Les réacs ne doivent pas faire la loi. Egalité des droits !

20 janvier 2013

La droite raciste et homophobe et les tenants de l’ordre moral sont à l’offensive. Le gouvernement tergiverse et encourage le camp réactionnaire. Mobilisons-nous pour l’égalité des droits, le 26 janvier à Caen et le 27 janvier à Paris.

L’église, l’UMP, le FN, l’ultra-droite et tout ce que la France compte d’intégristes ont communié dimanche 13 janvier contre le droit au mariage pour tous et toutes. Pour les grenouilles de bénitiers et autres tenants de l’ordre moral, c’est la manifestation de l’intolérance et de l’homophobie décomplexées. Pour la droite c’est l’occasion de faire une démonstration d’opposition au gouvernement alors qu’elle a bien du mal à trouver des sujets pour se démarquer sur les terrains sociaux et économiques.

Le gouvernement tergiverse

L’accès au mariage et à l’adoption est une mesure de justice autant que d’urgence, pour mettre fin à des situations parfois dramatiques. Ce sont aujourd’hui 100 000 à 300 000 enfants qui vivent dans des foyers homoparentaux. Des enfants qui ne sont pas moins « équilibrés » et épanouis que les autres, mais dont les familles n’ont pas d’existence légale. L’un de leurs parents n’a aucune responsabilité, aucun droit, notamment de garde en cas de décès du parent « légal ».

Le projet de loi est en dessous du minimum nécessaire : la procréation médicalement assistée (PMA) pour les lesbiennes a été abandonnée, alors que les femmes hétérosexuelles y ont accès ; les étrangers et les étrangères ne pourront épouser une personne du même sexe que si le mariage pour les couples homosexuels existe dans leur pays d’origine…

Avec le mariage pour tous et toutes, le gouvernement se contente d’une mesure minimale, qui lui permet de se redonner un vernis de gauche. Il compte nous faire oublier à peu de frais qu’il coupe les budgets des services publics, supprime des dizaines de milliers d’emplois, laisse faire les licenciements et casse le droit du travail… Qu’il poursuit la politique d’expulsions de Sarkozy et oublie une autre promesse du PS, le droit de vote pour les étrangers et les étrangères. Non, l’égalité entre toutes et tous, ce n’est pas pour tout de suite.

Les reculs du gouvernement ne font qu’encourager et renforcer le camp réactionnaire.

Toutes et tous dans la rue pour l’égalité des droits

Des manifestations unitaires sont organisées à partir du 19 janvier dans différentes villes et le 27 janvier à Paris, pour exiger l’égalité et refuser de laisser la rue aux fachos et aux réactionnaires. A quelques jours du vote de la loi, nous devons être le plus nombreuses et nombreux possible pour peser dans le rapport de force.

Le racisme, le sexisme et l’homophobie sont autant de poisons pour diviser celles et ceux qui subissent la crise, l’austérité, les attaques patronales. L’égalité des droits est donc une question de justice sociale autant que de lutte pour l’unité de celles et ceux qui subissent l’exploitation, l’oppression, les discriminations.

L’opposition de droite choisi le terrain de la haine et de intolérance rien de plus normal. En face, il y a besoin d’une opposition de gauche qui ne cède rien sur l’égalité totale des droits concernant non seulement le mariage mais l’adoption, la filiation, la PMA pour les homosexuelLEs, les droit de vote pour les résidentEs étrangeREs, la régularisation de touTEs les sans-papiers.


A Caen, rendez-vous samedi 26 janvier, 14h30, place Bouchard. Lire l’appel unitaire auquel s’associe le NPA.

Pour aller à Paris dimanche 27 janvier, un service de bus est organisé. Pour s’inscrire et réserver sa place, cliquez ici.



Communiqué du NPA. Non à l’intervention militaire française au Mali

13 janvier 2013

Qui a dit que la Françafrique c’était fini ? Hollande n’avait pas de mots assez durs lors de sa campagne pour dénoncer la politique de domination de l’Afrique par la France. Au mois d’octobre lors de son déplacement à Dakar il déclarait même " Il y a la France et il y a l’Afrique ! "Tu parles Charles !

3 mois après il annonce le déclenchement de l’intervention militaire au Mali ! Il est passé du « nous n’interviendrons pas » au « nous protégerons nos ressortissants » pour finir à l’intervention directe.

L’ancienne puissance coloniale n’entretient pas des troupes sur ce continent pour rien. Elle poursuit, dans la tradition de tous les gouvernements qui se sont succédés, son rôle de gendarme, pour protéger ses intérêts, pour soutenir les gouvernements qui sont à sa botte. La menace islamiste constitue le paravent de cette opération militaire.

Le NPA dénonce cette intervention militaire impérialiste décidée par Hollande, une fois de plus sur le dos des peuples ! Ce n’est pas de cette façon que les maliens se libéreront de tous les fondamentalismes.

Montreuil, le 11 janvier 2013


S’informer sur la situation au Mali sur le site du NPA.



Soutien aux sans papiers en grève de la faim !

11 janvier 2013

À Lille, plusieurs dizaines de sans-papiers ont commencé une grève de la faim pour obtenir leur régularisation et celle de leurs proches. Le gouvernement reste inflexible. Deux grévistes de la faim ont même été expulsés du territoire ! Mais les soutiens aux sans-papiers s’organisent. A Caen, le Collectif 14 pour le Respect des Droits des Etrangers appelle à une manifestation de soutien lundi 14 janvier devant la Préfecture.

Le changement d’équipe au pouvoir n’a pratiquement pas modifié la politique migratoire. La circulaire Valls du 28 novembre dernier, en multipliant les critères de régularisation, le prouve à nouveau. Par l’espoir qu’elle a suscité chez les sans-papiers, elle pourrait bien se retourner contre eux : les dossiers hors des clous risquent de valoir à leurs détenteurs non pas une autorisation de séjour, mais un avis d’expulsion !

Au rayon expulsion, Valls vient d’ailleurs de donner la preuve de ce dont il est capable : deux sans-papiers lillois ont été expulsés menottés et bâillonnés le 30 décembre dernier alors qu’ils participaient à la grève de la faim… Même Guéant, même Sarkozy n’avaient pas osé s’en prendre aux grévistes occupant agences d’intérim et chantiers du bâtiment en 2009 et 2010 ! Le 28 décembre, la préfecture du Nord affirmait : « aucune procédure d’éloignement ne sera engagée à l’encontre d’une personne étrangère ayant déposé une demande de titre de séjour dans le cadre [de la grève de la faim] ». Deux jours plus tard, Ahmed B. et Azzedine B., grévistes arrêtés le 21 décembre lors de l’évacuation d’une église par la police et placés en centre de rétention, étaient expulsés vers l’Algérie.

