Pendant les européennes, les travaux continuent au NPA. Par Stéphane Alliès (Mediapart.fr)

Un article intéressant de Stéphane Alliès, lu sur Mediapart.fr

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Le chantier du Nouveau parti anticapitaliste ne passe pas forcément par les élections européennes. Dans cette campagne électorale, le NPA se fait discret et voit son leadership à la gauche du PS contesté par le Front de gauche. Olivier Besancenot se fait prendre à partie par un militant socialiste (un comble, si l’on garde en mémoire les interpellations dans les manifs depuis une quinzaine d’années), puis botte en touche quand on l’interroge sur son programme européen. L’aura médiatique n’accompagne déjà plus le parti créé il y a quatre mois tout juste. Pour autant, le verdict électoral n’apparaît pas comme une priorité et offre comme avantage essentiel de faire émerger de nouveaux porte-parole potentiels.

L’heure semble davantage à la continuité dans la construction des fondements du parti. Apparition d’une tendance minoritaire, définition du rapport de force avec les syndicats, questionnements de démocratie interne, création d’un club de réflexion… Avec au centre des enjeux la capacité à faire coexister des cultures militantes diverses. Mediapart a enquêté sur l’état des lieux d’un NPA qui apprend à durer. «La campagne n’est pas terminée, et l’essentiel de la mobilisation se jouera dans la dernière semaine. Vu la faible participation, il suffit que 200.000 personnes de plus ou de moins se déplacent et les scores seront totalement différents. Sincèrement, on croit encore à un déclic des derniers jours…» Pierre-François Grond, dirigeant du NPA, se refuse à reconnaître trop clairement la perte de vitesse. La direction a beau dire qu’elle n’a jamais envisagé un score à deux chiffres, elle admet tout de même « être dans le dur ».

Pour Jérôme Fourquet, analyste à l’Ifop qui travaille sur l’électorat anticapitaliste, le NPA se heurte avant tout à la difficulté de mobiliser ses électeurs : «La structure de l’électorat NPA le rend très vulnérable face à l’abstention, encore plus lors d’européennes. Les 18-24 ans et les catégories populaires sont les moins mobilisés. Si le taux d’abstention monte à 60-62% le 7 juin, ce sera 75-80% chez les jeunes et les ouvriers. Idem dans les banlieues, où Besancenot a fait de gros scores en 2007.» Résultat : c’est le Front de gauche (qui unit le PCF, le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon et l’ancienne tendance minoritaire de la LCR, Unir, devenue Gauche unitaire) qui pourrait ramasser la mise, en jouant la fibre de la revanche du référendum de 2005, comme en récupérant le soutien d’économistes du PS et les éloges de Laurent Joffrin. «Il s’appuie sur un électorat plus âgé et plus participatif, explique Fourquet, en misant sur une campagne de longue haleine, avec les moyens financiers du PCF et le savoir-faire de Mélenchon. Le NPA, lui, a cherché à capitaliser sur les luttes sociales et la mobilisation antillaise. Mais beaucoup d’énergies militantes ont été consacrées à la mise en place du parti, avec des parcours et des expériences politiques très diverses, qui apprennent encore à vivre ensemble. Ce n’est pas l’idéal pour une première campagne

Pierre-François Grond élude toute concurrence avec ceux dont ils ont refusé la main électorale, les discussions achoppant sur la question de l’indépendance durable avec le PS. «Le match avec le Front de gauche ne nous passionne pas vraiment, même si symboliquement, ce serait mieux qu’on finisse devant, afin que les médias ne nous cassent pas les pieds avec ça pendant des mois. Mais les résultats ne changeront pas notre orientation politique.» Pourtant, quand on interroge des militants de base, « finir devant Mélenchon » pourrait compter dans la dynamique de croissance du NPA, notamment dans le maintien des effectifs militants (ils étaient 9.000 lors du congrès fondateur de février). Ainsi que l’admet Alain Laffont, conseiller municipal de Clermont-Ferrand (ou il réalisa 15% aux dernières municipales) et troisième de liste dans le Centre : «C’est vrai que la mayonnaise a moyennement pris et que le Front de gauche a gagné la bataille de la com’ en nous faisant passer pour les vilains petits canards. Mais les séquences électorales ne sont que des séquences électorales. En 2004, lors de notre alliance avec LO, on nous prédisait 10% et on a fait 2,5. Et puis on a rebondi…» Selon lui, «un mauvais score ne changera de toutes façons rien à notre implantation locale, qui ne cesse de progresser».

