Naufrages

 

Les élections régionales ont lieu en pleine crise, et la tempête qui secoue le capitalisme s’accompagne de naufrages inattendus. Le premier est celui de Michel Onfray, le philosophe connu pour l’Université populaire qu’il anime à Caen… et aussi pour sa versatilité politique.

A une semaine du premier tour des régionales, Michel Onfray déclare son soutien à Laurent Beauvais. Son soutien au Front de gauche, en juin dernier, nous avait déçu. Son ralliement à Laurent Beauvais et au PS, en mars 2010, nous consterne.

Plus pathétique est la déclaration de l’ANPAG, groupe politique caennais, associé pour l’occasion à la Gauche unitaire. Ensemble, ces deux organisations déplorent que « le rassemblement de la gauche de gauche n’ait pas lieu pour les élections régionales. » Et d’ajouter : « nous prenons acte de la division et, de ce fait, ne donnerons aucune consigne de vote préférentiel pour le premier tour de scrutin » Aucune consigne de vote préférentiel pour le premier tour, c’est-à-dire, si les mots ont un sens, aucune préférence entre la liste PS-PCF-PRG, la liste Europe Ecologie-Les Verts et la liste NPA-PG.

Le prétexte de la « division » pour renvoyer tout le monde dans le même sac est un grand classique. Mais il ne faut pas se laisser abuser. Rappelons donc que c’est le PCF qui a choisi, le premier, de déserter le camp de la « gauche de gauche » pour s’allier dès le premier tour avec le PS. Puis, c’est l’ANPAG qui a choisi de ne pas s’allier avec le NPA et le PG, qui, eux, sont allés jusqu’où bout de la démarche unitaire. Pour le PCF, la conservation des postes de conseillers régionaux a été déterminante. Pour l’ANPAG, la désignation des têtes de liste (la « lutte des places » ?…) n’aurait pas été étrangère à son retrait. Ceux qui crient très fort à « l’unité » sont parfois aussi ceux qui sont responsables de la « division ». C’est le cas avec l’ANPAG.

En tout état de cause, en quoi la « division » empêche-t-elle l’ANPAG et la GU de prendre position face aux programmes des uns et des autres ? Mystère.

Si cette position n’est pas surprenante de la part de la GU, dont l’hostilité au NPA tient lieu de politique, c’est une gaffe de trop pour l’ANPAG.

Car, les gaffes, cette organisation les accumule.

Il y a deux ans, lors des municipales à Caen, hésitant entre la participation à une liste de la gauche radicale indépendante du PS, des Verts et du PCF, et l’unité avec le PS, l’ANPAG s’était résolue à tenter la négociation avec le PS. La lettre adressée par l’ANPAG à Philippe Duron est un morceau d’anthologie. Pour sceller l’alliance avec le PS, l’ANPAG s’engageait « bien évidement à mener avec la campagne commune une campagne propre en direction de la gauche de la gauche pour débattre de notre position et de l’intérêt d’avoir une alliance locale. Nous pensons ce type de campagne indispensable pour toucher ces milieux qui, vous le savez, ont de grandes réticences vis à vis du PS en général et ne sont pas d’emblée acquis à la gauche ». Bref, l’ANPAG se proposait de faire les rabatteurs de voix pour le PS, et ceci en échange de deux élus. Finalement Duron devait rejeter cette offre de service. Il ne restait plus à l’ANPAG qu’à renvoyer toutes les listes de gauche dos-à-dos, après avoir organisé la mascarade de la présentation médiatique d’une « non-liste » appelant à voter « contre la LCR et le PS », après avoir organisé la mascarade de la présentation médiatique d’une « non-liste » appelant à voter « conte la LCR et le PS ».

Aujourd’hui, pour l’ANPAG, pas de différence entre la liste qui milite pour les transports collectifs gratuits, la liste NPA-PG, et celles qui soutiennent le projet ruineux et anti-écologiste de LGV Paris-Normandie.

Pas de différence entre la liste qui réclame l’arrêt du chantier de l’EPR, la liste NPA-PG, et les pro-nucléaires.

Pas de différence entre la liste qui réclame l’arrêt des subventions au patronat, la liste NPA-PG, et celles qui annoncent vouloir les poursuivre.

Pas de différence entre la liste qui se prononce pour la mise sous séquestre des biens des entreprises qui licencient ou délocalisent, la liste NPA-PG, et celles qui n’ont que des larmes de crocodile à verser quand des actionnaires multi-millionnaires détruisent l’emploi.

Pas de différence entre la liste qui s’engage à se battre pour récupérer l’argent public versé au patronat qui licencie, la liste NPA-PG, et celles qui n’ont jamais réclamé un centime aux grands groupes responsables du chômage.

Pas de différence entre la liste qui réclame un service public de la formation professionnelle, la liste NPA-PG, et celles qui accroissent les subventions à l’apprentissage sous contrôle patronal et au privé.

Bref, pas de différence entre les anticapitaliste écologistes radicaux et les socio-écolo-libéraux.

Sauf que, quelques jours après que l’ANPAG ait annoncé ne pas faire de « choix préférentiel » au premier tour de ces élections régionales, une « figure » de l’ANPAG appelait urbi et orbi à voter pour la liste des Verts et d’Europe Ecologie. Un choix individuel ( ?) qui, à notre connaissance, n’a suscité aucune mise au point de l’ANPAG et qui en dit long sur le positionnement du groupe…

On pouvait penser que l’offre d’alliance au PS il y a deux ans n’était qu’un dérapage malencontreux. Hélas, non. Les errements de l’ANPAG en 2010 nous semble être un signe supplémentaire d’une dérive politique profonde.

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