Dans ces conditions, le soutien aux sans-papiers est décisif. Il s’agit de faire parvenir aux grévistes un message de solidarité, de les aider à tenir. Il s’agit de faire comprendre au gouvernement que nous le tiendrons responsable de tout drame qui pourrait frapper les grévistes, qui en sont au jour où nous écrivons à leur 70ème jour de grève de la faim. Il s’agit de ne pas le laisser mener en notre nom une politique xénophobe dont la principale conséquence n’est pas de diminuer les flux migratoires mais de livrer les étrangers à la merci des marchands de sommeil, des réseaux mafieux de toutes sortes, de l’exploitation la plus cynique et violente.

La solidarité avec les sans-papiers s’étend, avec des rassemblements à Marseille, Bordeaux, Paris, Toulouse…

A Caen, le Collectif 14 pour le Respect Des droits des Etrangers appelle à une manifestation de soutien lundi 14 janvier, à 18h, devant la Préfecture du Calvados. Le NPA invite à y participer très nombreuxEUSES !

Le NPA revendique :

- la régularisation de tous et toutes les sans-papiers.
– la liberté de circulation. Capitaux et marchandises circulent librement. Les hommes doivent pouvoir en faire autant.


Communiqué du Collectif 14 pour le Respect des Droits des Etrangers

Le "Collectif 14 pour le Respect des Droits des Étrangers" suit avec inquiétude la situation des grévistes de la faim des sans papiers de Lille. Notre collectifs par ce message tient à leur apporter son total soutien. Ce jour jeudi 10 janvier est leur 70ème jour de grève de la faim. Les choses sont désormais dramatiquement simples : des vies sont en jeu.

Or nous constatons que le gouvernement continue de jouer l’épreuve de force contre ces femmes et ces hommes dont le seul crime est d’exiger d’être traitéEs dignement. Il joue le pourrissement de la grève en refusant toute ouverture au risque d’un drame qui peut arriver à n’importe quel moment.

Cette situation est indigne et humiliante. Elle doit cesser.

Nous réaffirmons nos revendications :
– la régularisation de tous les sans papiers
– l’arrêt des expulsions
– la fermeture de tous les centres de rétentions.

Le Parti Socialiste de François Hollande, Emmanuel Valls et Martine Aubry doit agir maintenant pour la régularisation immédiate et sans condition des sans-papiers de Lille et agir pour le retour des expulsés.

Le "Collectif 14 pour le Respect des Droits des Étrangers" appelle à une manifestation de soutien lundi 14 janvier à 18h00 devant la préfecture de Caen

Caen le 10 janvier 2011


Lire l’interview de Roland Diagne, porte-parole du Comité de Sans-Papiers du Nord (CSP 59).

Lire l’article "Faut-il mourir pour avoir des papiers ?".


affiche_sanspapiers


Égalité des droits : rassembler contre la réaction

9 janvier 2013

Avec Manuel Valls, le gouvernement se met dans les pas des Hortefeux et Guéant. Pour l’égalité des droits homos hétéros, le gouvernement tergiverse. Du coup la droite et l’extrême droite se sentent pousser des ailes. Les partisans de l’égalité seront à leur tour dans la rue, notamment le 27 janvier à Paris. Un bus sera affrété au départ de Caen. Pour le NPA, cette manifestation doit être l’occasion de faire converger les combats pour l’égalité des droits.

Les derniers jours de 2012 laisseront à toutes celles et tous ceux qui luttent depuis des années pour la régularisation de tous les sans-papiers un goût amer. Celui d’un premier flic de France, soi-disant « socialiste », droit dans ses bottes, assumant de livrer aux autorités algériennes deux grévistes de la faim, arrachés à leurs camarades de lutte, expédiés dans un sinistre camp de rétention puis embarqués de force sur un vol Paris-Alger.
Que pouvait-on faire de pire en matière d’affichage de la politique que l’on entend mener en ce qui concerne les plus opprimés, les plus exploités par le patronat que ces expulsions ? Qu’y-a-t-il de différent avec les pratiques révoltantes de la droite que nous n’avons cessé de dénoncer pendant le règne de Nicolas Sarkozy ? Tel un Hortefeux ou un Guéant, Manuel Valls n’est habité que par une obsession, celle de ne pas apparaître comme laxiste par rapport aux exigences de la droite et de l’extrême droite. C’est toute une politique de renoncement qui est en train de se mettre en place, et qui ne concerne pas seulement l’abdication devant la loi du marché, mais aussi l’abandon des promesses timides contenues dans le programme de Hollande.

Concentration homophobe et raciste

Devant un tel profil de capitulation, la droite et l’extrême droite se sentent pousser des ailes, et fortes du succès de leur première manifestation contre le mariage pour touTEs, elles entendent faire du 13 janvier une grande journée de mobilisation qui dépasserait la seule question du mariage. Leurs ambitions sont énormes, et d’ores et déjà cette journée est présentée comme un véritable bras de fer avec le gouvernement. Par trois cortèges convergents, la réaction entend nous faire un remake des manifestations en faveur de l’école « libre » en 1984. Le ban et l’arrière-ban sont convoqués à cette occasion pour participer à une sorte de référendum de rue contre un gouvernement qui représenterait les « valeurs de la gauche ».
L’UMP, pressée de tourner la page du fiasco de l’élection de son président, en fait un élément majeur de sa rentrée politique. Les groupes Nationalité citoyenneté identité, et Égalité réconciliation tentent – seuls pour l’instant – de transformer l’objectif initial de la manifestation pour en faire également un grand raout raciste et xénophobe. Seul le Front national semble aujourd’hui embarrassé par ce qu’il décrit comme un « dérivatif » par rapport à la situation sociale. Peu désireux de se compter face à l’UMP, ses responsables devraient y participer en ordre dispersé.

L’égalité vraiment pour touTEs !

De notre côté, la réussite de la manifestation massive et dynamique du dimanche 16 décembre a sans conteste été un formidable moment de mobilisation qui permet d’envisager la suite avec optimisme, et le grand rassemblement du 27 janvier devrait concrétiser l’exigence de ne pas accepter une loi au rabais, dénaturée par la remise en cause du droit à la procréation médicalement assistée. Mais, pour cette manifestation du 27 janvier, les anticapitalistes ne sauraient limiter leurs revendications en matière d’égalité au seul droit au mariage, même si cette échéance reste un enjeu central dans l’affrontement avec la réaction. Au-delà du droit au mariage pour touTEs, c’est la question générale de l’égalité des droits qui est posée. Elle englobe la question de la régularisation de tous les sans-papiers, travailleurs ou pas, du droit de circulation, et du droit d’installation. Nous n’entendons pas, en tant qu’anticapitalistes, définir des priorités entre les oppressions, et la question du droit de vote pour tous les étrangerEs, à toutes les élections nous paraît une échéance tout aussi centrale que les autres.
Face à la répression des sans-papiers et à la systématisation des expulsions, face à la montée du racisme et de l’islamophobie, face à la montée de l’intolérance et à l’émergence de groupes ouvertement fascistes, c’est à la reconstruction d’un mouvement unitaire et offensif que nous somme confrontés. Il y a urgence, le NPA en fera une de ses priorités dans les semaines à venir.