Cette progression dépend aussi de la réalité des luttes sociales. Actif dans les conflits sociaux, le NPA comptait bien profiter du sentiment de révolte pour faire campagne, notamment en plaçant son premier meeting sous le signe antillais. Mais en deux mois, le soufflé est retombé. Plus de nouvelles de la marche contre les licenciements, à laquelle avait appelé Olivier Besancenot (dans la foulée du Parti ouvrier indépendant), peu d’interventions médiatiques, une campagne en retrait, qui coïncide avec l’arrêt de nombreux mouvements sociaux. Pierre-François Grond le confirme : «Les élections sont un thermomètre de la température sociale. De janvier à avril, le NPA était en hausse, car nous étions en phase avec la société en lutte. Aujourd’hui, plus personne ne parle de la crise dans la campagne et nous perdons des points. Ces élections viennent un peu tôt pour nous et on a considéré qu’un puissant vote anticapitaliste pourrait s’exprimer. Mais face au climat abstentionniste et à une élection sans débats, sans confrontations et sans clivages forts entre le PS et l’UMP, on est un peu impuissants

Tête de liste en Île-de-France (après qu’Olivier Besancenot a fait le choix de n’apparaître qu’en troisième place, redoutant d’être élu à Strasbourg et de devoir s’éloigner de La Poste), Omar Slaouti assume la stratégie, même si elle ne se révélait pas gagnante : «On a fait le choix de lier séquence électorale et séquence sociale. Dans toutes nos réunions, quelle qu’en soit la taille, on ouvre les débats par des témoignages de salariés en lutte, qui sont les victimes de la privatisation européenne des services publics. La crise est loin d’être finie, même si elle a disparu un temps de la scène médiatique.» Pierre-François Grond renchérit : «On n’est pas inquiets. La résistance, la colère et l’écœurement seront toujours présents après ces élections. Les européennes ne sont pas l’alpha et l’oméga du NPA. Notre souci, c’est surtout de construire une gauche anticapitaliste durable et de faire émerger de nouvelles têtes.»

Opposition interne, rapport aux luttes, personnalisation

Effectivement, le NPA continue à se construire. Et se dote de tous les attributs partisans au fur et à mesure qu’il grandit. Comme tout parti qui se respecte, il a vu éclore une nouvelle opposition interne. Emmené par Yann Cochin (un syndicaliste de Sud-Energie, qui n’était pas adhérent à la LCR), le courant Convergence & Alternative s’est créé le 17 mai. On y retrouve les mêmes qui avaient plaidé au congrès pour un «amendement Clermont» en faveur de l’unité dans les luttes et dans les urnes. Toutefois, ses membres appellent à voter NPA aux européennes. La direction accueille positivement la nouvelle. Pierre-François Grond se réjouirait presque : «Cela ne nous pose aucun problème, nous n’avons rien à craindre du pluralisme. C’est même très bien d’avoir une opposition interne qui soit renouvelée, en actant par ailleurs que « Gauche unitaire » et Christian Picquet [ancien chef de file minoritaire à la LCR, tête d’affiche du Front de gauche] n’ont même pas été adhérents du NPA.» Car ce n’est pas sur la question des européennes que les minoritaires entendent se battre. Alain Laffont, le Clermontois, le dit : «Moi qui suis un militant unitaire depuis toujours et qui ai failli être exclu de la Ligue pour ça, je ne regrette pas l’option choisie. Car après tout, la clarté vaut mieux que le jus de boudin auquel on va assister lors des régionales à venir, où le PCF et Mélenchon négocient déjà les postes et le pognon avec le PS.» Convergence & Alternative revendique un millier de partisans (« l’amendement Clermont » avait recueilli 16% au dernier congrès) et défend notamment une vision moins personnalisée du parti, ainsi qu’une clarification des rapports avec les syndicats. Laffont, encore, résume la critique : «On ne peut pas avoir qu’un seul porte-parole national. Les questions de programmes ne sont pas encore assez fouillées et on a tendance à trop privilégier la radicalité au niveau ouvrier et syndical…»

Entre les lignes, c’est la stratégie de la tension avec des syndicats comme la CGT ou la CFDT qui est reprochée. Une relation qui s’est dégradée, très éloignée du beau fixe. À François Chérèque qui évoquait les «rapaces» à la sortie des usines, Grond ne calme pas le jeu, et répond aujourd’hui : «Sarkozy peut vraiment remercier les syndicats, qui l’ont beaucoup aidé, avec leur calendrier d’actions qui fait rire, ou plutôt pleurer tout le monde. Grâce à eux, et certains qui semblaient plus préoccupés à nous faire la chasse que de faire déboucher le mouvement, le 1er mai a été un baroud d’honneur.» Pour Jérôme Fourquet, d’Ipsos, la situation est pénalisante électoralement : «Les rapports compliqués avec le mouvement syndical est un désavantage dans les urnes, auprès d’une cible privilégiée. L’activisme du NPA plaidant pour la grève générale a été mal vécu lors des manifs et des grèves, quand le PCF et Mélenchon ont soutenu le mouvement syndical en se gardant bien de la moindre critique

