Emprunt national : alibi à l’austérité

 

Alors que le déficit budgétaire et la dette de l’Etat explosent parce que le gouvernement renfloue et subventionne, à grands coups d’argent public, les banques et les trusts, Sarkozy et ses ministres veulent en faire payer le coût à la population en réduisant les dépenses utiles à l’ensemble de la société (suppression de plus de 34 000 postes de fonctionnaires dont 16 000 dans l’Education nationale).

Le « grand emprunt national » que voudrait lancer Sarkozy est une tentative de faire avaliser cette politique.

Sarkozy en avait lancé  l’idée dans son discours à Versailles, Fillon et le gouvernement remanié ont planché dessus dimanche 28 juin. De toute évidence, le gouvernement veut faire de « l’emprunt national » une grosse opération de communication.

Dans quel but ? L’Etat français, comme celui d’autres pays riches, n’a pas de difficulté, pour l’instant, à emprunter sur les marchés financiers et a ainsi pu emprunter 250 milliards d’euros environ cette année. Habituellement, c’est une véritable rente que l’Etat sert aux banques, sociétés de finance ou fonds d’investissement lorsqu’il emprunte sur les marchés financiers. Le précédent emprunt auprès de particuliers a été effectué il y a seize ans. Ceux qui y ont eu recours en ont largement bénéficié, comme ceux qui avaient souscrit à l’emprunt Giscard, indexé sur l’or, dont le remboursement avait coûté 80 milliards de francs à l’Etat, plus de dix fois le montant emprunté.

Le déficit et la dette de l’Etat, déjà considérables, ont littéralement explosé depuis l’éclatement de la crise financière en septembre 2008. Le déficit sur l’année 2008 a plus que doublé, à 118 milliards d’euros. Il faut y ajouter la dette d’environ 80 milliards d’euros de Société de financement de l’économie française (Sfef), créée à l’automne 2008 pour mettre à disposition des banques l’argent qu’elle pouvait emprunter sans difficultés avec la garantie de l’Etat.

Mais de cet endettement, Sarkozy, ses ministres, comme globalement, tous les représentants des classes dirigeantes, ne stigmatisent que les déficits que Sarkozy  a qualifiés de « mauvais » lors de son discours devant le Congrès, ceux qu’il appelle aussi les « déficits structurels ». Le « mauvais » déficit, a dit Sarkozy, « celui qui finance les mauvaises dépenses, les gaspillages, l’excès de bureaucratie, les frais de fonctionnement trop élevés », doit être ramené à « zéro par des réformes courageuses ». Pour cela il y a la Révision générale des politiques publiques (RGPP), la suppression de la moitié des postes des fonctionnaires partant à la retraite (33500 en 2010, dont 16 000 dans l’Education nationale).

Les députés UMP ont trouvé aussi d’autres idées qui pourraient être intégrées dans le budget 2010, comme l’augmentation du taux de cotisation chômage des fonctionnaires ou la fiscalisation des indemnités journalières pour les accidentés du travail, avant de mettre à l’étude une refonte du système des aides sociales qui laisse craindre des coupes sombres dans ces budgets qui servent aux plus pauvres.

Il n’est pas question, par contre, de montrer du doigt les déficits provoqués par l’augmentation massive, à la faveur de la crise, des subventions accordées par l’Etat aux banques et aux trusts (comme ceux de l’automobile, Airbus ou Areva), qui sont responsables de la crise.

L’emprunt national qui pourrait se monter à 80, voire 100 milliards d’euros, servirait à des « dépenses d’avenir », pour dessiner la « France d’après-crise » et serait consacré essentiellement à financer les recherches, particulièrement coûteuses pour les entreprises, dans des domaines comme le numérique, les nanotechnologies ou les biotechnologies.

Sarkozy comme Fillon, dimanche dernier, ont annoncé que ces objectifs de l’emprunt allaient faire l’objet d’une concertation, dont la première séance doit avoir lieu le 1er juillet, avec le patronat et les syndicats. Il s’agit pour le pouvoir d’associer ces derniers à sa politique pour tenter de neutraliser la contestation d’une politique qui ruine l’ensemble de la société pour enrichir toujours plus une minorité.

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