Pour le bus au départ le 27 janvier, on peut réserver sa place en s’inscrivant sur le site de Melting pomme, l’association des étudiantes et étudiants LGBT de l’Université de Caen : http://www.meltingpomme.fr/27janvier-bus/ (prix : 10 euros).



Luttes pour le service public dans le Calvados. La Poste à Orbec, la maternité à Vire

8 janvier 2013

A Orbec, le bureau de distribution du courrier est menacé. Les postiers se sont mis en grève. La création d’un comité de soutien est en cours. A Vire, le combat pour le maintien de la maternité continue. Une manifestation est en préparation pour le 12 janvier.

Prétextant la baisse du volume de courrier, la direction de La Poste voudrait fermer le bureau de distribution du courrier d’Orbec. Mais cette fermeture se traduirait par une dégradation de la qualité du service public et par l’aggravation des conditions de travail des postiers. C’est pourquoi les postiers s’y opposent fermement et s’adressent à l’ensemble de la population pour obliger la direction de La Poste à revenir sur ces projets. Les postiers revendiquent des embauches en CDI pour que La Poste à Orbec puisse apporter le service attendu par la population. Mercredi 2 janvier, les postiers d’Orbec étaient en grève. Voir le reportage sur France 3 Normandie.
La mise en place d’un comité de soutien est en cours, avec les habitantEs, les syndicats, les partis politiques et les éluEs.
La CGT a mis une pétition en ligne.
Enfin, une page Facebook "Pour le maintien du bureau de Poste à Orbec" a été crée.

A Vire, le combat pour sauver l’hôpital public et sa maternité continue. De grandes manifestations ont été eu lieu, rassemblant les salariés de l’hôpital et la population. Le comité "Touche pas à ma santé, à mon hosto" reste actif et prépare une nouvelle manifestation, samedi 12 janvier (départ 10h30, Porte Horloge).
Auparavant, une soirée de soutien est organisée avec projection du film "La naissance, une révolution" (jeudi 10 janvier, 20h30, cinéma Le Basselin à Vire). Un débat suivra la projection, avec Franck Cuvelier, le réalisateur du film, Paul Cesbron, gynécologue-obstétricien, l’équipe de la maternité et les membres du collectif de soutien.
Enfin, les rassemblements devant l’hôpital se poursuivent chaque mardi.

A Orbec, à Vire, défendons le service public ! Participons aux actions de soutien aux luttes en cours !

Exigeons du gouvernement la fin de l’austérité pour les services publics !
Exigeons l’arrêt des suppressions d’emplois, des fermetures de service et des baisses de moyens !
Exigeons la restitution des postes supprimés ces dernières années !


Grèce. Où va Syriza ?

7 janvier 2013

Syriza est une coalition de plusieurs organisations, à laquelle participent de nombreux individus non membres d’une organisation. Début décembre 2012, la coalition a tenu une conférence nationale qui a réunit 3 000 déléguéEs éluEs par les 30 000 membres de la coalition. Les débats ont été importants, et la conférence a adopté une déclaration. Etant donnés la place qu’a prise Syriza dans la résistance à l’austérité en Grèce, et les débats partout en Europe sur la façon de mener cette lutte contre les gouvernements dans chaque pays, la réflexion sur l’expérience Syriza est un impératif.

Pour cela, nous proposons la lecture de la déclaration adoptée par la conférence nationale, puis une analyse de Panos Petrou, membre dirigeant de l’organisation anticapitaliste Gauche Internationaliste Ouvrière (DEA), l’un des groupes fondateurs de Syriza en 2004 : "Où va Syriza ?", et enfin un texte de six dirigeants de Syriza par ailleurs membres d’organisations de l’aile gauche de la coalition : la Gauche Internationaliste Ouvrière (DEA), Kokkino (« Rouge ») et le Groupe Politique Anticapitaliste (APO) : "Débattre de l’avenir en Grèce".


Union Européenne. Éléments de contribution à l’analyse de la situation politique (Josep Maria Antentas, Bureau exécutif de la IVe Internationale, décembre 2012)

7 janvier 2013

La revue Inprecor a publié la version écrite, à l’issue des débats, et actualisée du rapport sur la situation européenne présenté lors de la réunion du Bureau exécutif de la IVe Internationale le 13 octobre 2012. A lire pour nourrir la discussion sur la situation en Europe et le rôle des anticapitalistes, alors que l’offensive des classes possédantes ne faiblit pas.
Lire le rapport.


Inde : « Il faut défendre, sans crainte, le droit des femmes à la liberté ! » , par Kavita Krishnan (4 janvier 2013)

3 janvier 2013

Au milieu de l’indescriptible horreur du viol et de la tentative d’assassinat (consommés le 27 décembre 2012 lorsque la victime est décédée) à la Nouvelle Delhi, il existe une lueur d’espoir que nous voulons nourrir et tenir entre les mains pour qu’elle ne s’éteigne pas, pour qu’elle puisse devenir une forte flamme qui puisse s’étendre comme un feu de forêt.

Une jeune femme de 23 ans, étudiante en physiothérapie, est montée dans un autobus à la Nouvelle Delhi, avec un ami. Ils étaient seuls dans l’autobus, à l’exception d’un groupe d’hommes qui se sont mis à lui lancer des quolibets parce qu’elle se trouvait seule avec un homme à cette heure de la nuit. Ni elle ni son ami n’ont accepté ces railleries sans réagir. Finalement, le groupe d’hommes a décidé «de leur donner une leçon». Ils ont tabassé l’ami jusqu’à le laisser sans connaissance. Et ils ont violé la jeune femme en groupe, en la frappant avec sadisme et en la laissant avec les intestins déchirés.

L’espoir vient du grand nombre de personnes qui ont protesté publiquement suite à ce crime. Cela fait du bien de voir la colère spontanée et la détermination de placer les violeurs devant la justice. Mais c’était encore mieux de constater la volonté de diriger cette colère contre une société et une culture qui justifient l’outrage et le viol sexuels. La volonté populaire – celle de ces femmes et de ces hommes – d’exposer les racines de la violence sexuelle et d’y mettre un terme inspire plus d’espoir et de confiance que toute la rhétorique flamboyante des députés au Parlement.