Quant à la dépendance à Olivier Besancenot, elle se confirme mois après mois. Tête d’affiche pour booster l’affluence dans les meetings, son visage barre l’affiche officielle. En Île-de-France, la tête de liste Omar Slaouti confirme la difficulté de prendre la lumière dans l’ombre de son leader. «Ce n’est pas simple face au jeu médiatique, reconnaît cet enseignant d’Argenteuil, déjà adhérent de la LCR. Olivier reçoit beaucoup plus de demandes d’interview que moi. Mais on essaie de forcer la porte pour essayer de m’imposer, jusqu’à menacer de faire la politique de la chaise vide à la télé.» Pierre-François Grond confirme : «On n’est pas encore totalement sorti de notre « Besancenot-dépendance ». Mais il y a du mieux. Il faudra encore du temps, il faudra continuer à labourer. La reconnaissance de nos têtes de listes régionales par les médias locaux va dans le bon sens…»

L’émergence de nouveaux visages devrait être confirmée lors du prochain conseil national du parti, le 20 juin, avec la nomination d’autres porte-parole que le seul Besancenot. «Ce CN sera un test», explique Leïla Chaibi. Jeune tête de file du collectif de précaires L’appel et la pioche(«pour enterrer la faucille et le marteau»), elle et ses amis ont «poussé un coup de gueule» en mars, lors de la constitution des listes électorales, pour dénoncer l’absence de discussions préalables. Mais en se gardant bien de déclarer la guerre. Elle dit ne pas «être très impliquée dans la campagne, à part quelques actions un peu originales comme la décontamination de la bourse [où Olivier Besancenot était présent]. On essaie d’apporter un peu de rénovation des pratiques militantes». Critique et attentive, elle n’en est pas moins positive sur le parti dont elle est l’une des figures émergentes au conseil exécutif, où elle s’est fait élire. «Il y a eu un bogue démocratique mais ça va dans le bon sens, confie-t-elle. On a créé un groupe de travail sur la démocratie interne, et on va faire en sorte que ce soit moins pyramidal, que les ordres du jour et les informations circulent.» Le cheminement du NPA et ses remous internes semblent l’amuser : «On n’est plus dans une position de stagiaire. On entend notre voix et on commence à capter certaines ficelles, comme celle de l’urgence qui justifie tout.» Et de lancer, comme une provocation à ceux qui imagine le parti verrouillé par les trotskystes : «Personnellement, je regrette qu’une tendance se soit déjà créée. C’est trop tôt pour se mettre dans un placard minoritaire, alors que plein de débats sont encore à trancher dans la vie du parti. Nous, nous ne voulons pas faire de courant, car je pense qu’on peut être majoritaires…»

Pour Florence Johsua, chercheuse en science politique et spécialiste de la LCR, «comme dans tout parti, il va y avoir des jeux de légitimité et de valorisation militante. Entre ceux issus de la Ligue, habitués à fonctionner à 1.000 ou 2.000, et les « nouveaux » arrivés avec le NPA, qui défendent une culture radicalement démocratique. Il y a forcément un temps nécessaire de double adaptation des comportements». Cette question de l’articulation de deux cultures militantes est d’ailleurs au centre des débats internes du moment ».

«Vieux» trotskystes et «jeunes» activistes

Mardi 26 mai, le NPA s’est également doté d’un cercle de réflexion, animé par le philosophe et ancien dirigeant de la Ligue Daniel Bensaïd. Se réunissant «tous les deux mois, autour d’un thème, pour des débats ouverts mais pas forcément grand public», la société Louise-Michel, où l’on trouve aussi bien le sociologue critique Luc Boltanski que l’académicien Angelo Rinaldi, a ouvert ses travaux devant une cinquantaine de personnes par un débat autour du dernier livre de l’éditeur Philippe Pignarre (Être anticapitaliste aujourd’hui. Les défis du NPA, éditions La Découverte), dans un café de Belleville. Durant deux heures, Boltanski, Pignarre et Bensaïd (ainsi que François Sabado, autre ancien dirigeant de la «Ligue», et artisan de la mutation partisane du parti d’extrême gauche) ont livré leurs points de vue sur la thèse de l’ouvrage, soit le défi de l’opposition entre deux figures du militantisme qui entrent aujourd’hui en tension dans le parti d’Olivier Besancenot (les «vieux» trotskystes révolutionnaires des années 1970 et les «jeunes» activistes des années 2000).

