Crise du lait : le prix de la dérégulation

Entre 260 et 280 euros la tonne, c’est le prix autour duquel les producteurs laitiers et les industriels sont tombés d’accord. Largement insuffisant.

L’accord honteux a été signé sous la pression du gouvernement et du ministre de l’Agriculture, Michel Barnier, candidat aux élections européennes, à un niveau bien inférieur à celui réclamé initialement par les éleveurs, qui ont multiplié des manifestations un peu partout en France. C’est un prix véritablement insoutenable pour les éleveurs de plaine en filière industrielle, dont les coûts de production, hors rémunération du travail, s’élèvent aujourd’hui, au mieux, à 330 euros la tonne. Même avec les revenus complémentaires de la viande et les aides, un prix de 220 euros annule toute rémunération du travail. Avec 260 à 280 euros, le niveau de revenu risque de descendre en dessous des 1000 euros par mois pour la majorité des éleveurs. Dans les zones plus difficiles, comme le massif Central, où les coûts de fonctionnement sont plus importants du fait des conditions d’exploitation difficiles de la montagne et d’une moindre productivité du travail, le revenu risque de chuter à moins de 500 euros par mois. Pourtant, le consommateur paie son litre de lait aussi cher qu’en 2008. Sur les sites Internet d’Auchan, Carrefour et Intermarché, le litre de lait « marque de distributeur » coûte entre 700 et 1005 euros la tonne ! L’opacité la plus totale règne sur les marges des transformateurs et des distributeurs, pour le plus grand malheur des producteurs et des consommateurs.

Cette situation catastrophique résulte des politiques libérales mondiales, européennes et nationales, avec la conjonction entre la surproduction causée principalement par les Etats-Unis et la Nouvelle-Zélande et la suppression progressive de tous les mécanismes de régulation et de protection des marchés. Avec la crise économique et financière et l’augmentation de la précarité partout dans le monde, la situation s’annonce morose à court terme. Ce phénomène pourrait accélérer la diminution du nombre d’éleveurs en France. Les prévisions étaient pourtant déjà alarmistes (30000 fermes en 2035 contre un peu moins de 90000 aujourd’hui). Entre 2000 et 2005, 36000 paysans ont jeté l’éponge.

Une réorientation est nécessaire et des mesures d’urgence sont à adopter : maintien du régime des quotas; plafonnement des volumes autorisés par actif, en les ajustant à la demande et arrêt des exportations européennes en parallèle; intervention de l’Etat dans la répartition des marges et la fixation du prix payé aux producteurs, en tenant compte des coûts de production; restauration de barrières douanières et de taxes à l’entrée de l’Europe pour empêcher l’entrée des produits soumis aux dumpings social et environnemental; taxation des transactions financières et lutte contre la spéculation sur les matières premières. Mais, pour en arriver là, deux préalables sont nécessaires: la suppression du principe de « concurrence libre et non faussée » de l’Union européenne et la sortie de l’agriculture des négociations de l’OMC.

La commission « Pêche et agriculture » du NPA

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