Défier la culture du viol

Une des femmes qui a vu la vidéo de notre manifestation de protestation et des discours des militants devant la maison de la ministre en chef de Delhi, Sheila Dixit, m’a écrit pour me dire combien ces protestations l’avaient touchée: «Des femmes plus jeunes m’ont écrit, elles étaient complètement angoissées parce que leurs parents sont en train d’utiliser le cas de viol collectif de Delhi comme un exemple de ce qui peut se passer quand on sort « se promener ». Et on ne leur laisse déjà rien faire: ni avoir une conversation avec des amis hommes, ni aller à l’université de leur choix. Le fait de voir votre manifestation m’a rempli d’espoir et de solidarité».

La violence sexuelle est, de fait, une manière d’imposer la discipline patriarcale aux femmes. Les femmes qui la défient sont châtiées par le viol pour leur «témérité». La violence sexuelle fonctionne comme un censeur interne permanent des décisions des femmes. La «protection» contre la violence sexuelle adopte en général elle aussi la forme de restrictions qu’on impose aux femmes: le couvre-feu dans les maisons universitaires en est l’exemple le plus répandu, avec les codes vestimentaires, l’interdiction de téléphones mobiles, les restrictions de leur liberté de mouvement et de leurs amitiés (en particulier des amis hommes), les obstacles à leur immatriculation dans une université éloignée de chez elles et ainsi de suite. Aussi bien la violence sexuelle que les mesures censées les combattre puent le patriarcat, il n’est donc pas étonnant que les femmes se sentent asphyxiées.

Il y a quelques années, lorsque la journaliste Sowmya Visvanathan a été assassinée par balles, le ministre en chef de la Nouvelle Delhi a expliqué que Sowmya s’était montrée «effrontée» en se trouvant dans la rue à 3 heures du matin. Le récent commissaire en chef de la police de Delhi a déclaré lors d’une conférence de presse: «Si les femmes sortent seules à 2 heures du matin, elles n’ont pas à se plaindre de leur insécurité. Elles n’ont qu’à se faire accompagner par leur frère ou par un chauffeur». Ces déclarations ont évidemment été reçues par une salve de protestations. Beaucoup de gens ont rappelé que les femmes qui travaillent n’ont souvent d’autre solution que de sortir tard la nuit. Dans le cas présent, les leaders parlementaires du Bharatiya Janata Parti (BJP – Parti du peuple indien, nationaliste-hindouiste) ont dit que la victime n’avait rien fait de «bizarre», qu’elle n’était pas sortie très tard la nuit. Une chaîne de télévision nationale anglophone, en se référant au cas de viol à Delhi, répétait: «elle n’était pas vêtue de manière provocante… Il n’était pas tard la nuit…Elle n’était pas seule».

L’idée qui se dégage est claire: que les femmes ne doivent pas sortir la nuit sans avoir de bonnes raisons, elles doivent s’habiller de manière «non provocante». Qu’il est acceptable d’attendre qu’elles limitent leur liberté de mouvement et leur manière de s’habiller «pour leur sécurité». Qu’il est acceptable de mettre les femmes ayant subi des violences sexuelles sur le banc des accusées et d’exiger qu’elles «se justifient». Autrement dit, on accepte très facilement que les femmes doivent démontrer qu’elles n’ont pas «incité» à leur propre viol.

Mais, au cours des protestations, il a été réconfortant de voir et d’entendre beaucoup de femmes défier cette culture du viol: une culture qui justifie le viol et accuse les femmes «d’inciter» au viol ou de le «provoquer». Sur une pancarte, on pouvait lire:«Ne m’apprends pas comment je dois m’habiller, apprend plutôt à tes fils à ne pas violer». Sur une autre on pouvait lire: «Mon courage est plus long que ma jupe, ma voix plus éclatante que mes habits». Et sur une troisième, écrite à la main par une étudiante qui manifestait probablement pour la première fois, on lisait: «Il l’a violée parce que ses habits le provoquaient? Je lui casse la figure parce que sa bêtise me provoque!».

Lorsqu’on offre aux femmes une «protection» en termes patriarcaux (en leur imposant des restrictions et des règles), c’est le moment de dire: «Non. Merci. Nous n’avons pas besoin de mesures de sécurité patriarcales pour les femmes». Par contre, nous devons exiger que le gouvernement, la police, les juges et d’autres institutions, défendent le droit inconditionnel des femmes à être effrontées, à s’habiller, à se mouvoir et à se comporter librement n’importe quand, de jour comme de nuit, qu’elles aient besoin de le faire ou non, sans craindre de subir de violence sexuelle. Après tout, cette liberté de faire ce qu’ils veulent et d’être en sécurité dans l’espace public est quelque chose que les hommes considèrent comme étant tout à fait normal pour eux. L’audace des hommes est constamment vantée dans la culture populaire.

«Protection» patriarcale et «honneur»

Dans la récente campagne publicitaire de la police de Delhi contre la violence sexuelle on est interpellé par l’absence de femmes. On y voit l’acteur et directeur de cinéma Farhan Akhtar dire: «Fais de Delhi un lieu sûr pour les femmes. Es-tu suffisamment homme pour te joindre à moi?». Une autre annonce que la police de Delhi utilise depuis plusieurs années montre la photo d’une femme harcelée par un groupe d’hommes, alors que d’autres hommes et femmes se contentent de regarder. L’annonce proclame: «Il n’y a pas d’hommes dans cette photo… sinon ceci ne se passerait pas», et demande instamment aux «vrais hommes» de «la sauver de la honte et de la douleur». On suggère ainsi que les harceleurs ne sont pas de «vrais hommes», que les femmes qui subissent le harcèlement ressentent de la honte (plutôt que de la colère), et que seuls les «vrais hommes» peuvent protéger les femmes. Il n’y a pas la moindre tentative de la part de l’administration de l’Etat de défendre ou de propager une conception selon laquelle les femmes doivent être libres et avoir des droits.

Or, c’est une célébration du machisme qui est ainsi répandue dans ces messages, alors qu’en fait c’est précisément celui-ci qui est à l’origine du problème de la violence contre les femmes. Le viol n’est pas la seule forme de violence contre les femmes. Récemment il y a eu une série d’incidents dans différentes parties du pays, dans lesquels un père ou un frère ont coupé la tête à une femme parce qu’elle avait eu une aventure extra-maritale ou parce qu’elle s’était mariée en dehors de sa caste.

Un homme du district de Dharmapuri, dans le Tamil Nandu [Etat du sud de l’Inde] s’est suicidé lorsque sa fille a épousé un dalit (intouchable), déchaînant une vague de violence contre toute la communauté dalit. On exhorte les hommes à défendre «l’honneur» des femmes contre la «honte». Or, lorsqu’ils surveillent les relations de leurs sœurs ou filles – y compris au point de les assassiner si elles les défient – ne prétendent-ils pas agir pour défendre l’«honneur»?