Philippe Pignarre, un ancien de la Ligue parti en désaccord puis revenu avec le NPA, a expliqué vouloir «aider à la réussite du NPA, pour prévenir du risque « de voir tous ces jeunes repartir sur la pointe des pieds ». Il estime que la pensée révolutionnaire doit évoluer : «Avant, il y avait une inclination trotskyste à regarder la société en surplomb, à prendre du recul après une défaite. Mais aujourd’hui, l’anticapitalisme est une confrontation permanente. Et puis, il faut reconnaître que vos idées sont sacrément en crise: la question de la propriété évolue sans cesse, le capitalisme n’est plus seulement de l’exploitation, mais aussi la destruction de l’environnement.» Intellectuel critique ayant travaillé avec Pierre Bourdieu avant de s’en éloigner, le sociologue Luc Boltanski (officiellement adhérent du NPA) a approuvé les questionnements de Philippe Pignarre. Mais il a aussi pointé «le principal dilemme de l’agir dans la gauche de gauche : la forme parti, hérité du XIXe siècle et basé sur l’Etat-nation». D’après lui, «le projet révolutionnaire se prévoit dans le cadre national et tend à se transformer en nationalisme (comme au Viêtnam ou dans les Balkans), quand le projet anticapitaliste affiche d’emblée un caractère transnational». Luc Boltanski note également la difficulté à articuler le cadre partisan avec la question de la syndicalisation, qui n’est plus aussi évidente que par le passé, ainsi que «le problème de l’offre que le NPA veut proposer à de nouveaux militants» : «Pour conserver ses adhérents et accroître les effectifs, il faut être attrayant. Or, les trois options actuelles d’un parti radical (léniniste, électoraliste ou super syndicat) ne le sont pas. Et même la tradition altermondialiste ne tient pas la route sur la durée, et ne tient pas la bagarre contre le capitalisme.» Lui appelle à la recherche d’une «forme de synthèse», qui ne doit pas laisser de côté «le libéralisme, au sens libertaire, car la gauche ne doit absolument pas renoncer à son enracinement libéral».

Face à l’interpellation de Philippe Pignarre, François Sabado a entendu «la mise en garde face à une série d’écueils qui peuvent nous être néfastes dans les années à venir». Mais il a aussi défendu «l’idée d’un NPA qui est le produit de 20 ans de réflexions autour d’une mutation de la LCR, naît après la chute du mur. Un « parti-processus », qui ne repose pas sur les références idéologiques en premier lieu, mais sur les grands événements actuels…» S’il assume l’abandon du trotskysme («Nous étions la dernière des générations d’Octobre. On était déjà conscients qu’il fallait autre chose pour celles à venir»), François Sabado prévient tout de même: «Le NPA n’est pas un parti sans délimitations idéologiques non plus. La lutte des classes, les mouvements sociaux, le refus du soutien à des coalitions parlementaires… Même la convergence avec l’écologie, ce qui n’était pas quelque chose d’évident pour notre génération.» Selon lui, «la question de l’articulation du « Tous ensemble » et des luttes partielles est cruciale. Ce n’est pas gagné, mais c’est à nous de corriger les difficultés. Le NPA doit effectivement chercher de nouvelles synthèses, s’il veut être l’avenir de la gauche dans les cinq années qui viennent».

En défenseur d’un courant marxiste (comme il l’avait déclaré en janvier, lors d’un entretien à Mediapart), Daniel Bensaïd a enfin alerté: «On peut rater le rendez-vous, mais à l’inverse, on peut aussi perdre la part d’héritage et voir le NPA se perdre dans l’émiettement militant et le localisme, en se perdant dans la politique au jour le jour.» Et de considérer «la fabrication d’une culture commune comme un défi de dépassement, aussi bien culturel que générationnel. Plutôt que de tendre vers un modèle, c’est un fil conducteur que nous devons trouver. L’addition d’expériences partielles ne font pas un projet».

