niveau réel, ce qui lui permettait de continuer d’emprunter à des taux d’intérêt bas sur les marchés), une sorte de tragédie grecque se déroule sous nos yeux. Les sociaux-démocrates ont très vite abandonné leurs promesses électorales et ont annoncé l’inéluctabilité des mesures de rigueur. La presse allemande mène une campagne de dénigrement de la population grecque. Le Premier ministre grec, Papandreou, fait le tour des principales capitales d’Europe pour quémander un sauvetage européen. Dans la presse bourgeoise, le débat sur l’opportunité de sauver ou non l’État grec fait rage. Sur les marchés financiers, la spéculation liée aux déficits grecs fait glisser l’euro et en inquiète les architectes.

En Grèce même, les plans de rigueur se suivent à une vitesse impressionnante (celui du mois de janvier n’a pas suffi pour calmer les gros investisseurs financiers et il a fallu des mesures supplémentaires, annoncées en février, d’une ampleur bien plus importante), les grèves se multiplient et la peur d’un nouveau décembre grec hante l’Europe. La crise grecque est significative de la situation de plusieurs pays européens. D’abord, elle reflète les divisions de ceux qui dirigent nos sociétés. C’est ce que révèle le débat autour de l’aide que pourrait apporter l’Europe à la Grèce. Certains ne veulent pas entendre parler du moindre centime d’aide à la Grèce. « L’Allemagne ne donnera pas un cent à la Grèce », a déclaré Rainer Brüderle, le ministre de l’Économie et membre du FDP, le parti libéral-démocrate allemand, partenaire de la CDU de Merkel au gouvernement. Les libéraux du FDP et les Bavarois de la CSU sont farouchement opposés à un sauvetage de la Grèce. Ils mènent campagne pour que l’État grec fasse le ménage chez lui et impose aux travailleurs l’intégralité de la facture par le biais des mesures de rigueur. Mais en face, d’autres veulent à tout prix éviter une faillite de l’État et parmi eux, bon nombre de banquiers européens qui ont massivement prêté à la Grèce et se trouveraient à nouveau dans une situation très difficile si le pays ne remboursait pas ses dettes. C’est ce qui explique la visite du patron de la Deutsche Bank à Athènes fin février, dans le but de négocier avec le gouvernement grec un éventuel soutien allemand.

Dans cette situation, Papandreou essaie de jouer toutes ses cartes pour faire pression sur le gouvernement allemand. Après sa visite à Berlin le 5 mars et à Paris le 7, il a rencontré lundi Barak Obama à Washington pour évoquer la possibilité d’un soutien du FMI. Les dirigeants européens ne veulent pas en entendre parler. Une telle solution montrerait l’incapacité de l’UE à régler seule ses problèmes. Et plutôt que de voir le FMI intervenir, ils sont prêts à le faire eux-mêmes. L’enjeu de toutes ces bagarres est de savoir comment va se distribuer le fardeau des déficits grecs. C’est un bras de fer entre les classes dirigeantes européennes. Mais sa source principale est l’incapacité du gouvernement grec à faire payer les pots cassés de la crise aux travailleurs de son pays. Car si Papandreou était en mesure d’imposer la rigueur nécessaire pour résorber rapidement les déficits et calmer les investisseurs financiers, il n’y aurait pas besoin d’un soutien européen. C’est ce que réclament les « faucons » en Allemagne.

Crise européenne

Derrière la Grèce, un ensemble d’autres pays attendent leur tour. Les déficits grecs ne sont pas beaucoup plus élevés que ceux de l’Espagne, du Portugal, de l’Irlande, de l’Italie ou encore de la Grande-Bretagne. À part cette dernière, les autres font partie de l’euro. Si la Grèce reçoit du soutien, ce serait un signe que les grands pays européens – notamment l’Allemagne, principale puissance économique européenne – feront la même chose pour les autres. Cela affaiblirait la pression qui s’exerce sur eux pour imposer des mesures de rigueur.

D’une certaine manière donc, la lutte actuelle des travailleurs grecs a une portée européenne. Plus ils réussiront à résister aux mesures de rigueur et plus cela créera des conditions plus favorables aux travailleurs des autres pays européens pour lutter contre les plans de rigueur qui ne vont pas tarder à leur tomber dessus. Et d’ailleurs, dans plusieurs pays déjà, les travailleurs du secteur public passent à l’action. Les 8 et 9 mars, les fonctionnaires britanniques ont fait grève contre la réduction de leurs primes de licenciement. Au Portugal, les travailleurs du public ont fait grève jeudi 5 mars contre le gel de leurs salaires, mesure prise pour réduire les déficits portugais. En Espagne, le mardi 2 mars était une journée contre le relèvement de l’âge de départ à la retraite de 65 à 67 ans. En France, le 23 mars est une journée interprofessionnelle. La crise grecque deviendra certainement une crise européenne lorsque les autres gouvernements adopteront des mesures similaires. La résistance des travailleurs grecs devra suivre le même chemin.

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