Il y a aussi l’idée que le viol dépossède la femme son «honneur». On raconte que les reines de Rajpout préféraient être brûlées vives en masse plutôt que d’être violées par les armées conquérantes. Un des facteurs qui explique le grand nombre de suicides de femmes suite à un viol est sans doute le fait qu’on les persuade que leur vie est désormais «ruinée», et qu’il ne vaut pas la peine de continuer à vivre.

En parlant devant le Parlement, le dirigeant du BJP, Sushma Swaraj, a déclaré que même si la victime du viol à Delhi survivait, elle ne serait plus qu’une zinda laash, c’est-à-dire un «cadavre vivant». En réponse à cette déclaration, une étudiante de l’université de Jawaharlaj Nehru qui participait à une veillée à Safdarjung, a riposté ainsi: «Nous sommes venues ici pour que la victime du viol sache que nous sommes avec elle. Nous sommes indignées par la déclaration de Sushma Swaraj selon laquelle une femme violée n’est plus qu’une zinda laash. Nous sommes ici pour dire que nous espérons qu’elle vivra pleinement sa vie, avec la tête haute, et que ce sont les violeurs et non la survivante qui devraient souffrir et se sentir humiliés».

Il faut mettre un terme aux viols sous garde, de «voisinage» et de caste

L’indignation et la colère suscitées par le viol et la tentative d’assassinat d’une jeune femme à Delhi sont les bienvenues. Mais l’indignation, la solidarité et la lutte pour la justice devraient également s’étendre aux victimes des viols sous garde, vicinaux et de caste.

• En 2004, Thanjam Manorama Chanu de l’Etat de Manipour (nord-est de l’Inde) a été violée et assassinée (par des tirs dans ses parties intimes) par des soldats de la force paramilitaire Assam rifles. Les auteurs de cet horrible viol et assassinat n’ont pas été punis: le gouvernement indien a protégé les auteurs en affirmant que d’après la Loi sur les pouvoirs spéciaux des forces armées, les membres de l’armée ne pouvaient pas être jugés.

• En 2009, deux jeunes femmes, Neelofer et Aasiya (celle dernière était collégienne), ont été violées et assassinées par les membres de l’armée à Shopian, au Cachemire. L’administration de l’Etat s’est rendue complice d’une énorme dissimulation. Les auteurs sont toujours en liberté.

• Récemment la jeune enseignante adivasi (indigène, «aborigène» de l’Inde), Soni Sori, a été violée par des agents de la police de Chattisgarh qui ont inséré des cailloux dans ses parties intimes. Mais au lieu d’être arrêté et puni, le sergent de police Ankit Garg a reçu le Prix présidentiel de la bravoure lors de la Journée de la République. Soni Sori reste détenue et humiliée dans une prison de Raipour, sous la garde de ses violeurs.

• D’innombrables femmes dalit ont été violées dans tout le pays par des hommes de castes supérieures et les milices du BJP. Des membres de la Rashtriya Swayamsevak Sangh (organisation de droite hindoue hyper-chauviniste) ont violé des femmes musulmanes au cours du génocide du Gujarat en 2002.

L’uniforme de police ou de l’armée et la supériorité de caste ou dans la communauté ne peuvent pas servir d’excuse pour le viol et le meurtre. Si le viol de Delhi a remué la conscience des gens face à la violence sexuelle, nous devrions nous assurer aussi que les voix de Manorama, de Neelofer, de Asiya, de Soni, de Priyanka Bhotmange (Khairlanji) et de Bilkis Bano (Goujarat) – et de beaucoup d’autres – qui demandent justice, soient elles aussi entendues.

Diaboliser les pauvres

Assaillis par l’indignation populaire, la police et la ministre en chef de Delhi, Sheila Dixit, sont en train d’utiliser le vieux truc de «l’ennemi extérieur»: les travailleurs immigrés. Et certains autres tentent également de canaliser la colère suscitée par la violence sexuelle vers la haine de classe contre les immigrés pauvres.

Dans un entretien télévisé, Dixit a affirmé que la situation à Delhi avait changé suite à l’afflux d’immigrés qui pouvaient «attaquer et fuir», rendant plus difficile la lutte contre ce genre de crime contre les femmes dans la ville. Le quotidien anglophone The Times of India a publié, le 20 décembre 2012, un récit sur la façon dont «les immigrés» sortent «à la chasse» la nuit à Delhi. L’article cite comme source un «haut responsable de la police de Delhi», en insinuant que les immigrés seraient plus enclins à la délinquance et au viol puisqu’ils se trouvent «loin de leurs familles pendant des années. Ils se sentent attirés par les plaisirs de la grande ville, mais ont peu de moyens d’en profiter.»

Un article d’opinion dans le The Times of India du même jour, signé par Tuhin A. Sinha, affirme: «Une grande partie de la population masculine doit vivre loin de leur épouse pour gagner sa vie. C’est ce groupe qui a démontré la plus grande tendance aux délits de genre. Dans cette situation, il serait sensé de légaliser la prostitution.»

Or, si on prend au pied de la lettre cet article où sont donc les femmes immigrées ou les épouses de migrants séparées de leurs maris qui violeraient les gens? N’est-ce pas une justification honteuse du viol que de suggérer qu’il est motivé par l’appétit sexuel des hommes? Si les hommes sont susceptibles de violer des femmes quand ils sont privés d’accès à leur épouse ou à une travailleuse du sexe, cela signifie-t-il que les destinataires habituels de la violence seraient leurs épouses ou une travailleuse du sexe ? Pour combattre le viol suffirait-il de fournir un approvisionnement stable en sexe: des femmes comme marchandise à tous les hommes ? Ou devons-nous reconnaître que le viol est un acte de violence patriarcal, affirmer la citoyenneté des femmes et remettre en question la notion de la femme en tant que «pourvoyeuse» de services sexuels ou domestiques ?

Des idées fausses

The Times of India a lancé une campagne qui, entre autres, prône la castration chimique. Mais il serait beaucoup plus utile à la campagne contre la violence sexuelle que le journal cesse de justifier les viols en en imputant la faute à la «faim» sexuelle masculine. La défense de la castration chimique et les autres moyens mis en avant se fondent sur l’idée erronée que le viol serait motivé par le désir sexuel. En réalité, le viol est motivé non pas par le désir, mais par la haine des femmes. On suspecte d’ailleurs que les violeurs en série célèbres, tels que le Britannique Robert Napper ou Jack l’éventreur, étaient probablement impuissants.

Il est consternant que seuls 26% des violeurs sont punis. Il faut mettre un terme à l’impunité et faire en sorte que le 100% des violeurs soient punis.