D’autant que l’hétérogénéité du NPA n’est peut-être pas si incontrôlée que cela. En s’appuyant sur un important travail d’enquête auprès des nouveaux adhérents de la LCR depuis 2002, la chercheuse Florence Johsua défend ainsi la thèse d’un parti en métamorphose, détaillant l’évolution de la sociologie militante comme le produit d’une transition déjà bien entamée. Un militant type jeune et socialement déclassé Florence Johsua, doctorante en cours de rédaction de sa thèse sur la LCR, conteste la vision « simplificatrice » de Philippe Pignarre, en y opposant un lourd travail de terrain. Entamé en 2003 sur 1.625 talons de cartes d’adhésion post-présidentielle de 2002 (son mémoire de DEA, publié aux Cahiers du Cevipof, n°37, mai 2004: «La dynamique militante, l’extrême gauche. Le cas de la Ligue Communiste Révolutionnaire»). Puis sur 1.558 questionnaires de délégués au congrès de la LCR en 2006 (soit 58% du nombre total de délégués). Elle dresse un constat plus nuancé de l’ouverture brutale d’un petit parti. Elle en retient une « typologie multipositionnée » de la nouvelle génération des cadres nationaux et intermédiaires de ce qu’était la LCR des dernières années (lire en PDF son récent article «Les conditions de reproduction de la LCR. L’approche par trajectoires militantes», in Florence Haegel, Partis politiques et systèmes partisans en France). Selon la chercheuse, qui s’inspire du concept de « structures de rémanence » (inventé par la sociologue Verta Taylor, dans ses travaux sur le féminisme), «la LCR a su profiter de ses frontières poreuses avec d’autres types de militantismes, pour faire survivre leur mouvement. Cette stratégie de reconversion pendant une période de reflux militant a permis de transformer son identité et d’assurer ainsi la reconversion de l’organisation». «Il y a eu une reconfiguration de l’engagement pour toute une génération pendant la crise de la Ligue entre 1981 et 1999, explique-t-elle. On a finalement plus milité dans des associations antiracistes ou altermondialistes, ou encore dans des syndicats, qu’à la Ligue.» Elle nuance la vision d’une opposition entre archaïques et modernes : «Les modèles historiques peuvent paradoxalement se retrouver davantage chez un nouveau qui arrive avec la figure du révolutionnaire en tête, quand des vieux reviennent après avoir quitté la Ligue par rejet de cette figure. Si le NPA a été créé, c’est aussi parce qu’il y a eu un terrain favorable à son imagination, et l’identification à la personne et au discours d’Olivier Besancenot a joué à plein. Ce qui ressort clairement de mes entretiens sur les raisons de l’engagement sont le nombre de fois où l’on m’a répondu: « Il est comme moi » ou « Il parle comme moi ». Il incarne un profil qui permet de pas se sentir exclu

Besancenot est en effet l’emblème sociologique du renouvellement militant que connaît la LCR (puis le NPA), depuis une petite dizaine d’années. Selon les premières conclusions des enquêtes de Florence Johsua (qu’elle a livrées lors d’un séminaire de recherche, dit « séminaire Communismes », organisé par les historiens Bernard Pudal et Claude Pennetier, le 16 mai), le nouveau modèle dominant de militant est jeune et déclassé socialement. Le rajeunissement de l’organisation ne se dément pas (autour des 20% de moins de 30 ans, plus de 60% des « nouveaux » depuis 2002 ont moins de 50 ans). Quant à l’origine sociale de ses adhérents, Florence Johsua évoque un «tournant employé» à la LCR (faisant référence au «tournant ouvrier» de la fin des années 70, quand de nombreux militants ont tenté en vain de s’implanter dans les usines). Elle remarque ainsi que la part des « catégories populaires » a fortement augmenté depuis la présidentielle de 2002, tandis que celle des « catégories protégées » (service public, CDI) est en baisse. Mais ce sont surtout les « employés et les précaires » qui représentent la plus forte augmentation des effectifs, alors que la part des « ouvriers » reste stable. La mutation du NPA est aussi encouragée par le contexte politique : «Aujourd’hui, conclut Florence Johsua, si on est un jeune déclassé et qu’on veut faire de la politique, le NPA s’impose. Le PCF est trop affaibli, le PS est inaccessible et les Verts sont identifiés avant tout comme écologistes.» Si l’on se réfère à des études datant d’il y a 10 ans (ce qui relativise la comparaison), la tendance n’était effectivement pas au rajeunissement, chez les concurrents de la gauche plurielle d’alors… Encore faudra-t-il garder tous ces nouveaux militants potentiels. Alain Laffont, l’élu de Clermont-Ferrand, résume bien l’état d’esprit ambiant : «Cela restera un joyeux bordel pendant un certain temps encore, car le NPA est toujours un parti en construction. Chez nous, on est passé de 30 à 120 adhérents. Et ben c’est difficile à organiser. On a du mal, mais c’est passionnant. C’est tellement enthousiasmant de construire un machin pareil!»

 URL source: http://www.mediapart.fr/journal/france/010609/pendant-les-europeennes-les-travaux-continuent-au-npa

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