Il est évident que ceux qui perpètrent des violences sexuelles jouissent d’un sentiment d’impunité, de la certitude qu’ils resteront impunis. Les faits parlent d’eux-mêmes: d’après le Bureau national de statistique criminelle (NCRB), les données montrent que les cas de viol dans le pays ont augmenté de 791% depuis 1971 (les assassinats de 240%, les vols de 178% et les enlèvements de 630%).

Par contre, les taux de condamnations pour viol ont baissé de 41% en 1971 à 27% en 2010. Le taux de condamnations pour d’autres délits contre les femmes – assassinats pour manque de dot, cruauté de l’époux ou des proches, trafics, abus sexuels, harcèlements sexuels et enlèvements – est également très bas. La raison en est que les forces de police, les hôpitaux et les tribunaux ne se montrent pas du tout équitables à l’égard des femmes et agissent avec un biais de genre évident.

Rappelons que ce taux très bas de condamnations (26%) concerne les cas où l’on a présenté une «première dénonciation d’information» (FIR). Le viol est le délit qui est le moins dénoncé: les enquêtes montrent que pour chaque cas de viol dénoncé il y a plus de 50 qui ne le sont pas. Dans des centaines de cas, la police a tout simplement refusé de rédiger un FIR ou a fait pression sur la dénonciatrice pour qu’elle retire sa dénonciation. S’il faut se battre pendant plusieurs jours pour obtenir un FIR, on peut imaginer que l’urgence n’est pas non plus de mise lorsqu’il s’agit de recueillir des preuvesmédico-légales.

L’examen médical pratiqué à l’hôpital est encore une épreuve pénible. Les médecins pratiquent le plus souvent la «preuve des deux doigts»: l’insertion de deux doigts dans le vagin de la femme pour établir si elle est ou non «habituée à l’activité sexuelle». Cette pratique a été condamnée par le Tribunal Suprême qui a souligné que l’activité sexuelle antérieure de la victime était hors de propos, mais cette «preuve» continue néanmoins à être admise devant les tribunaux ordinaires.

Les procédures judiciaires durent deux ans, ce qui permet aux personnes accusées de viol d’exercer toutes sortes de pressions sur la dénonciatrice et sur les témoins. Ce long calvaire épuise la demandeuse qui finit souvent par reconnaître sa défaite. Et dans les cas qui arrivent jusqu’au jugement, on soumet la dénonciatrice à toutes sortes de questions humiliantes, en public.

On sait que les tribunaux ont dicté soutes sortes de sentences biaisées et partiales dans des cas de viol. Même lorsque le juge a de la sympathie pour la victime et se montre sensible, la mauvaise qualité du travail d’investigation de la police et le laisser-aller du ministère public se combinent pour soustraire le violeur à une condamnation.

L’ennemi intime

Au milieu de l’indignation nationale contre le viol, il est très facile d’oublier que les violeurs ne constituent pas dans notre société une «espèce exotique» qui pourrait être exterminée. Les violeurs ne sont pas toujours des étrangers sans visage: dans la plupart des cas, en fait dans 90% des cas, il s’agit de pères, de frères, d’oncles et des voisins de la victime, autrement dit de gens connus, de confiance, que la victime est censée respecter et obéir.

Selon les statistiques de 2011 du NCRB portant sur tous les cas de viol dénoncés en Inde, «les violeurs étaient connus par les victimes en 22’549 cas (soit 94,2%)« , « les parents, proches étaient concernés dans 1’2% (soit 267 sur 22’549) de ces cas, les voisins dans 34% (7’835 sur 22’549) et de la famille éloignée dans 6,9% (1’560 sur 22’549) des cas».

En d’autres termes, les violeurs ne sont pas des êtres à part, ils font partie de la société. Ils ne sont pas nés violeurs, ils le sont devenus dans une société qui déprécie et subordonne les femmes.

Le mécanisme préventif le plus important contre la violence sexuelle et d’autres formes de violences contre les femmes – les crimes d’«honneur», les avortements sélectifs selon le sexe, la violence domestique, ou celle liée à la dot, le harcèlement sexuel – est celui que le mouvement des femmes est en train de mettre en pratique en combattant les attitudes patriarcales et la subordination des femmes; en affirmant la citoyenneté des femmes et leur droit à une pleine liberté, en exigeant la pleine égalité de la femme.

Le problème est que les gouvernements, les partis politiques dominants et la machinerie étatique restent hostiles à la lutte des mouvements de femmes, préférant chaque fois prendre le parti des forces patriarcales.

Ceux qui perpètrent des violences sexuelles ne doivent pas pouvoir continuer sans avoir à craindre d’être punis !

Il y a une série de mesures pour des changements à tous les niveaux du système que nous devons exiger immédiatement :

• Des lois en faveur des femmes, des punitions rapides et efficaces: il faut convoquer rapidement une session spéciale du Parlement pour promouvoir des lois complètes contre les agressions sexuelles (y compris des dispositions sur le viol marital et le viol par des forces de sécurité), le harcèlement sexuel et les crimes d’«honneur», en consultation avec le mouvement de femmes.

• Le pouvoir judiciaire: il faut que des jugements rapides soient instruits pour tous les cas de violence sexuelle (pas seulement pour le viol mais aussi pour le harcèlement), avec des sentences qui soient émises dans un délai de 3 mois. Tout juge qui aurait fait des commentaires ou émis des sentences justifiant la violence contre les femmes et contre l’égalité des genres doit être révoqué.

• La police: des cours de formation sur le genre doivent être donnés dans tous les commissariats de police, y compris des instructions de procédure et de formation pour gérer les plaintes de viol, une infrastructure adéquate et des équipes d’enquête pour viol qui soient disponibles dans tous les commissariats de police. Des mesures disciplinaires, y compris la révocation, doivent être prises en cas de non-acceptation de dénonciations de harcèlement sexuel ou de viol.

• Hôpitaux: des salles séparées doivent être disponibles pour la consultation médicale et psychologique des victimes de viol et une infrastructure adéquate pour le développement de recherches de médecine légale doit être créée dans les hôpitaux.

• Mettre un terme à la culture de justification de la violence de genre: une tolérance zéro pour toute justification de violence sexuelle, de crimes d’«honneur» et de violence domestique. Les fonctionnaires publics, y compris les représentants élus, les policiers ou les juges qui culpabiliseraient la victime doivent être révoqués.

• Soutien: un soutien social, une assistance médicale, juridique, psychologique et économique – financés par le gouvernement – pour les victimes de viol.

• Prévention et éducation: l’égalité de genre doit faire partie intégrante du plan d’études qui sera élaboré en consultation – cela à niveau national – avec les activistes du mouvement de femmes. L’objectif doit être la remise en question frontale des attitudes patriarcales, de la misogynie et de l’hostilité à l’égard de la liberté et des droits des femmes.

Lorsque le déni de la justice dans des cas de violence sexuelle est la norme et non l’exception, il ne faut pas s’étonner que quelques femmes courageuses aient été poussées à des actes désespérés pour échapper à la violence. Kiranjit Ahluwalia, une immigrée indienne en Grande-Bretagne, a brûlé son mari qui la maltraitait sans cesse. Il y a quelques années, un groupe de femmes des bidonvilles de Nagpur [ville dans le centre de l’Inde] a tué un violeur en série dans le tribunal même. Rupam Pathak, une enseignante au Bihar, a poignardé à mort un député du BJP parce que la police n’avait rien entrepris contre lui, alors qu’il avait été dénoncé pour viol.

Il est ironique que la dirigeante du BJP, Smiriti Irani, ait déclaré qu’elle tuerait à coups de fusils les violeurs sans se soucier de la loi, alors que dans le même temps les dirigeants de son propre parti accusaient Rupam d’immoralité et que, grâce au gouvernement de coalition au Bihar auquel ils participaient, Rupam ait été condamnée à perpétuité au cours d’un jugement rapide, alors que l’enquête suite à sa dénonciation de viol est encore en cours.

Dans un contexte où les violeurs n’ont pas à craindre d’être punis à cause du taux honteusement bas de condamnations, il est peu probable que la peine de mort pour viol ait le moindre pouvoir de dissuasion.

Le viol est une manière patriarcale de punir les femmes pour ce qu’elles sont, de les punir pour exiger l’égalité et la liberté, et une manière de réaffirmer la domination masculine. Les violeurs ne «désirent» pas les femmes, ils les haïssent et craignent leur liberté.

Lorsque les gens sortent dans la rue pour exiger justice pour les victimes de la violence sexuelle, nous devons crier nos mots d’ordre: «Défendons le droit des femmes à la liberté sans crainte! Une punition rapide et effective pour les violeurs! Luttons et gagnons l’égalité et la dignité pour les femmes!»

Post-scriptum

Je ne suis absolument pas d’accord avec Arundhati Roy lorsqu’elle pense que ces manifestations ont éclaté uniquement parce que la victime appartenait à la classe moyenne. Les femmes de la classe moyenne n’ont habituellement pas ce type de solidarité! Elles sont, plus que d’autres, accusées d’être victimes «illégitimes» parce qu’elles boivent, fument, s’habillent de façon sexy, etc.

Si dans la capitale du pays une femme de la classe moyenne peut être victime d’une violence aussi horrible, que doivent subir les femmes des castes opprimées, de la classe ouvrière, des minorités religieuses, des nationalités opprimées ou les adivasi, qui sont encore plus impuissantes face à la violence de genre? Si nous nous opposons à la hiérarchie de la violence cela ne signifie pas que nous acceptions une hiérarchie inverse: le viol n’est pas «moins» un viol lorsqu’il s’agit d’une femme de la classe moyenne.

Il n’y a aucune raison pour que cette solidarité qui a surgi ne s’étende pas aux dalits, aux minorités et aux femmes adivasi. Lorsque j’ai évoqué Soni Sori et Nilofer Aasiya dans les manifestations, des milliers de personnes qui ont crié «honte!».

Il est vrai qu’il existe une campagne (principalement du gouvernement de Delhi, de la police et du journal The Times of India) contre les travailleurs immigrés et les habitants des bidonvilles. Mais pourquoi supposer (comme Arundati semble le faire) que tous les manifestants dans la rue incriminent les pauvres?

(Traduction A l’Encontre http://www.alencontre.org)

Kavita Krisnan est la secrétaire générale de l’Association progressiste Pan-indienne de femmes (AIPWA) On peut voir son intervention dans la manifestation à la Nouvelle Delhi sur YouTube.


2013 : une année de luttes pour inverser le rapport de forces ?

1 janvier 2013

Le monde capitaliste va de crise en crise et aucune sortie du tunnel ne se dessine. Au contraire, la conjugaison des politiques d’austérité, dans les principaux pays, aggrave la situation des couches populaires. Pour sortir de la spirale infernale, il ne faut compter que sur de grandes luttes sociales.

En fin d’année, les estimations de croissance en France et les chiffres du chômage ont confirmé la crise profonde dans laquelle est engluée l’économie de ce pays. Pour le troisième trimestre 2012, l’INSEE a révisé son estimation de croissance du PIB à + 0,1 % (au lieu de + 0,2 %), après – 0,1 % au deuxième trimestre, zéro au premier trimestre 2012 et zéro au quatrième trimestre 2011. Quant aux demandeurs d’emploi, leur nombre (catégories A, B et C, fin novembre) a crû de 9,2 % en un an. Le chômage des 50 ans et plus explose (+ 17,5 %). Selon Pôle emploi, le nombre de demandeurs d’emploi tenus à des « actes positifs de recherche d’emploi » était, fin novembre, de 4,6 millions de personnes, dont 3,1 millions sans emploi. Alors que le nombre d’« entrées » dans les fichiers de Pôle emploi varie fortement d’un mois sur l’autre, le nombre de « sorties » baisse régulièrement, faute d’offres d’emplois. Le nombre d’offres d’emploi satisfaites est en chute libre. Résultat : le nombre de chômeurs de longue durée augmente encore plus vite. Les demandeurs d’emploi sont tenus à des actes positifs de recherche d’emplois… qui n’existent pas…

Des politiques d’austérité pour mettre à genou le monde du travail

Aucune amélioration ne se profile. Au contaire, les politiques d’austérité que s’acharnent à mettre en œuvre la plupart des gouvernements conduisent inexorablement à l’aggravation de la situation. Moins de dépenses publiques, pour redescendre sous la sacro-sainte limite des 3 % de déficit du budget de l’Etat, ce sont au bout du compte la stagnation de l’économie, des rentrées fiscales inférieures à celles attendues, de l’endettement supplémentaires… et des prétextes à des cures d’austérité supplémentaires. La Grèce, l’Espagne, le Portugal et l’Italie sont d’ores et déjà les victimes de cet acharnement des gouvernements et de la BCE.

Ces politiques d’austérité qui pourraient paraître incohérentes ont en fait un but précis : diminuer les salaires, accélérer la restructuration des outils de production dans le cadre d’une concurrence exacerbée, liquider les droits sociaux et notamment les systèmes de protection sociale et de retraite mutualisés gagnés au fil des décennies, asphyxier les services publics. Pour cela, le chômage et la précarité sont l’arme n°1 du capital. Pour le capitalisme européen, l’enjeu est de se remettre dans la course mondiale en faisant payer la note au monde du travail.

En France, le gouvernement Hollande conduit une politique d’austérité comme les autres gouvernements de l’Union européenne. Comme avant lui Zapatero en Espagne ou Papandréou en Grèce. Le PS a en outre repris sans honte le discours du patronat sur le coût du travail excessif. Certes, il n’a pas accédé directement à la demande du MEDEF de baisser les cotisations sociales. Il a préféré passer par la formule du « crédit d’impôt », pour « rembourser » l’équivalent de 20 milliards de cotisations sociales. Le résultat est à peu près le même !

La droite française ne fait pour autant aucun cadeau au PS. Elle n’a pas hésité à mettre en échec la timide mesure fiscale contre la richesse que représente l’instauration d’un tranche d’imposition exceptionnelle à 75 %, pour bien signifier qu’elle n’acceptera même pas de mesure symbolique allant contre l’idéologie libérale.

Il serait stupide d’attendre que le gouvernement Hollande-Ayrault évolue à gauche. Hollande et Aurault savent très bien ce qu’ils font. On ne peut que s’opposer à eux et en tirer toutes les conséquences. Puisque le monde du travail ne peut espérer trouver un allié au gouvernement, il n’y a pas d’autre voie que construire un mouvement social pour imposer par en bas un changement un cap, un mouvement social qui posera aussi la question d’un autre gouvernement, un gouvernement des travailleurs au service de la population.

Une alternative à construire dans les luttes

C’est ce que le NPA propose de faire aux forces politiques de gauche qui ne participent pas au gouvernement Hollande-Ayrault, de Lutte ouvrière au Front de gauche. Force est de reconnaître que cette démarche n’a pas encore rencontré l’écho nécessaire.

Comme d’habitude, Lutte ouvrière reste enfermée dans ses certitudes, « ailleurs » et… inutile.

Le Front de gauche, lui, apparaît très critique face au gouvernement mais il refuse toujours de se considérer comme une opposition à la gauche du PS. D’ailleurs, ses députés (membres du PCF…) n’ont pas voté contre le budget d’austérité 2013, se contentant de l’abstention. Dès lors, à quoi sert le Front de gauche ? Force électorale incontestable, multipliant les critiques cinglantes et souvent tapant juste, cette coalition n’envisage pas un instant d’imposer une alternative à la gestion sociale-libérale par la mobilisation sociale. Elle n’a donné aucune suite à la grande manifestation du 30 septembre contre le Pacte budgétaire et contre l’austérité. La plupart des militantEs du PCF et du Parti de gauche sont cependant engagéEs dans les combats sociaux de tous les jours et n’attendent rien de Hollande. Alors pourquoi ne pas s’engager ensemble plus avant ? N’est-ce pas « tous ensemble », militants de la gauche qui ne renonce pas, que nous pourrons reconstruire l’espoir, à la fois contre la droite revancharde, contre le danger d’extrême droite et en s’opposant à l’austérité de gauche ?
Le Front de gauche annonce aujourd’hui « une campagne contre l’austérité ». Puisse cette annonce ne pas se limiter aux déclarations à vocation publicitaire ! Car, contre l’austérité, les proclamations ne suffisent plus, tant la situation des travailleurs se dégrade. Il faut des actes, et les différentes composantes de la gauche radicale sont au pied du mur.

Il est en effet urgent de préparer une grande marche pour l’emploi, réunissant les salariés en lutte contre les fermetures d’entreprises, les jeunes privés d’avenir et les travailleurs âgés condamnés au chômage de longue durée dans l’attente de retraites de misère.

Il est urgent de manifester contre le remboursement de la dette publique qui prive les services publics des ressources dont ils ont besoin.

Il est urgent d’exiger le partage des richesses, pour augmenter les salaires et porter les minimas sociaux au niveau du SMIC.

Comme le propose le NPA, il est nécessaire et urgent de prendre des initiatives pouvant entraîner des centaines de milliers de militants et de travailleurs dans l’action, sans se substituer aux organisations syndicales, sans instrumentaliser les luttes de résistance, mais en aidant celles-ci à se rejoindre dans un mouvement d’ensemble. Une première réunion unitaire réunissant le NPA, Alternative libertaire, les Alternatifs, la FASE, la Gauche Anticapitaliste, la Gauche Unitaire et le PCF (et en l’absence du Parti de gauche) a eu lieu le 19 novembre. Elle s’est donnée comme perspective commune une initiative nationale sur l’emploi et mais tout reste à construire.

L’agenda de début d’année se remplit peu à peu d’échéances importantes. Le 12 janvier, les comités contre la dette se réuniront à Paris pour débattre « de la suite à donner aux actions des collectifs d’audit citoyen et à la mobilisation unitaire contre l’austérité ». Le 27 janvier, une grande manifestation pour l’égalité des droits aura lieu, pour contrer l’offensive réactionnaire de la droite et de l’église contre le droit au mariage pour tous. Le 31 janvier, la CGT, la FSU et Solidaires appellent à une journée de mobilisation dans la Fonction publique, contre les suppressions d’emplois, pour l’augmentation des salaires et pour l’abrogation de la journée de carence, estimant que, « sur les enjeux essentiel », le dialogue social n’apporte « aucun début de réponse satisfaisante », qu’il est « urgent et indispensable de changer de cap » et que « seule l’intervention des personnels permettra d’obtenir les avancées indispensables ». Enfin, une nouvelle journée de mobilisation à l’appel de la Confédération des syndicats européens est probable en mars.

On peut compter sur le NPA pour engager toutes ses forces dans la construction de ces mobilisations.
Faute de ces mobilisations, le désarroi fera place au désespoir dans les couches sociales qui espèrent un changement, et seules l’extrême droite et la droite (malgré ses propres difficultés internes) en tireront profit.

Voilà pourquoi l’année 2013 est cruciale. Pour que 2013 réponde aux vœux de « bonne année », le NPA réitère ses propositions unitaires à toute la gauche politique et sociale qui ne se reconnaît pas dans la politique d’austérité menée par le gouvernement.

Ensemble, construisons un autre avenir !


Communiqué du NPA. Conseil constitutionnel : le bal des vampires

31 décembre 2012

Un ramassis de vieux réactionnaires, qui s’octroient en plus le statut de sages, vient d’annuler la timide mesure de taxation à 75% des revenus au dessus de 1 millions d’euros, prise par le gouvernement Hollande-Ayrault.

Sans vergogne le Conseil Constitutionnel valide par contre le crédit d’impôts de 20 milliards donnés aux entreprises.

Les riches, même battus électoralement, utilisent tous les artifices possibles pour remettre en cause la moindre tentative, même marginale, de répartition des richesses.

Ils prennent tout ce qu’ils peuvent prendre et ne lâchent rien.

C’est dire si les salariés doivent prendre leurs affaires en mains et ne compter que sur eux-mêmes s’ils veulent qu’un minimum de justice sociale soit mise en œuvre.

Montreuil, le 29 décembre 2012.


Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.